L'ART ET LA POÉSIE
Tantôt ils la jugent d'en haut, et ne lui reconnaissenl plus alors qu'une valeur relative. Tantôt, enfin, ils là regardent d'en bas, et la oient fauté de la comprendre. De là cette grande diversitédans les jugements esthétiques but laquelle le scepti- : • 3* appuie pour nier la réalité du beau. Le nègre, dit-on, se trou\e plus beau que l'Kuropéen; lequel des deux a raison? Qui décidera entre la Vénus Hottentote et la Vénus de Médicis! Des deux parts la conviction est la même, et le sentiment a une égale vivacité. Si l'on se place dans un point de vue partiel, la question devient insoluble, et le beau se réduit à une affaire d'babiiudeet de circonstance. Du point de vue de l'idée, au contraire, c'est l'Européen qui a raison contre le nègre, comme celui-ci aurait raison contre le singe, parce que le type nègre tient plus de l'animal que le type européen, et qu'ici, comme dans le reste de la série, la beauté suit un développement corrélatif à celui de l'idée.
Ce sujet serait susceptible de grands développements de détail que je passe sous silence. Je me bornerai cà l'aire observer quelle profonde sagesse providentielle éclate dans cet ordre hiérarchique des idées et de leur expression par le beau. Si le beau ne se révélait que sous une forme unique et absolue, le sentiment esthétique, avec ses pures jouissances et son influence salutaire, ne serait le partage que d'un petit nombre d'élus, ceux qui se trouveraient placés au sommet de l'échelle. Dans le monde tel qu'il est, au contraire, tout individu, à quelque degré qu'il appartienne, possède l'intui-