‹ Du beau dans la natureChapitre 12 sur 34 · I.' MIT 11 I \ l'iUSIK. I · texte numérisé non relu

I.' MIT 11 I \ l'iUSIK. I

On peut appliquer ici ce que dit Plotinau chapitre

neuvième de sa première Ennéade: a L'œil ne

Muait point le soleil s'il n'était pas d'une nature

<( analogue à la lumière solaire. I >* * même til'âme

n ne se [ail belle < elle n'apercevra point la beauté. »__

Parvenus à ce poinl où les deux côtés du phénomène du beau se réunissent et se confondent, qu'il nous soit permis de revenir en arrière pour mieux mettre en évidence la liaison nécessaire, la dépendance mutuelle (V'^ deux principes qui concourent à sacomplète réalisation.

Et d'abord quelques mots surja marche qui a été suivicTNous avons pris notre point de départ dans le beau naturel et extérieur, et, par l'observation de ses caractères ainsi que de ses rapports avec le monde des réalités, nous avons été conduits à le reconnaître comme incomplet en lui-même, en ce sens que sa lin ne se trouve point dans la nature, mais dans l'esprit. On peut dire que, dans la nature, le beau n'est pas encore réel ; il ne le devient qu'en tombant sous l'intuition d'un être qui sent et qui penser Nous avons donc été amenés à chercher dans l'homme le complément du beau naturel, et nous l'avons trouvé dans la faculté de voir et de sentir le beau. Cette marche n'est pas celle de la démonstration directe. Nous ne posons pas le beau naturel comme un principe d'où dériverait le sens esthétique. Notre méthode est rétrograde en quelque sorte; le beau naturel n'est pour nous qu'un point de départ d'où nous nous élevons au domaine supérieur du sentiment du beau. Car, si le beau naturel est la condition nécessaire, la

base de réalité du sens esthétique, celui-ci à son tour est la véritable révélation, la manifestation dans l'esprit du beau extérieur.

Nous retrouvons ici, dans une sphère plus restreinte, le rapport que nous avons signalé entre la nature et l'homme, rapport qui n'est point celui de la cause à leffet, mais du moyen à la fin. Sans le beau naturel, les facultés esthétiques de l'homme auraient manqué des conditions nécessaires à leur développement et seraient demeurées inactives; sans le regard admirateur de l'homme, le beau naturel serait resté sans but, et comme perdu dans cette nuit de la réalité que n'éclaire point la lumière de la conscience.

C'est à cette dépendance mutuelle, primitive et nécessaire des deux principes qu'il faut attribuer la soudaine harmonie qui éclate toujours entre eux dès qu'ils se trouvent en présence. Pour ceux qui de prime abord se placent dans un point de vue exclusif, cet accord merveilleux reste incompréhensible. Ils ne sauraient expliquer pourquoi, à l'aspect d'un certain objet, il se développe en nous un certain sentiment qui lui correspond de tout point. Aussi se trouvent-ils réduits à nier que l'objet soit beau en lui-même ; et par là ils enlèvent au beau sa réalité, et le livrent sans défense aux attaques du scepticisme.

De notre point de vue à nous, tout semble s'expliquer naturellement, sans hypothèse arbitraire, comme celle d'une harmonie préétablie entre deux termes indépendants l'un de l'autre. Aucune mutilation ne devient nécessaire, et nous laissons à

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chaque principe Ba vérité. Ce ne sont pas des éléments ennemis, <'t s'excluant mutuellement, qui se rencontrenl dans lé phénomène intuitif du beau. C'esl l'esprit qui parle à l'esprit, c'esl l'idée à l'intérieur qui Baisil l'idée à l'extérieur, c'est l'élément divin en nous qui reconnaît l'élément divin hors de nous. Dans cette opération, tout est accord, tout est harmonie. L'identification complète de l'idée etde la forme à l'extérieur, entraîne nécessairement la fusion non moins entière de notre pâture intellectuelle et de notre nature sensible dans un même acte d'intuition. Car ce que nous voyons dans le beau extérieur, c'est sans doute l'idée ; mais nous ne la voyons que par la tonne, laquelle ne nous est donnée que par la sensation. 11 faut donc que l'œil du corps et l'œil de l'âme s'unissent pour accomplir cet acte de vision simultanée qui nous donne à la fois et la forme et l'idée dans leur parfaite identification.

De cette harmonie générale, de cet accord profond des principes qui concourent à produire le beau, dérive ce caractère de pureté, et, pour ainsi dire, de transparence qui, de tout temps, a fait rompait r la beauté à une lumière. Les autres attributs distinctifs du beau découlent aussi tout naturellement de notre manière de le considérer. Ainsi son indépendance de toute condition étrangère à lui-même, de toute connexion avec la causalité de la nature, comme aussi de toute notion abstraite, de tout intérêt de passion ou d'utilité, résulte directement de ce que le beau n'est, dans l'objet, que le fait même de la manifestation sen-

sible et immédiate de l'idée par la forme, et, dans le sujet sentant, que l'intuition une, à la fois sensible et intellectuelle, de cette manifestation. Le phénomène tout entier du beau est contenu dans ces données. Il n'y a donc rien à chercher au delà. Le beau ne prouve rien, n'ordonne rien, n'est utile à rien en dehors de lui-même. Tout ce qu'il veut, c'est être et paraître.

Et le plaisir qui accompagne l'intuition du beau, ce plaisir à la fois si vif et si pur, si calme et si profond, d'où provient-il si ce n'est du mouvement harmonieux qui met en jeu les forces diverses de notre âme, qui anoblit la sensation en la spiritualisant, qui donne un corps à la pensée en l'unissant à la perception sensible ? Tout libre développement de l'une de nos facultés produit un sentiment de bonheur, et, à plus forte raison, l'exercice simultané de plusieurs facultés réunies. Mais il y a plus encore dans l'intuition du beau. Le principe le plus élevé de notre nature, celui qui fait notre grandeur et notre dignité, celui de la liberté, en un mot, est mis en jeu, bien que d'une manière indirecte. En contemplant l'idée dans sa libre manifestation, nous nous sentons nous-mêmes délivrés de toutes les entraves qui pèsent sur notre existence, nous sommes ramenés à notre nature primitive, et nous avons à un haut degré la conscience intime de notre liberté. C'est par là que le sentiment esthétique élève et moralise l'homme par sa seule influence, sans le secours d'aucune notion morale. C'est aussi par là qu'il se rapproche du plaisir du bien, et qu'il s'en distingue ; car celui-ci

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découle directement de l'exercice même de la liberté, tandis que le beau en réveille seulement la conscience. < m peut affirmer que dans tout phénomène du beau naturel, il y b un élément de liberté, ci qu'il bc dégage de la liberté dans tout sentiment esthétique. Si profonde est la liaison entre ces deux principes, que nier la liberté, c'esl nier la beauté. Aussi les fatalistes et les matérialistes se sont-ils accordés toujours à ne voir dans le beau qu'une vaine illusion. Pour le réalisme profond de Spinoza, comme pour le matérialisme superficiel du dixhuitièmé siècle, le beau n'est qu'un mouvement nerveux accompagné d'une sensation agréable. > Il reste encore à rendre compte de la nature particulière du jugement esthétique, et de ïacôntradiction qu'il semble renfermer en lui-même en prétendant a une autorité universelle et absolue Bans pouvoir justifier cette prétention, ni par le raisonnement, ni par l'expérience.

Cette apparente contradiction repose sur le mode même de la manifestation 'le l'idée dans la nature, et sur le triple rapport dans lequel l'individu qui juge peut se trouver placé vis-à-vis de l'idée.

Toute idée divine révélée dans le monde extérieur renferme à la fois de l'absolu et du relatif, parce qu'il est de son essence de se manifester, et qu'en se manifestant elle tombe dans la forme pour se déterminer et se spécialiser. Si la manifestation de l'idée était une et invariable, le rapport des deux termes opposés de l'absolu et du relatif, du général et du particulier, de l'idée et de la (orme, serait également un et invariable. Si, -par exemple.

l'idée de l'être organisé et vivant ne se trouvait représentée que par l'homme, et par un seul type de la race humaine, le type caucasien, si de plus ce type se réalisait toujours complètement et avec beauté, le rapport mutuel de l'idée et de la forme ne changerait plus, et il n'y aurait !aucune dissidence possible dans le jugement qu'on en porterait. Mais en réalité il n'en est pas ainsi. L'idée ne se renferme pas dans une forme unique; elle se révèle par un ensemble successif et graduel de formes à la fois analogues et diverses. Et cependant à tous les degrés, dans toutes les formes spéciales même les plus chétives, il y a de l'absolu parce qu'il y a de l'idée. Ainsi chaque animal est en luimême un tout complet par cela seul qu'il est un animal. Considéré en soi, il est parfait, et nous ne le jugeons imparfait que relativement aux expressions plus élevées de l'idée. Or, comme il a été dit déjà, chaque degré de réalisation de l'idée a son degré correspondant de beauté, complet quant à lui-même, incomplet seulement par rapport à un degré supérieur. Il y a donc également de l'absolu dans toute manifestation du beau.

Maintenant, et ceci touche au vrai nœud de la question, les divers individus qui sentent le beau et qui le jugent, se trouvent placés, suivant les conditions variées de leur développement physique et moral, dans des rapports variés aussi vis-à-vis de l'idée et de son expression pour le beau. Tantôt ils sont, pour ainsi dire, au niveau de l'idée, et alors ils attribuent un caractère absolu à la beauté qui en résulte, parce qu'elle est pour eux un maximum.

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