‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 10 sur 76 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ORIGINE ^RisUMÉE DES ARTS ; DEGRES PAR LES(^£1S ILS ONT DU PASSER AVANT d'aR- RtYER A La REPRESENTATION DES FORMES ET DE l'expression.

La perfectibilité étant l'attribut nécesAire de tout être doué de raisonnement , lesRrts ont dû naître de nos efforts pour arriver au bonHeur, ou ( ce qui est une chose sembla-* ble) de cette curiosité activé qui, en nous j étant en dehors *de nous-mêmes , tend %uis cesse À accroître l'intensité de notre existence. Car il est dans la nature de l'homme de se nourrir d'action et de réaction : par l'une, il exerce son pouvoir sur les objets qui l'entourent, et les inscrit- à sa sphère d'activité; c'Sbt une manière d'accomplir la parole divine ,-et de prendre possession de son domaine terrestre ; par l'autre , il s'adjoint au mouvement général , et il entre avec plus de profondeur dans le sentiment de sa

propre -^ie. De là ces recherches qui , lorsqu'elle^ ne Tont pas directement au bienêtre , ont au moins pour but de donner un plus ample déTeloppement à nos facultés , disposition qui tient encore au bien-être, puisqu'eUe nous incline y ers la satisfaction de' nos besoins moraux ou organiques. On a dit quele sagedoit chercher à s'affiranchir de ceuxci : autant vaudrait qu'il renonçât à sa yie de relation , dont ils sont le premier motif. Celui qui parviendrait à les tuer , en soi , ne serait, en effet, ni un sage, ni un héros; il cesserait tont simplement d'appartenir à Tespèee humaine, avee laquelle il aurait rompu ses liens; il y aurait même, chez lui, déro»> geance de l'être proprement dit, l'extension da centre à la circonférence étant commune à tout ce qpi renferme un pxâxuâpe aeiif dans la nafure , même aux substances inanimées ou d'une création abstraite, depuis Dieu, qui s'est fait producteur par besoin, jusqnes à la figure géoiuétiique du certle i qui n'est que l'expansion en tout sens de San point central. Ainsi dans les accroissemens successif des êtres, suivant leur espèce , il y a une véritable beauté , ne fàt-

elle que la conséquence de leur principe et l'effet prévu de leur , cause intentionnelle. ' '

Les besoins , puisque nous Ves avons reçus en germe, font donc partie de nous-mêmes. Nous ne saurions, sans eux , liôUs représenter le genre humain dans son ensemble ou dans ses moindres fractions ; incessamment ils nous sollicitent ; la civilisation n'en est qtie le développement quelquefois démesuré. La création d'un besoin qui ne nuirait pas à autrui , et qu'il serait en notre pouvoir de satisfaire , serait un véritable bienfait comme extension de notre nature. Tèf est (U est permis de le croire) le droit que le Dieu rémunérateur s'est^réservé. Certainement ni la musique , m la peinture', ni hi= sculpture, ni l'étud^dç? Içttres^ ni* l'àrcHitecture perfectionnée ne* sont nécessaires à notre existence ; mais elles Font étendue et si heureusemeiit diversifiée que , sans elles, il serait difficile aujoiird'hui de concevoir rhomme social. ■ i • ■'

Cependant les nécessités matérielles étant les plus exigeantes , les premiers efforts durent être dirigés à leur profita La vie sau-

-vage ne pouvait cesser qu'avec .la certitude d'une subsistance dans la saison rigoureuse. Celte garantie échappait aux habitudes pastorales, quelque puissant que fui d'ailleurs leur attrait. L'agriculture , en plaçant dans l'existence des points de repos , a été une tranisition natitrelle vers l'état civilisé. Dans qudques pays pluvieux , la première retraite avait dû être le creux d'un rocher ; dans d'autres^ sous un beau ciel, l'abri d'un feuillage : devenucultivateu% l'homme eut des richesses à recueillir, et des magasins à former : l'architecture est donc née d'une vie plus douce et moins précaire^ La cabane fut son premier essai , et la grange ^n premier palais. Le sentiment du bienfût venant à éveiller celui ôfi la reconnaissance , autre besoin de notre nature , puisqu'il n'est que le cri de Tétre protégé et conservé, le temple dut s'élever bientôt , et l'arbrç de la forêt en fut le premier support. Dans cette enceinte religieuse, il, fallut fixer la pensée errante et peut-être effrayée.; il fallut offri» une prisé àladoration. La puissance n'apparaissait que dans les phénomènes biehfaisans ou formidables de la nature : on eût voulu pouvoir

en hasarder Tesqtiisse ; mais l'idée de celleci était difficile à saisir, et même trop complexe, dans l'action diverse des élémens. On aimait et on tremblait à la fois devant elle : comment lé dire ? On commença donc par se. contenter d'en vénérer un s3rmbole dans l'élément lui-même , dans la pierre brute ou dans la poutre à peine dégrossie. Plus instruits , on osa davantage. Un signe animé de la force se montrait sur la terre ; l'homme le donnait : on le copia diabord d'une manière informe , et par fragmens pris dans la partie qui pense , et dans celle qui est chargée de. la reproduction ; c'était voir ,. dans son principe et daifb sa fin l'action créatrice; pxiis l'ensemble des traits humains , Ihais encore enveloppés de langes, comme l'espèce elle-même, se dessina sous le ciseau. Dix bois plus docile, ils passèrent' dans le marbre assoupli. Des' colonnes fortement assises , des voûtes hardiment suspendues , des murailles solidement édifiées^ inspirèrent l'idée de parer Ja nudité de leurs enceintes. Celles-ci reçurent les figures symboli<}ues du culte ^et devinrent les annales dé l'histoire, qui resta long-temps sans avoir un autre

eRIGINE DES ARTS. 35

langage. Plus tard, les actions des dieux , des héros et même des citoyens , en déco- Tèrentle pomrtonr , soit que le pinceau s'impriqiât sur le stuc y soit qu'il se promenât sur la toUe forcée par lui de saillir ou de reculer devant l'œil , ce qui fut le triomphe le plus éclatant de l'art étonné de ses pro* près succès.

Reyendns sur ce trait rapide des opérations de l'esprit humain ; quQique nous nous soyons proposé de suivre les gradations par lesquelles elles passèrent avec un scrupule philosophique, .bien des choses y deman* dent à être expliquées ou approfondies.

Il faut en convenir, cette hardiesse de copier l'homme , pour en placer l'image sur les autels, ne dut venir qu'assez tard aux sociétés nouvelles ; elle n'a pu naître que d'une sorte de souvenir d'une alliance du del et de la terre, retrouvée dans les traditions de certains peuples , et 'qui a dû porter à croire que les substances d'tui ordre supérieur pouvaient bien participer à notre natore corporelle. Les Indiens primitifs n'eu-^ rcnt point d'idoles; ils ne connurent que le ku et l'eau pour divinités ; car les incarna-

36 ORIGIKE des AKtS«

tions de "Wisthnou, en dénaturant le culte au gré de leurs bracmanes , amenèrent seu-^ les les signes nombreux qui en^evinrent la dégénération-. Les Calédoniens, branche de la gii'ande famille des Celtes que nous voyons couvrir l'Europe aussi loin que notre pensée puisse s'enfoncer dans les âges, n'adorèrent que la pierre du pouvoir; les premières notions religieuses des Romains eurent la même simplicité. Sabin d'origine^ Numa fut détourné , par son éducation et par ses mœiirs natives . d'àbandonnner aux arts le soin de parer les temples. En instituant le collège des pontifes , celui des flamines et des vestales , il fonda à Rome le culte du feu qu'il tenait de ses pères. S'il fut fidèle à la foi de ceux-ci, les Tarquins, Corinthiens d'origine, eurent la même excuse , pour introduire , dans la même ville , la multiplicité des dieux apportés de la Grèce, et les simulacres destinés aies multiplier encore. Cette innovatipn eut lieu vers l'an 1 70 de l'établissement de la royauté, mais sans parvenir à altérer le fond des idées fixées dans les règnes précédéfis.

. Les Celtes n'eurent pendant Iphg-temps

O&IGIKE DES ARTS. ^7

^i temples ni statues. Les Pelages et les Scythes, qui ont avec eux beauco^ de rapports ^ s'ils ne se confondent dans une source commune , et qui de r£urope passèrent successivement dans la<^èce et dans l'Asie Mineure , se trouvèrent éloignés , par la nature de leurs dogmes, de donner des formes à la pierre, ou de chercher d'autres sanctuaires de la divinité que les forêts et le sommet des montagnes. Ces aperçus étaient plus vrais dans leur essence ; mais ils n'en étaient pas plus favorables au développement de k sculpture. Un dieu enfermé dans un vase cpû contient de l'eau ou du feu,* ou figuré par une lance fichée dans un monceau de fascines, ne pouvait exercer qu'une faible influence sur l'imagination des artistes. Ce dernier culte , entrevu dans les premiers âges italiques , ne cessa en Grèce qu'avec Cénée, peu de temps avant la guerre de Troie.

Cependant les^élasges finirent par accepter de l'Egypte quelques idoles avec les notions attachées à celles-ci, ppur les transmettre aux Grecs. C'est ainsi que les Athéniens recurent leur Mercure et leur Phalliw

38 ORIGIITE DES J^lB^tS.

SOUS des formes égyptiennes , peut-être phéniciennes d'origine; Diane, et Vénus ou Astarté, leuF arriyèrent par la même voie , chose dont rendent témoignage les voyages de' Pausanias et les muses d'Hérodote.

Comme tenant à des idées plus compliquées, l'art delà peinture fut plus lent à se pjroduire que celui de la statuaire.. Il est moins difficile, en enet/de donner ime apparence de représentation à de la glaise ou à un tronc d'arbre ( et les accidens de la nature le prouvent tous les jours) , que de la transporter sur ime surface plane par une £^}roite.dé^ gradation des couleurs,«t une savante réduction des lignes. Vainement Kaphaèl'Mengs , dont les écrits méritent plus de célébrité que les tableaux , cite à l'appui de l'opinion contraire des vases étrusques ornés de figures d'une proportion assez heureuse, et qu'ail rap- .porte à une haute antiquité. Son opinion tourne contre elle-même , en ce que les formes de ces vases sont encore plus élégantes que le simple trait qui y est imprimé, et auquel la science du dessinateur a dû se borner pendant un temps indéfini; car- l'histoire vraie ou supposée de Dibutade , si elle était

ORIGINE DÈS ARTS. Jq

admise comiae autorité , nous confirmerait dans notre sentiment. Que sera-ce si Ton est forcé de voir dans <;es linéamens l'expression de .statues plus anciennes, et qui , comme les traditions dont elles faisaient yoya> ger avec elles le dépôt , remontaient à une origine exotique?

Les facilités que la sculpture a rencontrées ent amené tous les peuples à fléchir le genou devant des dieux , œuvres de leurs mains et trop souvent de leurs propres passions.. Mais où serait le motif de s'en étonner ? Le champ de Ja création étant interdit à l'homme , et le sentiment d'une force supérieure lui étant aussi naturel . que nécessaire , il était tout simple que, dans l'impuissance de ses e^orts pour se représenter celle-ci, il se trouvât réduit à prendre son. calque sur les œuvres du Tout-Puissant lui-même : tenant la première place ^armi ces dernières, il n'eut garde de s'oublier. C'était encore beaucoup que ce grand besoin de son cœujr reçût une expression. L'ordre était indispensable; on le sentait : la justice distnbutive , même dans ses rigueurs, n'en était que la conséquence; partout on crut que la substitution d'une

victime , à Fauteur de la faute , détournerait de cederaier la. peine* méritée. Il n'y avait que cette manière de se faire grâce avec quelque pudeur, et on la saisit. De là les oblations, les mystères expiatoires, les statues , les simulacres des dieux, les basiliques des temples, magnifiques développemens de la pensée sainte , par laquelle nous nous plaçons sous les regards d'un maître que l'imagination multiplia bientôt avec les pbénomérites armés en apparence contre nos jours. Il semblerait que l'idée d'un ' seul et • immense pouvoir étant trop accablante pour sa faiblesse , l'homme se trouva comme forcé de la diviser , de l'éparpiller autour de lui , ^l de la répandre sur les objets les plus propres à en recevoirle reflet. Fatite de la vigueur d'instruction convenable pour s*élever d'un premier élan à la source du vrai ^ il chercha des points d'appui, et il les prit à ses côtés ^ il voulut même des intermédiaires , et l'inté^ rêt personnel ne tarda pas à les lui offrir.

Nés sous un beau ciel , héritiers des traditions deTÉgypte, aux dieux de laquelle ils accordèrent un droit d'asile, les Grecs se trouvèrent naturellement inclinésà faire pas-

OftIGiNE DES ARTS« 4'

s€r*la douceur de leurs mœurs et de leur climat dans leur culte y comme dans ses emblèmes. Heureux , ils s'entourèrent dés simu^ lacres de leurs diyinités, embellis de charmes dérobés poiir elles à leur jeunesse floris-^ santé , et à leurs plus belles femmes , dans un pays où toutes les femmes étaient belles. La communication des dieux avec de sim-* pies mortels était un ar^cle de leur foi : de là la nécessité de représenter les êtres qui descendaient à cette alliance, ou qui en étaient issus, avec un choix dans les formes les ni us parfaites qui appartinssent à la nature numaîne. Nous espérons prouver que c'est à quoi se réduit la doctrine du beau ideaI , si chère à Mengs , et surtout à Winckelmann qui, en la défendant , ^'échauffe par ses pro-* près discours. A' Athènes, à Sicyoné, à Corinihe, on multiplia donc ces images : Tarfc s'accrut ainsi de ses propres elforts; car on ne saurait longHemps retracer sans Succès la figure de ce qu'on aime et de ce que Ton peut regarder ayec espérance ou avec délices.

La religion des Romains, plus austère y parce qu'elle était entée sur des croyance» d'origine celtique, dut suivre une autre mar-'

4 a a&IGiNE DES A^TS.

che , et se permettre beaucoup moins. Après la mort de Romulus > la ville modeste d'Évandre, qui lui dut un changement de nom, oublia 'les idées, pubées par le fils de Rhéa dans les écoles grecques des 6ii)iens. Elles n'eurent pas même le temps de prendre racine. Gouvernée par les lois de Nmna, sous le rapport des rites et des cérémonies , qui exercent une ^ forte influence sur le caractère national , Rome devint sévère dans ses dogmes comme dans ses mœurs.

Ce régime était mieux approprié à4'importance des vues de son sénat. Ce n'est qocL quand la conquête de TAsie et de la Grèce Teut enrichie des chefs-d'œuvre de leurs artistes , et eut fait passer dans son culte les traditions qui y étaient attachées , qu'elle humanisa ses dieux à l'exemple de la ville de Cécrops ; car le culte de Vesta , le seul qu'elle connût dans les. premiers siècles, par sa 'rigide simplicité dut faire reculer devant lui les arts d'imitation.

Contre l'opinion de Winckeliçann , nous serions portés à croire que les Étrusques, instituteurs des Romains dans les études sacrées, descendent des Celtes, comme quel*

O&XGINB DE» ARTS. 43

ques autres peuples d'Italie; mais que leurs relations fréquentes ayec les Pélasges , puis arec l^s Grecs les ayant initiés de bonne lieiire aux traditions religîeuftes et historkpietf d*un autre pays 9 ils se sont servis des arts dont, ils étaient dépositaires, pour tracer les esquisses d'événemens et de personnages mémorables, qui, de la sorte, appartinrent aux deux contrées. Il est certain que leurs ouvrages se ressentent de cette double in« spîration; elle n'est pas échappée à Winckebnann lai-anémeV et c'est un 'des phé-^ nomènes des premières annales italiques qu'il serait difficile d'expliquer d'une autre matiière.

Ces aperçus fourniraient la matière d'une ▼aste discussion dans laqueUe nous nejious engagerons pas# Nous nousiM>merons à dire que la scicsnce des augures , à laquelle les Étmsqties se consacrèrent spécialement, les idées sombres et terribles qu'ib jetèrent dans le culte de B-ome, la dignité austère avec laquelle ils représentèrent les grands dieux quand ils les eurent acceptés, les aîles qn'^s donnèrent ensuite à Imn statues , même auat animaux et aux objets insensibles, se resseur

44 ORIGINE Ï)ËS AK1!S.

«aient d'une religion distincte dans son type primitif. Suivant celle-éi, s(bus rinilâence de forceâ supérieures dont ils - se réservaient le secret, la nature était animée d'esprits ^ui circulaient dans son sein , qui habitaient les lieux sombres ou élevés , et qui s'exîprimaient par le murmure des cbénes , des vents , des lacs et des fontaines. Ainsi les ailes étaient à leurs yeux' un attribut presque général des diverses parties de la créatioh; Les Grées se contentèrent de le conférer , par privilège , à quelques divinités chez' lesquelles leur imagination , non moins vive que riante , leur fit entrevoir une mobilité de pensée ou d'action dont il put devenir le symbole. Les divers Mercures, qui trouvèrent peut-être leur modèle dan-s le nofd' de l'Europe , se produisirent dans lé midi avec cet appareil; on l'accorda lau zéphyr; la foudre elle-même en fût amlée; l'amour universel , et l'âme destinée à revivre danfr diverses transmutations, le reçurent comme soutien de leurs formes aériennes , tandis^ qu'à son aide la messagère des dieux se balancavmollement dansas airs sur son échar- ]»e diaprée. '

O&IGIWS DES A&T». 4^

Tout observateur qui apportera quelque pbilosopbîe à ses études , • remarquera que les arts ont suivi à peu près une même marche chez les Indiens, chez les Perses, chez les Étrusques et chez les Égyptiens. L'uniformité est le propre des gouvernemens théoeratiques. Dans les Indes , les mages et les j^ramines, en Étmrie les augures, en Egypte: les prêtres , . administraien t la justice aux peuples»; interprètes des lois , ils veillaient, à ce que les idées restassent stationnaires conune elles; chargés de Tinstruction, ils lui traçaient un cercle qu'elle ne pouvait franchir. Ils sentaient que toute innovation ne ferait -qu'altérer le respect de leurs dogmes , et par conséquent de leur propre caractère. L'esprit humain eut ses bandelettes sacrées comme le& momies; il reçut sa gaine coinme les statues des temples. Par tout pays où une secte . entrera dans le pouvoir civil,, les h(Hnmes seront retenus par elle dans- cette dépendance qu'elle nommera salutaire , et qui ' naît d'une continuité de pratiques oirrien ne s'écarte de la ligne tracée par les devanciers. Les arts n'ont que faire là; c'est le

gouvernement de Timmobilité; tout au plus seront-ils admis à en accrôitre la force dé station y mais dans' le point fixe de ses idée» et de ses intérêts. S'ils prennent du ressort , c'est que celui du culte sera détendu : ainsi arriva-t-il à Rome, où, à la suite des victoires lointaines , la sculpture et la poésie des Grecs firent une sorte dlrruj^tion dans les mceurs. Cependant il fout reconnaître que cette ville subordonna constamment sa religion à sa politique; en effet, ses augures' et ses aruspices n'eurdit d'autre soin que de favoriser une tendance vers- de plus^ hautes destînées» Gelfes-ci une fois accomplies, il n'y eut plus de culte, il n'y eut plus de morale publique , et il fallut déchoir. Certaines contrées de l'Italie n'avaient commencé ^'Connaître des temples que vers la seconde guerre punique , ftinsi que nous l'apprennent Tite-Lîve et Polybe: à la fin de la troisième, partout on en vit sortir de terre, et presque partout ils furent inutiles; car , sans l'adoration, le pontife et le sanctuail^ ne font plus que s'accuser mutuellement, par le seul fsût de leur présence. Platon, que ses voyages et ses méditations

ORIGIZTB DSS ARTS. 47

profondes avaient mis dans le cas d'observer avec exactitude les progrès des arts chez les différens peuples dont la renommée était parrenne en Grèce , atteste > , que de son temps on voyait en Egypte, des ouvrages de peintore et de sculpture , « faits depuis » plus de dix mille ans, et ni plus ni moins N beaux que ceux de l'époque ou il écri- « vait. ». Qu'importe que, sons les Pto-* lémées , les artistes égyptiens , ou ceux par lesquels ils furent substitués,' aient été plus libres dans leurs compositions ; comme l'indiquent quelques statues comprises dans \fi Musée français, et qui sont justement rapportées à ces âges postérieurs ? On ne peut se dissimuler que l'autorité à&& prêtres fut considérablement affaiblie sous les succès^ seurs d'Alexandre, et le fiiit observé par Platon n'en est pas moins constant. La cause, nous croyons l'avoir indiquée. Comihe supplément de preuves, il ne sera pas indifférent de remarquer icique^ sous Jules II et Léon X , les arts prirent un vol élevé ,

' Lots de PJaiên , traduction de Groa , jéuiit^i tome I^ livre n ,' page 8 1 , 1 76g.

4$ OKIGINE D1S8 ARTSr.

mais qu'en secouant leurs entraves , ils devinrent y dans Rome même , les signes de Tétat de la société par rapport à un autre ordre, d'idées : aussi la réformation eut-elle lieu pendant le second de ces pontificats. ...

On ne sera paB* étonné qu'en esquissant cette histoire des arts, nous tracions celle des religions. L'architecture , la statuaire et la peinture n'existant que par celles-ci, elles , s'implrèjgnent de la couleur du culte ; avec lui elles sont aimables comme dans la Grèce ej; l'Asie Mineure , ou sombres et mystérieuses comme dans l'Egypte. Voyez comme ces mêmes dogmes , que les prêtres d'Isis voilaient d'emblèines menaçans, et à l'initiation desquels on ne pouvait parvenir qu'à travers des terreurs, voyez, dis- je , comment ils donnent dans l'Attique le signal d'une ^te populaire; voyez comment, au milieu de la joie génér&le , les ^eurs voleiit des corbeilles sous les pas des ministres sacrés; comment y échappant avec peine aux transports d'un peuple ivre de bonheur, le navire chargé de la jeune Théorie cingle vers nie flottante^ premier berceau des

oaiGlNS DES AATS. 4^

«nfâns de Latone ! Considériez comment la iiolonne légère , surmontée de «es volutes ioniques , se place élégamment sous la frise du temple , que vont remplir des flots d'adorateurs ^ tandis que l'arcytecture sévère de Memphis pèse sur la pensée comme sur le sol qu'elle attriste! Mais surtout arrêtezvous devant l'œuvre de Praxitèle I admirez comment les bras dé cette nymphe ont cessé d'être collés aux hanches; cinnment les jambes ont fui de la gaine qui les retenait caplxves; comment la tête, se balançant avec grâce sur les épaules y obéit aux doux mouvemens d'une nature libre et heureuse ; et reconnaissez rinfiuence des institutions sur le caractère des peuples , comme sitrles productions de.leur génie 1

Tous ces développem^ns des arts sont paresseux ou hâtifs suivant la nature des opinions religieuses. Dans la Perse , les pre^ mières statues à forme humaine ne parurent que sons Artaxercès-Mnémon , vers la fin du quatrième siècle avant J.-C, et déjà cet empire touchait à sa décadence : c'était justement l'époque où Xénophon .s'immortalisait par cette fameuse retraite dans la-

£eauX'Art&, I. 3'

5o OBJGIHE DBS AUTS.

quelle il eut l'honacur. de eonmanfiler da mille Grecs dignes de marcher sous ses ordres* De quel coupide^iaBÛère zic irapp«rat-on pas la pensée par un rapproclicmententre les. étads du grand roi > et la ville naissante d'AUiènes , quand on aura remarqué qu'environ dix siècles auparavant, le sculpteur Dédale , petit-£la d'Écecihée , dé^ tachait, en Grèce , les bras et les coisses de ses figures , leur couvrait les yeux^ et, méritant d'être célébré par Homère, frayût la <route dans laquelle Pbydias, Lynppe et tant d'autres artistes, marchèrent vers une renommée qui n'a pas encore eu d'égale!

Les Hébreux n'admirent , dans leur unique temple, ni tableaux ni statues; aussi, pour construire celui-ci, furent-Ils obKgés de recourir à des ouvriers étrang'ers.^Certes il y a quelque chose de très^iraposanf dan& cette disposition législative. Nous la respeetons comme émanée d'une volonté qm ne souffre point de contre; car s'M nous était permis de la soumettre à notre examen , nous y trouverions peu de rapport avec la nature , humaine, et nous en prendrions pour preuve l'hbtoire même du peuple auquel elle fut ap^»

OmidVB I>Kft A&TS. 5 1

piiq[aé«. Ses abetratîoiM contiDiielles n'attestèrent <]tie trop le besoîtt dtattacher la pensée à des formes; "sensil^es. Dès le moment où les signes et les symboles disparaissost d'wi cnlte, on peat afifinner de deox choses Time ; ou qu'il nrj a plils de rdigion, on ijne la sagesse ineréée a commencé à parier an cœur de tous ses enfansw Ce n'est pas à des tribus sortant à peine de l'Egypte) et qui avaient eu sous les y«Bx ^ pendant plus de quatre siècles ) le spectacle du pli» dégoirtant polythéisme, qu'il fallait demander la notion pure- et abstraite d'un Dieu créateur, surtout quand on u'étendaît le pottvoir de ce grand Mtt que sur la' TÎe pl^ésente ; et, pour tout dire , un sanctuaire touvert d'un simple toit depevttx de brebis, aux yeux d^hon^ mes charnels, contrastidt beaucoup svetleg échm et les tonnerres de^la monlaf^e sainte où la loi fut dictée.

Tonte refigion doita^oir un caractère

menaçant et un caractère dé bonté : contra-

dietoirenaent à l'int^tion du fondateur , c'est sotas le premier aspect que Ton se contenta d'abord de présenter la nôtre. En cela , l'on servait les deta powtoirs^u pus-

^2 ORIGIITE DES ARTS.

session de régir les hommes. Les anciennes sociétés de TËiirope marchaieiit vers lenr dissolution ; les nouvelles 9 encore dans leur enfance , demandaient à être effrayées ; elles furent satisfaites^ Les âges s'écoulèrent dans la terreur de la divinité et de ses pontifes , mais aussi dans la funeste idée d'un rachat trop facile de la faute ou du crime. Cette terreur dut avoir d^ l'infliience sur les arts; elle les domina ; elle y entra comme ressort : l'architecte l'enferma sous les vpûtes profondes des temples 9 que perçait à regret le jour amorti des ogives ; les mystèries d'une religion qui dépouille l'homme dans la vie prései^te , et le rejette tout nu dans l'avenir, oublièrent de consoler, pour montrer partout H peine et le chàtiôient. Par dégoût de \^ terre on aspirait au ciel. Les Celtes, les Gaulois 9 les Scythes et les Samothraces , n'avaient vu leur Dieu que sous un aspect sinistre : tr^n^orté dans le christianisme, le même mobile, agit avec d'autant plus de force qu'au moins ce culte , même imparfaitement entendu, rendait à l'Orne quelcpie dignité, et, la relevant de sa propre déché^ce , lui faisait entrevoir d^ beau¥

OHIGIITE. DSS ARTS. 53

jours. Le platonisiiie fut fondé à se psomet" tre ceux-ci ; ses plus belles pensées , ses plus doucesilliistoiis recevaient une sorte de sanction divine ; le stoïcisme soulit : pour la prer mière fois il rencontra le vrai sage , ol^^et de ses longues et vaines recherches. Mais l'arbre destiné à porter ces fruits était comme occupé entièrement à enfoncer ses racines naissantes dans le sol de l'Europe. Les détritus du paganisme lui servirent d'engrais. Le sang humain coula sur son tronc; on s'égorgea long-i-temps sous le .feuillage hospitalier i au lieu d'en mettre à profit le bienfait. Les arts s'enfî)iFent ; leurs plus beaux chefs-d'œuvre consacrés au culte pré« cèdent, furent brisés par l'esprit sectaire, qui ne sut pas se borner à y voir un riche développement de la pensée dans un ordre de choses inférieur, mais digne encore de nos respects. Ce qui échappa à la démence fré-^ nétique des Latins ^ maitres pour la seconde fois de Constantinople, ou tant de magni^ fiques productions des arts avaient été transportées comme pour y recevoir les tristes honneurs du cercueil , devint la proie de ris-< lamisme q[ui se plait stupidement au milieu

54 Oi^tmiie Dits ARTS*

d«s débris i QU broiiva #ouâ les décombres une protectioii ^ ipcàees à l«qii^e lfand<}iûté , dans les éloges qu'eUe s'est donaés à ellelaéme 9 est kiyée ^de-meiisoiiges.

Le sort des «irts transplantés à Rome ne fut pas beauc(Hi]p plus* heureux, losqu'au quinzième siècle , rayng^e par les myasions des barbares , quand ^le ne l'était pas par ses propres fureurs encore plus destructives, la ville <de8 Césars conserva mal le^dépàt que la conquête lui avait confié* JEtik i43i 9 le Pogge I, assis aivec mélaneoUe^ au milieu des saunais de vignes^ sur la «oliine où fut le Capitole , âûsait le. déplorable inventaire de cette riciMsse passée 9 «t son -regard ne se promenait que die mines «n mines. Il ne coB^ptait pdns que cm q statues dans tonte Rome ! ^Quekpses Autres ^ à la vérité , pu* bombeur ensevelies sous les ddiiris des tem* pies et des thermes 9 attendaient pour repa-x raitre que les nouvdJes discordes civiles épargnassent enfin les beaux restes d'un tablent qui leur iat étranger.

■Il M I I .^— ipo^.^

' Voyez Gibbon, Histoire de la Chute et de la Décadence de Vempire romain^ traduction de M. Guiiot , tome XIIT, pages 3i6, 317.

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