‹ Du bandage plâtré et de son application dans le traitement des fracturesChapitre 2 sur 19 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

Les fractures ont toujours occupé une place importante dans la nosographie chirurgicale ; les os sont non-seulement sujets h de simples solutions de continuité, mais leur fracture peut se compliquer de contusions , de plaies, de dilacérations, de broiement, etc., des parties molles , ce qui met souvent la vie du malade en danger , surtout quand ces blessures sont produites par des armes à feu et que les blessés doivent être transportés d’un lieu dans un autre , comme c’est ordinairement le cas sur les champs de bataille ; le plus souvent ce transport ne peut s’effectuer sans de grandes souffrances ni sans danger pour les blessés. On s’est de tout temps livré à la recherche d’une méthode de déligation pour obvier à ces graves inconvénients.

Pour s’en convaincre on n’a qu’il ouvrir les manuels de bandages pour voir le grand nombre d’appareils et de bandages inventés et préconisés pour le traitement des fractures. La plupart de ces appareils et bandages , dont les uns n’étaient que contentifs , les autres extensifs , avaient en général ceci de commun qu’ils n’étaient guère en état de tenir les fragments dans un contact immobile , qu’ils exerçaient une compression

DU BANDAGE l'LATKÉ.

illégale sur les parties molles, et que dans le cas de fracture des membres inférieures, les malades étaient forcés de garder le lit jusqu’à ce que la consolidation fût achevée.

Pour éviter de tels inconvénients il faudrait un bandage inamovible instantanément solidifiable , exerçant une pression égale sur toute la partie, tenant les fragments dans un contact parfait et permettant le transport sans nuire aux parties lésées.

Déjà dans l’antiquité et chez différents peuples , notamment chez les Égyptiens, les Grecs, les Perses et les Arabes, on trouve des traces de bandages inamovibles pour le traitement des fractures.

Cependant c’est le célèbre chirurgien militaire français , le Baron Larrey, qui le premier fit connaître une méthode qui remplit assez bien ce but; elle lui avait été communiquée en Espagne par Eugenio de la Penna. Il enveloppa le membre de linge, préalablement imprégné d’un mélange d’esprit de camphre, d’acétate de plomb et de blanc d’œuf; ce bandage desséché tenait les fragments en contact et immobile ('). Quoique ce bandage obtînt promptement de la renommée , il tomba plus tard dans l’oubli , l’expérience ayant démontré qu’il ne possédait pas tous les avantages qu’on s’en était promis.

Ailleurs on essayait à tirer de l’oubli la méthode qui consistait à couler

une couche de plâtre sur le membre fracturé. A cet effet , le membre

était placé dans une boîte ou moule et entouré entièrement d’une-solution de gypse, ce qui lui constituait une coque solide. Cette méthode, anciennement connue , et dans ces derniers temps employée par le professeur Hendriksz de Groningue (2) ; par le chirurgien Schroder, d’Amsterdam; par Kluge, Keyl, Dieffenbach, de Berlin (5) et autres, ne fut jamais généralement admise, et l’on n’en fait plus usage. La nécessité d’avoir un moule, l’épaisseur et la pesanteur de la couche de plâtre , la

(1) Voyez Clinique chirurgicale des hôpitaux militaires. Paris, 1830, Tome III.

(2) Dans un article sur un appareil inamovible de l’Inspecteur général du service de santé , M. le docteur Snabilié, on lit : « J’ai vu , en 1814 , mon honoré maître , le professeur Hendriksz , traiter avec » le meilleur succfcs, h I hôpital de Groningue, des fractures par le coulage de plâtre. » (Nedcrlandsch Lancet, 1* jaargang, 1839, bl. 357.

(3) Voyez M. Muttray : De cruribus fraclis gypso-liquefaclo curandis. Berlin , 1831.

difficulté d’avoir accès à la partie malade, étaient autant d'inconvénients qui firent abandonner le coulage de plâtre.

Il y a quelques années, le Baron Seutin, médecin en chef de l’armée belge, réussit à inventer un appareil pour le traitement des fractures, qui fut favorablement reçu par les chirurgiens et que l’inventeur fit connaître sous la dénomination de bandage amidonné (i).

Ce bandage consiste en bandes ordinaires ou bandelettes de Scultet et en attelles de carton, enduites d’une solution d’amidon, qu’on applique sur la partie malade ; étant desséché , ce bandage forme une coque solide autour du membre.

On doit avouer que le bandage de M. Seutin possède des avantages qui ont été reconnus par toute l’Europe; cependant on peut lui faire des objections : (a) il lui faut au moins trente à quarante heures pour acquérir toute sa solidité; (b) jusqu’à ce que la solidification du bandage soit parfaite , il faut entretenir l’extension et la contre-extension par d’autres moyens extensifs, afin de prévenir le déplacement des fragments ; (c) en cas de suppuration et par l’action de l’urine , les pièces de l’appareil se désagrègent; (d) les attelles de carton d’abord trempées dans l’eau se gonflent et s’allongent par l’effet du liquide , tandis qu’elles se resserrent et se raccourcissent en se desséchant, ce qui ne peut manquer d’exercer une action nuisible, tant sur les parties molles, que sur les fragments de la fracture; (e) il soustrait les parties lésées à la vue du chirurgien. M. Seutin , convaincu de quelques-uns de ces défauts , a taché de les faire disparaître , en changeant son bandage inamovible en amovoinamovible, ce qu’il obtenait en coupant l’appareil dans toute sa longueur. Il lui fut possible, dès lors, d’inspecter les parties malades et d’en suivre le retrait en bourrant la coque d’ouates.

Pour permettre l’écoulement du pus , en cas de suppuration , M. Seutin pratiquait des trous ou fenêtres dans son bandage et, pour en accélérer la dessiccation, il conseille de placer des objets chauds autour du bandage (*)•

(1) Voyez Bulletin médical belge, année 1835, page 83-90.

On trouve la description la plus complète de sa méthode dans son Traite de la méthode amovo- <n.imoN ible , 1818, extrait des mémoires de l'Académie de médecine.

Malgré" ces heureuses modifications, l’appareil amidonné laisse encore à désirer sous plusieurs rapports, surtout relativement au temps nécessaire pour sa solidification, et cependant c’est une condition principale qu’elle s’opère promptement.

En 1839, M. Lafargue fit connaître un bandage inamovible, qui devait avoir le grand avantage de se solidifier promptement (i). 11 fit usage d’une

solution d’amidon, à laquelle il ajoutait de la poudre de plâtre. Il enveloppa le membre de plusieurs couches de bandelettes de Scultet ou de bandes ordinaires roulées, enduites de solution gypso-amylacée , entre lesquelles il plaça des tiges métalliques suivant la longueur du membre. Ce bandage, loin de se durcir immédiatement, a besoin de quatre à six heures au moins pour acquérir toute sa solidité. Son application d’ailleurs est accompagnée de tant de difficultés, que cette méthode n’a pas trouvé des partisants.

Dans ces derniers temps, on a aussi fait usage de la gutta- percha dans le traitement des fractures. Cette substance devient molle et maniable à la température de 60° R. ; dans cet état , elle se moule parfaitement sur la partie , et devient dure et inflexible en se refroidissant. C’est principalement sous forme d’attelles et de gouttières qu’on a fait des essais avec cette substance.

Ce bandage offre cependant plusieurs défauts : la gutta-percha est imperméable aux liquides et retient le produit de la transpiration sur la peau; de là, de l’irritation, et souvent de l’érysipèle et d’autres exanthèmes ; en outre, la gutta-percha ne peut être employée à une température trop basse ni trop élevée, dans le premier cas, elle ne s’adapte pas bien à la partie, dans l’autre, la solidification s’effectue trop lentement.

La gutta-percha est d’un prix trop élevé pour en faire un usage général, et, ce qui est important à observer, surtout par rapport à la chirurgie militaire, c’est qu’il faut toujours une température élevée pour son emploi ,

(1) Voir appareil inamovible instantanément solidifiablc. Thèse soutenue le 59 Avril 1830, par G. V. Lafargue, de Saint-Emilion. Montpellier , 1839, in-4°.

qu’on a besoin d’eau chaude , ce qu’on ne peut pas avoir assez promptement partout et en tout temps.

L’appareil plâtré possède non-seulement les avantages des appareils dont je viens de faire mention , il en présente plusieurs autres de la plus haute importance et qui lui sont propres.

Invention de l'appareil plâtré.

Sur la lin de 1851 , lorsque je fus en garnison à Harlem (Hollande Septentrionale) , je fis un premier essai d’utiliser le plâtre à la thérapeutique chirurgicale. Les bandages que je confectionnai à cette époque avec cette matière, consistaient en une couche . de plâtre en poudre, sec, uniformément étendue entre deux compresses. Le membre malade y fut placé, et le bandage étant bien mouillé, fut appliqué et affermi autour du membre. De cette manière, il fut donné au membre malade une coque solide; mais, lorsqu’on voulut écarter cet étui afin de pouvoir examiner les parties lésées , la couche de plâtre vint à se casser et le bandage perdit sa forme et sa puissance contentive.

Bientôt je réussis à apporter une heureuse modification dans ce bandage-cataplasme : immédiatement après avoir mouillé le bandage avec de l’eau , j’y pratiquai une rainure parallèle au membre avec le bord d’une spatule ; par là le bandage obtint une mobilité parfaite , et ainsi on fut à même de pouvoir écarter les valves de l’appareil et d’ôter le bandage sans courir le danger de briser le plâtre ou de déformer l'appareil, (i)

Comme je m’apercevais que mes expériences m’avaient conduit à des résultats dont j’avais lieu de me réjouir , je poursuivis mes recherches avec assiduité; car, quoique par suite de la rainure le bandage eut obtenu une mobilité suffisante, il était encore loin de ce qu’il devait être

(1) Voir le neperlorium. Février 1852, 3(i.

Iu2

pour pouvoir rivaliser avec d’autres appareils solidifiables : il conservait trop de pesanteur et n’offrit pas assez de solidité.

Pour obvier à ces imperfections, je cherchais après une substance qui put être mêlée au plâtre pour lui faire acquérir plus de résistance , le rendre moins cassant et procurer ainsi plus de solidité à l’appareil. Cependant mes efforts restèrent infructueux.

J’eus l’heureuse idée de répandre le gypse en couches légères entre trois ou quatre compresses , ainsi que de le faire entrer , en frottant , dans des étoffes de laine à trame peu serrée. Le résultat répondit entièrement à mon attente : les appareils construits au moyen de ces pièces plâtrées furent légers, solides et élastiques , et ainsi je vis que j’étais parvenu à atteindre le but que je m’étais proposé, (i)

Bientôt j’essayai de faire entrer aussi le plâtre dans des étoffes de coton et de linge en partie usé , ce qui me réussit parfaitement : de cette manière j’obtins le coton plâtré. De ce coton plâtré ou pièce-mère , je coupai les pièces d’appareil telles que bandes , bandelettes , etc. , avec lesquelles je confectionnai, avec la plus grande facilité, les différentes sortes de bandages qui me satisfirent sous tous les rapports et auxquelles j’attribue avec entière confiance , les propriétés et les avantages suivants :

1° Simplicité. Pour confectionner les appareils plâtrés on n’a besoin que de coton ou d’une étoffe de laine, de plâtre et d’eau; on peut se dispenser d’attelles , de fanons et de toutes autres choses.

2° Facilité d'application. Les bandes et les bandelettes plâtrées s’appliquent de la manière la plus aisée : on déroule ces pièces plâtrées sur la partie malade comme des bandes ordinaires ; elles se moulent pour ainsi dire d’elles-mêmes, et immédiatement après on obtient une coque solide qui emboîte la partie avec une exactitude remarquable.

3° Solidification instantanée. Cette qualité que ne possède aucun autre appareil solidifiable , donne un mérite signalé au bandage plâtré. Pour justifier cette assertion, on n’a qu’à se figurer des cas de fractures chez

(1) Voyez ma brochure sur l'appareil plâtré, 1852, page II.

des enfants indociles , des personnes agitées et en proie au délire et sur tout chez les malheureux aux champs de bataille. La propriété des appareils plâtrés de se solidifier instantanément , permettra dans la suite d’évacuer les blessés du champ de bataille par tout moyen de transport , sans qu’ils soient exposés à des dangers et à des souffrances inouies , dont aujourd’hui encore ils sont menacés.

4° On peut appliquer le bandage plâtré, pour ainsi dire, sans assistance.

5° Il est appliqué en quelques minutes.

6° Inamovibilité absolue. On peut donner une telle solidité à ce bandage qu’il résiste à des chocs violents.

7° Amovibilité. L’appareil plâtré se laisse appliquer d’emblée bivalve ; en outre, on change facilement le bandage inamovible en amovo-inamovible , par la section avec de gros ciseaux.

8° Contentivité la plus exacte. Parce que l’appareil plâtré emboîte les parties auxquelles il est appliqué, avec la même précision sur tous les points ; les parties se reposent sur un plan de la plus grande étendue possible , et par suite elles sont bien soutenues et ne se fatiguent pas.

9° L’appareil plâtré entretient l'extension et la contre-extension dès qu’il est appliqué. Par cette propriété on n’est pas dans la nécessité de devoir recourir h des appareils d’attente, comme on est obligé de le faire quand on fait usage des autres bandages solidifiables.

10° Porosité. Cette propriété permet que la transpiration cutanée s’évapore k travers la coque plâtrée , et que d’autres liquides sécrétés au -dessous du bandage pénètrent l’appareil et donnent l’éveil sur les complications imprévues.

11° L’appareil plâtré résiste à l'actio?i des liquides de tous genres : de l’urine , du pus , de l’eau ne nuisent nullement à sa solidité ni à son action contentive.

12° Les appareils plâtrés se laissent facilement enlever; pour cela, on mouille l’appareil d’eau et on déroule les bandes comme des bandes ordinaires : en quelques minutes on peut ôter et réappliquer le bandage plâtré.

DU DAN DAGE 1U.ATJIÉ.

i3° Aucun appareil, dit solidifiable , n’est d’un prix aussi peu élevé.

14° L’appareil plâtré excelle par sa beauté et sa régularité.

De toutes ces propriétés que je viens d’énumérer , on peut à priori , conclure que, non-seulement on peut appliquer ce bandage dans les cas de fractures des membres et du tronc , mais aussi dans les infirmités connues sous la dénomination de maladies orthopédiques, et en général, dans tous les cas où M. Seutin a mis en usage son bandage amidonné ; en outre , cette méthode a l’avantage que les moyens de pansements peuvent être beaucoup simplifiés : attelles , fanons , gouttières , etc. , pourront être abandonnés; de là, l’avantage d’avoir moins d’objets à transporter, ce qui est d’une très-grande importance, surtout en chirurgie militaire.

Il est évident qu’on pourra aussi l’employer très-avantageusement dans la chirurgie vétérinaire.

Je lus dernièrement dans la nouvelle Encyclographie des sciences médicales, 14e série, tome XII, page i08, un article sur l’appareil plâtré, par le docteur de Condé , médecin de régiment de l’armée belge.

Dans cet article , M. de Condé se livre à un examen approfondi de ma méthode et en fait ressortir tous les avantages; comme, par rapport à la chirurgie militaire , il traite l’objet avec beaucoup de talent et de clarté , je donne ici un extrait de son article.

nu UANDAGE PLATUÉ.

DE L’APPAREÏL PLÂTRÉ,

de M. HATHYSB»,

Daus le traitement «les fractures et «les anifi u tâtions ,

Et de sa supériorité sur les autres appareils auiovo-inaniovibles , au point de vue des soins qu’exigent les fracturés et les amputés en campagne;

par H. DE CONDÉ , médecin.

» La vérité est dans la simplicité. »

» Il est Incontestable que l’appareil amovo- inamovible de M. le baron Seutin est un des grands progrès que la chirurgie ait réalisés dans ces derniers temps ; mais ce progrès môme en attendait un autre qui devait en être le complément. L’appareil de M. Seutin , préparé avec la colle d’amidon , ne se séchant complètement qu’après 48 heures , ne donnait pas à la chirurgie des champs de bataille toutes les garanties nécessaires pour un prompt transport ; c’est ce que M. Seutin a , du reste , parfaitement avoué lorsqu’il fit un appel à ses confrères et les engagea à rechercher un moyen qui , tout en conservant les excellentes qualités de l’appareil amidonné , offrit l’avantage d’une prompte solidification , d’une dessiccation instantanée.

» Cet appel fut entendu : MM. Lafargue , de St-Emilion (France), Uytterhoeven , chirurgien en chef de l’hôpital St- Jean de Bruxelles , et tout récemment M. Matliysen, officier de santé néerlandais, se sont efforcés de réaliser le vœu de notre chirurgien en chef; nous nous proposons d’examiner sommairement leurs travaux et de rechercher jusqu’à quel point ils ont atteint le but indiqué.

» Il ne suffisait pas de trouver, pour remplacer l’amidon, un agent promptement solidifiable , mais il fallait encore que l’appareil pût ré-

If, DU bandage PLATItÉ.

sister aux intempéries , à la pluie, à une excessive chaleur, à un froid rigoureux, sans que la contention en souffrit et sans qu’il y eût danger pour le membre fracturé. Le problème à résoudre était , comme on le voit , plus complexe qu’il ne semble l’être au premier abord.

» M. Lafarge fut le premier qui répondit à cet appel, ses travaux datent de 1839; il remplaça la colle d’amidon par une sorte de mastic composé de parties égales d’amidon et de plâtre réduit en poudre fine, et les feuillets de carton par de petites tiges de fil de fer. Cet appareil était , disait-il , solide et inflexible au bout de 2 heures , à la température ordinaire , et ne tardait pas à sécher complètement.

» L’appareil gypso-amylacé de M. Lafargue est trop compliqué et présente plusieurs défauts : il y a accumulation de couches de bandelettes (quatre couches) , conséquemment grande dépense de linge , ce qui est un grand inconvénient en campagne , et augmentation de poids résultant de l’exagération de cette partie de l’appareil ; quoi qu’en dise M. Lafargue, les petites tiges de fil d’archat ne se trouvent pas partout, et elles deviennent un embarras , un obstacle , lorsqu’il s’agit de rétrécir l’appareil par suite d’une diminution de volume du membre fracturé. Lorsqu'on humecte l'appareil , tous les éléments qui le composent se désunissent, et il cesse d'être contentif.

» Dans nos essais comparatifs , nous avons constaté que le mélange gypso-amylacé est moins avantageux que l’appareil de M. Seutîn , et que le mastic est moins adhésif et moins solide que le plâtre pur; il faut au moins six heures pour qu’il acquière assez de solidité pour permettre le transport du blessé; il reste encore humide longtemps après, double effet résultant de la présence de l’amidon qui rend l’appareil imperméable â l’air ; les bandes ne sont pas suffisamment adhérentes entre elles et la moindre cause les fait se séparer. En outre, cet appareil n’est pas aussi léger que ceux que nous avons encore â examiner ; le gâchage du plâtre avec 1 amidon et son délayement dans de l’eau exige l’emploi d un ou de deux aides de plus , et l’opération qui consiste â étendre

le mélange sur les couches de bandelettes occasionne une perte de temps considérable.

l)ü BANDAGE PLÂTRÉ.

» Il reste néanmoins avéré que l’appareil gypso-amylacé était un progrès contenant le germe d’un progrès plus grand encore ; car il est permis de croire que c’est en partant des faits acquis par M. Lafargue que M. Mathysen est arrivé à la confection de son appareil au plâtre. Notons ici , en passant , que M. Lafargue , après avoir expérimenté le plâtre délayé sans amidon , au lieu de son mastic , déclara que « le plâtre , employé seul entre les bandes, est un mauvais agent ; qu'il durcit vite, mais casse ensuite au moindre effort; qu'il n'agglutine point les bandes. » Nous verrons plus loin que ces reproches ne sont pas fondés et que le mode d’application que M. Lafargue a fait du plâtre devait être vicieux.

» Après M. Lafargue vient M. Victor Uytterhoeven , qui essaya d’appliquer la gutta-percha au traitement des fractures. M. le médecin de régiment Henrotay , dans un travail inséré dans nos Archives (i) , et M. Isidore Buis , dans un mémoire rempli de figures intercalées dans le texte (2) , ont rendu vulgaires les procédés du chirurgien de l’hôpital St-Jean. Ses appareils , évidemment utiles dans quelques cas spéciaux , pouvaient-ils être généralisés et remplir toutes les exigences de la chirurgie en campagne ? Nous ne le croyons pas et nous tâcherons de le prouver.

» D’après M. Isidore Buys ; l’emploi de la gutta-percha constitue une sorte d’économie , les manipulations successives qu’elle subit ne lui faisant éprouver aucune perte ;

» La prompte solidification de la gutta-percha préalablement ramollie dans de l’eau chaude , en fait instantanément un appareil contentif d’une grande utilité pour le transport et rend toute extension et contre-extension inutiles ;

» Son application est très-prompte (quelques minutes), il n’exige le sacrifice d’aucune bande et pour ainsi dire pas de linge ;

(1) « De l’emploi de la guüa-pcrclia clans le traitement des fractures ; par E. Henrotay. — Archives belges de médecine militaire , t. I, 1848, p. 203. »

[2) « De l'application de la gutta-percha au traitement des fractures. — Journal de médecine de Bruxelles, 18-31, p. 3 cl suivantes. »

DU UANUAC-E PLÂTRÉ.

» Confectionné d’une manière convenable , il permet d’examiner le membre à tout instant , ainsi que l’emploi facile des déplétions sanguines locales, des topiques émollients, antiseptiques, résolutifs, etc.;

» Il permet l’emploi des irrigations , et , au moyen de quelques ouvertures ménagées à la partie inférieure de la coque qui emboîte le membre , le chirurgien peut borner l’action du liquide à tel point qu’il le désire.

» Nous répondrons à cela que l’emploi de la gutta-percba présente une foule d’inconvénients pour la chirurgie des armées.

» Il en faudrait un immense approvisionnement , et comme la guttapercha coûte au moins 6 francs le kilogramme, cet approvisionnement reviendrait h un prix élevé.

» On ne peut s’en procurer que dans certaines villes , et dans certaines éventualités tout approvisionnement pourrait devenir impossible;

» Il doit être entièrement renouvelé chaque fois que le membre change de volume;

» Pour l’employer, il faut de l’eau chauffée à 50 ou 60° R. , qu’on n’a pas toujours sous la main , ce qui peut conduire à une perte de temps précieux et irréparable en campagne ;

» Il est imperméable , échauffe le membre , y retient fortement la transpiration cutanée , laquelle se condense sous forme caséeuse et contracte une grande fétidité (Henrotay , Buys) ; de là des agacements , des démangeaisons incessantes pour le blessé. (Buys) (0 ;

» Quand il y a sécrétion de pus sous l’appareil en gutta, il contracte une odeur des plus fétides ;

» On lui reproche de ne pas exercer la contention sur tout le pourtour du membre, et notamment dans les fractures du tibia, de laisser cette partie sans être suffisamment contenue. Il semblerait, d’après les faits rapportés par M. Isidore Buys , que dans les observations, pages

(1) D’après M. Isidore Buys, on pare aux inconvénients qui résultent de la rétention de la matière de la transpiration, en interposant une pièce de linge entre le membre et la coque, ou bien on ménage I cii et là quelques ouvertures.

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