CHAPITRE IX
De V origine des anciens Gouvernemens actuels.
Il est impossible que les gouvernemens qui ont jusqu’ici existé dans le monde, ayent commencé
par aucun autre moyen que par fa violation entière de tous les principes sacrés & moraux. L’obscurité dont leur origine est enveloppée, marque l’iniquité 8c la disgrâce par lesquelles ils ont commencé. L’origine des gouvernemens actuels de l’Amérique 8c de France ne s’oubliera jamais parce qu il est honorable de la retracer' mais quant aux autres , la flatterie même les a consignés dans le tombeau du tems sans inscription.
Il n ’étoit pas bien difficile , dans les premiers siècles du monde , tandis que les hommes étoient principalement occupés du soin de faire paître les troupeaux, a une bande de brigands , de parcourir un pays& de le mettre à contribution. Leur pouvoir ainsi établi, le chef de la bande tâcha de substituer le nom de monarque à celui de voleur £ âc voilà l’origine de la monarchie 8c des rois.
L’origine du gouvernement d’Angleterre, quant â ce qui regarde ce que l’on appelle la ligne de sa monarchie , étant un des plus récens, est peutêtre la mieux connue. Il faut que la haine , que l'invasion 8c la tyrannie des Norffiands avoient excitée, ait été bien invétérée, puisqu’elle a survécu au stratagème inventé pour l’effacer. Quoiqu’aueun courtisan ne parle de la cloche du couvre-feu , il n y a pas .un village d’Angleterre qui l’aie ‘oubliée. • •
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Ces bandes de brigands ayant partagé le mondes 8c l’ayant divisé en Etats, commencèrent, comme il arrive ordinairement , à se quereller entr’eux. D’autres crurent qu’il étoit auffi légitime de prendre ce que l’on avoit d’abord obtenu par la violence , & un second pillage succéda au premier. Ils envahirent alternativement les dominations que chacun d’eux s’étoit appropriées , &la férocité avec laquelle ils se traitèrent les uns les autres 9 démontre assez le caractère originaire de la monarchie. C’étoit un brigand qui en tourmentoit un autre. Le conquérant regardoit le vaincu , non pas comme son prisonnier , mais comme sa propriété. Il le conduisoit en triomphe chargé dechaînes, 8c le condamnoit , selon son plaisir, à l’esclavage ou à la mort. A mesure que le tems étendit son voile sur leur origine, leurs fuccesseurs prirent uiuïouvel extérieur pour trancher le fil de leur disgrâce j mais leurs principes 8c leurs objets furent toujours les mêmes. Ce qui d’abord étoit un pillage , prit le nom plus doux de revenu ou d’impôt , 8c ils affectèrent d’héritér un pouvoir qu’ils avoient dans l’origine usurpé.
Que pouvoit-on attendre de gouvernemens qui avoient ainsi commencé , sinon un système continuel de guerres 8c d’extorsions ? 41s s’en sont fait un commerce. Ce vice n’est pas plus particulier
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» l’an qu’à l’autre, mais cest le principe commun de tous. 11 n’y a pas, dans de pareils gouvernemens , une seule tige sur laquelle on puisse greffer une réforme j & le remède le plus court 8c le plus efficace, c’est de recommencer de nouveau*
Quelles scènes d’horreur , quel vaste catalogue d’iniquités se présentent, lorsque l’on jette lesÿeui sur l’histoire de ces gouvernemens ! Si l’on vouloir peindre la nature humaine avec les caractères de la bassesse 8c de l’hypocrisie, ce seroit le portrait des rois , des cours 8c des cabinets qu’il fauâroit faire. L’homme naturel, malgré tous ses défauts , ne pourroit pas servir au tableau.
Est-il possible de supposer que, si lesgodvernejiiens avoient été fondés sur de. justes principes, 8c n’avoient pas d’intérêt à en suivre d’injustes , le monde auroit été dans la misérable 8c discordante situation dans laquelle nous l’avons vu l Quel avantage avoir le fermier , qui suivoit sa charrue, de quitter ses paisibles travaux, pour faire la. guerre au fermier d’un autre pays ? QueL étoit celui du manufacturier? A quoi leur sert La domination , ou de quelle utilité est-elle à aucune, classe d’hommes dans une nation ? Ajoute-t-elle un seul arpent aux terres de qui que ce soit , ou en augmente-t-elle la valeur? Les conquêtes 8c les défaites ne lui coûtent - elles pas également
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chpr les conséquences qui en résultent ne sont-^ elles pas nécessairement une augmentation d’impôts ? - Quoique ces argumens puissent être bons pour une nation, ils ne le sont pas pour un gouvernement. La guerre eft la banque de Pharaon des gouvernemens, 3c les nations sont les dupes.
S il y a quelque chose de surprenant dans cette misérable scène de gouvernemens -, ce sont les progrès que les, arts paisibles de l’agriculture , des manufactures & du commerce ont faits sous cette longue suite de decouragemens 8c d’oppression. Ils servent à prouver que l’indind n’agit pas plus fortement chez les animaux, que les principes de la société 8c de la civilisation n’opèrent chez l’homme. Malgré tous les découragemens , il poursuit son objet, 3c ne cede qu’aux impossx^ bilités..