CHAPITRE III
Des ' anciens & des nouveaux systèmes de gouvernement.
Ï\i en ne saurait paraître plus contradictoire que les principes selon lesquels les anciens gouverne-
mens ont commencé, 8c l’état auquel la société,' la civilisation 8c le commerce sont capables de porter les hommes. Le gouvernement , selon l’ancien système , est une assopiption de pouvoir , qui cherche à s’augmenter y selon le nouveau, c’ett une délégation de pouvoir pour l’avantage commun de la société. Le premier se soutient en entretenant un système de guerre } le dernier maintient un système de paix , comme le seul moyen d’enrichir une nation. L’un encourage les préjugés nationaux ; l’autre desire la société universelle , comme un moyen de commerce universel. L’un estime sa prospérité sur la quantité de revenus qu’il extorque^ l’autre prouve son excellence par le peu de taxes qu’il exige.
M. Builéb a parlé d’anciens 8c de nouveaux Whigs. S’il peut s’amuser de noms 8c de distinctions puériles , je n’interromprai pas ses amusemens. Ce mest pas à lui , mais a l’abbé Sieyes que j’adrelfe ce chapitre. Je me suis engagé avec ce dernier de discuter le sujet du gouvernement monarchique } 8c comme il se présente naturellement en comparant les anciens systèmes avec les nouveaux , je saisis cette occasion de lui offrir mes observations. Je dirai.de tems en tems un mot a M. Burke en pa liant.
Quoique l’on puisse prouver que le syftême de
muqMfluuffH
gouvernement, que l’on appelle aujourd’hui nou* veau, soit en principe le plus ancien qui ait jamais exifté, puisqu’il eft fondé sur les droits originaires 8c, imprescriptibles de l’homme : ce- J^èndant comme la tyrannie 8c l’épée ont suspendu pendant tant de siècles l’exercice de ces droits, il vaudra mieux , pour ne pas se* tromper , l’appeler le nouveau , que de réclamer le droit de l’appeler l’ancien.
La première distinction générale entre ces deux systèmes, c est que celui que nous appelons l’ancien, est héréditaire ; en tout ou en partie, 8c que le nouveau est entièrement représentatif. Il rejette tout gouvernement héréditaire.
D’abord , comme une imposition.
Secondement , comme insuffisant aux fins pour lesquelles le gouvernement est necessaire.
Revenons au premier chef. —On ne sauroit prouver sur quel droit le gouvernement héréditaire a commencé; & il n’y a pas même au pouvoir des homme's uii droit de 1 établir. L’homme n’a aucune autorité sur la postérité en fait de droit personnel; conséquemment aucun homme , ni aucun corps d’hommes, n’eut jamais, ou ne sauroit avoir un droit d’établir un gouvernement héréditaire. Si nous devions même renaître nousmêmes, ali lieu d’être succédés par la postérité.
nous n’avons pas le droit de nous priver maintenant d’un droit qui .nous appartiendrait alors. Sur quoi fondés > donc, prétendons-nous en priver les autres ?
Tout gouvernement héréditaire est par sa nature une tyrannie. Une couronne ou un trône héréditaire, quel que soit- le nom imaginaire que l’on puisse donner à de pareilles choses , n’a point d’autre signification , sinon que le genre humain est une propriété qui peut s’hériter. Hériter un gouvernement, c’est hériter les peuples, comme s’ils étoient des troupeaux de bestiaux.
Quant au second chef > f avoir qu’un gouvernement héréditaire est insuffisant aux fins pour lesquelles le gouvernement est institué , nous n’avons , pour le prouver , qu’à examiner ce qu’est essentiellement le gouvernement , & à le comparer avec les circonstances auxquelles une succession héréditaire est sujette.
Le gouvernement doit fou jours être dans un état de maturité. Il doit être construit de manière à être supérieur à tous les accidens auxquels le simple individu est sujet; donc la succession héréditaire , étant sujette à tous ces accidens } eft la plus irrégulière &r la plus imparfaite de tous les systèmes de gouvernement.
Nous avons entendu appeler les droits de
/ homme un système de nivellement ; mais le senf système, auquel le mot nivellement soit applicable y est le système de la monarchie héréditaire. Il admet indistinctement toutes sortes de caractères à la même autorité. Le vice & la vertu, l’ignorance & la sagesse , et> un mot toutes les qualités , bonnes ou mauvaises , sont mises au même niveau. Les rois se succèdent non pas comme des êtres raisonnables, mais comme des animaux. Leur caractère moral & leurs facultés spirituelles 5 sont des choses indifférentes. Devons-nous donc être surpris de 1 état abject de l’esprit humain dans les monarchies , lorsque le gouvernement est fondé sur un système de nivellement aussi abject. — Il na pas de caractère fixe; aujourd’hui c’est une chose , demain une autre. Il change avec le caractère de chaque successeur , 8c est sujet à toutes les variations de chacun d’eux. C’est un gouvernement qui agit par la médiation des accidéns 8c des passions. Il paroîf sous les différens caractères de l’enfance , de la décrépitude & du radotage; un être à nourrice, à la lisière, ou sur des béquilles ; il est l’inverse de l’ordre parfait de la nature; il fait souvent dominer des enfans sue des hommes faits , & les préventions de. la jeunesse sur la sagesse 8c l’expérience. En un mot on ne saurait concevoir une forme de gouvernement
plus ridicule que celle que présente la succession! héréditaire dans tous les cas.
S'il pouvoir y avoir un décret dans la nature,' ou un édit enregistré art ciel , 8c que l’homme pût le connoîtte , que la vertu 8c la sagesse appartinssent invariablement à la succession héréditaire, toutes les objections seraient résolues j mais quand on voit que la nature agit comme si elle désavouoit 8c ridiculisoit le système héréditaire ÿ que les facultés mentales des successeurs, dans tous les pays, ne sont pas au pair de l’entendement humain j que l’un est? un tyran 8c l’autre un imbé-; cille, un troisième un fou, 8c que quelques-uns réunissent ces trois qualités , il est impossible d’avoir de la confiance en un pareil système quand il est au pouvoir de la raison d’agir.
Ce n est pas à l’abbé Sieyes que j’ai dessein d’appliquer ce raisonnement : il m’en a épargné la. peine , en donnant son opinion là-dessus.
« Si l’on me demande , dit-il , quelle est? » mon opinion par rapport au droit héréditaire, »» je répondrai , sans hésirer , qu’en bonne « théorie , une transmission héréditaire do pouvoir ou de places , ne sauroit jamais s’ac- » corder avec les lois d’une< véritable représen- » tation. L’hérédité est , en ce sens , autant un s» attentat contre le principe qu’un outrage à la
imawaBHBB
** société ; mais examinons * continue-t-il , l’his* » toire de toutes les. monarchies 8c de toutes les « principautés éle&ivês ; en existe-t-il une dans j» laquelle le mode d élection ne soit pas pire que » la succession héréditaire « ?
Discuter qu’elle est la pire, c’estadmettre qu’elles sont toutes deux mauvaises ; 8c en cela nous sommes d accord» La préférence que l’abbé a donnée fait la condamnation de la chose qu’il préféré» Une pareille méthode de raisonner sur un sujet est inadmissible , parce que c’est en derniere analyse accuser la providence de n’avoir laissé à 1 homme aucun autre choix pat rapport au gouvernement que celi\i de deux maux dont le moindre est un 'attentat contre le principe i & un ou ii trage à la fociété* .
Sans entrer, pour le présent, dans aucun détail des maux 8c des malheurs que la monarchie a, occasionnes dans le monde , rien ne démontre plus clairement son inutilité dans un état de gouvernement civil , que de la rendre héréditaire : rendrions-nous héréditaire aucun office qui exige de la sagesse 8c de l’habileté ?
Or , une place ou il ne faut ni sagesse ni talens , quelle quelle soit , est superflue 8c pet* importante.
La succession héréditaire est une plaisanterie
sur la monarchie. Elle la place sous le point de vue le plus ridicule , en la présentant comme un poste qu’un enfant ou qu’un imbécille peut remplir. Il faut quelques talens pour être ouvrier j mais pour être roi , il ne faut qu’avoir la figure humaine , être une espèce d’automate vivant. Cette sorte de superstition peut encore durer quelques années , mais elle ne sauroit long-rems résister à la raison vigilante 8c à l’intérêt des hommes.
Quant à M. Burke , c’est un défenseur de la monarchie, non seulement comme pensionnaire, s’il en est un, 8c je le crois , mais même comme politique. Il a adopté une fort mauvaise opinion du genre humain, qui, à son tour, a la même opinion de lui. Il considère les hommes comme des bestiaux qu’il faut gouverner par la fraude , par des représentations & par du brillant } 8c selon lui Une idole , seroit une aussi bonne figure pour une monarchie qu’un homme. Je lui rendrai cependant la justice de dire qu’au sujet de l’Amérique, il a toujours fait beaucoup de complimens. Il a toujours soutenu , au moins , en ma. présence , que le peuple de l’Amérique étoit plus éclairé que celui d’Angleterre , ou d’aucun autre pays de. l’Europe, & que conséquemment il n’é-
toît pas necessaire de lui en imposer par de i’édât pour le gouverner.
, Qupîqne la comparaison entre la monarchie héréditaire ôc la monarchie éledive , faite par l’abbé Sieyes , soit inutile , parce que le système repré fentatifies rejette toutes deux ; cependant si j’en faisois moi-môme la comparaison , je déciderois dJune manière contraire à la sienne.
Les guerres civiles qu’ont occasionnées les droits héréditaires contestés , sont plus nombreuses , ôc ont été plus terribles ôc plus» longues que celles occasionnées par les éledions. Toutes les guerres civiles de France furent causées par le système héréditaire ; elles furent produites ou par des réclamations d’hérédité , ou par rimperfedion' de la forme héréditaire , qui admet des régences,' ou des monarchies à la lisière ; quant à l’An-'' gleterre, son histoire fourmille des mêmes malheurs. La contestation pour la succession entre les maisons d York ôc de Lancastre, dura un siecle entier; ôc d’autres -, du même genre, ont eu lieu depuis cette époque ; celles de 1 7 ï 5 ôc de 1745 étoient de la même nature. La guerre de succession pour la couronne d’Espagne , arma presque toute l’Europe. Les troubles de la Hollande viennent de l’hérédité du Starhoudef. Un
gouvernement
gouvernement qui s'appelle libre, avec une place Kl* réditaire , ressemble à une épine dans la chair qui. produit une fermentation qui tache de la faire sortir.
Je pourrois aller plus loin , 8c attribuer toutes les guerres étrangères à la même cause. C’est en ajoutant le mal de 1 hérédité à celui de la monarchie> quon crée un intérêt permanent de famille , dont les objets constans sont la domination 8c le revenu. La P ologne, quoique monarchie' éleétive, a eu moins de guerres que les monarchies héréditaires; 8c cest le seul gouvernement qubâit fait tin essai volontaire , quoique peu considérable, •pour réformer la condition du pays.
Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur quelques-uns des défauts des systèmes anciens 8c héréditaires de gouvernement * comparons-les avec le nouveau^, ou avec le système-représentatif.
Le système repréfentatif prend la société 8c k tivilisation pour bases; la nature, la raison 8c l’expérience pour guides.
L’expérience de tous les siècles 8c de tous les pays , a démontré qu’il est impossible de contrôler la nature dans la distribution des facultés spirituelles. Elle les accorde comme!! lui plaît; quelle que soit la réglé selon laquelle elle les répand , en •apparence , parmi les hommes, cette réglé esc un secret l’homipe. Il seroic aussi ridicule de
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:]k:5^geS($éfiQüellç2qîJ^^| l^sag^se^c’est^pmme unepknte smtâ&efcfyQti pcutkçukivprqupid ^Jle pa^ÎEb ai^is on ne sauroit lp; reproduire 3 volonté. Il y m a. toujours une qualité su^xs.ajiir^ p .tomes les fins, dans la masse de la société i m^is elle 11a pas de point fixe j elle varie contin\iqllemenç. ^vj^pidjfiui elle parole dans un hommo ^ demain d^ns un attere., & elle a probablement^ !s9&cessiv, eurent dans toutes les familles de - la terre -quelle a aussi successivement abandonnées. , r:j -, . Comme ceft-là l’ordre de la nature , l’ordre du ■ gouvernement doit nécelfairement le fuivre , autre- -ment le gouvernement dégénéré, comme nous 4e voyons , en ignorance > c’est pourquoi le système héréditaire répugne autant à la sagesse humaiqe qu’aux droits des hommes , &.est aussi absurde qu’il est injuste. -
Gomme. la république- des lettres engendre, les ùieilleures produdions littéraires , en donnant :ati génie une chance universelle y de même le - système représentatif de gouvernement est calqué pour produire les meilleures Içis , en recueillant la sagesse par- tout où elle se trouve.
Je ris en moi-même, quand je considère combien 4a littérature, &; les sciences seroient dégénérées, ,§i on les ayçn rendu héréditaires , & joporte les
«ftêmes idées dans les gouvertiemens. Un gouverneur héréditaire est aussi absurde qu’un auteut héréditaire. Je ne sais pas si Homere ou Euelide avoit des en fans ; mais j’ose assurer que s’ils en «voient , & qu’ils eussent laissé leurs ouvrages imparfaits , ces enfans ne les auroient - ‘ âbsy elte^oxâ wloy ah a*q dit Avons-nous besoin d’une plus grande preuve de l’absurdité du gouvernement héréditaire qu’en cohsiderànc les descendans de ces hommes autrefois célèbres dans un genre quelconque ? Se trouve-t-il presqu’un exemple ou leur caractère n’ait point été l’inverse de celui de leurs pères ? Il sembloit que le courant des facultés fpirituelles avoit coulé aussi loin que possible dans certains canaux , qu’il avoit ensuite abandonné sa courte pour entrer dans d’autres. Que le système héréditaire est donc irraisonnable , puisqu’il établie des canaux de pouvoir , dans lesquels la sagesse refuse de couler ! En continuant cette absurdité , l’homme est perpétuellement en contradiction avec lui-même; il accepte pour roi, pour magistrat suprême ou pour législateur , un homme qu’il ne voudroit pas choisir pour huissier.
Il paroît que les révolutions produisent des talens & du génie ; mais ces événemens ne font que les mettre en avant. Il y a dans l’homme
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«ne masse d’esprit qui dort, &qui, si elle nV jamais d’occasion d etre mise en mouvement , descend ainsi dans ie tombeau avec lui. Comme, il est avantageux à la société que toutes ses facultés soient employées , la construction -du gouvernement doit être telle quelle puisse mettre au jour , par une opération régulière fk tranquille, toute cetre étendue de capacité qui ne manque jamais de paroître dans les révolutions. . r(: #
Cela ne sauroit avoir lieu dans l’état insipide du gouvernement héréditaire, non ~ seulementparce qu’il empêche cette capacité de paroître mais parce qu’il tend à engourdir. Quand l’es-., prit d’une nation est assujetti à quelque superstition politique de son gouvernement , telle que la. succession héréditaire , il perd une [grande , partie de sa vigueur , par. rapport aux autres sujets, ou objets. La succession héréditaire exige la même obéissance à l’ignorance qu’à la sagesse ÿ ôc quand une fois l’efprit est amené, à payer indistinctement ce respect , il s’abaisse, au-dessous, du niveau de l’homme pensant ; il n’est plu s, propre t qu’à être grand dans les petites choses. li se trompe , lui-même , & étoufFe, les sensations qui tendent; à lui faire découvrir la fourberie. , f,0- ,
Quoique les anciens gouv,ernemens nous, offrent un misérable tableau de la condition de l’homme.
3 yen a un sur- tour qui n’entre point dans Cme .description générale. C’est la démocratie d’Athèi nés. Gn voit plus1 de choses à admirer & moins à blâmer chez ce peuple grand Sc extraordinaire, que dans tout ce que ^histoire nous présente.
M. Butke est si peu instruit des principes cofisrîitüans du gouvernement , qu’il confond la démocratie ôc Ja représentation. La représentation étôit une chose inconnue dans les démocraties anciennes ; la masse du peuple s’assembloit 8c faisoit des lois ( pour parler grammaire ) à la première personne.La simple démocratie n etoit autre chose que la maison commune desancidfts y elle signifie la forme ainsi que le principe public du gouvernement. Lorsque ces démocraties augmentèrent en population , & se répandirent sur une plus grande étendue de territoire, la simple forme dér mocratiqne devint impraticable ; & comme le fystême de repréfentation etoit inconnu , il s’ensuivit qu’elles dégénérèrent en monarchies , -ou .qu’elles se fondirent dans celles qui existoient déjà. Si l’on avoit alors' compris le système reptéfenratif , comme, aujourd’hui,, il n’y a pas lieu de croire que ces formes de gou&memenr, que. l’on appelle aujourd'hui monarchiques ou aristocratiques , eussent jamais existé \ ce fut le manque de quelque métlioda pour confplider les
' ci
-parties de îafridété, lorfqu’elle devint tr&p n©m~ breufe & trop éparfe pour la simple forme démocratique, ainsi que la condition ifolée des bergers & dès pâtres dans d’autres parties du monde, qui fournit une occasion d’élever ces formes de gouvernemens contraires à la nature.
Comme il est nécessaire de balayer les ruines des erreurs fous lefquelles le fujet du gouvernement a été enseveli , je vais continuer mes remarques fur quelques autres.
Les courtifans & les gouvernemens avec des cours ont toujours eu la rufe politique d’invectiver une chofe qu’ils appellent républicanifme } mais ils n’ont jamais tenté d’expliquer ce qu’étoit le répüblicariifme , examinons un peu ce que c’est.
Les feules formes de gouvernement font la démocratique , l’aristocratique , la monarchique , $c ce que l’on appelle aujourd’hui la repréfentative. -
Ce que l’on appelle république n’est pas une forme particulière de gouvernement , c’est feule? ment le caractère du but ou de l'objet pour lequel le gouvernement doit être établi, & auquel il doit être employé.
Res pubuca , les affaires publiques , ou le bien public * ou, félon la traduction littérale, la zhçfe publique , c’est un mot d’une bonne ori-
gîne,-, cpi a rapport à ce quà doit erre le-caraer tète & ,1’etWfloi du gouvernement, & dans, ce •feus U estnaturellemetp; oppofé au moz monarchie,, ypii m une origine, vile ôc basse. Ce dernier vent dire le pouvoir arbitraire dans un feul individu^ dans l’exercice duquel fon objet 11’eft pas la rcs ■publiea i mais fon intérêt particulier.
. T out gouvernement qui n’agi t pas félon le principe d’une république y ou, pour parler en d’aiittes termes , qui ne fait pas de la chofe publique fou -jfeul & unique objet, n’est pas un bon gouverne* iment. Un gouvernement républicain n’est rien :aurre chofe qu’un gouvernement établi &: dirigé ^potir rinîérèt public , individuellement & collectivement^ il n’eft pas nécessairement lié ayqc .aucune forme particulière \ mais il fe lie plus naturellement avec la forme repréfentative , parce. quelle est mieux calquée pour assurer les fins pour lefquelles une nation fait la dépenfe de
olfli fou tenir.
■z. Différentes formes de gouvernement ont affecté ; de prendre le nom de république. La Pologne ; s’appelle république , ^quoique ce foit une aristocratie héréditaire, avec ce que l’on appelle une •monarchie élective. La Hollande s’appelle ré- . publique , & c’est principalement une ariftocratie , iwrca un stadiouder héréditaire j mais le gôuver-
-naLaia tt WWK
nementde l'Amérique , qui est entièrement felo». le fystême rie rep/réfen ration , est la feule ré-* pubiique reelle qui existe aujourd’hui ; fon gouvernement n’a point d’autre objet que les affaires rie la nation ,& conféquemment c’est dans toute l’étendue du terme une république; & les Américains ont pris foin que ces affaires seules foient toujours l’objet rie leur gouvernement , en rejetant tout ce qui étoit héréditaire , & en établissant leur gouvernement uniquement suc le système représentatif.
Ceux qui ont dit qu’une république n’étoir par une forme rie gouvernement , propre à ries pays d’une grande étendue j ont d’abord -erré, en pre* mnt les affaires d’un gouvernement pour une forme de gouvernement; car la chofe publique appartient également à une étendue quelconque de territoire & à la plus grande population ; eq fécond lieu, s’ils ont voulu dire la forme ils ont sûrement entendu la simple forme démocratique qui existoit chez les anciëns , ou la représentation étoit inconnue.
La pontion pourlorsn’estplus,quunerépubIique ne sauroit être grande , mais quelle ne sauroi-t être fort étendue sous la fimple forme démocratique; & la question fe réduit naturellement à ceci ! quelle eft la meilleure forme de gouvernementt
fbur conduire la res. bubeuca, ou là cuosm PUBLIQUE d’une nation y lorsqu’elle est devenue trop-grande & trop nombreuse pour la simple forme démocratique ?
: Ce ne sauroit être la monarchique s parce que la monarchique est sujette à une objection semblable' à celle qu’on a faire à la ■ {impie forme démocratique.
Il est possible qu’un individu pose un syfteme de principes sut lesquels le gouvernement, soit constitutionnellement établi dans une vaste écendue de territoire; ce n est-là qu’une opération de l’esprit qui fait usage de ses pouvoirs ; mais la pratique applicable , selon ces principes, aux nombreuses 8c diverses circonstances d’une nation, à fon agriculture, ses manufactures, son trafic 8c son commerce , demande des connaissances d un genre différent , & que l’on ne fauroit puiser que dans les différentes parties de la société. C’est une collection, des connoissançes - pratiques qu’aucun simple individu ne sauroit avoir ; c’est pourquoi la. forme monarchique est aussi limitée dans la pratique utile, à cause du manque deconnoissances,que la forme démocratique l’est > à cause delà trop grande population ; 1 une , par 1 ©tendue , dégé-
néré en
confusion , 8c l’autre en ignorance
ta- incapacité , . 8c toutes les grandes monarchies
«n fournissent la preuve. La forme moiîàtehi'que he saurait donc être un substitut de la forme démocratique , parce qu’elle est sujette aux mêmes înconveniens. ' s
Elle le peut encore moins quand on la rend héréditaire. G’est de toutes les formes celle qui est la plus susceptible d’exclure la sagesse. L’esprit vraiment démocratique ne s’est jatriais souffrais volontairement à être gouverné par dés enfâns ou par des imbécüles , ni par toutes les nuancés extravagantes de caractères qui accom pagnent ••Un système aussi stupide, qui fait la disgrâce & la honte de la raison & de l’homme. = v
Quant à la forme aristocratique , elle a les mêmes vices ôc les mêmes défauts que la monarchiquéV excepté qu’il y a une plus grande chartce d’y trouver plus de taîens à cause du nombre de menibrés qui la composent; mais néanmoins il n’y a aucune sûreté qu’ils seront justement appliqués (i).
En remontant donc à la simple démocratie originaire, elle nous fournira la vraie base' Sùr laquelle on peut asseoir un gouvernement d’une
vaste étendue. La simple démocratie n’est pas
(O On renvoyé le lecteur à la première partie des Droits de'TÜomme , pour le caractère de Taristtocràtiê’ , page 70.
Susceptible de s’étendre à cause de 1 inconvenance de sa forme ; & la monarchie & l’aristocratie fie sauroient non plus convenir a un grand empiré» à cause de leur incapacité. En retenant donc là démocratie pour base, & en rejetant les systèmes corrompus de la monarchie & de Fanstocratie , le système de représentation se présente naturellement, qui remédie, én même tems , aux défauts de la simple démocratie , quant a sa forme, & a l’incapacité des deux autres, quant aux connoissances.
La pure démocratie étoit la société qui se gouvernoit sans l’assistance de moyens secondaires j en greffant la représentation sur la démocratie, nous parvenons à un système de gouvernement capable d’embrasser de réunir tous les differens intérêts , l’étendue de territoire & la population quelque nombreuse qu’elle puisse être ; & cela avec des avantages aussi supérieurs au gouvernement héréditaire, que la république des lettres est supérieure à la littérature héréditaire.
C’est sur ce système que le gouvernement de l’Amérique est fondé. C’est la représentation greffée sur la démocratie. Sa forme est fixée sur une ligne égale, dans tous les cas, à l’étendue du principe, L’Amérique est en grand ce qu’étoit Arhènes eu miniature : l’une étoit la merveille de Fancîea
monde ; l’autre devient l’admiration &r le medèfe du monde présent. C’est la plus intelligible de toutes les formes de gouvernement , & la plus éligible dans la pratique j elle exclut à la fois 1 ignorance & le peu de sûreté du système héréditaire , & les inconvéniens de la simple démocratie.
Il est impossible de concevoir un système de gouvernement capable d'agir sur une si vaste étenaue de territoire, 6c d’administrer une aussi grande vaiiete d interets avec autant de célérité que peut le faire le gouvernement r&préf&ntatif La France:, quoique grande & très-peuplée, ne forme qu’un point dans 1 immensité de ce système 5 il peut* s adapter à tous les cas possibles ; il est même préférable a la simple démocratie , dans les petits •Etats. Athènes, par la représentation, auroit surpassé sa propre démocratie.
Ce que. l’on appelle gouvernement, ou plutôt ce que doit être ie gouvernement , n’est autre chose qu un centre commun, ou aboutissent toutes- * les. parties de la société. Cela ne saurait s’efïee- ’ tuer par aucune méthode' plus conforme aux dif- : ferens interets de la société , que par le système représentatif. Il concentre les connaissances néce§- ' sairesva 1 interet des parties 6c du tout j il place lé gouvernement dans un £tat de-maturité parfaite.^ '
IPiiesr jamais, coin me nous* l’avons déjà obseN vé ,. ni. jeune, ni vieux. 11 n’est sujet ni à l’enfance ni au radotage.: Il n’est jamais au berceau i, à béquilles,, XI n’admet pas la séparation «des connoissances 8c, du pouvoir , . 8c se trouve supérieur, comme le gouvernement doit toujours hêtre, à tous les acçidens de l’homme individuel d^conséquemaient il est bien au-dessus de ce que l’on appelle monarchie.
-.Une nation n’est pas un corps, dont la figure peut-être représentée par le corps humain ; mais c’est un corps renfermé dans un cercle.,, qui a un centre commun , ou aboutissent, tous les rayons; &tce centre est formé par la représentation. Réunir Représentation avec ce que l’on appelle monarchie, .c’est Jàire un gouvernement extravagant. La représentation est elle-même la monarchie déléguée d’une nation, 8c ne sauroit s’abaisser à la partager avec une autre.
M. Burke s’est, deux ou trois fois, servi, dans ses discours au Parlement 8c dans ses ouvrages d’un jargon qui n’offre aucune idée. En parlant du gouvernement, il dit : « Il vaut mieux qu’il >» ait la monarchie pour base & le républicanisme » .pour correctif, que. le républicanisme pour base »» & la mQuarchie pour correctif «. — S’il veut dire quil vaut mieux corriger la folie par la sagesse
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que la sagesse par la folie, je n’ai rien autre chose à lui répondre , sinon qu’il vaudroit beaucoup ïtiièux rejeter entièrement la folie.
Mais quelle est cette chose que M. Bufke ap* pelle monarchie? Veut-il bien nous l’expliquer ? Tout le monde entend fort bien ce que c’est que la représentation , & quelle doit nécessairement renfermer une variété de connoissances & de taie ns. Mais quelle certitude y a-t-il que la monarchie possédera les mêmes qualités? Gu quand cette monarchie est un enfant, où est alors la sagesse? Que fait-il du gouvernement ? Qui est alors le monarque, & où est la monarchie? Si elle doit être représentée par une régence , cela prouve que c’est une farce. :üne régence est une espèce ridicule de république, & toute la monarchie ne mérite pas d’autre nom. G’est une chose aussi variable que l’imagination peut se la présenter. Elle n’a rien de la stabilité que le gou* vernement doit posséder. Chaque succession est une révolution , & chaque régence une conrrerëvolution. Le tout est une scène perpétuelle des cabales & des intrigues de la cour, dont M. Burke est lui-même l’exemple. Pour que la monarchie put s’allier avec le gouvernement, il faudrait que le successeur de chaque monarque ne fût jamais enfant, qu’il.vîntau monde à l’âge viril, & qu’il
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^oit queje n aie pas le bon sens de voir vou que *
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j’aie trop d’esprit pour qu’on m’en impose , soit que j’aie trop oti trop peu d’orgueil, ou ce que l’on vou-, ^ra , il est certain que ce que Ion appelle monarchie m’a toujours paru comme une chose folle Je méprisable. J$ la compare à quelque chose cachée derrière un rideau, autour duquel il y a toujours beaucoup de fracas, & un grand air de sor Jemnité y mais qui fait éclater de rire la compagnie lorsque par accident , le rideau s’ouvre * 6c quelle s’aperçoit de ce que c’eft.
Rien de pareil ne peut arriver dans le sys-i terne représentatif. Semblable à la nation , il possède une consistance perpétuelle de corps de d’esprit , & se présente sur le théâtre du monde d’une manière ferme & mâle. Quels que soient ses perfections ou ses défauts , ils sont également vir.
„sibles. Il n’existe pas par la fraude & par le mysf tère j il ne fait pas usage de sophismes ni d’aucun jargon particulier , mais il inspire un langage qui parfant succeffivement dans tous les cœurs est senti & entendu.
, Il faut que nos yeux soient fermés â la raison }
Un
il faut que notre esprit soit fingulièrement dégradé pour ne pas nous apercevoir de la folie de ce que l’on appelleune monarchie : laNatüre met de l’ordre dans tous ses ouvrages , mais c’est une forme de gouvernement contre nature. Elle renverfe sens dessus dessous les progrès des facultés humainesv Elle assujettît les hommes à être gouvernés par des enfans , & la sagesse à être dirigée par la folie.
Au contraire , le syftème représentatif est toujours conforme à l’ordre & aux lois immuables de la Nature , répond en tout à la raifon de l’homme : par exemple ;
Dans le gouvernement fédératif de l’Amérique; on délégué plus de pouvoir au président des Etats Unis qu’à aucun autre membre du Congrès; c’est pourquoi il ne peut être élu à cette place avant l’âge de trente-cinq ans. A cet âge le jugement est mûr & l’homme a assez vécu pour connoître les hommes & les choses & le pays. — Mais selon le plan monarchique, (outre la multitude de chances qu’il y a contre ceux qui gagnenr un lot à la loterie des facultés humaines ,) le succelfeur immédiat , quel qu’il soit , est mis â la tête de la nation & du gouvernement, â F âge de dix-huit ans. Est-ce-lâ un a&e de sageffè ? Est-ce couve-' nable à la dignité & au caractère mâle d’une nation ? oùeft la propriété d’appeler ce jeune homme
le
le, père du peuple? Dans tous les autres cas * un homme est mineur jusqu à l’âge de vingt-un ans ; avant ce tems-là on ne lui Confie pas l’administration d un seul arpent de terre, ou d’un troupeau de moutons , ou de cochons ; mais , chose étonnante, à l’âge de dix-huit-ans on peut lui confier l’adminiftration d’un peuple.
Il eft évident , (au moins à moi , ) que la monarchie n’est qu’une farce, un fimple artifice de cour pour se procurer de l’argent , sous quelque point de. vue qu’on puifie l’envisager. Il seroitimpoffible , selon le système raisonnable du gouvernement représentatif , de faire monter les dépenses à des sommes auffi énormes que cette déception le fait. Le gouvernement n’est pas par luimème une inftitution fort dispendieuse. Toute la dépense du gouvernement fédéra tifde l’Amérique, fondé i comme je l’ai déjà dit , sur le syftème de la représentation , ik qui embrasse un pays presque dix fois aussi grand que l’Angleterre , n’est que de six cens mille dolars ; ou trois millions deux cent quarante mille livres tournois.
Je suppose qu’aucun homme quia le sens commun ne mettra aucun des rois de l’Europe en pa-‘ rallele avec le général Washington. Cependant en France , ainfi qu’en Angleterre , la dépense seule' de lalisre civile, pour Tentretien d un seul hommé
, il?)
«ft huit fois plus conlidérable que toute U dépense du gouvernement fédératif de l’Amérique. Il efl presqu’impQlï|ble raison pour
cela. plupart des habitans de l’Amérique , particulièrement les pauvres , sont plus capables de payer les taxes que la généralité des habitans
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Mais le fait eft que le syllême représentatif ré* pand un ii grand corps de 1 umières dans route la nation , sur le sujet du gouvernement , qu’jl dissipe l’ignorance <Sc prévient la fraude. L’artihce des cours ne sauroit agir sur cette scène. Il n’y,a aucune place pour le mystère j il ne. peut s’accrocher nulle part } ceux qui ne sont pas représentans connoissent aussi-bien la nature des * affaires que ceux qui le sont } l’affectation d’une importance mystérieuse seroit bientôt découverte. Les nations ne sauroient avoir de secrets 5 & les secrets des cours comme ceux des individus , sont toujours leurs défauts. ,
Dans le syftême représentatif, il faut qu’il paroisse toujours une raison pour tout. Chaque homme est propriétaire du gouvernement , & pense que c’eft une partie essentielle de ses. affaire^ g |e le comprendre , & cela est de sou. iqr^lc^ parce qu’il s’agit de sa propriété. Il examine les dépenses Scies compare avec les avantages ; & sur-tout
5! h’aclopte pas la coutume servile de suivre ce que
appelle les chefs.
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Ce n est qu’en 'fascinant les yeux des hommes , Sc en leur faisant croire que le gouvernement est quelque chose dé merveillèüx & de mystérieux > qu’ohpeut obtenir des revenus excessifs. LÀ fndnarchie est bien calquée pour obtenir ces fins. “C’eÉ précisément la papauté du gouvernement. Une chose entretenue pour amuser les ignorans., & pour lesendormir sur les taxes.
Le gouvernement d’un pays libre , à propreinent parler, ne gîc pas dans les personnes , mais dans les lois. La publication des lois ne coûte pas bien cher; & quand elles sont administrées , fout le gouvernement civil est rempli. — Le resté n’est
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qu une invention de la cour.
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