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dans tour vérité relative. Le célèbre peintre Josua Reynolds les rejette tons comme insuffisante. II fini obeerver que l'on se contredit perpétnellemenl quand en veut déterminer pai des gradations de grandeur, par des règles d'ondulation ou d'autres preci ptes imaginaires, un certain modèle idéal de beauté.) Toutefois, au lieu de partir de là pour ^élever au dessus de ces contradictions, Reynolds «luit en système en plaçant dans Xluibittulc uniquement lacansedenos préférences. Il retombe ainsi en plein dans le scepticisme de Hume, et va jusqu'à dire que, si nous étions plus habitués à Voir la laideur que la beauté, nous trouverions la laideur belle- et la beauté laide.
On rencontre bailleurs chez la plupart des autours que j'ai nommes nne foule d'observations de détail pleines d'esprit et de finesse, des rapprochements heureux, des vues ingénieuseset souvent justes. Une fois que l'on a renoncé de bonne grftce à leur demander la solution du problème essentiel, on peut recueillir dans leurs ouvrages une riche moisson d'idées sur les accessoires de la question. Une confusion, cependant, qui se reproduit chez le plus grand nombre, c'est celle des notions du beau et dç l'utile; et cela s'explique en partie parle sens éminemment utilitaire et pratique des Anglais. Le plaisir qu'ils éprouvent à la vue de l'utile, se rapproche, pour la vivacité, du sentiment du beau; de là une tendance constante à les confondre. Burke est le seul, à ma connaissance, qui les ail bien nettement distingués, et sur ce point, il a été combattu à plusieurs reprises. Dugald Stewart
entre autres, n'accepte pas cette distinction; mais quand il cite pour exemple qu'il ri y a rien de plus beau qu'une terre bien cultivée, nous voyons évidemment qu'il sort de la question esthétique. Il en est de même de Reid lorsqu'il veut que la beauté du chien consiste dans la finesse de son odorat, et celle de la brebis dans l'excellence et l'abondance de sa laine.
Le scepticisme esthétique, qui ne s'est formulé en Angleterre d'une manière tranchée que chez Hume, a passé le détroit avec le, sensualisme de Locke, ets'estreproduitpleinementcommeune conséquence nécessaire des doctrines matérialistes du dix-huitième siècle. Diderot, qui cependant sentait le beau si vivement, en réduit la notion à la perception des rapports en général , et fait ainsi de la beauté une chose purement relative. Rousseau en avait sans doute une idée plus juste, mais il ne s'explique nulle part, que je sache, clairement à ce sujet. Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, traite la question avec la légèreté moqueuse et un peu cynique qui ne lui est que trop habituelle. Après avoir cherché à ridiculiser Platon , il se résume en disant qu'en fait, rien n'est beau et rien n'est laid, et que, pour un crapaud, le plus bel objet de la nature c'est sa crapaude. Et cependant dans quels accès de colère ne Feût-on pas jeté en lui contestant la beauté de ses tragédies ! Montesquieu lui-même, dans son Essai sur le goût, fragment posthume peu digne de lui, ne considère le beau que sous son côté purement relatif. Il va sans dire que le grossier matérialisme du Système de la nature ne
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■aurait attribuerai] beau une valeur quelconque.
Après cette revue sommaire des théories qui se rattachent plus ou moins au sensualismede Locke, il faut parler aussi de celle de Reid qui combat
dément le sensualisme et le scepticisme esthétique. Reid insiste; fortement, et au nom du sem commun, son grand principe, sur l'absurdité qu'il y a à ne faire consister la beauté que dans le sentiment que nous en avons. Il fait observer que l'émotion agréable produite par le beau est toujours accompagnée d' un jugementqui affirme l'existence de quelque qualité, de quelque perfection dans l'objet beau. L'émotion et le jugement sont sans doute dans l'esprit ; mais le jugement'comme tout autre peut être vrai ou /'<///. c. S'il est vrai, l'objet beau possède réellement quelque perfection. Or, c'est à cette qualité de l'objet que s'applique le mot de beauté, et non point au sentiment du spectateur. C'est ce que prouve son acception dans toutes les langues. L'absurdité de la supposition contraire saute aux yeux quand on l'applique à une création de l'art ou de la poésie. Il s'ensuivrait qu'il n'y a rien de beau dans les Géorgiques de Virgile, mais seulement quelque qualité abstraite comme l'unité et la variété, et qu'en disant que ce poëme est beau, nous n'entendons rien en affirmer, mais énoncer seulement un fait qui nous concerne. Dans ce cas, nos paroles exprimeraient précisément le contraire de notre pensée. Reid estime qu'il y a des axiomes en matière de goût, et de l'absolu dans la notion du beau. 11 expliquela diversité des goûtspar l'habitude, l'imagi-
nation, les associations d'idées, qui influent plus ou moins sur le jugement esthétique, comme les préjugés influent sur le jugement logique. S'appuyer sur la différence des goûts pour nier ce qu'il y a d'immuable dans le beau, c'est vouloir aussi qu'il n'y ait point de vérité, parce que les hommes sont sujets à l'erreur. Il y a d'ailleurs des principes que tous les goûts reconnaissent. « Je ne sache pas, a dit Reid, que ce soit nulle part une perfection « de n'avoir point de nez , ou d'être borgne, ou a d'avoir la bouche mal placée. Combien de siècles (( se sont écoulés depuis Homère ! et qui, toutefois, <( dans ce long intervalle, a jamais fait l'éloge de « la beauté de Thersite ? »
En partant de là, Reid aurait pu arriver à une théorie complète du beau. Malheureusement, son principe du sens commun était peu propre à le mener bien loin sur la route du vrai. Dans les développements qu'il donne à ses opinions, il confond avec le beau les notions essentiellement différentes du bien, du vrai, de l'utile; il se perd au milieu des contradictions qui en résultent dans les caractères des objets qu'il appelle beaux, et il ne parvient point à les ramener à un même principe. Il entrevoit cependant la vérité lorsqu'il remarque que la beauté primitive appartient en propre aux qualités de l'esprit, et que si les qualités des objets sensibles sont belles, c'est uniquement comme signes, expressions ou effets des premières. En faisant un pas de plus, Reid arrivait à cette révélation sensible de l'idée par la forme qui est pour nous le vrai principe du beau.
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Avani de quitter ce point de vue subjectif, pour employer le langage de Kant, ce point de vue qui place le beau tout entier dans notre sentiment, cherchons* encore à nous rendre rompt'' de sa valeur réelle et de sa vérité relative. On ne doit le rejeter; en efifet, qu'autant qu'il se pose comme exclusivement vrai: mais, à part cette prétention exorbitante, il faut reconnaître qu'il a son importance, et qu'il doit être pris en grande considération dans une théorie du beau. Nous avons vu que le beau extérieur, le beau objectif, pour parler encore avec Kant, ne constitue que la moitié du phénomène esthétique, et ne trouve son complément <pie dans l'intuition, dans le sentiment d'un être intellectuel. On s'est demandé si un objet beau qui n'aurait jamais été vu, par exemple une belle fleur qui brillerait dans le désert, posséderait néanmoins de la beauté. Ceux qui placent tout le beau dans l'objet ont dit oui avec assurance, ceux qui le met--, tent en entier dans le sentiment ont dit non avec la|; même conviction. Selon nous la question est oiseuse; car l'hypothèse part du principe qu'il pourrait exister une chose belle sans qu'elle eût été l'objet de l'intuition d'une intelligence. Or cela est contradictoire, parce que l'idée est un élément néaire du beau, et que toute idée provient de l'intelligence. A défaut de spectateurs, la beauté de la fleur est toujours vivante dans l'intelligence divine qui l'a créée, et dont elle porte le signe. Toute beauté vient de l'esprit, et va vers" l'esprit; mais, clans ce trajet, elle passe nécessairement par la forme sensible. De là l'impossibilité de séparer
les deux termes. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le beau caché à tous les yeux manquerait sa fin, et qu'il serait comme s'il n'existait pas. Il existerait relativement à l'esprit dont il procède, il ne serait pas pour l'esprit qui devrait le recevoir par l'intuition. Jetez l'Apollondu jîelvédère au fond de l'Océan, il sera perdu pour l'admiration des hommes: mais en restera-t-il moins l'expression du génie de l'artiste? A la question proposée, on peut donc répondre à la fois oui et non, suivant le sens qu'on lui attribue, et cette réponse est aussi celle qu'il faut faire à toute théorie subjective du beau : non, si elle se considère comme étant toute la vérité ; oui, si elle se regarde seulement comme l'un des éléments du vrai.