AO
S1 nous envisageons la production totale annuelle des métaux précieux, nous constatons que de 265 millions de francs pendant la période de 1801 à 1819, elle s’abaissa à 161 millions de francs pendant les années 1820 et suivantes, jusqu’en 1830.
Deux causes concouraient donc à la raréfaction du numéraire ; d’abord, l’accaparement de l'or par l’Angleterre, coïncidant avec une réduction considérable dans la production des métaux précieux. Cette insuffisance des instruments d'échange se produisait à une époque de paix européenne, qui devait donner au commerce et à industrie un essor d'autant plus vif, que les gigantesques luttes de la Révolution et de l’Empire avaient suspendu pendant vingt cinq ans, toutes les forces pacifiques du monde.
Les résultats de cet état de choses furent terribles et prompts à se manifester. Les capitaux manquaient à l’industrie, au commerce et à l’agriculture. Enfin, conséquence de la rareté de la monnaie, il se produisit une baisse de prix énorme constatée par toutes les statistiques et que M. Jevons évalue à 30 0/0 au moins. La crise, d’ailleurs, fut générale. Les ouvrages des économistes de l’époque sont pleins des détails de cette souffrance universelle. En Angleterre, l’agriculture et l'industrie sont dans l’atonie; les ouvriers manquant d'ouvrage et d’ailleurs mal payés quand ils en obtiennent, effrayent les populations et le Parlement par de fréquentes émeutes.
En Irlande, on meurt de faim à la lettre; ce malheureux pays est, durant toute cette période, en révolte permanente, malgré les dures répressions qui lui sont infligées.
En Amérique, en France, même situation. En Hollande, le loyer des terres diminue de plus d’un tiers, En Piémont, le prix des denrées agricoles a baissé de plus de moitié.
En France, l’hectolitre de blé qui de 1811 à 1820 avait coûté en moyenne 24 fr. 608, tombe de 1821 à 1830 à 18 fr. 382. Les salaires sont partout diminués. Les places de Hambourg, Stockholm, Riga, Stettin, sont désorganisées par des séries de faillites.
Tandis que les prix baissent, la stagnation des affaires maintient l'intérêt à un taux très bas. L’escompte qui, au mois d'avril 1819 était à 3, tombe à 1 1/2 au mois d'août.
Tels furent les effets immédiats de l'adoption de l’étalon d’or en Angleterre, coïncidant avec un ralentissement de la production des métaux précieux en 1820-1830.
Si maintenant nous nous reportons à l’époque actuelle, nous constaterons facilement que la situation est identique.
Les origines mêmes de la crise dont souffre le monde depuis bientôt vingt ans, sont comparables à celles de la crise de 1820 à 1830.
L'Allemagne, après Sedan a voulu imiter les manœuvres financières exécutées par sa sœur anglo-saxonne après Waterloo. Elle a profité de la supériorité subitement acquise, sur le marché, comme sur le champ de bataille, pour rançonner les vaincus et même les neutres en attirant
à elle toute leur monnaie d’or. La production des métaux précieux, ilest vrai, n’a pas diminué comme en 1820-1830, mais la démonétisation européenne de l'argent à porté un coup terrible à ce métal. Il n’est plus qu’une monnaie d'appoint, un assignat métallique, comme l’a dit M. Cernuschi,circulant à l’abri d’une forte couche d’or. Encore, est-il généralement impropre au commerce international. Il en résulte que la seule véritable monnaie, dans tout l'Occident, c'est l'or; lui seul est l’objet des désirs de toutes les nations, on le recherche, on se le dispute, et, n'étant plus soutenu par la monnaie d'argent, comme du temps de la frappe libre française, il devient absolument insuffisant pour les transactions internationales.
On voit dons, par ce fait, que la démonétisation,même partielle de l’un des instruments des échanges, sans dimiauer la quantité de métaux précieux répandus dans le monde produit eependant une diminution dans la masse de la monnaie, quand même toutes les pièces démonétisées auraient été ensuite refrappées, en d’autres pays, ainsi que cela se praduisit en 1878. Les thalers allemands s’en allaient,en effet,en Belgiqueet en France,s'y faire transformer en écus de 5 francs. Mais ce à quoi il faut s'attacher c'est à ce fait que l'or étant partout demandé et l'argent partout repoussé; la balance de valeur entre les deux métaux a été brisée. L’or a pris un rôle considérable, il est devenu la seule monnaie internationale, et par conséquent iln’a pu suffire à tous les besoins du commerce et de l'industrie. L'argent au contraire, n'a plus de rôle yéritable que dans le commerce intérieur, dans le paiement
des salaires et des frais de production,c’est un auxiliaire.
La situation est done la même que si la production des métaux précieux était arrêtée, dans ce cas en effet l'or et l'argent manqueraient. Dans notre cas,au contraire, l’argent est plutôt trop abondant, mais il n’est plus monnaie, l'or, au contraire, est insuffisant et lui seul constitue la monnaie.
La démonétisation de 1873 a influé sur les affaires comme celle de 1816, l'industrie languit faute de capitaux, le commerce se ralentit faute d'instruments d’échange, les ouvriers "se révoltent faute de pain, les prix baissent, tout le monde souffre. En voici quelques preuves:
La terre de Brackenbury (Lincolnshire), évaluée il y a vingt ans, 36.000 livres sterling, est estimée en 1890, 49.000 livres sterling. La terre de Tilshead-Manor,achetée avant 1873, 12.000 liv. sterl. ne trouve pas acquéreur à 5.400. Le duc de Newcastle vend pour 137.000 liv.sterl. le domaine de Worshop, que son père avait acheté 319.000 liv. sterl.
La production diminue et laisse sur le pavé une foule d'ouvriers. Même en Amérique, on estimait à 3 millions en 1876, le nombre des salariés inoccupés. Les mêmes symptômes se manifestaient d’ailleurs en 1820-1830, la classe laborieuse ébranla plus d’une fois le monde de ses plaintes et de ses récriminations. La baisse des prix fut si grande que Brougham proposa de diminuer les impôts en proportion, et en 1822, on émit même l’idée de réduire le souverain de 20 à 14 schellings. Actuellement, s'appuyant sur les travaux de Sœtbeer, de Palgrave. de Giffen, la Gold and Silver Commission arrive à constater
que la moyenne générale des prix est inférieure à ce qu'elle était avant 1850. « De toutes ces investigations il résulte, dit la Commission, que les prix ont haussé notablement après la découverte de l'or en Australie, et en Californie jusqu’en 1873, et qu’ils n’ont depuis lors cessé de diminuer, pour tomber à un niveau plus bas qu’à toute autre époque de ce siècle. »
J’emprunte à M. de Laveleye (1) les chiffres suivants, qui prouvent d’une façon curieuse, que la dépression actuelle du commerce est due surtout à la baisse des prix. Les exportations totales de l'Angleterre se sont élevées, en 1873 à 626.000.000 1. st. et en 1886 à 562.500.000 L. st. Si on avait appliqué les prix de 1873, le total aurait été de 850.000.000 liv. sterl.
Nous extrayons d’un article de M. Zolla : Le prix du bétail et la concurrence étrangère (2), une statistique corroborant singulièrement notre opinion.
L'auteur indique la marche des prix du mouton et du bœuf à Paris, depuis 1815 jusqu’en 1873. Nous relevons, d’abord, ceci :
Prix du kilog. de
Périodes. mouton bœuf
à Paris. à Paris.
IEC: fre ncs HOTTE ASLOMRE enr e setecrecece 110 1,08 FR ÉRNES df à CSN TOP 1,03 0,96 ASS DUO ADR M ere celee 1545 1,04 LSLOMIS OR PP ER er te LAS 0,98
(1) De Laveleye. La Monnaie et le Bimétallisme internation 11. (2) Voir le Monde Economique du 23 avril 1892.
On le voit, crise monétaire de 1820 à 1833, baisse des prix. Puis, hausse incertaine d'abord, bien franche ensuite jusqu’en 1873 :
Prix du kilag. de
nee
Périodes. mouton bœuf
à Paris. à Paris.
fr. 6. ie: