‹ Du bandage plâtré et de son application dans le traitement des fracturesChapitre 10 sur 19 · SUR L’APPAREIL AU PLATRE · texte numérisé non relu

SUR L’APPAREIL AU PLATRE

de M. le docteur MATHTSIN |

par J. P. H. Ven BE LOO, docteur en médecine et en chirurgie, inspecteur des écoles, etc. ,

à Venlo (Limhourg hollandais.)

« Expérimentez, mais expérimentez avec impartialité » et sans idée préconçue ; ne me croyez pas sur paroles » mais ne prononcez qu’après avoir vu ; interrogez les » faits et ils vous montreront la vérité. »

SEUTIN.

J’ai trouvé un partisan zélé en M. le docteur Van de Loo, de Venlo. Ce médecin vit, pour la première fois, l’application du bandage plâtré, au mois de Janvier 1853, à l’hôpital militaire de cette ville. Avant cette époque, M. Van de Loo n’avait pu se former une opinion favorable de ce bandage; mais dès qu’il en eut vu l’application méthodique, il en devint enthousiaste. Quelques semaines après, il s’est rendu à Liège, Bruxelles, Paris, Cologne et Bonn, où il a appliqué l’appareil plâtré et en a fait ressortir les avantages, avec le plus grand succès, devant les sommités médicales et dans plusieurs hôpitaux. Il a été accueilli partout avec un vif intérêt.

Ce médecin a écrit sur le bandage plâtré un article dans lequel la matière a été traitée avec lucidité , ce qui m’engage d’en citer les passages suivants, tirés du Journal de Médecine, publié par la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles , cahier de Mai 1853 , pages 452-459. Voici cet extrait.

Messieurs,

« Le cahier de Février de votre Journal de médecine, etc., contient un rapport, lu dans la séance de la Société des sciences médicales et

DU DANDAGE PLÂTRÉ.

naturelles du 6 décembre dernier , sur un mémoire de M. Malliysen , médecin militaire h llaarlcm, intitulé : Nieuwe wyze , etc. (Nouveau mode d'application du bandage au plâtre dans les fractures.)

» Ce rapport et la discussion à laquelle il a donné lieu sont loin d’être favorables à l’appareil au plâtre du docteur Malhysen; en effet, on a dit de cet appareil : « qu’il ne saurait constituer une amélioration » ou un perfectionnement au mode de déligation des fractures aujour- » d’hui généralement employé , parce que l’emploi de celui-ci est » sanctionné par l’expérience de la grande majorité des chirurgiens , » ainsi que par les avantages que procure l’invention de leur compa- » triote; que le plâtre n’est pas un agglulinatif , qu’il ne colle pas les » pièces d’appareil ensemble ; qu’il se casse dès qu’on touche l’appa- » reil ; qu’il est forcément inamovible ; qu’on ne peut y former de valves » mobiles ; qu’on ne peut le rendre amovo-inamovible ; qu’il s’élargit , » qu’il se déforme quand on veut en opérer la section au moyen de » ciseaux , etc. , que l’appareil amidonné est beaucoup supérieur , plus » facile à appliquer , plus inamovible , plus amovible , moins cou- » teux. » On dit même dans le rapport : « Veut-on encore tenir » compte du coup-d’œil , ce qui n’est pas à dédaigner dans la pra- » tique? Eh bien, l’appareil amidonné est cent fois plus régulier, plus » agréable, que l’appareil au plâtre, etc. »

» Comme je suis convaincu, Messieurs, par l’expérience et par la raison , que l’appareil de M. Mathysen est infiniment supérieur à celui de M. le baron Seutin, je me crois obligé, autant dans l’intérêt de l’humanité que pour l’honneur de l’inventeur , de venir protester contre l’appréciation qui en a été faite par votre Commission.

» L’appareil au plâtre est infiniment supérieur à l’appareil amidonné :

» 1° Par sa prompte solidification, car il est solidifié â l’instant même de son application. Réfléchissez bien , Messieurs , sur la prompte solidification de cet appareil ; les avantages qui en découlent sont immenses.

» 2° Par sa simplicité, car, pour tout l’appareil, on n'a besoin que de

nu BAN DAGE PLÂTRÉ.

coton ou d’une autre étoffe et de plâtre ; on n’a besoin ni d’attelles , ni de carton , ni d’autre chose.

» 30 Par la facilité de son application.

» 4° Par son inamovibilité, car il est beaucoup plus solide.

» 5° Par son amovibilité , car l’appareil peut être appliqué d’emblée en bivalve, de sorte qu’il est amovible immédiatement après l’application, ce qui est d’une haute importance ; ainsi , on n’est pas dans l’obligation de devoir le couper plus tard , opération assez difficile et toujours , quoi qu’on en dise , désagréable et souvent très-douloureuse pour le malade.

» 6° Par la facilité de pouvoir être fenêtre.

» 7° Par la propriété de tenir facilement le membre en extension et contre-extension là où le membre fracturé l’exige, comme, par exemple, dans la fracture oblique du fémur; en effet, rien de plus facile, car on n’a qu’à tenir le membre dans cette position pendant l’application du bandage ; après on 11’a plus besoin d’aucun autre appareil et on n’a qu’à agir de la sorte pour toutes les autres positions que l’on veut donner aux membres dont les os sont fracturés.

» 8° Par la propriété d’être éminemment contentif , car il retient les os fracturés en bonne position , sans comprimer les parties molles.

» 9° Par la propriété qu’il a de se maintenir tel qu’il a été appliqué ; il ne s’élargit ni ne se rétrécit aucunement en se solidifiant , ni en se desséchant, ni même par la dessiccation artificielle.

)> 10° Par sa porosité.

» 11° Par la propriété d’être bon conducteur du calorique, car une petite compresse imbibée d’éther , appliquée sur l’appareil , fait abaisser sensiblement la température du membre en quelques minutes.

» 12° Par la facilité avec laquelle il est supporté , ce que j’attribue surtout aux quatre dernières propriétés que je viens de citer. Pour vous en convaincre , Messieurs , appliquez l’appareil amidonné à une jambe et l’appareil au plâtre à l’autre chez le même homme , et celui-ci vous le dira (il va sans dire qu’ils doivent être également bien appliqués). Veuillez faire appliquer un appareil au plâtre sur vous-mêmes ,

DU BANDAGE I'LATRÉ.

et vous serez étonnés de la facilité avec laquelle vous le supporterez ; faites en outre appliquer un appareil amidonné à une jambe, depuis l’articulation du pied jusqu’au genou, et de la même manière un appareil au plâtre à l’autre jambe , chez le même homme bien entendu , et vous verrez lequel des deux appareils sera le meilleur contentif et le moins compressif.

» 13° Parce qu’il n’est altéré ni par les urines ni par le pus.

» 14° Par la déambulation, car, presque immédiatement après son application, les fracturés peuvent se promener sur des béquilles.

» 15° Par la facilité avec laquelle il peut être renouvelé.

» 16° Par sa beauté et sa régularité. Comme le coup-d’œil n’est pas à dédaigner, nous pouvons déclarer qu’il est infiniment plus beau et plus régulier que l’appareil amidonné , car il dessine si bien le membre que non-seulement il excelle en beauté , mais , ce qui vaut mieux encore , qu’il permet de constater , à la première vue , si la coaptation des os fracturés est bien faite et s’ils sont bien retenus.

» Ce n’est lâ qu’un exposé succinct des grandes qualités de l’appareil de M. Mathysen; oui, d’après ma profonde conviction , cet appareil est tellement supérieur à tous les appareils employés jusqu’aujourd’hui , qu’une fois bien connu et apprécié à sa juste valeur, il sera le seul dont on fera usage dans toute l’Europe.

» Je ne doute point que l’incontestable supériorité de ce nouvel appareil ne soit reconnue par M. Seutin lui-même, cet immortel inventeur de l’appareil amovo-inamovible , ce grand praticien , qui par ses longs travaux et ses nombreuses expériences , et par un combat infatigable soutenu avec tant d’éclat contre de grandes autorités , est sorti de cet lutte avec un tel triomphe , que son appareil , dont j’étais grand par tisan jusqu’à ce que j’aie connu l’appareil au plâtre, a été partout adopté) dans la pratique. En effet , je n’ai jamais pu comprendre comment i était possible qu’il y eût encore des obstinés (il est vrai que le nombri en était bien minime) qui ne voulussent pas reconnaître la supériori de l’appareil amidonné sur tous les autres appareils connus jusqu’alors

» J’ai l’intime conviction que M. Seutin sera assez loyal pour baisser

pavillon (i) devant l’appareil au plâtre , aussitôt que ce savant chirurgien aura pu l’apprécier, ce qui lui fera d'autant plus d’honneur, qu’il s’est déjà, exprimé en ces termes (Voir Traité du bandage amidonné de 1 8*10 , page 186) :

» Pour qu’un appareil présentât de très-grands avantages sur le mien, il » faudrait qu’il fût solidifiable à l’instant même de son application, tout » en conservant les propriétés du bandage amidonné. Celui-là me ferait » incontestablement baisser pavillon devant lui , et me forcerait à re- » connaître l’infériorité de mon appareil. J’engage de nouveau les pra- » ticiens qui s’occupent de fractures à faire des recherches pour trou- » ver un moyen contentif qui me force à donner cette marque de » soumission. » Et page 148 : « Mais on conçoit que sur les champs de » bataille , dans toutes les circonstances où il faut transporter des frac- » turés immédiatement après le pansement , par des chemins raboteux » et avec des moyens de transport plus ou moins rudes , ces moyens » ne possèdent pas toujours les avantages qu’on pourrait désirer. La » perfection en ce point consisterait à trouver un ingrédient capable de » solidifier à l’instant même les pièces de l’appareil.

» L’alun uni à l’amidon , la colle de Flandre , la fécule , la farine , » la poix, que j’ai successivement mis en usage, ne présentent point » ces propriétés. Je réclame là-dessus , Messieurs , le secours de vos » lumières. »

» D’après les propres paroles donc de M. Seutin , prononcées longtemps d’avance , l’appareil au plâtre par sa solidification instantanée , tout en conservant les propriétés du bandage amidonné , serait le nec plus ultra de l’appareil amovo-inamovible.

» M. Seutin peut être fier de s’être exprimé de la sorte , car ordinairement les inventeurs sont tellement enthousiastes de leurs décou • vertes, qu’ils n’en veulent apprécier que les bonnes qualités. Lui, au contraire , s’est montré supérieur à ceux-là , car il a reconnu très-bien ce qui manquait encore à son appareil ; les phrases citées plus haut en sont des preuves convaincantes.

d) Expression de M. Seutin , sans cela je ne me la permettrais pas.

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