‹ Du beau dans la natureChapitre 21 sur 34 · I.'AHT F.T Là POÉSIE · texte numérisé non relu

I.'AHT F.T Là POÉSIE

: ai -.ouïe lui donnerait l'unité. Uors tourmentée de cette contradiction, l'imagination s'efforce de dépasseras forme pour la compléter; mais, ses Ailes ne pouvanl la toutenir au-dessus «lu monde sensible dans la région de l'infini, elle retombe accablée sur elle-même dans le sentiment de son impuissance el de son néant. C'est la l'élément de douleur que renferme l'impression dn sublime, élément que déjà BuTke a bien reconnu, mais qu'il a trop restreint en l'assimilant à la terreur. Sans âfoute qtie le sublime en nous écrasant de sa grandeur, nous inspire quelque chose d'analogue à la crainte; mais, comme toute idée d'un danger réel ou imaginaire, qui seule peut produire la terreur, est contraire à l'impression esthétique, il ne faut pas confondre deux choses essentiellement différentes. La frayeur réelle détruit complètement le sentiment du sublime ; la vue d'un orage n'a aucun charme pour celui qui a peur du tonnerre, et l'admiration ne trouve aucune place dans lame du navigateur qui voit l'Océan prêt à l'engloutir.

Cette impression analogue à la crainte, qui résulte d'une comparaison instinctive de notre néant Iffec l'infinie grandeur du sublime, se trahit, à son degré le plus intense, par cette sensation defriaton, accompagnée d'borripilation, que le beau produit déjà chez les natures très-impressionnables, mais qui appartient plus décidément au sublime. Elle se combine aussi, à un plus haut degré, avec -cette suspension momentanée de la réflexion que nous appelons 177 (W/*<7//f/f/. et qui résulte de l'inattendu.

Si le sentiment du sublime se bornait à cela, il

aurait certes bien peu d'attrait pour nous. Au lieu de nous élever, il nous humilierait en nous donnant la conscience de notre faiblesse et de notre néant. Aussi Burke tombe-t-il dans le ridicule quand il veut faire dériver de l'impression même de la crainte, le plaisir qui accompagne le sublime. Suivant lui, le mouvement imprimé à nos organes par l'émotion de la terreur dans de certaines limites, peut éveiller des sensations agréables, en débarrassant les vaisseaux des obstructions pénibles qui les affectent. Déjà pour le beau, Burke avait placé la cause du plaisir qu'il fait naître dans un relâchement des fibres du corps. Faire du beau un relâchant , et du sublime un désobstruant,- voilà certes une singulière manière d'en expliquer les effets ! Il faudrait ainsi les reléguer dans la matière médicale, et un médecin pourrait les prescrire à ses malades contre les obstructions et l'éréthisine.

Non, le sentiment de plaisir qui s'allie au sublime, tout comme celui qui dépend de l'intuition du beau, ne résulte pas, et ne saurait résulter d'une cause purement physiologique. On a vu déjà que, dans le beau, il découle immédiatement du dégagement du principe libre en nous, qui s'opère à la vue de la beauté. Or, si le sublime nous élève avec plus de puissance encore que le beau, c'est qu'il met en jeu, avec plus d'énergie, ce même principe, le plus noble et le plus profond de notre nature. L'âme, en effet, ne reste pas sous le poids de cette impuissance de l'imagination à embrasser le phénomène sublime. Elle se relève avec un essor d'au-

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