QUATRIÈME JOUR. DAVID
/•■s Partie. Les Trophées. — L'histoire sainte jusqu'à la mort de David.
2^ Partie. La Magnificence. — L'histoire de Salomon (De belles descriptions de la splendeur de sa cour).
3^ Partie. Le Schisme. — L'histoire sainte jusqu'à la fin de l'histoire de Jonas.
é^ Partie. La Décadence. — L'histoire sainte jusqu'à la fin de l'histoire de Nabuchodonosor.
Les sommaires, si minutieux soient-ils, ne parviennent jamais à donner une idée exacte des œuvres qu'ils veulent analyser. Celui-ci a le défaut défaire ressortir ce qui constitue la plus grande faiblesse de Du Bartas, — la tendance fâcheuse du poète, dans la Première Semaine, à la compilation scientifique. Cependant, même à travers la sécheresse de l'analyse, on saura voir combien le sujet de la Seconde Semaine
se prêtait à la description, où Du Bartas excelle. Si nous en avions eit le loisir, nous aurions aimé à donner une analyse plus développée de la seconde partie de l'œuvre, en particulier de la Magnificence, et où on aurait pu jug^er du talent descriptif de notre poète. Mais si ce court résumé demeure insuffisant pour permettre au lecteur d'admirer ce talent descriptif qui est une des qualités dominantes de Du Bartas, il suffira du moins pour montrer l'ampleur de l'œuvre. Celle-ci, en effet, est si vaste, que nul, si ce n'est un génie, n'eût osé l'entreprendre. Et c'est, à coup sûr, l'audace même de la conception, son immensité, sa hardiesse, qui émurentMilton et produisirent sur son esprit l'impression profonde que l'on sait, plutôt que la valeur poétique de l'auteur.
Il ne faut pas aller jusqu'à revendiquer pour Du Bartas l'honneur d'avoir à lui seul déterminé Mil ton à se consacrer à la poésie sacrée ; mais ses Semaines ont peut-être contribué (sinon à orienter Milton vers un idéal littéraire que ses tendances" naturelles lui eussent fait infailliblement rechercher) du moins à lui faire nettement entrevoir toutes les beautés latentes, toutes les ressources qu'un écrivain de génie pouvait tirer de la poésie sacrée.
Quant aux traces mêmes de l'influence de Du Bartas, ou. ce qui revient au même, de Sylvesier, qu'il est possible de découvrir dans les œuvres de Milton, elles nous paraissent évidentes, abstraction faite de tous les rapprochements qu'on pourrait attribuer à d'autres causes, que nous avons déjàenvisagées. Il se peut bien
que deux auteurs, traitant le même sujet, arrivent à des conclusions identiques. Mais lorsqu'ils tombent d'accord pour exprimer leur pensée dans les mêmes formes littéraires, il faut bien reconnaître qu'il y a eu imitation ou du moins réminiscence. Le spectacle du monde et de la nalure olTre en elfel à l'imagination une variété suriisanlc d'images, les lois phonétiques lui laissent disposer d'un nombre suffisant de combinaisons de mots, pourqu'on ne puisse rapporter l'identité de ces imag-es, Tidentité de ces combinaisons, à de simples coïncidences. La thèse que nous osons soutenir, après Dunster, prétend établir qu'il existe assez d'analog-ies de ce genre enire Milton et Sylvesler, en tenant compte même de celles qu'on pourrait expliquer par un emprunt commun aux sources bibliques ou classiques, pour rendre peu contestable l'influence de Sylvester sur Milton.
Quelles sont maintenant ces analog-ies ?
L'influence de Sylvester a laissé une empreinte si évidente sur le premier poème que nous possédions de Milton, que nous le donnons in extenso.
« A Paraphrase on Psalm 114.
This and ihe ïoWowin^ Psalm were don by ihe Autlior al fifleen yecrs old.
When the blest seed of Terah's faithfull Son, After long toil their liberty had won, And past from Pharian fields to Canaan Land, Led by the strengthof the Almighties hand, Jeliocah's wonders were in Israël sliown,
— im —
His praise and glory was in Israël known.
Tliat saw the troubl'd Sea, and sliivering fled,
And sought to liide his frotli-becurled liead
Low in the earth, Jordans clear streams recoil,
As a faint host that hath receiv'd the loil.
The high, huge-bellied Mountains skip like Rams
Amongst their Ews, the little Hills like Lambs.
Why fled the Océan ? And whv skipt the Mountains ?
Why turned Jordan toward his Crystall Fountains ?
Shake earth, and at the présence be agast
Of him that ever was, and ay shall last,
That glassy flouds from rugged rocks can crush,
And makesoft rills from fiery flint-stones gush » {}.).
Remarquons d'abord que nous sommes en présence de pentamètres à rimes suivies (English Heroic Verse) comme dans la traduction de Sylvester. Avant d'aller plus loin, relevons le distique suivant :
« Why fled the Océan ? And why skipt the mountains ? Why turned Jordan toward his crystall Fountains?
Tout le poème est dans le style de Sylvester, mais on pourrait affirmer que ces deux vers ont été écrits par lui. La rime en deux syllables « mountains ^fountains » est très employée par le traducteur de Du Bartas.
Dunster fait remarquer dans le huitième vers l'épilhète ^i froth-becarled » qu'il fait dériver des mots composés de Sylvester. On pourrait croire à l'influence du jçrec. Pourtant celle de Du Barlas et plus tard de Sylvester paraît avoir été très grande en ce qui con-
I. The Poetiral Works of John Mi/ton, Oxford, 1904. Réimpression de rédition de i645, p. 9.
cerne l'introduction des mots composés dans la littérature anglaise. Nous reviendrons sur ce point plus tard en considérant les mots composés dans l'œuvre de William Browne.
Quant à l'expression ((./0A-f/rt/r6- c/mr i//w/m5 » relevée par Dunster dans une note où il rappelle que Svlvester a appliqué au Jourdain la même épithète, il nous semble qu'elle n'a, en elle-même, rien de tellement frappant ou d'ori^^inal, qu'elle n'ait pu venir spontanément à l'idée de chacun des poètes.
Que l'ensemble des morceaux soit dans le stvle de Sylvester, c'est ce qu'en révèle une lecture même superficielle.
« That saw the troubl'd Sea, and sliivering fled, And sought to hide liis froth-becurled head Low in the earth »,
« Cleer Jordan s Selfe in bis dry oazie Bed, Blusbing for sbame, was fain to hide bis head » (1).
Les deux vers qui suivent dans le poème de Milton, ont des rimes souvent employées par Sylvester : P. E.
« Ay Satan aims our constant Faith to foil ; But Goddoth seal it, never to recoil : » (2).
Dunster fait remarquer le mot « ay » dans le vers : « Of him that ever was, and ay sball last ».