SYLVESTER ET LA NATURE
Du Bartas passait avant tout, aux yeux de ses contemporains, pour un peintre de la nature. Il est vrai que le nom fut appliqué ensuite d'une façon en quelque sorte officielle à Belleau. Il avait montré en effet un sentiment bien délicat pour la poésie champêtre. Sa poésie « Avril » pour ne citer que celle-là, est si riche de coloris, si vive d'allure, qu'elle suffirait pour lui mériter le litre qu'on lui décerna. Nous dirions, si nous voulions comparer le genre de talent des deux poètes, que Belleau est un peintre de miniatures, Du Bartas peint la nature en fresque.
De Baïfécrit suivant la manière de Belleau. Ronsard connaît mieux qu'eux les splendeurs de la nature. Mais aucun des trois n'a la majesté de Du Bartas. Ses descriptions donnent une impression de grandeur qui leur manque.
Sylvester, croyons-nous, a su s'élever à la hauteur de son modèle sur ce point. Le lecteur a pu déjà en juger par deux des morceaux que nous avons cités, le
récit de la fin du monde (i) el les vers admirés par Gœlhe (2).
Ajoutons-y la traduction de quelques-uns de ces morceaux descriptifs :
« lainais le gay printemps à mes yeux ne propose L'azur du lin fleuri, l'incarnat de la rose, Le pourpre rougissant de l'œillet à maints plis, Le fin or de Clytie, et la neige du lis : Que ie n'admire en eux le peintre qui colore Les champs de plus de teints, que le front de l'Aurore : Qui quittant des Poissons le tempesteux seiour Conduit auant-courriere es Indes vn beau iour : Ou de l'arc qui promet aux plaines altérées D'arroser leurs sellions de fécondes orées » (3).
Voici la traduction :
« Never mine eyes in pleasant Springs behold The Azuré Flax, the gilden Marigold, The Viole/'s purple. the sweet Boses stammell, The Lillies's snowe, and Pansey's various ammell; But that (in them) the Painter I admire, Who in more Colours dotli the Fields attire, Then fresh Aurora's rosie cheeks display, When in the East she Ushers a fair day : Or Iris Bowe, which, bended in the Sky, Boades fruitfuU dews when as the Fields be dry » (4).
Nous parlons ailleurs de la description de l'alouette