‹ Droits de l'homme (volume 2)Chapitre 9 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MOYENS d'améliorer la condition de V Europe : mélange.

£ N contemplant un sujet qui embrasse toute la région de l’humanité , il est impossible de limiter nos poursuites dans une feule direction; elles s’arrêtent sur tous les caractères & sur toutes les conditions qui appartiennent à l’homme, & mêlent ensemble l’individu , la nation & le monde.

I5’une étincelle , qui parut en Amérique , il s’est élevé une flamme qu’il est impossible d’éteindre. Sans rien consumer , comme Yultima ratio regum , elle passe d’une Nation à une autre , conquiert par une opération imperceptible, l/homme se trouve changé, & sait à peine comment. Il acquiert la connoissance de ses droits ea

faisant attention à ses intérêts , & s*aperçoit finalement que la force 8c le pouvoir du despotisme ne consistent que dans la crainte de lui résister, & que, pour être libre , il ne faut que le vouloir.

M’étant efforcé, dans les chapitres précédens de cet ouvrage , d’établir un système de principes comme les bases sur lesquelles les gouvernemens doivent être fondés, je vais m’occuper dans celuici des moyens de les mettre en pratique. Mais afin d’introduire cette partie du sujet , avec plus de convenance & d’efficacité , il sera nécessaire de faire quelques observations préliminaires , déduites de ces principes , ou liées avec eux.

Quelle que soit la forme ou la constitution d’un gouvernement, elle ne doit avoir d’autre objet que le bien général ; quand , au lieu de cela , elle tend à créer, ou à augmenter la misère d’aucune des parties de la société, elle est fondée sur un mauvais système, & il faut nécessairement une réforme.

Le langage ordinaire a donné a la condition de l’homme deux dénominations , l’état civilisé & l’état de sauvage; il a accordé à l’un le bonheur . 6c l’abondance; à l’autre , la misère & les besoins. Mais quelque séduite que puisse être notre imagination , par les descriptions 6c par les comparai-

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sons , il n’eii est pas moins vrai qu’une grande p'artié du genre humain , dans ce que l’on appelle les pays civilisés , est dans un état de pauvreté 6c de misère 3 . beaucoup au-dessous de celui de l’Indien. Je ne parle pas ici d’un seul pays, mais de tous. Il en est ainsi en Angleterre , il en est ainsi dans toute l’Europe : cherchons- en la cause.

Cette cause ne vient pas d’aucun défaut naturel dans les principes de la civilisation , mais de ce qu’on empêche ces principes d’opérer universellement } la conséquence est un système perpétuel de guerre 6c de dépense , qui épuise le pays , 6c détruit le bonheur général dont la civilisation est susceptible.

Tous les gouvernemens de l’Europe ( la France exceptée ) sont fondés , non pas sur un principe de civilisation générale , mais précisément sur l’inverse. Quant aux rapports que ces gouvernemens ont les uns avec les autres , ils sont dans la même situation que celle des sàuvages ; ils se mettent au-dessus des lois de Dieu 6c des hommes, & sont, par leurs principes 6c par leur conduite réciproques, comme autant d’individus dans l’état de nature.

Les habitans de tous les pays, sous l’empire des lois , communiquent aisément ensemble ÿ mais les gouvernemens étant encore dans l’état

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