I.'Al'.T BT Là POÉSIK. l
ment ou de l'utilité qu'aurai pour nous u possession, Lejugemenl que aouseo portons a'est point esthétique, car, dans ce cas-là, L'objet se trÔiï\e rattaché à\in intérêt qui ne le concerne en rien et qui oes' adresse qu'à nous. Ici Kant établit la distinction entre le beau d'une pari, el de l'autre l'agréable^ le bon, l'utile, qui impliquent, ou la satisfaction d'un intérêt dessous, ou la notion d'un but atteint
Le plaisir qui accompagne le jugement du goût n'étant ainsi déterminé par aucun intérêt réfléchi, par aucun penchant subjectif, il en résulte que nous Bommes portés nécessairement à l'attribuer aussi à toute autre personne que nous; car puisque nous nous sentons parfaitement libres et désintéressés à L'égard du plaisir que nousv éprouvons, nous ne pouvons admettre qu'il n'en soit pas de même pour Les autres individus. Nous nous exprimonsdonc comme si la beauté était une qualité de l'objet, et comme si notre jugement était logique, bien qu'il De soit qu' esthétique. En d'autres termes,, nous attribuons à un sentiment subjectif une valeur éi^ale à celle qu'aurait une notion de l'intelligence, sans pouvoir toutefois le ramener à aucune notion particulière. De là cette autre définition, que le beau est a qui plait à tous sans le secours (l'aucune \\\\.~ notion de ^entendement.
Ce qui suit est plus subtil et demande quelque attention.
Kant appelle la forme finale, ou la convenance finale d'un objet, ce qui fait que la notion de cet objet en constitue en même temps la cause efïi-
DC BEAU DANS LA lUTUIii:
ciente. Le but ou là fin de i'dbjét est ce qui détermine son existence, et l'effet ouïe résultat régit ici et précède la cause. Ainsi, par exemple, chez un animal, le but de l'organisation est la vie, qui en est le résultat; et cependant l'organisation ellemêmB n'existe qu'en vertu de la vie qui en constitue le lien général. Ehbien,.Kant attribue à l'objet beau ce caractère de convenance finale, mais sansqu'il soit possible d'y découvrir la notion d'aucun but spécial. Autrement dit, l'objet beau se présente à nous dans le phénomène, comme la coordination d'un multiple sous un principe d'unité pour une fin que nous ne pouvons ni déterminer, ni reconnaître; c'est-à-dire, comme doué de la simple forme de la convenance finale, sans contenu réel; de là cette nouvelle définition : La beauté est la forme de la convenance finale d'un objet, en tantl qu'elle est reconnue en lui sans la notion d 'aucunex fin.
Ici Kant distingue le beau, soit de l'utile, soit du parfajt, en faisant remarquer quele premier suppose toujours un but extérieur et le second un but intérieur, pour l'objet ; et que, dans les deux cas, ce but ne peut être saisi que par l'entendement, ce qui est contraire au caractère esthétique du jugement du goût.
Le plaisir attaché au phénomène du beau se présente de plus à nous avec un caractère de nécessité. Le beau ne peut pas ne pas plaire ; il est de son essence de plaire. Mais cette nécessité n'est pas cëïïeriui accompagne un jugement a priori, porté en vertu d'un principe nécessaire de l'entendement. Ce
i.'akt kt LA i-oémi:. l'i^
nVst pas non plus la m'tt s>>ti pniti<inv qui impose l'obligation d'agir d'une certaine manière par suite (!'■ laîoi morale. Cette nécessité be i )»n t donc être que fixirementsubjective^et liée à quelque condition dépendante de l'individu. On ne peu! lVxpli picr que par une disposition commune à tous lès individus, c'est-à-dire par un sens commun du beau. Lorsque nous afflrmdns qu'une chose est belle, nous n'âdrilëttons pas que personne puisseen porter tth jugertlent différent, et cependant nous ne fondons cette exigence que sur notre propre sentinit'iit. Nous estimons donc que celui-ci doit trouver aussi chez les autres nécèssairemèn' t , c'est-à-dire que nousdonnons une valeur objective à une nt'rrsMic qui, de l'ait, est purement subjective. Ce sens 'commun du beau, nous le présupposons aussi nécessairement , c'est-à-dire a priori, et non par suite de l'expérience, qui ne peut en ;;unm cas donner un principe nécessaire.
De tout ceci résulte encore une définition : I.c Ixnu est ce 'qui est reconnu comme étant l'objet d'un plaisir nécessaire sans notions de l'entendement.
Après avoir ainsi recherché par l'analyse les caractères essentiels des jugements du goût, Kant se demande comment il serait possible de légitimer leurs prétentions à l'universalité et à la nécessité, prêtent ions qui ne se fondent que sur un sentiment individuel, C'est ce qu'il appelle le problème de la déduction des jugements du goût. Or, il trome qtie li nature toute particulière de ces jugements reste inexplicable, si on ne les fait pas dépendre immédiatement du principe même de la faculté de jul:''i
c'est-à-dire d'unprincipe purement/onwe/. Dans un jugement rationnel, en effet, les notions de l'entendement forment le contenu de ce jugement, lequel contenu se rattache à la connaissance de l'objet et se distingue de la forme du jugement. Dans le jugement du goût, au contraire, ce contenu manque, et il ne reste que l'opération subjective de l'esprit qui juge. Or cette opération, comme aussi la faculté mime de juger, doit être la même chez tous les hommes ; et, en vertu de cette identité, le plaisir qui résulte de l'accord de l'objet avec les conditions du jugement, doit avoir a priori un caractère d'universalité et de nécessité.
Mais en quoi consiste le jugement 1 Rant le définit comme la faculté de ramener le particulier au général, de subordonner le multiple à l'unité. Il faut pour cela le concours de deux autres facultés, savoir X imagination qui saisit le multiple dans l'intuition, et l' entendement qui ramène ce multiple à l'unité rationnelle, à l'unité de la notion. Or, dans le j ugement esthétique, la notion manque. Il ne reste donc que le mouvement de l'imagination se développant librement, sous la seule condition de rester en accord avec les lois générales de l'entendement. Le sentiment du beau découle de ce jeu harmonieux des deux facultés dont le concours est nécessaire pour le jugement esthétique. Jusqu'ici Rant, par sa sévère analyse, a porté la lumière jusqu'au fond du phénomène subjectif du beau ; mais il n'en est point sorti, et il ne pouvait point en sortir logiquement une fois qu'il s'était placé au début dans le sujet exclusivement. 11
l'art kt Là POiSIB. L51
en résulte que l'objet beau en lui-même esl resté absolument caché pour nous derrière les rails psychologiques. Ci qui a été anajyaéi slfiSi le jugement du goût, mais non point l'objet beau. Celui-ci,d'a-
k;nit, nous est, et nous sera toujours, inconnu ci inabordable, puisque nous ne le connaissons que revêtu des formes de notre propre subjectivité. Sur ce point-là nous ne sommes pas plus avancés que nous ne l'étions dans le sensualisme esthétique anglo-écossais. Seulement Kant a mis le beau hors des atteintes du scepticisme en établissant les droits du jugement du goût à la nécessité et à l'universalité.
Mais, à défaut de cette connaissance de l'objet beau en lui-même, laquelle nous est refusée, arrivons-nous du moins au principe absolu, à la raison dernière dubeausubjectit'? car nous ne pouvons nous le dissimuler, les définitions successives de Kant sont plus négatives que positives; etdeplus, elles expriment toutes (et ceci est le caractère qui leur est commun) , elles expriment toutes, dis-je, eu réalité la réunion intime, la fusion en un seul phénomène de principes que la pensée sépare et distingue toujours. En effet, ne nous y trompons pas, le plaisir sans intérêt positif, le sentiment général sans notion, la convenance finale sans but, le plaisir nécessaire sans principe de l'entendement, tout cela ne signifie autre chose sinon que le plaisir et son intérêt, le sentiment et la notion, le .moyen et le but, l'intuition et la pensée, se pénètrent et se confondent dans une même unité. Or cette réunion énigmatique d'éléments distincts ou op-
posés, Kantjusqu'ici l'a bien signalée, mais il ne l'a pas encore expliquée ; et c'est là cependant, c'est dans le lien le plus élevé d'où résulte l'unité que doit se trouver la solution du problème et l'essence véritable du beau.
.Cette dernière question, la plus importante de toutes, Kant se la propose dans ce qu'il appelle la dialectique du jugement esthétique. Il résume toutes les oppositions dans la plus essentielle, celle de l'individuel et de l'universel, du particulier et du général, et il pose l'antinomie suivante (1).
Thèse. — Le jugement du goût ne se fonde sur aucune notion ; car sans cela on pourrait en dispu fer, ou chercher à le démontrer.
Antithèse. — Le jugement du goût se fonde nécessairement sur quelque notion; car sans cela on ne pourrait en disputer en aucune manière , ou rédamer le plus petit droit à tassentiment général.
Ces deux propositions, toutes deux incontestables, sont cependant contraires. On ne peut les concilier qu'en les limitant l'une par l'autre au moyen de quelque principe supérieur à toutes deux également, d'un principe qui s'élève au-dessus du phénomène sensible, au -dessus de l'intuition, comme aussi au-dessus des catégories ou formes de l'entendement. C'est ce que Kant appelle un principe travscendcnlal. Or, un pareil principe ne peut appartenir qu'à la raison, laquelle est, suivant Kant, la faculté de géfo'cëVoîr leà jetées àbépîttes. Mais ici, où nous croyons loucher à la solution du
(i) Kant appelle antinomie l'opposition de deux thèses contraires qui >-f pn sentent tontes deiii a priori avec une évidence égale.
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problème, nous ne trouvons en réalité que le vide, l'.'i effet, les idées absolues de la raison n ayant, d'après kaiit, qu'une vertu régulât ivet et ne pou- \ a n t jamais être pour nOtîs l'Objet de l'intuition et
delà connaissance, il nous devient impossible de déterminer d'aucune manière cette idéi esthétique insaisissable ou înexponible, comme dît K.ant, qui doit être le substratum invisible de tous les phéno- Oiènes du beau. Il Tant nous contenter de savoir tjùe cette idée existe, et qu'elle doit exister pour rendre possible la solution de l'antinomie posée ci-dessus. Cette solution consiste en ce que, dans la thèse qui affirme que le jugement du goût ne se fonde sur aucune /m/ion. la notion est prise dans le sens ordinaire de principe de /'entendement ; tandis que l'antithèse, qui affirme le contraire, entend par notion un principe tntnsccm/ental \ndèterminé et indéterminable.
Voilà, il faut bien l'avouer, une solution qui n'est guère propre à nous satisfaire. Au lieu d'arriver à » oui rendre le beau dans son essence et dans ses manifestations, nous ne voyons que le jeu de la faculté subjective du jugement esthétique, et nous restons suspendus entre drv.K énigmes insolubles: d'un côté Y objet beau qui1 nous n>> s li-urons jamais en lui-même, et de l'autre, l'idée transcendentnlc qui nous échappera toujours. Cette manière de vbir découle, il est vrai, avec une parfaite conséquence, de l'ensemble de la doctrine kantienne; mais comment s'étonner que les successeurs de kant aient voulu sortir à tout prix de cette situatien désagréable !
lb!l DU BEAD DANS LA NATURE
Ne soyons pus injustes toutefois envers le grand philosophe. Si sa théorie ne peut plus nous satisfaire, reconnaissons cependant qu'elleaj)Osé, pourl j , la première fois, le problème esthétique dans toute)' son étendue, qu'elle en a sondé les profondeurs, et éclairé d'une vive lumière le côté psychologique. C'est ainsi que Kant a frayé la route à ceux qui ont tenté d'aller plus loin. ■
C'est à un génie de premier ordre, à la fois grand poëte et penseur profond, c'est à Schil^r que l'on doit d'avoir commencé la réforme cnTsystème incomplet de Kant. Parti du point de vue même de ce philosophe, Schiller était doué d'un sens artistique trop puissant, d'une imagination trop riche, pour se laisser enfermer dans ce monde des formes creuses et pauvres de la subjectivité et de l'abstraction. Aussi dans tous ses écrits sur le beau, dans ses lettres sur l'éducation esthétique de l 'homme, dans ses traités de la grâce et de la dignité, du sublime, de la poésie naïve et sentimentale, se montre une tendance décidéeà rétablir l'équilibre rompu entre les principes opposés qui concourent également au phénomène du beau. La nature reprend ses droits méconnus, et le beau se présente partout comme l'harmonie, comme la réconciliation du subjectif et de l'objectif, de l'essence et de la forme, de l'intérieur et de l'extérieur, de la pensée et de la matière. — « La beauté, dit Schiller, est à la fois « l'habitante de deux mondes; elle appartient à a l'un par droit de naissance, à l'autre par adoption. « G'estdansla nature sensible qu'elle reçoit l'exis- « tence, c'est dans le monde de la raison qu'elle
l'art et la poisil. 1 ')'>
« trouve son droit de cité. Le goût, la faculté de « juger le beau, se place entre la pensée et 1n pour réconcilier ces éléments adv rses. 11 con- « (luit la raison au respecl de 1 \ matière, il amène
3 sens à se complaire dans la raison ; il élève ' « ainsi l'intuition à la hauteur de l'idée, et fait a régner la liberté au milieu du monde sensi- « ble. »
Le successeur philosophique de Kant, celui qui, en développant avec plus de rigueur les principes du système critique, a fondé l'idéalisme transcendental, le subtil et profond Fichte, n'a rien fait pour l'esthétiqpe. C'est que la question du beau devait échapper, par son essence môme, à cette doctrine toute empreinte de stoïcisme, toute composée d'abstractions, pour laquelle la nature entière, le monde extérieur, n'est qu'une négation, qu'une limite ennemie de la pensée et que celleci doit anéantir. Aux yeux de Fichte, comme à ceux des stoïciens, la beauté ne pouvait être qu'intellectuelle ou morale, et la forme sensible qu'un milieu troublant interposé entre nous et l'idée pure.
V S hejling appartient la gloire d'avoir proclame comme le principe fondamental, comme la condition sine cjua non de toute philosophie, cette identité des contraires dans l'unité de l'idée, dont le beau est, en quelque sorte, l'expression sensible ; cette identité que kant avait pressentie sans vouloir la reconnaître et que Schiller avait saisie sous un côté partiel. Mais, quelque féconde qu'ait été l'influence de ce principe pour toutes les bran-
ches de la philosophie, l'esthétique en a profité d'abord moins peut-être que tome autre. Schelling lui-même, préoccupé par les développements essentiels, et par les applications à d'autres parties du système, n'a traité de l'esthétique que d'une manière accessoire. Dans un de ses premiers ouvrages, son Idéalisme Iransccndental, les éléments contraires, dont la fusion constitue le beau, ne sont saisis encore que sous la forme des abstractions du fini et de Y infini. Le beau est Y infini e.rpriné par te fini. Cela est vrai, sans $oute, priais insuffisant. Le beau est un ■ idée trop riche, trop substantielle pour se laisser ramener à d'aussi maigres abstractions. Il en est de même de Y art , qui se trouve défini comme la tendance à la réconciliation de la spontanéité et de la réflexion, de la nécessité et de la liberté. Au reste ces déterminations trop générales, trop abstraites, tiennent moins au système même de Schelling qu'au pointdevue particulier où il s'était placé dans cet ouvrage tout idéaliste II est certain que si ce grand philosophe , avec son sens profond de la nature, son vif sentiment du beau et de l'art, son style brillant et coloré, avait appliqué à l'esthétique les principes de sa philosophie, nous aurions eu un livre admirable qui ne laisserait rien d'essentiel à désirer. Il a montré ce qu'il pouvait faire dans ce genre, par son Discours académique sur les rapports des arts plastiques avec la nature.
"Ce que Schelling n'a pas fait, quelques-uns de ses disciples ont tenté de le faire, mais avec peu desuccès. Ils se sont emparés des formules du mai-
L'AKT If I.A l'OKSIK. 157
tre, il est vrai ; mais ces formules sopl r« - -i« ■• -s mortes autre leurs m *ios, et les esprits '{d'elles de-
\ .lient conjurer n'ont p^a paru. Ou Q£ -aurait en dire autant du Court (f esthétique de He^eL ouvrage publié après la mort de ce grand penseur. Cette esthétique ne se lie pas directement à la philosophie de Schelling, mais i)ien à la nouvelle l'orme que Hegel a donnée à la science en partant, au fond, des mêmes principes. P'esl la. BWS contredit, Le travail le plus profond etleplusétendu qui existe, en aucune langue, sur la théorie du beau et de l'art. Malheureusement nous ne le possédons pas sous l;i l'orme que Hegel lui aurait donnée pour la publication. C'est un de ses disciples, le docteur H otho, qui l'a rédigé d'après des notes et des extraits. Un ne saurait donc le jugercomme l'expressionc empiète des idées de Hegel, et sans doute que s'il avait pu y mettre la dernière main, il en aurait l'ait disparaître les lacunes et les imperfections. La principale de ces lacunes, c'est que le coté psychologique du beau est $, peine abordé. Hegel avait surtout en vue la réalisation, le développement de l'idée du beau dans les di- , MPes formes de l'art, et c'est ainsi que la considération du beau, soit dans la nature, soit dans l'àme humaine, se trouve mise dans l'ombre et trop négligée.
Ce que Hegel lui-même aurait dinicilementdonné à son esthétique, c'est la clarté et la beauté de la forme ; car il lui manquait essentiellement cette éloquence du s; vie que Schelljflg etFichte possédaient a un haut ùjçgr,é. Lire et comprendre Hegel est un
travail qui se récompense sans doute, mais qui exige de laborieux efforts. Son formalisme dialectique devient très-vite fatigant au plus haut point. On se sent perpétuellement enlacé dans un réseau d'abstractions qui enlève à l'esprit toute liberté, et ce labeur est à peine racheté par une richesse très-grande d'aperçus neufs et profonds. Hegel vous force à marcher toujours sur le tranchant d' un couteau ; or, la route du vrai, en matière d'esthétique surtout, doit être large et accessible à tout le monde.
Il ne saurait être question d'exposer ici le système de Hegel ; il faut se borner à signaler son point de vue général. Son principe essentiel, pour toute l'esthétique, est au fond le même que celui de Schelling, mais présenté d'une autre mauière. Le beau a une vérité absolue, et cette vérité n'est autre que le principe nécessaire de toute vérité, savoir l'identité absolue du concret et de l'abstrait, du'particulier et du général, du réel et de l'idéal, etc. Cette identité conçue elle-même, non point comme une abstraction dans laquelle les termes opposés disparaîtraient, mais comme l'unité qui les relie en les manifestant l'un par l'autre, voilà ce que Hegel appelle Vidée. Ainsi, loin d'être un principe abstrait, l'idée est la réalité la plus riche et la plus haute, puisqu'elle rassemble, comme en un faisceau, tous les éléments du vrai ; elle est ainsi la vérité absolue. La vérité absolue du beau, c'est donc son idée ; et l'idée du beau, c'est la notion abstraite du beau, plus sa réalisation dansl'infinie variété des faits particuliers, plus l'unité de
l'art kt LA poésie. 159
lem termes. Etudierle beau, c'est suivre dans phases successives, et dans les Bphères distinctes de sa manifestation, l'évolution complète di> l'idée qui se révèle i d se dé\ eloppant.
liais je m'arrête ; car, continuer ainsi mie exposition nécessairement insuffisante, sérail proposer au lecteur une série d'énigmes. Ce que l'on peut reconnaître déjà par ce que j'ai pu faire entrevoir des idées esthétiques de Schelling et de Hegel, c'estqae les lUitdes actuelles se rattachent de près aux théories philosophiques de ces deux illustres penseurs , mais sans les suivie servilement. On conçoit aisément qu'un principe aussi large que celui qui sert de base à cette philosophie, puisse être développé de plusieurs manières, surtout en ce qui concerne les riches problèmes de l'esthétique. Cette observation s'applique également aux beaux travaux publiés en France par l'éloquent défenseur du rationalisme éclectique. Dans plusieurs de ses ouvrages, mais surtout dans son livrée//* vrai, du bien et du beau, Victor Cousin a su rester original, tout en popularisant, par une exposition remarquable de forme et de clarté, quelques-unes des grandes idées de la philosophie allemande. C'est là un modèle qu'il est plus facile d'admirer que d'imiter.
Pour faire une revue complète de l'esthétique allemande, il aurait fallu parler encore d'une foule d'auteurs distingués, poètes, littérateurs, critiques, dont quelques-uns de premier ordre, qui ont écrit ex professo ou incidemment sur les questions du beau et de l'art; car nulle part et en aucun temps, ces questions n'ont été plus agitées