CHAPITRE III
BU GOUT DANS LES PRODUCTIONS DES A'&TS , £T DANS LES JU/aSMENS QUE I^'ôN DOIT EN PORTER.
Quelques-uns de nos lecteurs pourront s'étonner qu'à peine entrés dans cet ouvrage, nous nous hâtions de leur &ire part de nos réflexions sur le goût. Sans doute , voyant dans cette <tuaUlé le résultat d'ob- ^rvations non moins fines que judicieuses , et la facilité de les appliquer, ils seraient tentés de nous dire que notre composition doit se passer de ce cliâpitre, ou plutôt qg*on doit le retrouver dans ehacun de ceux que nous nous proposons de mettre sous leurs yeux. Ce sentiment, eussions-nous le malheur de ne pouvoir y répondre, ne serait pas dépourvu de motifs ; mais la marche que nous suivons, n'en manque pas elle-méipe. Si nous nous sommes déterminés à tr^teir présentement |in tel sujet, c'est que nous le conûdféron^
comme un article sut lequel il est nécessaire de s'expliquer, ainsi qu'avant départir ensemble pour la belle Italie, il conyient à des compagnons de route de saroir am moins si le même Tocabulaire est à leur usage.
Là ptitlosopliîe s'est efforcée dé^offsidéiiir Hioomie dans4'état de nature, c'est«-à*dire abstraction faite de ses dispositions sociales. Cette étude, selon nous, a peu ajouté à nos connaissances positives , parce qu'eSe part d'un principe faux en lm-i»ème , l'homme n'ayant d'autre état naturd queeelm auquel il est destiné , et qui est aussi celui où il pdfT" Tient au plus parÊûfc'dér^oppement de ses facultés natives et aequises. Examinez, si bon vous semble , un animal qui n'aura pas été marqué pour notre domestidté : que votre œil le'suivfi^aBS les bois dont il a reçu Tin* vestiture , dans l'air libre qu'il peut fendre de son aile vigoœ^use , et jugez-le là', car c'est là sa place.- Ainsi l'homme ne veut être étudié que dans la société de son semblable ; à bien dire , il zke peut être érsAjké que dans les villes et les hameaux, parce que sur la terre il n'y a pas un être moins propre que lui à l'isolement.
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Si les philosophes y comme nous le pensons, n'ont réussi qu'à dénaturer rhomme en le clieichant dans ce qu'ils appellent Tétai; de nature , les artistes n'ont eu garde de commettre la même erreur. Attachés constamment à suivre le jeu des passions^et leurs effets sur notre machine obéissante, ils se sont efforcés de les reproduire dans une certainke proportion sur la toile ou dans le marbre. C'était ce qu'il y avait de plus avantageux pour Vart, car les passions répondent aux intérêts; et ceux de l'homme sauvage sont bien peu de. chose. Tranquille au contraire sur son existence, qui lui est assurée. par l'ordre politique, l'homme social verse sur d'autres intérêts l'attention qu'il apporterait aux nécessités matérielles de la vie. L'amour de soi est reitiplacé par l'âmom^propre, et celui-ci, bien plus diversifié dans $es moi^vemens, l'est aussi dans l'expression. Ces yérités établies, il nous semble qu'il appar*tient aux hommes de la société de. juger ce qui se passe dans son sein. Les ouvrages des artistes n'étant qu'une nouvelle représentât* tion de ces choses, nous avons prononcé sur U qualité du jury auquel il est ponaûi de les
apprécier; nous avons même assez bien déterminé avec quelle mesure de goût il doit procéder à ses fonctions.
Nous verrons dans tout individu susceptible de recevoir les émotions dont l'image est offerte à ses yeux, le juge compétent de celle-ci. Car, pour décliner en cela son autorité ; pour en interjeter appel au profit des artistes , qui se sont permis quelquefois de s'ériger en tribunal exclusif, il faudrait professer une singulière doctrine soumise elle-même à plus d'un doute , et la question pourrait bien se réduire à savoir si la musique est uniquement faite pour le musicien, la tragédie pour le poëte, le tableau pour le peintre , et la statue pour le sculpteur. La clôture des salons et des musées deviendrait la conséqueiice rigoureuse de ce mépris de l'opinion publique. Ce .n!est pas que nous regardions le premier venu comme habile à prononcer sur les produits des arts. Cette fonction exige au moins un esprit qui se soit mis de niveau avec l'ère à laquelle il appartieiit; nous voulons même que, versé dans les intérêts de la vie, il se soit familiarisé par 3es remarques avec le langage muet dont
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les caractères se font lire sur les figures diverses; nous démanderons encore qu'il se prête, sans trop de peine, à ce commencement d'illusion que l'artiste médiocre cherche à créer tout seul, mais que l'homme à talent se contente d^achever et de prolonger dans la pensée du spectateur.
On voit que le goàt acquis tient une certaine place dans les qualités du juge dont nous noii& entretenons, bien entendu que cet accroissement ou plutôt ce développement de factiltés ne sera d'aucun préjudice pour le goût naturel, auquel nous réservons encore plus ' expressément ses droits imprescriptibles. En conformité de lldée que nous nous sommes faite d'un véritable connaisseur, nous voudrions qu'il ressemblât à certaines villes si heureusement disposées dans leur intérieur qu'elles donnent partout à ceux qui les visitent de charmantes échappées de vue sur la campagne. €e mélange da goût acquis et du goût naturel est là perfection de tous les deux. La vie des anciens avait beaucoup plus ce caractère de noble simplicité que la nôtre ; toutes les classes de l'état y îparticipaient , et c'est à la supériorité
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de dificernemoit qm en résultait que nous poavons Kiapporter le tact ayi^ lequel une marchande de légumes jràcpnnut que Thlo^ phraste, domicilié depuis plus de soiiLaiite ans 4ans Athènes , n'était pas originaire de cette ville.
Il est très-dîfScile qu'un homme , quelque heureusement organisé qu'on le suppose, possède du goût quand son siècle en eàt dé^ pourvu. Cette délicatesse de sentiment, ces aperçus fins e|âigitifs> semblent partiddièrement affectés à certaines époques , comme a certaines nations. Ainsi , sous ce Rapport, la nature avantagea les Athéniens, et fut moins indulgente envers les jîéotiens, qui, à quelques stades de l'Attique, se traînaient pesamment sur les traces de ce peuple léger et spirituel.
Certainement le goût se développa i^se^ tard dans la Rome ancienne , destinée "pcnefftant à devenir un.jour la t^re classique des arts. L'érection de qudlques statues p«oidAnt que cet état était gouverné par des rois ; celle que l'on dédia à Brutus dans le Capitale, où il fut représenté le poignard de Lucrèceà la main ; les mêmes honnem^ décernés à