‹ Du beau dans la natureChapitre 31 sur 34 · I.'.WIT KT I.A POÊSU · texte numérisé non relu

I.'.WIT KT I.A POÊSU

sans cesse de leurs propres raines, pour recoin*

Miriicerune vie nouvelle, et pour servir d'organes à de nouvelles générations de poètes. L'histoire des langues de l'Inde et de l'Europe moderne, en particulier celle des idiomes néo-latins, offre de remarquables exemples de ces résurrections que l'on n'observe point dans le inonde sémitique. C'est donc avec raison que l'on a comparé ce dernier à une formation granitique, solide, inaltérable, mais sans principe intérieur de vie progressive; tandis que le génie indo-européen possède en luimême une force végétative qui se rajeunit à chaque saison pour produire une abondance de fruits nouveaux.

Lescaractèrescommunsà la poésie des Hébreux et des Arabes sont en parlait accord avec la nature des langues sémitiques, plus propres à l'expression concentrée du sentiment intérieur qu'à la description ou au récit poétique. On y remarque de part et d'autre une prédilection marquée pour la l'orme 1\ rique, ainsi que toutes les qualités qui conviennent à ce genre, une allure vive et rapide, la hardiesse des images, la soudaineté des transitions, l'énergie sententieuse de l'expression. La poésie hébraïque, qui se présente la première dans l'ordre des temps, tient aussi le premier rang à ces divers égards, et rien ne saurait lui être comparé pour l'élan, l'élévation, l'énergie morale, la profondeur du sentiment religieux, la sublimité de conception et de forme. Son caractère exclusivement lyrique tient sans doute principalement à son génie tout religieux ; mais on peut s'étonner de

ce que l'élément épique n'y ait trouvé aucune place. L'absence de la poésie dramatique s'explique d'ellemême par la nature des institutions 5 mais les traditions nationales auraient pu fournir le fond de plus d'une épopée magnifique, et cependant elles sont restées sous la forme de simples récits, admirables sans doute par leur simplicité même. Je crois que la cause doit en être cherchée encore, en bonne partie, dans la nature même de la langue hébraïque. L'épopée, en effet, exige avant tout une certaine largeur de narration et de diction, un récit calme et continu, une abondance de parole et de détails poétiquement descriptifs, auxquels se refuse une structure moins souple, moins riche que celle des idiomes indo-européens, et surtout du sanscrit et du grec. C'est sans doute par la même raison que l'épopée a manqué aux Arabes, dont les poésies nationales éminemment héroïques semblaient s'y prêter mieux encore. Il est vrai d'ailleurs que le fractionnement de ce peuple en tribus errantes clans le désert, et sans cesse en guerre les unes avecles autres, devait favoriser plutôt le genre épico-lyrique, qui s'attache à célébrer les exploits isolés des héros. Dans ce genre, en effet, les Arabes ont des poëmes d'une grande beauté et d'une originalité remarquable. Je veux parler des compositions antérieures à Mahomet, et auxquelles appartiennent les célèbres Mouallakats, qui avaient remporté le prix aux réunions annuelles des tribus arabes près de la Mecque, et qui, brodés en lettres d'or sur de la soie, étaient suspendus dans un temple. Ainsi que les autres poésies antérieures à

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L'islamisme, cesonl là principalement des chants de guerre, où la vie aventureuse de ces lils du désert Betrouve dépeinte sous les plus énergiquescouleurs. Le courage martial, l'honneur de la tribu, les charmes de la vengeance, La libéralité, l'hospitalité, L'amour à la fois ardent et sentimental : tels sont l»s thèmes perpétuels de cette noble poésie. Ce qui constitue L'idéal de L'ancien héros arabe, c'esl ce stoïcisme farouche qui lui fait tout braver, et la faim et la soif, et les feux du désert et les périls du combat, pour l'accomplissement de sa vengeance. C'est le héros lui-même qui chante ses propres exploits, et rien n'égale la sauvage énergie des effusions lyriques de ces guerriers-poètes. Ce n'est que chez les anciens Scandinaves, et chez les indigènes de l'Amérique du Nord, que nous trouvons des exemples analogues du courage stoïque qui s'exalte lui-même par la poésie. Cette concentration de l'homme dans le for intérieur qui se reproduit ainsi dans les solitudes bridantes du désert comme dans celles des forêts américaines et des glaces du nord, se reflète, dans la poésie qui en est l'expression, par la concision du langage, la hardiesse hyperbolique du style figuré et l'impétuosité du chant lyrique. Une telle poésie tend naturellement au sublime par l'élément de la liberté morale qui en est une des sources principales. Aussi la langue arabe, par les mêmes qualités qui distinguent l'hébreu, se trouve- t-elle admirablement propre à l'expression de cette sublimité. Dans les siècles qui ont suivi l'établissement de l'islamisme, la littérature poétique des Arabes s'est

développée dans des directions diverses ; mais toujours avec prédominance de la forme lyrique, et sans arriver ni à l'épopée ni au drame. Amesure que l'esprit guerrier s'éteignit, la poésie perdit de plus en plus son caractère primitif et national pour s'égarer dans les subtilités du sentiment et les jeux de la forme. Exclu du domaine poétique, le récit proprement dit se réfugia dans la prose, où il a donné naissance à des romans héroïques, ainsi qu'à ces charmants contes si goûtés des Orientaux, que nous connaissons par les Mille et une Nuits.

Voilà à peu près tout ce qu'il y aurait à dire, comme résumé général, sur la poésie des peuples sémitiques, poésie très-remarquable sans doute, mais très-incomplète dans ses développements. Celle de la race indo-européenne va nous offrir un champ infiniment plus vaste, que nous ne pourrons parcourir que bien rapidement.

C'est l'Inde qui doit ici fixer d'abord notre attention, soit parce que sa culture poétique a précédé toutes les autres, soit parce que cette culture est restée indépendante de toute influence extérieure, en se déployant néanmoins avec une incomparable richesse. La Grèce seule nous offre un exemple analogue, mais sur une échelle moins grande, d'un développement complet et harmonieux de la poésie dans toutes ses formes d'expression. A l'origine de l'histoire et de la civilisation indiennes se présentent en premier lieu les livres sacrés des Vèdas, qui ont été la base de la culture morale, intellectuelle et poétique de

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l'Inde. Ces livres, considérés comme une révélation immédiate de La Divinité, se composenl d'é« léments très-divers, de traditions mythiques, d'enseignements didactiques, mais surtout d'hymnes religieux qui, dans leur beauté, constituent une des réalisations les plus grandes de la poésie sacerdotale. Le langage de ces hymnes a un caractère constant d'élévation alliée à une simplicité naïve et tonte primitive qui contraste singulièrement parfois avec la profondeur des idées, dette langue védique, qui est le sanscrit sous sa forme la plus ancienne, reporte aussi déjà ces premières productions du génie indien à l'antiquité la plus reculée. D'après quelques données astronomique-;. Colebrooke fait remonter la date de la rédaction des Vêdas en corps d'ouvrage à quatorze siècles environ avant notre ère ; mais les hymnes, qui se sont transmis longtemps par la tradition orale, doivent appartenir à des temps bien plus anciens encore. Rien n'égale l'intérêt et l'importance de cette antique poésie pour l'histoire de l'esprit humain. On y voit l'homme cherchant Dieu sincèrement et naïvement dans les magnifiques phénomènes de la nature, pour s'élever ensuite graduellement jusqu'à l'idée d'une Cause première. Là se trouvent clairement les origines et les traits principaux des religions mythologiques de l'Occident, lesquelles séparées plus anciennement de. la souche commune, se sont développées avec des tendances diverses. Cela explique et justifie l'ardeur avec laquelle ces monuments sont explorés de nos jours par la science.

Les quatre Vêdas réunis forment une œuvre immense qui n'a pu s'accomplir que par le travail successif de bien des générations de poètes et de penseurs inspirés. C'est sur cette large base que repose l'édifice entier de la littérature sanscrite; car l'autorité des Vêdas est toujours restée vivante, et son influence puissante se fait sentir partout dans les créations ultérieures. En laissant de côté ce qui n'appartient pas à la poésie proprement dite, comme les lois de Manou, dont la forme cependant est toute poétique, nous voyons succéder aux Vêdas l'épopée, qui se produit sous deux grandes formes, celle des Puranas, ou poëmes mythologiques, et celle des traditions héroïques rassemblées dans les vastes cadres du Ramûyana et du Mahâbliarata. Ce sont là des compositions colossales dont l'étendue, comparée à celle des poëmes homériques, est ce que l'Himalaya est à l'Olympe ou le Gange à l'Ilyssus. Leur unité poétique est par cela même beaucoup plus large, et on ne saurait leur appliquer les règles de l'épopée grecque. Que tout ne soit pas également intéressant pour nous dans ces compilations démesurées, et composées d' éléments fort divers, c'est ce qui doit peu surprendre ; et si déjà le bon Homère sommeille quelquefois, à plus forte raison cela doit-il arriver à Valmîki et à Vyàsa, leurs auteurs traditionnels. Toutefois, au milieu de leurs inégalités, elles étincellent de beautés de premier ordre qui les élèvent à la hauteur des poëmes homériques, dont elles sont à peu près contemporaines. Si ces derniers, dans leur moindre éten-

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due, oflVent plus d'unité, si leur simplicité noble et grande répond mieux à la sobriété de notre

goûl en fait de poésie, les épopées indiennes, en revanche, remportent en richesses descriptives, en variété d'incidents, en profondeur de sentiments et d'idées. Le sublime et le pathétique y abondent; et les contrastes qui jaillissent de toutes parts entre les éléments du monde indien, le merveiïleui et la réalité, le divin et le terrestre, l'homme et la nature, la vie paisible et contemplative des anachorètes et l'existence aventureuse des guerriers, tous ces contrastes, dis-jc, impriment à l'épopée indienne le caractère romantique qui la distingue à un haut degré,

À la suite des temps épiques a commencé le développement d'une poésie classique dans le sens ordinaire du mot, c'est-à-dire d'une poésie arrivée à la conscience de l'art, et qui élève le fond primitif à sa plus haute expression par la forme. Toutefois, ici les chaînons intermédiaires nous manquent encore, et manqueront peut-être toujours. Nous ne pouvons que présumer ce qui a dû être par un petit nombre d'oeuvres isolées de dates plus ou moins incertaines, qui sont connues jusqu'à présent. Ainsi, la poésie lyrique a dû être cultivée pendant longtemps, à en juger par l'étonnante perfection déformes qui se révèle dans ses productions comparativement récentes, probablement contemporaines des premiers siècles de notre ère, et qui surpassent en artifices métriques ce que le lyrisme grec offre de plus délicatement ouvré. Mais ce qui est plus remarquable encore, ce

sont les indices manifestes d'un développement singulièrement complet, et tout original, de la poésie dramatique. On n'en possède malheureusement que des débris épars, une trentaine de pièces environ de dates très-diverses et d'un mérite fort inégal. Mais n'eussions-nous conservé que le beau drame de Sakuntala du poëte Kalidàsa, qui vivait un siècle avant notre ère , nous pourrions en inférer pour l'art dramatique une longue culture antérieure. Il serait impossible d'expliquer autrement l'existence de ce chef-d'œuvre que l'admiration de Gœthe lui-même plaçait au premier rang dans le domaine général de la poésie. Ce qui appuie d'ailleurs cette induction, c'est que la littérature sanscrite nous offre, sur l'art dramatique, des théories développées jusque dans les plus minutieux détails. Ces théories ne distinguent pas moins de vingt-huit espèces de représentations théâtrales, et, bien que bon nombre de ces distinctions soient trop subtiles, on y retrouve cependant toutes nos formes dramatiques, depuis la tragédie jusqu'à la farce, depuis le mélodrame jusqu'au ballet. Tous les motifs et les incidents de l'action, toutes les variétés de personnages et de caractères, tous les effets tirés des passions et de leurs conflits , tous les artifices du style et de la versification , y sont énumérés et classés avec un soin minutieux. La division en actes et en scènes s'y trouve établie, et le nombre des premiers peut varier de un à dix. L'unité d'action y est posée comme une règle essentielle, et très-ingénieusement exprimée parce précepte, qiùY faut que l'ac-

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lion sorti 9 du sujet comme une plunlc sort des,/

^aine.Les unités de temps etde lieu, par contre, ne sontpointimposéesau poète, et cela s'accorde avec le génie tout romantique du drame indien. Il esl dit seulement ([ne le temps doit s'écouler entre les actes, et que le poète doit avoir soin d*indiquer les éyénements qui se sont passés dans ces intervalles. Enfin, ce qui rapproche tout à fait le drame, indien des drames romantiques de l'Europe modi nie, c'est le mélange du tragique et du comique ; c'est l'introduction de la poésie descriptive et lyrique en contraste avec la prose, contraste rendu plus sensible encore par l'emploi de deux langages différents, suivant la qualité des personnages. Les rois, lesguerriers, les brahmanes s'expriment toujours en pur sanscrit; mais les femmes et les personnages secondaires parlent le prakrit, dialecte populaire altéré du sanscrit. Enfin l'emploi fréquent delà musique, en accord avec la situation morale des personnages, achève de donner au drame indien ce caractère de sentimentalité vague , cette intimité de passion , ce subtil parfum de la poésie de l'âme, qui sont étrangers au génie classique, mais qui se retrouvent dans le drame romantique des Espagnols et des Anglais.

Quant à ses origines historiques, la poésie dramatique de l'Inde, comme celle de la Grèce, se lie d'une part aux traditions religieuses et aux cérémonies du culte, et de l'autre à l'épopée, où elle puise de préférence ses sujets.

Après avoir atteint dans le drame son point culminant de culture poétique, la littérature sans-

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crite a eu, comme toutes les autres, sa période de décadence, et s'est perdue de plus en plus dans la recherche, et les puérilités de la difficulté vaincue.

Ce développement tout organique de la poésie indienne, qui non-seulement n'a été troublé par aucune influence étrangère, mais qui n'a rien perdu de ses propres éléments à partir de sa base primitive, est un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité. Nous sommes loin d'en pouvoir saisir partout l'enchaînement rationnel ; mais ce que nous en connaissons suffît à prouver que cet enchaînement a dû exister, et que chaque degré nouveau de croissance progressive s'est appuyé immédiatement sur le degré précédent. Une histoire complète de cette poésie, si jamais elle peut se faire, sera l'exemple le plus frappant d'une réalisation entière de l'idée poétique dans toutes ses formes d'expression.

Les Grecs seuls nous offrent un phénomène analogue, mais cependant moins complet. Sortis du même berceau que leurs frères de l'Inde, ils ont possédé sans doute une fois le même fond de traditions primitives ; mais, soit par suite de leurs migrations avant leur établissement sur le sol de la Grèce, soit par d'autres causes, ce fond primitif s'est presque entièrement perdu, et la poésie nationale, privée d'une base religieuse, a dû se créer librement une mythologie à son usage. De là, comme je l'ai dit déjà, cette tendance à se renfermer dans le domaine du fini et de la forme sensible, qui se révèle dès le début chez Homère, et qui caractérise toute la poésie subséquente. Un

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faillie retentissement d'une ancienne poésie sacerdotale se trouve peut-être encore dans les hymnes orphiques, qui, sous leur forme actuelle, ne sont certainement pas authentiques, mais qui offrent (•'pendant quelques analogies avec les hymnes des \ èdas. Hésiode aussi présente encore quelques débris des vieilles traditions cosmogoniques. Mais chez Homère déjà, c'est la vie héroïque, c'est l'homme dans sa sphère d'activité terrestre, qui dominent principalement; et, à partir d'Homère, la poésie grecque se concentre de plus en plus autour de cet idéal qu'elle a entouré de tant de splendeur.

La littérature grecque est trop bien connue pour que je m'arrête à énumérer les chefs-d'œuvre qu'elle possède dans tous les genres, et où brille partout le génie classique par excellence. Ce serait la tâche d'une histoire littéraire vraiment philosophique de faire voir l'enchaînement et la mutuelle dépendance des diverses parties de cet édifice harmonieux, où tout est mesure, ordre, proportion, équilibre parfait. La portique du drame grec, en particulier, se montrerait comme découlant naturellement des conditions essentielles du beau classique et de l'idéal. La simplicité de l'action, les unités de temps et de lieu, l'élévation soutenue du style tragique, l'élément lyrique du chœur séparé de la rhétorique du dialogue, tous ces caractères distinctifs se rattachent immédiatement aux exigences de l'idéal classique, tel que nous l'avons défini par opposition au romantique. Sans entrer dans cette question qui exigerait

beaucoup de développements, je me contenterai d'appeler l'attention sur le parti précieux que l'on peut tirer de quelques comédies d' Aristophane, pour se faire une juste idée de cet instinct général du beau classique, de cette conscience innée du vrai but de l'art grec, qui le maintenait sévèrement dans ses voies propres. Aristophane, en effet, représente pour nous le public athénien ; car il se fait l'organe du sens esthétique national contre les écarts des poètes lorsqu'ils s'en éloignent. Eh bien, cette critique d'Aristophane, tantôt badine, tantôt acerbe, mais toujours fine et piquante, se dirige sans cesse contre toute tendance à dévier de la clarté, de la pureté, de la mesure de l'idéal classique. Dans la fameuse scène des Grenouilles où il met en présence Eschyle et Euripide, les deux pôles, en quelque sorte, du monde dramatique grec, il les attaque en fait tous deux, le premier comme dépassant la juste mesure de l'idéal par l'excès de pompe et de grandeur de la forme, et le second comme s' abaissant au-dessous par la réalité vulgaire, ou s'en éloignant parles subtilités du sentiment et de la pensée. Ce que blâme Aristophane, c'est précisément ce qui, de près ou de loin, pourrait se rattacher au génie romantique et troubler la transparence de l'idéal classique. Aussi nous semble-t-il quelquefois injuste, comme lorsqu'il se moque de cette belle et profonde pensée d'Euripide : Qui sait si la vie n'est pas une mort et la mort une vie! Le grand comique ne voit là que de l'amphigouri ; et quand Euripide reproche à Bacchus de le laisser aux enfers, le dieu lui ré-

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pond, en parodiant sa sentence : Qui suit H lu

rie n'est ])iis une mort, te souille un ((mer, le totn* nn il une toison !

Sophocle seul, ce v< présentant de l'idéal classique dans toute sa pureté, échappe presque entièrement aux critiques d'Aristophane, qui professe pour lui une admiration sincère. Dans les Uisa/n.r, cependant, il Le plaisante de ce qu'il avait montré le roi Térée métamorphosé en oiseau dans une de ses tragédies. On peut voir là aussi comment Aristophane maltraite Le poète Cinésias à cause de son genre trop nébuleux. Cinésias demande à Psithérusde lui adapter des ailes, pour s'enrôla- dans les nirs il emprunter aux nues de» idées nouvelles, aériennes et vaporeuse». — Aller prendre de» idées dans les nues .' répond Psithérus. — Oui, dit Cinésias, c'est la source oit puise notre génie ; les plus pompeux dithyrambes sont aériens, nébuleux, ténébreux et voltigent dans l'espace.

C'est ainsi que la comédie, gardienne vigilante du goût national, maintenait l'art grec dans les voies dont il ne pouvait s'écarter sans déchoir.

Nous passerons rapidement sur les Romains ; non pas qu'ils ne méritent une place très-distinguée dans l'histoire de la poésie, mais leur culture, sous ce rapport, ayant été en grande partie artificielle et imitative, ne nous fournit aucune donnée pour l'étude de la réalisation spontanée de la poésie dans ses formes diverses. Les Romains ont eu sûrement des chants nationaux épico-lyriques, et peut-être même quelques commencements imparfaits d'un art dramatique original ; mais,

comme ils étaient naturellement peu portés vers la poésie, ces premiers éléments sont restés à l'état brut, et, plus tard, les Romains les ont rejetés et reniés pour se tourner exclusivement vers l'art grec. Il est fort à regretter qu'aucun débris de l'ancienne poésie romaine ne soit parvenu jusqu'à nous ; elle devait assurément, quelque imparfaite qu'elle pût être d'ailleurs, avoir un caractère particulier de force et d'élévation en accord avec celui du peuple romain. Ce que Virgile appelait le fumier d'Ennius renfermait peut-être autre chose et mieux que l'or qu'en savait tirer le poëte du temps d'Auguste.

Avant d'arriver à l'Europe moderne, il faut dire quelques mots de la poésie persane dont les premières origines se liaient à celles de la poésie védique. Ce fait intéressant n'a été mis pleinement en lumière que par les beaux travaux de Burnouf sur le Zend Avesta de Zoroastre. C'est là, il est vrai, l'unique débris de cette ancienne époque que le temps ait respecté ; et la poésie persane moderne, en subissant l'influence de l'islamisme s'est tout à fait éloignée de sa base naturelle et nationale. Un seul poëme fait exception sous ce rapport; je veux parler du Shah-Nameh ou livre des Rois, de Firdousi, vaste épopée qui renferme les traditions héroïques et mythiques de la Perse ancienne. Mais quelque mérite poétique que puissent offrir certaines parties de cette grande composition, on ne saurait cependant la considérer comme une épopée vraiment nationale, par cela seul qu'elle ne date pas des temps héroïques. Pour le poëte

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Firdousi, qui vivait au dixième siècle de notre ère, les vieilles traditions a'étaienl plus qu'une lettre morte, et tout son génie ne pouvait leur rendre qu'une ¥k factice. Les brillantes productions de la poésie lyrique plus moderne appartiennent entièrement à l'art et a la fantaisie. Quant au drame, il ne B*esl pas mieui dévoloppé dans la Perse que chez les Arabes; et cela principalement à cause de l'influence de l'islamisme dont les tendances sont tout à fait contraires à cette forme de la poé- Bie, comme à la culture de l'art en général.

Nous arrivons maintenant à notre monde occidental moderne, et c'est ici surtout qu'il faut nous borner à des esquisses très-générales, vu la multiplicité des faits et leur nature souvent fort complexe.

Tous les peuples de l'Europe, sauf deux exceptions peu importantes, appartiennent à la famille indo-européenne; mais c'est principalement chez les nations germaniques et néo-latines que la poésie s'est produite sous des formes grandes et variées. Nulle part, cependant, elle n'a parcouru en entier et sans perturbations, la série de ses phases naturelles, comme chez les Indiens et les Grecs. Cela tient d'un côté à l'établissement du christianisme, qui est venu détruire les anciennes bases poético-religieuses des traditions païennes, et de l'autre à l'immense influence exercée par la connaissance et l'étude de l'antiquité classique. Ce sont les combinaisons diverses de ces éléments hétérogènes, modifiées encore par les caractères nationaux et les destinées historiques des peuples,

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qui ont imprimé aux littératures européennes des physionomies si variées.

Pour mettre quelque ordre dans nos observations, nous parlerons d'abord de ce qui appartient encore, en fait de poésie, aux religions païennes de la primitive Europe. Nous passerons ensuite aux poésies nées sous l'influence du christianisme, et, chez celles-ci, nous distinguerons celles qui se sont maintenues plus ou moins indépendantes de toute imitation, et celles qui sont entrées de préférence dans les voies tracées par l'art classique.

Deux peuples seulement nous présentent quelques restes d'anciennes poésies antérieures à l'introduction du christianisme ou du moins peu modifiées par son action : ce sont les Celtes et les Scandinaves. Les Celtes de la Gaule ont certainement possédé une poésie très-développée, à la fois héroïque et sacerdotale. On sait que les druides avaient des poëmes traditionnels où leurs doctrines étaient exposées, et l'institution des bardes suppose déjà un assez haut degré de culture poétique. La domination romaine a fait disparaître dans les Gaules jusqu'aux derniers vestiges de cette ancienne culture; mais en Angleterre et en Irlande, où le druidisme a régné également, il en est resté des traces nombreuses dans les poésies cymriques et irlandaises. Les premières, surtout, qui remontent jusqu'au sixième siècle, sont pleines d'allusions aux croyances druidiques, allusions que l'on est loin encore de pouvoir expliquer. Ces poésies sont exclusivement lyriques ou épico-lyriques, avec des formes de versification très-compliquées,

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et un caractère poétique remarquable par l'énergie et la concision ; mais par cela même, elles resti ai souvent très-énigmatiques el d'une désespérante obscurité. Les poésies irlandaises sont moins connues encore, bien qu'elles semblent embrasser un champ plus vaste et tendre davantage à la l'orme épique. A ce fond irlandais se lient, par leur origine, les poëmes traditionnels des Gaëls de l'Ecosse, qui ont été recueillis par Macpherson et que l'on attribue ;ï Ossian. La question de leur authenticité a été vivement controversée, parce que, dès le début, on l'a posée sur un mauvais terrain. Il ne saurait y avoir aucun cloute que ces poésies n'appartiennent pas à un barde qui aurait vécu au quatrième siècle; mais il est tout aussi certain que Macpherson n'en est pas l'auteur. Ce sont en réalité des chants nationaux, fondés sur d'anciennes traditions irlandaises, et transmis de génération en génération par les bardes des Gaëls de l'Ecosse (1).

Les Scandinaves, restés plus longtemps que les Celtes attachés à leurs anciennes croyances, offrent aussi des restes mieux conservés de leur poésie, païenne. L'Edda est sous ce rapport un monument du plus haut intérêt. C'est une collection de chants principalement lyriques, quelquefois dialogues, où les traditions cosmogoniques et mythiques sont exposées avec une grandeur qui touche souven» au sublime. C'est une poésie sombre et sévère

(1) J'ai traité avec détail cette question de la vraie nature des poëmes ossianiques dans deux articles de la Ribfiolhri/ne unirerscllc ilt Centre, oaliicrs d'août et novembre ÎSM.

comme la nature du Nord elle-même. A ce fond primitif, très-riche, se lient immédiatement les chants héroïques des scaldes, ou bardes guerriers, dont l'ensemble renfermait tous les éléments d'une épopée, qui se serait formée sans doute si son développement n'avait pas été arrêté par l'introduction du christianisme. Par suite du déclin de cette poésie, tout ce qu'elle contenait de matériaux épiques a passé dans les récits en prose des Sagas. Son fond traditionnel, que les Scandinaves possédaient en commun avec les autres peuples germaniques, s'est combiné plus tard en Allemagne avec l'élément chrétien et la chevalerie, et a donné naissance au cycle épique, représenté principalement par les Nibelungen, la seule épopée vraiment nationale de l'Europe moderne. Ce qui distingue surtout la poésie des scaldes , c'est son caractère tout héroïque, son énergique concision, la hardiesse et l'originalité de ses métaphores. A ces divers égards, elle se rapproche de la poésie des Arabes païens, avec les différences, toutefois, qui résultent nécessairement de celles du climat, de la race et des mœurs.

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