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On se demanile , au sein d'une telle dévastadoa , ce qu'étaient devenues les deux mille statues enleTées à Volsiniuin , les trois mille en airain que l'édile uËmilius Scaums mon* tra au- peuple sur un diéàtre de deux jours , cellçs dont Mummius et MarceUus rempli* r«nt Rome après la prise de Gorinthe et de TAchaïe, et celles non moins nombreuses dont Tenricskit le luxe des empereurs prodigues d'apothéoses euTertleurs prédécesseurs, leurs Cavoris et leurs maîtresses. Est-ce au temps» est-ce à l'homme qu'ap^artientpar privilège le hrevet de la destruction ? Si nous faisons à chacun des deux sa part , ne sera-ce pas encore le vieux Saturne. que nous au-« rons à saluer sous le titre de conservateur ?
Dans cet interyalle de jours toml»res ou marqués en caractères "de ftang pojtt l'espèce humaine, les sculpteurs grecs , appelés et chassés tour à tour par les capitales des deux empires, en continuant à manier un ci-, seau que la pierre méconnaissait { car. les traditions étaient déjà perdues ) , firent moins preuve d'habileté qu'ils ne semblèrent pro* tester contre une prescription de Tart.» en faveur du pays dont il fat le berceau.
Après Une longue nuit , dans laquelle il n'avait «pu jeter que quelques lueurs vives ^ mais passagères, l'évangile brilla d'une lu-> mière plus douce. Il rappela autour de lui les sciences éplorées , et lés arts fogitifs ; il en procréa de nouveaux, il les inspira tous. Sévère dans son style ^ le marbre , en sortatit des mains de Michel- Ange, alla: se placer près, de l'autel qu''il entoura de frayeur. Précédé de Massacio fort déjà dans l'expression , et de Fra-Bartholomée habile dan» le Jet large des*draperies , le 'divin Raphaël , qui leur fit d'heureux emprunts , vint avec son pinceau calmer les esprits ; il leur demanda pour le ciel du respei^t et de l'a-' mour : il obtint encore de l'adMration pour lui-même. On crut voir Zeuxis ou Apelles sortir de la tombe. Avee-d^ formes plus dé» centes et non moins belles, les Grâces se glissaient dans le sanctuaire. Dans son austérité , le christianisme leur y avait ménagé ime place, et elles l'occupèrent sous tes traits d'une vi«rge et d'un enfant chargé!» dés destinées du monde r leCorrège fut invité d'en hciut à reproduire l^urs traits sur la toile , qui n'eut jamais un si doux reUef, et dt» pins
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aimables contours. Si Muie n'aidait pas «été exempte des moindres faiblesses de son sexe ; sir elle n'était pas préservée y dans une autre vie, des goûts les plus innocens de celle-ci ; si enfin il lui était resté quelque chose de la femme dont eUe fut le modèle , n'en doutons pas, elle se féliciterait d'avoir pour peintres de ses grâces ineffables , Bapbaël et le Gorrège ^ puisqu'il n'a pas été ordonné aux anges de tenir le pinceau.
Arrêtons-nous ici. Entourés que nous sommes 4es chefs-d'œuvre de toutes les écoles anciennes et modernes ^ sachons les examiner, et préparons-nous à cette apprécia*tion. Avant d'entrer dans le$ grandes et belles questions que nous nous proposons de discuter prochainement en présence des lecteurs , qu'il nous soit permis de déposer ici une réflexion propre à rectifier quelques idées, et sans- laquelle notre estime des anciens âges pourrait être suivie de mécomptes, ou taxée d'engouement.
Il ne faut pas se dissimuler, qu'à travers l'espace et les siècles , l'antiquité a beaucoup grandi à nos yeux. Vus de près , et ramenés à leurs véritables proportions , les monu-
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TOimts ût& Grecs, leurs temples et leurs édifices, ne siotit qu'en Rapport arec la population de leur pays. Ainsi nous est-il donné de juger d'Athènes, depuis que les Toyageurs et les savans en ont niis le tableau presque sous nos yeiix. SpaHe, qùi'a laksé beaucoup moins de traces, a eu nécessairement moins de grandeur dans s^s constructions , de talent dans ses arlisteà, et de génie dans ses ^cnirains. Le nombre de ceux-ci fut trèsborné. Nul doute que les fortes agrégations d'hommes qui ont paru à diverses époques sur la sttf^ce de la terre, quand elles ont été admises à là civilisation , n'aient opéré des choses plus gi^andiosies , dans une estime physique et inliténellë , que les {Petites républiques du Péloponèse; mais qiie ces dermères aient été inieux pénîétrées de la dignité humaine, qu^ les ftmies y aient été plus soliidèment trempées que chez -nous , c'est ce qu'attestent les écrits de Xénophon et de Thucydide. Prenons garde seulement que l'énergie morale d'un peuple doit croître «n raison înVerse de sa population , par la dificulté d'approprier les institutions civiles et militaires à des sociétés trop éten-
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dues; les Thermopyles en font foi : et ne eroyons pas qne les Grecs de la quatrevingtrdixième olympiade eussent aussi Tigoureusement repoussé les Perses que le firent ceux de la soixante-troisième.
Quoi qu'il en soit, soyons certains qu'il existe quelque différence entre renoemte de Paris et celle d'Atkènes, entre le spectacle imposant des ports de Brest et de Toulon , et celui qu'offraient lès ports du Pyrée et de Munychie ; entre les dimensions de nos temples > de nos palais 9 de nos jardins pn-^ blicsy et celles des bàtîraf^Mi dealîaés au même service chez les anciens. C'^st assez > pour la gloire de ceux-ci, quç nous ayons été leur demander des modèles de tout oe que nous avons exécuté de Ziemarquable ; que la «latue chez nous ne puisse pliis monter sur le socle , sans leur avoir déiiobé sa ligne de beauté; et que la polonne n'ose s'élever vers le cid 9 sans que nous leur ayons &it hommage de &es proportions.
Les masses de population qui se partagent le sol de l'Europe, et leurs immenses moyens d'exécution , cessent d'être présens à notre esprit dès que nous nous entretenons des
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Grecs et des Romains. U n'y a pas de mal à cela : U est bon que le moral et rintelligence de l'homme prennent le pas sur ses force» matérielles et organiques. Une page de Plutarque me dit plus de choses que tout Vitruve. Où le flambeau de la . civilisation a brillé y je ne m'enquiers pas du nombre de mains qui ont été chargées d'en nourrir la flamme. Si j'apprends qu'avec de faibles res'sources on ait exécuté de. grandes choses, j'admire; et, à la manière des anciens, j'élève un autel au génie du lieu.
. Il ne s'agissait donc ici que de déterminer des proportions physiques. Nous venons de le faire dansle.seul i|i|;érét de la rectitude des idées. Si après cela le charme subsiste, si les formes restent encore gigantesques, ne nous en plaignons pas. C'est une belle époque dans l'histoire du genre humain que celle où un peuple, après s'être estimé beaucoup , peutêtre un peu trop , est pourtant parvenu à rendre les âges futurs complices de sa propre exagération.
Dtl GOUT DANS LES ARTS. 6l