I .éducation esthétique «le l 'homme
Nous avons laissé le beau au moment où, révélé par la nature dans une succession de formes de plus en plus parfaites, il est saisi, senti et jugé par l'homme, et où il trouve ainsi dans le domaine de l'esprit son complément nécessaire et sa véritable iin. Le mouvement du beau naturel, dans sa croissance progressive, s'est montré à nous comme corrélatif au mouvement del'idée, en tant que celle-ci s'exprime immédiatement par les formes sensibles, par les apparences extérieures. Mais dans la psychologie du beau, nous n'avons considéré jusqu'ici l'esprit humain que sous son point de vue général et théorique. Nous l'avons pris tout développé pour le placer en face du beau naturel, et pour saisir, par l'observation, les phénomènes intérieurs que ce dernier fait surgir dans l'àme humaine. Cependant l'homme n'est pas une pure intelligence qui, de prime abord, se trouverait faite de toutes pièces, et prête à recevoir en elle-même le beau avec la variété de ses manifestations. Placé au sein de la nature comme dans un berceau,
DC Bi'.Al DANS LA NATURE
l'homme naît et grandit au milieu d'un ensemble d'influences, de conditions et de lois, dont il dépend jusqu'à un certain point en vertu de son organisation matérielle. De là résulte, pour l'homme également, la nécessité d'un progrès, d'une éducation esthétique par laquelle il n'arrive que graduellement à sentir et à connaître le vrai beau. L'admiration de l' enfant ou d u sauvage diffère beaucoup , soit par sa nature, soit par son objet, de celle de l'homme fait ou de l'homme civilisé ; et cependant les mêmes facultés sont mises enjeu chez les uns et les autres. Ceci s'explique par le fait du progrès. Dans toutphénomèneesthétique, on doit retrouver, il est vrai, les éléments donnés par l'analyse psychologique ; mais les rapports mutuels de ces éléments peuvent et doivent varier suivant les circonstances. La prépondérance bien tranchée d'un principe sur les autres suffit à donner au sentiment esthétique un caractère particulier. Il faut voir maintenant si ces variations successives, ces combinaisons diversesdeséléments psychologiques du beau, se produisent, dans la vie esthétique de l'homme, suivant un ordre déterminé ; en d'autres termes, il faut chercher la loi du progrès esthétique.
Si l'on considère d'abord l'homme individuel, on verra que les diverses qualités qui concourent au phénomène psychologique du beau, ne sont mises en activité que successivement et dans l'ordre même de leur importance relative. Ainsi, pour l'enfant, le beau se réduit presque uniquement au plaisir delà sensation ; la lumière et la couleur en