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de sauvage , & presque toujours en guerre , pervertissent l’abondance que la vie civilisée produit pour porter la partie non-civilisée à un plus haut dégré de barbarie. En greffant ainsi la barbarie du gouvernement sur la civilisation intérieure d’un pays, on tire de cette dernière, de principalement des pauvres , une grande portion de ce salaire qui devrait être employé à leur subsistance de à leur consolation. — Laissant de côté toute réflexion de morale & de philosophie, c’est un fait bien vrai, que plus d’un quart du travail du genre humain est annuellement consommé par ce système barbare.
Ce qui a servi à perpétuer ce mal , ce sont les avantages pécuniaires qui reviennent à tous les gouvernemens de l’Êurope , en entretenant cet état de barbarie -il leur fournit des prétextes pour obtenir du pouvoir de des revenus , dont ils n’auroient aucunement besoin, si le cercle de la civilisation étoit complet. Le simple gouvernement civil , ou le gouvernement des lois , ne fournit aucun prétexte pour demander beaucoup d’impôts } il opère dans l’intérieur , directement sous les yeux -des citoyens , de prévient la possibilité de leur en imposer. Mais lorsque la scène est placée dans les contestations sauvages des gouxernemens , il y a un vaste champ pour les pré-s
textes j & le pays , n étant pltis juge , est ouvert a toutes les fraudes qu il plaît au gouvernement de pratiquer.
Il n y a pas un trentième , pas même un quarantième des taxes levées en Angleterre , qui soit occasionne par les besoins du gouvernement civil, ou qui y soit appliqué. Il n’est pas difficile de voir que tout ce que fait le gouvernement actuel à ce sujet c’est de publier des lois que le pays administre & exécute ,, à ses dépens* par le moyen de magistrats , de jurés , de sessions & d assises, outre les taxes qu’il paye.
Sous ce -point de vue, nous avons deux -espèces de gouvernemensq le gouvernement civil ou le gouvernement des lois , qui opéré dans l’intérieur j & le gouvernement de fa cour ou du cabinet qui agit chez 1, etranger , selon le rude plan de la vie non civilisée > l’un qui coûte très-peu & l’autre qui exige des dépenses exorbitantes j & ces gouvernemens sont tellement distincts., que si le dernier venoir à être englouti par un tremblement de terre , & à disparoître entièrement de la surface du globe , le premier ne seroit aucunement dé-* rangé. Il continuerait ses opérations , parce que l’intérêt général de la nation le demande, & qu’il en a tous les moyens.
Les révolutions, ont donc pour objet un chan-
gement dans la condition morale des gouvernemens y 8c r par le moyen de ce changement, le fardeau des taxes diminuera , & la civilisation jouira de cetre abondance dont elle est aujourd huiprivée»
En contemplant la totalité de ce sujet, je porte: mes vues dans le département du commerce. Dans tous mes ouvrages , quand j’ai trouvé une occasion , j’ai toujours été 1 avocat du< commerce parce que je suis ami de ses effets ; cest un système pacifique qui tend a réunir les hommes em rendant les nations , comme les individus , utiles, les unes aux autres. Quanta une simple réformethéorique, je ne l’ai jamais prêchée. Le procédé: îe plus efficace est celui d’améliorer la condition de l’homme par le moyen de ses intérêts , 8c c est sur cette base que je me tiens»
Si L’on permettoit au commerce d’agir dans L’espace immense dont il est susceptible,- il extirperait le système de la guerre, 8c produirait: une révolution dans l’état non-civilisé des gouvernemens. L’invention du commerce a paru depuis que ces gouvernemens ont commencé , 8c c’est le plus grand pas vers la civilisation universelle qui ait encore été fait par aucun moyen qui ne découle pas immédiatement de principes, moraux*
Tout ce qui tend à favoriser la correspondance civile des nations par un échange de bienfaits , est un sujet aussi digne de la philosophie que de la politique. Le commerce n’est autre chose que le trafic de deux individus , multiplié sur une échelle de nombres } 8c par la même règle que la nature vouîoit la correspondance de deux, elle vouloir celle.de tous. C’est pour cette raison qu elle a distribué les matériaux des manufactures
du commerce dans différentes parties éloignées n une nation 8c du monde } 8c comme on ne sauroïc se les procurer à si bon compte & aussi commodément par la guerre que par le commerce, elle a rendu le dernier un moyen d’extirper la première.
Comme ils sont les deux opposés l’une de 1 autre , il s ensuit que l’état sauvage des gouvennemens de l’Europe est nuisible au commerce. Toute espèce de destruction ou d’embarras sert à diminuer la quantité , 8c il importe fort peu dans •quelle partie du monde corjimercial la réduction commence. Semblable au sang, on ne- peut le tirer d’aucune des parties sans diminuer la masse en circulation , & tout partage du déficit. Quand une nation n’a plus les moyens d’acheter , le veivdeur est également affeélé, Si le gouvernement (^Angleterre pouvoir détruire le commerce d$
toutes les autres nations , il ruineroit très-su-* rement le sien.
H est possible qifune nation soit porteur du monde entier j mais elle ne saur oit en être 1$ marchand. Elle ne peut pas vendre & acheter ses propres marcha'ndises. La faculté, d’acheter doit résider hors d’elle } c’est pourquoi la prospérité de toute nation commerçante est réglée par la prospérité des autres. Si celles-ci sont pauvres elle ne sauroit être riche ^ 8c sa condition , quelle qu’elle puisse être ,, est un baromètre de la hauteur du commerce chez les autres nations.
Une assertion que la raison ne niera pas3 c est que les principes du commerce & son operation universelle peuvent être entendus sans en comprendre la pratique ; 8c c’est sur ce principe seulement que j’argumente sur ce sujet. C’est une chose dans un comptoir , 8c dans le monde c en est une autre. Quant à fon opération 5 il faut nécessairement la regarder comme une chose réciproque j il n’y a que la moitié de ses pouvoirs qui réside dans la nation , 8c le tout est aussi effectivement détruit par la destruction de la moitié qui est hors de la nation , que si l’on avoir détruit celle qui est dedans j car elles ne peuvent agir l’une sans l’autre.
Quand , pendant la dernière guerre comme dans les précédentes y le commerce d’Angleterre diminua, ce fut parce que -la masse générale en etoit diminuée partout j il augmente aujourd’hui, parce que le commerce fleurit chez toutes les. nations. Si l’Angleterre importe & exporte plus aujourd’hui que dans aucun autre tetris , les nations avec lesquelles elle commerce doivent nécessairement faire la meme chose j ses importations Sont leurs exportations & vice versa ,
Il ne peut jamais arriver qu’une nation fleurisse seule dans le commerce , elle ne saurait que le partager j & sa destruction , quelque part qu’elle arrive , doit nécessairement affecter toutes les nations. Lors donc que les gouvernement sont en guerre , ils attaquent le dépôt commun du commerce , 3c la conséquence est la même que s’ils avoient attaqué chacun le sien.
L’augmentation actuelle du commerce ne doit pas être attribuée aux ministres ou à aucun système politique, mais à ses opérations naturelles en conséquence de la paix. Les marchés réguliers avoient été détruits, les canaux du commerce rompus,, la grande route de la mer infestée de brigands de toutes les nations , Sc l’attention du monde tournée vers d’autres objets. Ces interruptions ont cessé,.
& la paix a remis dans l’ordre naturel l’état dérangé des choses (i).
Il est digne de remarque que toutes les nations disent que la balance du commerce est en leur faveur ; c est pourquoi il faut qu’il y ait quelque chose d’irrégulier dans les idées ordinaires sur ce sujet.
Le fait est cependant vrai , selon ce que l’on appelle une balance ; & c’est de cette cause que le commerce est universellement soutenu. Chaque nation y trouve son avantage , autrement elle en abandonneroit la pratique ; mais la méprise gît dans la manière de compter , & en attribuant ce que l’on appelle profits à une fausse cause.
M. Pitt s’est quelquefois amusé à montrer ce qu’il appeloit une balance de commerce , des registres de la douane. Cette manière de calculer
(0 En Amérique, l’augmentation du commerce est en proportion plus grande qu’en Angleterre. Il est actuellement au moins de moitié plus considérable qu’à aucune époque antérieure à la révolution. Le plus grand nombre de vaisseaux qui soit jamais sorti du port de Philadelphie avant le commencement de la guerre, fut de huit à neuf cents. En 1788 , il en est sorti plus de douze cents. Comme l’Etat de Pensylvanie est regardé comme un huitième des Etats-Unis en population , la totalité des vaisseaux sortis des différens ports doit être de près de dix mille.
BgH.na.a-M.aH
( ioSt )
ne donne aucune règle qui soit juste , mais e# offre une qui est fausse.
D’abord , toute cargaison qui sort de la douane paroît sur ses registres comme exportation ; 8c conséquemment , par la balance de la douane , les pertes a la mer, 8c par les faillites. chez l’étranger, sont toutes portées comme bénéfice , parce quelles paroissent comme des exportations.
Secondement ,, l’importation par le commerce de contrebande ne paroît pas sur les livres de la douane , pour faire face aux exportations.
On ne sauroit donc prouver une balance avantageuse par ces documens , 8c en examinant l’opération naturelle du commerce , on trouvera que 1 idee est fausse , 8c qu.e si elle étoit vraie , elle ne tarderoit pas à devenir injurieuse. Le grand soutien du commerce gît en ce que la balance des profits soit égale chez toutes les nations. «
Deux negocians de différens pays, .en commerçant ensemble, deviendront tous les deux riches > 8c chacun a la balance en safaveur j conséquemment, ce n est point de leurs propres fonds qu’ils s’enrichissent , & il en est de même des nations où ilsrësident. Le fait esc, que chaque nation doit s’enrichir par ses propres moyens , 8c quelle augmente, ses richesses par quelque chose quelle se procure d’une autre en échange.
•Sî uh négociant, en Angleterre , envoyé uh at* ticle de manufacture anglaise chez l’étranger, qui lui coûte un chelin chez lui, & qu’il importe une chose qui se vend deux, il a la balance d’un chelin en sa faveur } mais ce chelin n’est pas gagné de la nation étrangère ou du négociant étranger , car celui-ci gagne aussi la même chose sur l’article qu’il reçoit , & aucun n’a une balance de profit sur l’autre. La valeur première des deux articles dans leurs pays , étoit de deux chelins 5 mais en changeant de place ils acquièrent une nouvelle idée de valeur , égale au double de celle qu’ils avoient d’abord , & cette augmentation de valeur , est également divisée.
Il n’y a pas d’autre balance sur le commerce étranger que sur le commerce intérieur. *Les marchands de Londres & de Newcastle , commet cent sur les mêmes principes que s’ils résidoient dans différentes nations ; & font leuu balance de la même manière ; cependant Londres ne s’enrichit pas par Newcastle , non plus que Newcastle par Londres ; mais le charbon, marchandise de Newcastle , a plus de valeur à Londres , de même que les marchandises de Londres à Newcastle.
Quoique le principe de tout commerce soit le même , le commerce intérieur sous un point de ifue national , est le plus avantageux, parce que
( lîô )
tous les avantagés des deux côtés restent dans h nation ; au lieu que , dans le commerce étranger , elle ne profite que d’une moitié.
Le plus désavantageux de tous les commerces est celuiqui a quelques connexions avec une domination étrangère. Ï1 peut être profitable pour quelques individus, mais c’est une perte pour la nation. La dépensé nécessaire pour maintenir une domination j absorbe plus que les bénéfices du commerce. Elle n augmente pas la quantité générale qu’il y en a dans le monde, mais elle tend à la diminuer ; 8c comme il y en auroit une plus grande masse sans domination , ce que l’on pourrait obtenir sans cette dépense vaudroit beaucoup mieux qu’une plus grande quantité avec cette dépense.
Mais il est impossible d’accaparer le commerce par la domination ; c’est pourquoi cette mesure est d’autant plus fausse. Il ne saurait exister dans des canaux étroits , 8c il rompt nécessairement ses digues par des moyens réguliers ou irréguliers , qui défont toute tentative, pour le resserrer ; 8c si Ton réussissoit , ce serait encore pis. La France , depuis la révolution, a été plus qu’indifférente aux possessions étrangères; 8c les autres nations le seront également , quand elles auront examiné le sujet du commerce.
A la dépense des dominations , il faut ajouter
( in 5
fceîle d’une marine , & quand le montant de ces deux dépenses, aura été soustrait des bénéfices du commerce , il paroîtra que , ce que l’on appelle la balance du commerce, en supposant quelle existe, ne tourne pas à l’avantage de la nation , mais ^u elle est absorbée par le gouvernement.
L’idée d’entretenir une marine pour la protection du commerce est illusoire. C’est mettre des moyens de destruction en place des moyens de protection. Le commerce n’a besoin d’autre protection que de l’intérêt réciproque que chaque nation trouve à le soutenir. — C’est un magasin commun; ii existe par une balance d’avantages pour tout le monde ;
la seule interruption qu’il rencontre vient de l’état barbare des gouvernemens actuels, qu’il est de l’intérêt commun de réformer ( i ).
Je vais maintenant passer à d’autres objets. — Comme il est nécessaire de comprendre l’Angleterre dans la perspective d’une réforme générale ,
(i ) Quand je vis la méthode par laquelle M. Pitt estimoit la balance du commerce dans un de ,ses discours au Parlement , il me parut qu’il n entendoit rien à la nature & à l’intérêt du commerce ; & personne ne l’a plus troublé que lui. Pendant un intervalle de paix , il a éprouvé toutes les calamités de la guerre. Il a trois fois été arrêté, 8c les vaisseaux dépouillés de leurs équipages par la presse , «n moins de quatre ans de paix.
( iü )
il est à piropos de faire des recherches sur las défauts de son gouvernement. Ce n’est que lorsque chaque nation aura réformé le lien , que le tout sera amélioré , 8c que l’on pourra jouir de toits les avantages d’une réforme. Des réformes partielles ne peuvent produire que des avantages! partiels*
La France 8c l’Angleterre sont les deux seulâ pays de l’Europe où l’on pouvoir commencer une réforme avec succès. L’une, gardée par l’Océan, 8c l’autre, par son immense force intérieure pouvoient défier la malice du despotisme étranger. Mais il en est des révolutions comme du commerce } les avantages augmentent lorsqu’elles deviennent générales , 8c doublent pour l’une ou pour l’autre , ceux que chacune auroit reçus si elle avoir exifté seule.
Comme il se présente maintenant un nouveau système aux yeux de l’Univers , les cours de l’Eu-' rope conspirent pour le contrecarrer. Elles négocient des alliances tout-à-fait contraires à leur ancienne politique , 8c les cours vont faire cause commune contre les intérêts communs des hommes. Cette combinaison parcourt toute l’Europe , & offre une cause toute nouvelle > qui ne permet aucun calcul sur les circonftancés antérieures. Tandis que le despotisme faisoit la guerre au despo-
tisme ?
.tïsme , l’homme n’étbit pas intéressé à la querelle ; mais dans une cause qui réunit le soldat avec le citoyen , 8c les nations avec les nations , le des-* potisme des cours , quoiqu’il sente le danger, 8c qu’il médite une vengeance , a peur de frapper.
L’hiftoire n’offre point , depuis l’origine du monde , une question d’une plus grande importance que la présente. Il ne s’agit pas de savoir si tel ou tel parti sera dans le ministère ou non , si les Whigs ou les Tories , les grands ou les petits prévaudront ; mais si l’homme héritera ses droits j & si la civilisation universelle aura lieu ? s’il jouira du fruit de ses travaux , ou s’ils seront consommés par la perverfité des gouvernemens ? Si la déprédation sera bannie des cours, 8c la misère de la terre ?
Quand nous voyons , dans les p^ys que fou appelle civilisés , les vieillards aller à la maison de Force , 6c les jeunes gens aux galeres , il faut qu’il y ait quelque chose de mauvais dans le système du gouvernement. Il paroîtroit par l’apparence extérieure de ces .pays que tout eft heureux; .mais il y existe une masse de misère cachée aux yeux des observateurs ordinaires, qui n’a guère d’autre chance que de périr dans la pauvreté ou l’infamie. Son entrée dans le monde est marquée du présage de sa destinée, 8c jusqu’à ce qu’on y
âît remédié , il est bien inutile d’infliger des punitions.
Le gouvernement civil ne consiste pas en exécution ; mais il doit faire des provisions pour l’instruction de la jeunéfle, Ôc le soutien de la vieillefle , de manière à préserver autant qu’il esc possible , l’une du crime , & l’autre du désespoir. Au lieu de cela , les ressources d’un pays sont prodiguées à des rois, à des cours, à des mercenaires , à des imposteurs ôc à des catins ; 6c les pauvres eux-mêmes , malgré tous leurs besoins , sont forcés de supporter la fraude qui les opprime.
Pourquoi arrive-t-il qu’il n’y a presque personne d’exécuté que les pauvres ? Cela prouve , entr’autres choses , que leur condition est misérable. Elevés sans mœurs , ôc jetés dans le monde sans espoir , ils sont les viétimes marquées du vice ôc de la barbarie légale. Les millions que l’on prodigue inutilement pour les gouvernemens, sont plus que suflisans pour réformer ces maux , ôc pour améliorer la condition de chaque individu d’une nation qui n’est pas dans l’enceinte d’une cour. J’ëspere prouver cela dans les progrès de cet ouvrage.
Il est de la nature de la compassion de s’associer avec le malheur. En entreprenant ce sujet , vje ne cherche pas de récompense, — Je ne crains
$>âs non plus les conséquences. Fort de cette in* tégrité mâle qui dédaigne de triompher ou de céder, je veux être l’avocat des droits de l’homme^ Il est avantageux pour moi d’avoir fait l’apprentissage de la vie. Je connois le prix des instructions morales , & j’ai Vu le danger du contraire»
A-pemprès à l’âge de seize ans , encore neuf 8c aventurier , & échauffé par le faux héroïsme d’un maître ( i ) qui avoit servi sur un vaisseau de guerre, je commençai à être l'instrument de ma propre fortune, «5c m’engageai à bord du corsaire le Terrible ^ capitaine Deaih (ou capitaine la mort). Les remontrances morales «&affectionnéesd’unbon père, que sa religion, devoir déjà me faire regarder comme perdu, ( le pere de M. Payne étoit Quaker , ) m’empêcherent heureusement de persister dans cette aventure \ mais cette impression , quelqu’effet qu’elle eut dans le tems , Commença à s’effacer, & je m’engageai après cela dans le corsaire le roi de Prusse, capitaine Mendez, & fis la course avec lui. Cependant , en dépit d’un pareil commencement, de quoique j’aie eu tous lesinconvéniens de la jeunesse contre moi , j’ai la vanité de
(i) Le Révérend Guillaume Kncwlcs, Maître de lecole de Thetford , dans le comté de Norfolk.
dire , qu’avec une persévérance qu’aucune difficulré ne put abattre, & un désintéressement qui commanda le respect , j’ai non seulement contribué à élever un nouvel empire dans le monde, fondé sur un nouveau système de gouvernement, mais que je suis arrivé à un dégré d’éminence dans la. littérature politique, où il est plus difficile de réussir & d’exceller que dans aucune autre branche, que l'aristocratie, avec tous ses moyens , n’a pas été capable d’atteindre , ou de rivaliser.
Connoissant mon propre cœur , & me sentant supérieur à tout es les escarmouches des partis , à la haine d’adversaires intéressés ou trompés, je ne réponds pas à la fausseté ou auxinvectives,maisjevais examiner les défauts du gouvernement Anglais ( i ).
( i ) La Politique & l’intérêt personnel ont été si uniformément liés ensemble, que le monde , après avoir été si long-tems trompé, a droit de soupçonner les caractères' publics j mais quant à moi ,' je suis parfaitement tranquille sur ce point. Lorsque je commençai à tourner mes pensées vers les affaires publiques, il y a près de dix-sept ans, je ne le fis pas par des motifs d'intérêt ; & ma conduite depuis ce moment-là "jusqu’à ce jour est un preuve de ce que j’avance. Je trouvai une occasion ou je crus pouvoir faire du bien , & je suivis exactement ce que mon coeur me dictait. Je ne lus aucuns livres & je n’étudiai pas les opinions des autres , je pensai pour moi-même. Voici l’affaire :
Pendant la suspension des anciens gouvernemens ea
Je commence par rations.
Amérique, tant avant qu’âpfès le commencement des hostilités, je fus frappé de l’ordre & du décorum avec lesquels tout etoit conduit 5 l’idée me vint que tout le gouvernement qui etoit nécessaire , étoit peu de chose au-delà de ce que la société peut faire, & que la monarchie & l’aristocratie étoient’ dès fraudes & des impositions.
Slir ces principes, je publiai le pamphlet common fenfe , ou le fens commun , le succès qu’il éprouva Surpassa tout ce que l’on avoir vu depuis l'invention de l’imprimerie. J abandonnai ledroit d’impi imér'a chaque Etat de l’union, & on n en demanda pas moins de cent mille exemplaires. Je continuai le sujet der la niême manière , sous le titre de la crifc , jusqu’à l'établissement complet de la révolution.
Après la déclaration d’indépendance, le Congrès, à mon insçu , me nomma unanimement secrétaire du département des affaires étrangères, j’en fus content , parce epue' cela me fournit une occasion d’examiner les talens des cours étrangères, & de voir leur manière de faire les affaires. Mais' un mal-entendu ayant eu lieu entre le Congrès & moi, au sujet d’un de leurs commissaires , alors en Europe, M. Silas Deane?Je résignai ma commission, 8c refusai en meme tems lcà offres pécuniaires qui me furent faites par les ministres de France & d’Espagne , M. Gérard, & dom Juan Mirralles.
J’avois alors tellement gagné la confiance des Américains, & mon indépendance etoit si visible , que j’obtins une réputation dans la littérature politique , peut-être Su-
C’est pervertir les termes, que de dire qu’une charte donne des droits , elle a un effet contraire *
périeure à celle d’aucun individu dans aucun pays du monde; & ce qui est encore ^>lus extraordinaire , c’est que je la. conservai jusqu’à la fin de la guerre, & que j'en jouis encore aujourd'hui. Comme ce n’étoit pas ma propre personne que j’avois en vue, je commençai dans la résolution, & heureusement avec la. disposition , de ne me laisser émouvoir, ni par les louanges, ni par la censure , ni par l’amitie,. ni par la calomnie , ni d’être diverti de mon objet par aucune altercation personnelle, & l’homme qui, n’est , pas. capable de cela, n’est pas propre à avoir un caractère public.
Lorsque la guerre fut terminée , j’allai de Philadelphie à Borden-Tov/n , sur la rive orientale de la Delawarç ,cn j’ai une petite habitation. Le congrès étoit alors à Prince* Toxyn, à quinze milles de-là,; & le général Washington avoir établi son quartier àrRocky-Hill , dans le voisinage du Congrès , afin de résigner sa commission , ( l'objet pou® lequel il 1 avoir acceptée étant accompli , ) & de se retire® dans ses foyers. Pendant qu’il étoit occupé de cette affaire % il m’écrivit la lettre suivante :
A Rocky-Hill , /no Sçptemdre 1785,'
J’ai appris depuis mon arrivée ici , que vous éftez à Borden-Town. Je ne sais si c’est pour votre tranquillité ou par économie, que ce soit pour l’une ou pour l'autre, çtî pour toutes les, deux, ou quel que soit votre mcuf, si
qui est celui doter des droits. Les droits sont* inhérens dans tous les habitans; mais les chartes
vous voulez venir ici, & partager ma fortune , je seraicharmé de vous y voir.
Votre présence pourra rappeler au Congrès les services que vous avez rendus à ce pays > & s’il est en mon pouvoir d’y influer , disposez librement de moi ; vous pouvez compter sur les efforts les plus grands .de la part d’un homme , qui a la plus haute opinion de l’importance de: vos ouvrages, & qui se dit avec beaucoup dé plaisir.
Votre sincère ami ,
Pendant la guerre ^ vers la fin de l’année 1780, je formai le projet de passer en Angleterre j & je communiquai mon intention au général Green, qui étoit alors à Philadelphie , dans sa marche vers les provinces méridionales ‘y le général Washington étant alors , trop éloigné pour pouvoir’dïrectement communiquer avec lui. le m’ésois • fortement mis dans la eéte que, si je pouvois passer en Angleterre incognito , & y être en sûreté jusqu a ce que ' j’eus pu publier un pamphlet, je pourvois désiller les yeux des habitans sur la folie & la stupidité d'e son gouvernement. Je voyois qae les différcns partis du Parlement s’etoient combattus autant qu’ils le pouvoient , & qu’ils étoient incapables de faire aucune nouvelle impression l’un sur l’autre. Le général Green entra' tout-à-fait dans .mes vues ‘y mais l’aftaire d’A mold & d’André étant arrivée pcuv
en annulant ces droits dans la majorité, les laissent exclusivement entre les mains d’un petit
de teins après , il changea d’avis , & ayant de grandes appréhensions pour ma sûreté , il m’écrivit d'une manière fort pressante d’Anapolîs, dans le Maryland , d'abandonner ce projet , ce que ’je fis avec quelque répugnance. Peu après j’accompagnai le colonel Lawrens , fils de M. Lawrens-, alors prisonnier à la tout de Londres , en France pour les affaires du Congrès. Nous débarquâmes à l’Orient, & candis que j’étois encore-là , le colonel étant allé en avant, il arriva une circonstance qui fit renaître mon premier dessein. Un paquebot anglais de Faîmouth à Ne w~york-, avec les dépêches du gouvernement, à bord, fur amené à l’Orient. Il n’est pas extraordinaire qu’un paquebot soit pris 5 mais on aura peine à croire ‘que les dépêches ayent été prises aussi, parce qu’elles pendent toujours à la fenêtre de la chambre" du capitaine , dans un sac avec des boulets, de manière à pouvoir être jetées à la mer en un instant. Le fait est cependant tel que je le* raconte 5 car j’eus les dépêches éhtre les mains, & je les las. Cette capture , Selon ce que l’on m’a raconté , réussit de la manière suivante : le capitaine du corsaire la Madame, qui parloit bien anglais, en abordant le paquebot , se fît passer pour le capitaine d’une frégate anglaise, & invita lecapitaine du paquebot à venir à bord, après quoi-il envoya quelques uns de ses gens par derrière , qui s’assurèrent de la malle. Mais quelles qu’ayent été les circonstances de la prise , je parle avec certitude des dépêches du gouvernement Elles furent envoyées à Paris, au- comte de Ver-*