Ibid. ui
moitié moins une voix, se soumettra à la décision.
De ces prémisses il est aisé de tirer la conclusion : cette loi de la majorité gouvernante, qui est présumée représenter le tout, et qui, par cette raison, a droit à exercer la souveraineté entière, est sage, souverainement bonne et juste ; ayez confiance en elle, ayez confiance dans l'absolue sagesse du peuple qui saura se gouverner comme il lui convient de le faire. Voilà la doctrine dans toute sa simplicité ; Locke avait trop de mâle bon sens pour la pousser jusqu'au bout; mais Jefferson et l'école, la puissante école politique qu'il a fondée, ont répété cette sorte d'axiome depuis près de cent ans et probablement le répéteront longtemps encore ^
i. Si j'écrivais un chapitre de critique littéraire sur Thomas Jefferson, et il vaudrait la peine qu*ou en écrivit un, il faudrait nécessairement parler de ses rapports avec les philosophes de Técole française, voir ce qu'il a pris à Rousseau, au marquis de Goiidorcet et autres; après mûr examen je serais porté à croire que Jefferson qui était un personnage fort compliqué, a bien voulu dans ses correspondances particulières, faire croire à M. de Gondorcet et à d'autres qu'il était un disciple; mais je ne vois pas qu'il ait été beaucoup inspiré par leurs écrits. Il est bien vrai
Regardons maintenant à l'autre côté de la question : en Amérique la doctrine de la souve-
que les idées de rassemblée constituante française sur Tèlection des juges et sur quelques autres points aient été adoptées dans presque tous les Ëtats qui composent les Etats-Unis, mais, ceci u été fait à une époque postérieare à la présidence de Thomas JcfTerson. Et même en ce qui regarde le parti démocratique, à partir de 1846 (date de la constitution de New- York), il est fort douteux qu'il ait été beaucoup affecté par ce qui s'était fait en France en i790ot en il9\.
D'ailleurs quels qu*eussent été les penchants personnels (le Jefferson vers les idées françaises, de 1790-1791 , et en admettant qu'en tout cela il ait été de bonne foi, un abîme le séparera toujours des français de ce temps; personne n*a vu plus loin et mieux au sujet des garanties qu'il fallait donner aux droits du citoyen que ne l'a fait Jefferson. Il a deniamlé et obtenu que les amendements constitutionnels qui les garantissent fussent ajoutés h la constitution des Etats-Unis. Thomas Jefferson est un personnage compliqué dont on peut dire beaucoup de bien et beaucoup de mal ; il attire par la lucidité remarquable de certains de ses aperçus; il produit souvent un effet contraire pur suite de ce qu'il va chez lui «l'ondoyant et, il faut bien le dire, d'un peu tortueux ; mais avec lui il ne faut pas se laisser prendre aux mots, car il a aussi une rare perspicacité qui souvent le décide à faire le contraire do ce qu'il dit.
IVailleurs voyons-le à l'œuvre : en 1776 il rédige la déclaration d'Indépendance; en 1789, il désapprouve évidemment une partie de la constitution des Etats-Unis ; mais il se ravise, il transige, indique nettement les additions qu'il convient d'y faire; ici il a raison sur les fédéralistes.
raineté du peuple devait nécessairement provaloir du moment que le souverain féodal était déclaré déchu ; elle s'est donc produite comme un fait, comme la conséquence inévitable de la révolution qui déplaçait l'organisation précédente; si on a peut-être trop dit qu'à l'origine des Etats-Unis, il n'y avait dans les colonies qu'une société d'égaux, il est certain qu'il ne pouvait pas y avoir d'autre souverain que le peuple. Mais évitons les discussions abstraites; prenons un exemple entre bien d'autres : c'est un fait reconnu que, d'après le droit
puisque tous ses amendements sont adoptés ; président des Etats-Unis, élu contre les fédéralistes, malgré des erreurs de jugement, malgré des f lutes, malgré le discrédit où il tomba vers la fin de sa seconde administrr.tion, il continua sur les points les plus importants une bonne pratique constitutionnelle, colle-là môme qu'avait imaginée Washington ; il va môme plus loin que personne attendu qu'il achète la Louisiane à la France par traité, c'est-àdire, sans une loi qui Ty autorise ; il change donc sans une hi les limites territoriales des Etats-Unis; la grandeur du résultat fait taire, il est vrai, les plus justes critiques; mais assurément jamais le parti fédéraliste dirigé par Washington et le parti républicain môme au milieu des luttes suprêmes de i86i à 1865, n'ont pris plus grandes ou aussi grandes libertés avec la constitution que ne l'a fait le chef du parti démocratique.
qui régissait les colonies, les terres royales, c'est-à-dire d'immenses territoires non concédés, appartenaient à la couronne d'Angleterre; dans TEtat de New- York, et je ne veux citer qu'un seul exemple: certaines concessions avaient été accordées — les traces de ces concessions existent encore; leur histoire remplit les annales de la jurisprudence de l'Etat — mais qu'était la fraction concédée par rapport à la partie qui appartenait à la couronne en 1776 ? Evidemment, quoiqueje ne connaisse pas l'existence de statistiques exactes qui permettraient de répondre, elle était peu considérable. Eh bien! que vont devenir ces immenses propriétés auxquelles le roi a perdu titre parle fait même de sa déchéance? Questiongrave, et que la section ■j^jyème ^Q ]g^ i^j J^ 22 octobre 1779 a résolue
dans les termes suivants : L'entière propriété de toutesterres, droits fonciers, servitudes ainsi que toutes les redevances, paiements de droits souverains, droits de détraction, par quelques noms que ces droits soient désignés et définis, et tous titres et droits s'y rapportant qui, immédiatement avant le 9 juillet de l'année 1776, appartenaient ou étaient dus à la couronne
d^' Angleterre, sont déclarés par cet acte avoir appartenu depuis ledit neuvième jour de juillet 1776 et appartenir dorénavant au peuple de cet Etat, dans lequel la souveraineté et les droits de seigneurie sont et ont été réunis et auquel ils ont été transférés depuis ledit neuvième jour de juillet de Tannée de Notre-Seigneur 1776 *. > Voilà donc le nouveau souverain, le successeur du roi féodal, substitué en lieu et place de ce dernier; il lui succède parce que son droit ï^ulte des événements mêmes qui sont alors 6n voie de s'accomplir.
Et par une bizarrerie du sort, le peuple sou-
^orain de l'Etat trouve dans l'inventaire des
^îens et propriétés de toutes sortes dont il
^^ent d'hériter, une longue énumération de
^ï^its féodaux.
Il ne faut cependant pas croire qu'il se soit '^^té de répudier cette partie de l'héritage, loin ^^là; l'acte dont ce passage est extrait est de "*^'779, et ce n'est que huit ans plus tard que le Nouveau souverain, alors pleinement en possession de son domaine, abolit les tenures militaires