‹ Du beau dans la natureChapitre 15 sur 34 · I.'ART KT !,A l'OKSIK · texte numérisé non relu

I.'ART KT !,A l'OKSIK

rapport quelconque avec les objets qui les produisent Le sceptique démontrera bientôt que les qualités premières n'étant données, comme I»'- secondaires, que par la sensation, il n'y aaiininc rai-un de leur attribuer une valeur plus grande, el qu'elles n'existent égatemenl qu'en nous. On comprend dès lors comment, de la théorie de Locke, ont pu sortir deux systèmes aussi différents que l'idéalisme de Berkeley et le scepticisme de Hume. Le premier fut conduit à nier l'existence réelle de l'objet lui- même pour sauver les principes de toute certitude en les plaçant uniquement dans l'esprit, tandis que le second s'appuie sur la théorie de la sen-ation pour établir que tout en nous est individuel et variable aussi bien que la sensation elle-même.

Pour en revenir à Hutcheson, il ne considère le beau (pie comme Locke considère le froid, le chaud, le doux, l'amer, c'est-à-dire comme une perception qui n'existe qu'en nous, et à laquelle rien ne ressemble dans l'objet qui en est l'occasion. i Va.v beauté, dit-il, j'entends Vidée qui s'élève en « nous à la vue de certains objets, et, par sc/is eu u beau, la faculté que non? avons de recevoir cette « idée.» Lemotidfene signifie ici que la perception d'une sensation. On conçoit dèslors que toute la question du beau se réduit à l'analyse de cette perception, ainsi que de cette faculté de la recevoir. Ce n'est plus que par métaphore que nous disons qu'un objet est beau; car cet attribut lui est en réalité parfaitement étranger, et ne réside qu'en nous-mêmes. Une chose ne nous plait pas parce

qu'elle est belle; elle est belle parce qu'elle nous plaît. L'insuffisance de ce principe pour rendre compte des phénomènes du beau se trahit dès qu'on tente de l'appliquer. On ne saurait comprendre déjà pourquoi un objet qui n'est pas beau en lui-même réveille en nous l'idée du beau. Hutcheson dit, par exemple, que cette idée naît à la vue des objets dans lesquels Y uniformité se trouvejointe à la variété. Il faut remarquer ici que ces caractères de l'objet ne sontplus, comme chez Platon et Aristote, le signe ou l'expression d'un principe supérieur essentiel à l'objet, mais de simples abstractions de notre esprit. On ne voit donc nullement de quel droit Hutcheson les attribue à l'objet mieux qu'à la beauté, puisqu'elles proviennent également de notre perception, et ne sont aussi que des idées qui s'élèvent en nous à la vue de certains objets. Il faudrait dire, pour être conséquent, que c'est l'idée en nous de l'uniformité et de la variété qui produit en nous l'idée du beau, et que le sens du beau est la faculté de sentir d'une certaine manière nos propres perceptions de la variété et de l'uniformité. Gela n'est guère acceptable, mais dérive nécessairement de cette théorie.

Un autre effet inévitable, c'est d'ouvrir la porte toute grande au scepticisme esthétique, en se privant de tout critère pour juger le beau indépendamment de notre impression individuelle. Si un objet n'est beau que parce qu'il plaît à Pierre, iln'y a aucune raison pour qu'il le soit également pour Paul ou Jean. S'il plaît aussi à ces derniers, c'est par circonstance fortuite ; et Jacques, à qui il ne

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plaira pas, aura un droU •lt;iI à le déclarer laid. Dès lors le beau D'est plus qu'une chose de goût Individuel, cT habitude, de fantaisie, ou, pour mieux Mire, il n'y a plus de beau.

Celte théorie 3û sem du beau, dérivée du système de Locke, a exercé une grande influence sur toute l'école esthétique anglo-écossaise, à l'exception de Reid qui l'a combattue avec beaucoup de force. 11 faut remarquer cependant que le bon sens naturel et la rectitude de jugement qui caractérisent les Anglo-Écossais, les ont mis en garde contre les résultats qui dérivent logiquement de cette doctrine; mais ils n'y échappent que par J'inconséquence. Hume k est peut-être le seul qui, dans cette question comme pour le reste de sa philosophie, n'ait reculé devant aucune conclusion logique. — « La beauté, dit-il, n'est point une (i qualité des choses elles-mêmes. Elle n'existe que « dans l'esprit qui la contemple, et chaque esprit « différent aperçoit une beauté différente. Il peut <( même très-bien arriver que l'un voie une diffor- « mité là où l'autre découvre une beauté. Chaque a individu devrait s'en tenir à jouir de ce qu'il « sent, et ne point prétendre à régler le sentiment « d'autrui. Chercher une beauté ou une laideur K réelles, est une entreprise aussi vaine que de « prétendre démontrer la réalité du doux et de l'ait mer. Selon la disposition de l'organe, la même « chose peut être amère ou douce ; et c'est avec rai- « son que le proverbe interdit toute dispute sur « les goûts. 11 est fort naturel, il est même indis- « pensable, d'étendre cet axiome aux goûts intel-

a lectuels. Ainsi le sens commun, qui n'est pas « toujours d'accord avec la philosophie, et, en « particulier, avec la philosophie sceptique, en ce a cas, au moins, prononce en sa faveur. » — Nous allons voir bientôt Reid invoquer, et avec plus de raison, l'autorité du sens commun en faveur de la thèse contraire.

Sans accepter dans sa crudité brutale le scepticisme de Hume, les philosophes ses successeurs, ne pouvant s'y soustraire entièrement, flottent incertains entre les principes de la fixité et de la variabilité des jugements en matière de goût.(Les uns évitent prudemment la question, les autres présentent le pour et le contre sans décider ; aucun n'arrive à réconcilier les principes contraires. Dans l'impuissance de trouver une loi commune aux phénomènes variés du beau, ils le rapportent tour à tour à une foule de caractères de pure forme, accessoires, ou même étrangers à la véritable nature du beau. Ainsi, dans les écrits d'Addison, de Burke, de Hogarth, d'Alison, de Hume, de Price, de Brown, de Rnight, de Dugald Stewart, etc., on voit apparaître en succession les principes de la nouveauté, de l'habitude, de la grandeur, de la petitesse, de l'uniformité, de la variété, delà convenance, de la simplicité, de la complication, de la ligne courbe, ondulée, serpentine, de l'association des idées, de l'utilité, de la perfection, etc., etc. Ces principes divers, et souvent contradictoires, l'unies établit avec plus ou moins de succès, l'autre les contesteavec plus ou moins de raison ; mais nul ne les saisit dans leur ensemble, et ne les apprécie

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