CONCLUSION
« Yoiir juilRment, rascal ! for what ?... Away,
rogue, it's corne to a fine de«ree in thèse spedacles
when siich a vouth as you prêtent fo a nrtpmPDt ».
Ben Jonson, Bartholumew Fa ir, Induction.
« Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement ». La Rochefoucauld, Maximes, No. LXXXIX.
La popularité de Du Bartas en France est un fait indéniable; la bibliographie ci-jointe de ses œuvres suffirait seule à le mettre hors de doute. Cette popularité n'était pas due aux seuls protestants, mais provenait du fait que son oeuvre répondait aux besoins des lecteurs religieux de son époque. Elle commençait à baisser comme nous lavons vu, vers l'an 1611. Au xviii« siècle Du Bartas était presque inconnu, et de nos jours il n'existe aucune réimpression complète de ses œuvres.
Les poésies de Du Bartas étaient connues de l'élite seule en Angleterre sous leur forme française. Des fragments furent donnés au public par divers traducteurs, mais le seul qui ait produit une version complète fut Josué Sylvester. Nous sommes convaincu de la valeur de cette traduction qui est en général trèslitté-
raie, bien qu'elle s'écarte du texte de temps en temps, afin de rendre l'original plus anglais d'esprit aussi bien que par la forme. Le résultai de cet effort fut d'obtenir pour Du Bartas en Angleterre une popularité semblable à celle dont il avait joui en France. Qu'elle ait été plus longue, comme on l'a prétendu, cela nous semble pourtant exagéré.
Nous avons examiné en détail la traduction de Sylvester sans toutefois émettre une opinion sur les causes qui ont pu amener des critiques à n'y trouver qu'une simple paraphrase. 11 nous semble possible que le jugement porté à ce sujet par M. Payne-Collier ait pu influencer ses successeurs qui n'ont eu ni le temps ni la patience de faire pour eux mêmes une comparaison entre l'original et la traduction. Les conclusions de Payne-Collier, bien qu'elles soient inexactes, n'ont rien d'étonnant quand on considère d'après quels textes il a formulé son jugement. Sa critique est basée sur deux des premières traductions du poète, et il paraît avoir ignoré que peu de traducteurs ont fait autant de progrès pendant la durée de leur travail qu'en a fait Sylvester. Comparer les premiers essais de Sylvester avec la dernière édition de ses œuvres, c'est en quelque sorte comparer les esquisses grossières de l'artiste enfant avec le chefd'œuvre de sa maturité. On pe'ut ainsi expliquer, mais nullement excuser, son injuste critique de la traduction de Sylvester.
Un résultat important de la popularité des œuvres de Du Bartas en Angleterre, c'est l'influence qu'elles
ont exercée sur Millon et sur William Browne. En ce qui concerne Milton, l'iniluence est surtout évidente dans ses poésies de jeunesse, et nous trouvons que, en i^énéral, la thèse de Dunster est poussée trop loin. Notre propre travail, fortement influencé comme il l'est par l'étude de Dunster pèche par le même excès, sauf dans la partie consacrée au Paradis Perdu où l'absence d'autres travaux sur ce sujet nous a laissé plus libre. En ce qui concerne Browne, nous ig-norons l'existence d'un travail quelconque sur Tinfluence qu'aurait pu avoir sur lui l'œuvre de Du Bartas. Le chapitre que nous avons consacré à ce sujet contient des passages qui nous semblent être des échos de Du Bartas, mais c'est surtout dans son emploi des mots composés que nous voyons le plus clairement l'influence du poète français à travers son traducteur.
Convaincu que l'étude que nous avons faite si imparfaitement est digne de l'attention d'écrivains plus compétents que nous, nous offrons ces matériaux au public dans l'espoir qu'ils pourront être de quelque utilité dans les premières recherches de ceux qui nous succéderont.