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L INFLUENCE SUR BROWNE

Au premier abord, on pourrait se demander comment un poète pastoral peut subir l'influence d'un poète religieux. L'un raconte les amours des bergers et des bergères, les méfaits des satyres et les jeux des fées. L^autre fait un récit de la création du monde, il discute des questions théologiques, raconte l'histoire sainte, flétrit les esprits légers et professe un puritanisme rigoureux.

Il suffit, pour comprendre le rapport qui peut exister entre ces deux genres de poèmes, de se rappeler ce qu'était la pastorale à l'origine, et de ne pas la confondre avec ses transformations antérieures. De même que La Semaine avait été inspirée à Du Bartas par le désir de réagir contre la poésie licencieuse de la cour, de même la pastorale s'opposa à la novella italienne. Développement du Décaméron de Boccace, la novella est un tableau de la vie de la bougeoisie italienne, et à mesure que celle-ci se corrompt davantage, la novella devient elle-même plus libre. Inspirée par un souci

d'idéalisme, la pastorale était destinée à tomber dans la fadeur et l'exlravag-ance, mais, avant ce déclin, la pastorale s'illustra de quelques grands noms de poètes. Mais arrivons au poète Browne, contemporain de Jacques I®'". La pastorale renferme toujours un sentiment de reg^ret et de désir inassouvi. Elle fait le tableau d'une vie simple et la paix de l'Eden lui offre un thème approprié à son objet. Browne devait être sensible au contraste du règne de Jacques l^'" avec celui d'Elisabeth. Il regardait ce dernier comme idéal et c'est sous cette inspiration qu'il écrit ses Britannias Pastorah. Lui aussi se met à chanter l'âge d'or. Les hommes, au temps où se déroulent les incidents de son poème, sont beaux et fidèles; les femmes sont belles et chastes. Les paysages de Browne sont un Eden. On devine dès lors le lien que pouvaient avoir entre elles les deux œuvres, bien qu'appartenant à un genre littéraire différent, de Browne et de Du Bartas.

Les deux poètes se trouvaient rapprochés à la fois par le but moral qu'ils se proposaient et par le sujet même qu'ils voulaient traiter.

La religion se mêle avec la fable dans les « Britanias Pastorals » par exemple, dans la description de la Vérité, Browne nous montre gravée sur son front l'histoire authentique des Israélites,

« Th' authentic story Of those elect, whose sheep at first began To nibble by the Springs of Canaan » (1).

1. Poems of William Broicne (Muses Librai*}'), Ed., Gordon Goodwin, London, s. d., 2 vols, I, 4> p- l'i*

et il prédit qu'on se fera martyriser pour la Vérité.

« for lier love in time to corne, Many should seeke the crown of Martyrdom » (l).

Elle ne peut pas entrer dans une abbaye bien qu'elle y voie entrer La Paresse, l'Ivresse, le Désir, la Gourmandise et l'Envie.

L'Excès passe par la cour du Remords où on le lie avec de fortes chaînes. De là il se dirige vers le Repentir. Une voix céleste le met sur le bon chemin et l'empêche de s'eng'ag'er dans la voie de la Distraction qui l'aurait amené au Désespoir. Arrivé au Repentir, il subit une métamorphose complète et devient le bel Amintas.

Dans toutes ces allégories, comme dans l'œuvre toute entière, on voit bien l'influence de la Bible. La première citation ci- dessus continue ainsi :

« Out of whose sacred loins (brought by the stem Of that sweet singer of Jérusalem) Came the best Shepherd ever flocks did keep, Who yielded up his life to save bis siieep » (2).

• Et, comme suite à ces vers, Browne adresse une prière à Dieu.

« 0 thou Eterne ! by whom ail beings move, Giving the springs beneath, and springs ahove ; Whose fînger doth this universe sustain, Bringing the former and the latter rain ;

1. Poe'ns nf WiHiam Broirne (Muses Library). Ed., Gordon Goodwin, London, s. d., 1,. 4> P- ii3.

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