‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 215 sur 234 · II. 3o · texte numérisé non relu

II. 3o

Care-kiilinjï vine.

Gare charniing, etc.

Too-peoplod hive.

Too-feared.

«Them too-loo-slackinotbcr ||

Kiiigly Gares ;

Too-niew'd in Peace, in W

ar

too-scrupulous ».

Sorrow-ladei) wretch.

Sorrow-daunled.

Sorrow-torn.

iî^tar-besludded sphères.

Sure-footing pace.

Wine prompted words.

Pity-begging eye.

Nous ne voulons pas laisseï' croire, à ce sujet, que Browne ait cherché ses mots composés dans l'œuvre de Sylvester. Ce que nous croyons, c'est que, ayant contracté par la lecture de Sylvester l'habitude de former de tels mois, il en créa avec facilité selon les besoins du moment. Disons, en passant, qu'il y aurait un chapitre intéressant à écrire au sujet de cette

seule influence sur la littérature anglaise. Nous sommes d'avis que Sidney montre de clairs indices de l'influence de Du Bartas quand il écrit {Arcadia, i \o) cl imb-fall court. De tels mots composés reviennent fréquemment dans ses poésies (r) et on en trouve même dans sa prose {2).

Parmi les écrivains de moindre importance, Abraham Fraunce paraît s'être aidé de Du Bartas afin de pouvoir suivre les conseils de Harvey. Nous trouvons dans ses œuvres des mots comme blood-sucking blade, earth-shaking Neptune (3).

C'est certainement cette influence qui est la plus évidente chez Browne, bien qu'il semble avoir eu présents à l'esprit, dans bien des cas, des passages frappants de la traduction de Sjlvester qui ont fortement coloré son propre ouvrage.

Une étude méticuleuse d'autres écrivains montrerait probablement au moins de légers signes de l'influence de Du Bartas, mais peut-être seraient-ils trop peu importants pour justifier le travail nécessaire.

1. P. ex Astrophel and Stella, slave-born; after-followingrace ; love-acquainted eyes ; hell-driven ; kiss-worthy face ; young-wise, wise-valiant famé : Etc. Other Sonçj^. ruby-hidden row; soulinvading- voice ; winler-starved ; Etc.

An Enf/lish Garner. Elicabethan Sonnets, Ed., Sidney Lee, Westminster 1904, 2 vol. in-4. Vol. I.

2. Apolof/y for Poetry, heart-ravishing' : self-wise seeming- ; awry-transformed ; honey flowing- ; winter-starved ; ever-praiseworthy ; virtue-breeding' ; Etc. Documents illustrating Elisabethan Poefry, Ed., Mas;aus,London, 1906.

3. Voir : Stijlaffertafie bij Shakespeare rooral witliet oogpunt van Het Euphuisme, door ^Nlaurits Basse, Gand und La Haye, 1895, p. .37. (Brltish Muséum, Ac 2^47 3).

Cowley, par exemple, semble s'être laissé intluencer dans son Davideis par l'œuvre de Du Bartas, tandis que les poètes pastoraux et religieux du commencement du XVII* siècle lisaient probablement avec intérêt le gros volume des œuvres de Sylvester.

Si nous sommes tenté d'accorder une importance peut-être exagérée à l'influence de Du Bartas à ce point de vue, ce n'est pas que nous ignorions l'existence, longtemps déjà avant son époque, de ce procédé de composition, mais bien parce que la question a eu une importance considérable sur la popularité de notre poète.

Quand la renaissance vint, en leur montrant des horizons nouveaux, convier les écrivains français et anglais a une tâche plus noble, il fallait bien aussi qu'elle leur donnât de plus nobles instruments. Le vocabulaire, dont se servaient les écrivains de la période qui précéda laRenaissance, ne répondait plus aux besoins nouveaux créés par une activité intellectuelle plus intense. Parmi les efforts divers tentés pour ennoblir le style littéraire, l'introduction des mots composés (soit en Français, soit en Anglais) joue un rôle capital. Mais, tandis qu'en Angleterre ce procédé de création de mots nouveaux se répandit rapidement et devint très populaire, au point de subsister encore aujourd'hui, il ne semble pas avoir été accueilli favorablement en France.

Les principes sur lesquels repose le système des mots composés, proviennent pour la plupart, de la langue indo-germanique. Les mots composés étaient

fort abondants en ang-lo-saxon ; depuis cette époque jusqu'à nos jours, chaque nouvelle période littéraire a apporté son conting-ent particulier de composés nouveaux. El si de nos jours les Ang-lais peuvent jouir du privilège de former des mots composés^ il faut se souvenir qu'il ne leur est permis d'en créer que d'après les modèles sanctionnés par l'usag'e. A partir du moment où l'introduction de mots d'origine étrang-ère dispensa les Anglais d'avoir sans cesse recours à des composés, il ne fut plus permis d'en introduire en dehors de ceux dont l'utilité paraissait manifeste et que légitimaient des applications antérieures nombreuses où le même « mot racine » avait déjà été uni à d'autres participes, adjectifs, etc.

En français, au contraire, la possibilité de remplacer les vieux mots composés français par des dérivés latins paraît avoir, de bonne heure, condamné le système.

Les efforts de Ronsard et de Du Bartas allèrent jusqu'à l'excès : un procédé, en lui-même excellent, qui, employé avec plus de mesure, aurait pu rendre à la langue de réels services, fut d'abord livré à la risée du public, pour être ensuite dressé comme un épouvantail devant les innovations de tous les réformateurs.

Et cela s'explique d'abord en grande partie par le caractère si nettement analytique de la langue française. Mais il ne faut pas oublier que le souci si légitime de clarté inspire aux Anglais comme aux Français le désir d'exprimer leurs idées une à une, (ce qui est le propre de toute langue analytique), particulièrement

lorsque ces idées sont relativement simples. De là une foule de mots composés anglais, que le gros public emploie sans se douter de leur caractère ; tels sont : Gospel, hiisband, hiizzij, mkhoife, wedlock, hoUday. Il y en a des centaines d'autres qui ont fait leur apparition dans la langue à une époque quelconque, et qui ont ensuite disparu après avoir été plus ou moins longtemps en vigueur, pour être remplacés par des mots nouveaux.

Au fond, le Français a certainement un caractère plus analytique que l'Anglais; voilà pourquoi les mots composés n'ont jamais eu de succès durables chez

lui.

Il reste un autre point qu'il ne faut pas perdre de vue : En Angleterre la Renaissance tenta, il est vrai, de ramener les auteurs aux pures sources classiques, mais les « courtly makers » ne réussirent jamais complètement à endiguer tous les ilôts de l'inspiration nationale dans les canaux étroits du classicisme. Aussi bien, malgré tous les efforts tentés postérieurement pour discipliner le génie propre, la liberté d'expression subsiste toujours.

Elle subsiste encore aujourd'hui : le peuple s'efforce de bannir les constructions compliquées, réclame toujours une construction logique et ne se voit pas sans cesse et partout contraint d'obéir à un aréopage littéraire intransigeant, qui s'arroge le monopole d'édicter ce qui seul pourra ou plutôt ne pourra pas se dire.

En France, la Renaissance semble avoir octroyé d'une main la liberté et de l'autre apporté des chaînes.

Elle ouvrit largement aux écrivains des horizons nouveaux ; mais elle leur indiqua impérativement les sentiers étroits des purs modèles classiques hors desquels il n'était point de salut. Chaque fois qu'un esprit original s'avisait d'élargir la route un « Deus ex machina », sous la forme d'un Malherbe, ou d'un Boileau, venait contraindre le dissident à rentrer dans l'ornière tracée. Et quand la tâche devint trop vaste pour qu'un seul homme y pût suffire, ce fut une coterie entière qui s'en chargea, avec quel zèle on le sait ! De cet absolutisme littéraire naquit une langue régulière et nette, élégante comme un jardin à la française, dans laquelle il faut cheminer prudemment sous peine de poser le pied en dehors des bordures fragiles des allées sablées, d'écraser une plante, d'accrocher au passage une fleur. A un promeneur auquel on interdit ainsi tout laisser aller, on ne saurait vraiment imposer un fardeau trop lourd : l'impedimentum des mots composés lui aurait vraiment semblé trop pesant.

Du Bartas ne craignit point de s'encombrer de tout l'attirail des mots composés, et si, en France, il sombra sous leur faix, il en fut différemment en Angleterre, où remploi de ce vocabulaire lui assura une grande popularité. Il sut inspirer à son traducteur le désir de transplanter tels quels, en langue anglaise, bon nombre de ces mois composés ; et les Anglais chez lesquels on venait d'éveiller mille aspirations nouvelles, impossibles à rendre de façon satisfaisante dans la nudité un peu fruste de leur langue, éprouvèrent une

joie véritable en présence de ce style souple, émaillé de ces mots sonores dont un seul condense une pensée entière, en lui conservant tout son coloris et toutes ses nuances. Un tel procédé devait charmer les lecteurs an^^lais du temps ; c'est à lui qu'il faut attribuer en majeure partie le succès retentissant du gros volume de Sylvester.

Nous n'ignorons pas combien fut considérable, à l'époque, l'influence exercée par le grec, ou plutôt par les traducteurs d'oeuvres grecques qui s'efforçaient chaque fois que cela leur était possible, de rendre par des mots composés anglais les mots composés helléniques trouvés dans leurs originaux. Aussi ne voulonsnous pas ici pousser notre thèse jusqu'à l'extrême. Mais, malgré tout, nous avons l'intime conviction que jamais aucune traduction d'œuvres grecques n'eut la vogue de l'ouvrage de Sylvester et nous demeurons persuadé, qu'en dernière analyse, c'est autant à Du Bartas qu'à Homère qu'il faudrait remonter pour trouver la source des mots composés shakespériens les plus osés {proud-pied Apri/, heavenkissing Iii/l, cloiidkissing){i).

I. Voici quelques autres exemples tirés des œuvres de Shakespeare carry-iale, break-pi'omise, beauteous eril, dpcilisli-hobj, diimb-flisfoursire, find-faiilt, foolish-icittij, hoiiourablp-daunfroux, kiU-courtexy, peevi<h-fond, poorrich, senior junior, skijaspiri/if/, tempesf -ilroppinn-firc. thintdprheai'cr. ihundor-darter, tlinnder mas ter.

Ashlon 22

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