CHAPITRE IV
KEGHERCHES PRÉLIM IITAIRES SU& LE BEAU ; DE LA PAETIE FIXE Ï>E LA MUSIQUE.
INVOGATIQN.
$£E.Aii5-Tu donc si difficile à trouver, bien suprême , tvwor tpgjonrs npi^veau , où pni^ inçesfl^œnient l'espèce humaine toujours renouvelée? Qui .es>tu, et comment pajder^-je idignement de toi, puissant mo- ]»ile des >espiits. v^s les grandes pensées et vers la matière eUe-^méme 9 quand elle emprui&|e talonnes?
XraÂ^je tfi cbercber, jdiins Tantre de Tropjipiûlis y ou SjQffs les p^ata^es qui ombrai;eaf€^t le JACC^ d'Académe» aux jours où Plftton s'ântre^naijt de toi avec ses disciples, grands hoipinjes don^t on prononce , depuis depx mille ans , tous les noms avec respect?
Mais le sonrire était à jamais -banni des lèvres de ceux qni portaient de l'antre de Tropbonius : et tu es aussi doux à connaître que la possession est pleine de charmes ; ce n*est
s I a RECHERCHES
donc pas par toi qae Sera contrasté le cœur du sage.
Mais Platon > après t'avoir renfermé dans des calculs numériques , t'enveloppa de symboles ; et tu aimes à paraître au grand jour. Il apprit plus à ses disciples où tu n'es pas , qu'il ne leur indiqua ce que tu es, et les asiles où tu te plais *à te retirer , lorsqu'on mébonnait tes lois ; car ton existence presque universelle , comme ton auteur, c*t le lien sacré de toute la création, tant que celle-ci reste d'accord avec elle-même.
Cependant tu échappes souvent au bras qui cherche à t'entourer d'une circulaire étreinte ; plus d'une fois tu t'es dérobé à Vœû qui, te ceignant d'un regard d -amour, essaya de pénétrer le mystère de ton origine.
C'est que tu fus mal interrogé ; c'est que l'on voulut t'arràcher des réponses en rapport avec les goûts éphéméires, ou avec le foi enthousiasme de ceux qui demandaient un oracle à grands cris, sans consentir à le consulter dans des voies de droiture.
Dans l'impuissance de les contenter , faudra-t-il que je descende sur le rivage de h mer , et que , saisissant pat adresse le vieux
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ps^steur des troupeaux de Neptune , je le force à chanter tes merveilles ?
U dirait l'élan sympathique des êtres, et la m^tection donnée par la force «i la faiblesse ; il dirait la vie civilisée, substituée aux alarmes de la vie sauvage , et le front austère du pâtre se déridant, à ton aspect, au sein des foyers domestiques ; il dirait les prodiges des ^ts., quand tu inspires ceux-ci, et que, par eux, tes traits se reproduisent.
ïlt s'il m'ordonnait ensuite de répéter ses accents, comment le ferais-je, moi , dont l'avenir a été chassé tout entier de cette vie ! inoi , dont la tête a fléchi tant de fois sous le coup des grands chagrins qui frappent ^'homme ici-bas ! J'eus des amis , j'eus mieux ^ encore que des amis ; tout a disparu à mes l côtés! est-ce que mon imagination aurait -; S^^ quelques couleurs pour un pinceau ? ^ £st-ce qde mon horizon n'est pas bordé de t «Pages? Le cyprès n'a pas été si souvent phflté vis-à-vis de la porte du locataire, ^9 jeter une ombre fâcheuse sur son toit : ie soleil n'est pas encore couché , et déjà il n'est pins jour.
Cependant mes yeux ont beau s'obscur-
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cir, j'aperçois ton image dans ce reste de route que le ciel m'a laissé à parcourir ; elle me suit ou elle mé précède en totis lieux. Ne brille-t-elle pas dans ces rapports touchans des êtres , qui ont confondu leurs intérêts et par conséquent leur bonheur? Ne se reflète-t»elle pas dans ces campagnes qui l«tir olïrent des abris , dans ces jardins que parcourent les nymphes du jour , et dans les statues qui rivalisent avec dtcs de' grâces et d'attraits? XJne grande , une bietifaisante intention partout a chargé le plaisir de Teiller sur l'existence ; partout les besoins ont été inis sons la sauvegarde du bonheur.
C'est là que je trouverai ton charme tout* puissant ; car c'est dans le monde des réalistes qu'a été fondé ton empire, soit qu'en présentant , en perspective , aux mortels l'amélioration de leur destinée, tu les conduises à la vertu, soit que , t^adressabt à leurs sens , après avoir invité notre €S|>éce au doux soin de sa perpétuité , tu mettes fin i leur solitude. "*
Non ) je ne descendrai pas dans l'antre de Trophonius : la voix d'un autre oAicte s'est fait entendre à mes oreilles^ c'est celle de la
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nature qui veut m'apprendre à te connaître. lostniit par elle , mais ne pduvatit te chan*»ter, j'essaierai de jte définir ; puisses- tu , ^us ina plume « briller dans chacune des parties, élémens épars de ta substance, ùi qu'un pur rayon de soleil jaillit des ^gmens d'ui^e surface brillante I car je ne te décompose qae pour te mieux trouver ; ^ie ne veux pas plus t'anéantir que te relouer, dans des région» inconnues.
Alors , peut-être alors aurai-je acquis k ^oit de te nommer !
On jie supposera jamais que le créateur ait placé ici-bas les êtres ,^ sans leur assurer des moyens de conservation ; une telle imprévoyance eût amené bientôt la fin de son ouvrage; on ne saurait davantage se refuser ^ croire que les facultés de ces êtres , dans l'ordre des substances animées , ne tendent ^ ^es mettre en possession de la plus grande somme de bonheur dont il5 puissent jouir ^r ce globe , suivant les lois de leurs organisations respectives. L'oiseau dont les ailes fendent les plaines- de T^Mr , le poisson qui sillonne Télément liquide, également sans y
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laisser de traces, le reptile qui se glisse en-* tre les roches buissonneuses, et lé quadrû^ pède qui , de sa masse pesante , fotde l'herbe des prés , ou Tef^ure à peine de son léger corsage , tout dépose de la vérité que nous venons d'établir. Il est vrai que plusieurs de ces créatures, destinées à alimenter des espèces d'une catégorie supérieure , périssent violemment; mais, toutes préparées qu'dles soient pour ces tabtesi[omptueuses,^iS)bmme les victimes consacrées des anciens ^ elles ont savouré le bienfait de k vie dans l'élément qui leur a été assigné ; leurs organes ont été appropriés à cet élément ; leurs facultés ont été mises en rapport avec leurs besoins; ceux-ci ont trouvé dans leurs sensations un excitant provocateur dont la satisfaction a été rarement contrariée , car autrement l'heure de leur destruction fût bientôt venue ; des jouissances ont été attachées à ces actes; enfin toutes ces créatures ont constamment tendu vers leur bien-être , parce qu'il n'y avait pas pour elles d'autres conditions de l'existence, et chacune dans sa sphère, large ou circonscrite , l'a trouvé.
Cet entraînement commun à tout ce qui
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respire , peut-être même à ce quine con-^ na't que la vie de notritioii , se changé en désir dan& le sein de Thomme. Ce n'est pas assez qu'il Tive, il faut que la vie lui soit chère.
Nous portons , en nous , les élëmens de notre bonheur qui par cela même seront à nos yeux ceux de la beauté. Des circonstattces exceptionnelles , un mauvais emploi , ou un#fausse direction, 1«6 font dégénérer en causes, de soufirance physique ou de dégradation intellectuelle , d'crà naît l'idée du niTFoaxE. Toute la morale est là; tout art d'imitation y est également ^ vous y trou«- Terez le Démoniaque dé Raphaël et son Ar«change ; vous y trouverez la Vénus de Cléomènes , et le Laocoon d'Agésandre.
Cette théorie nous semble si simple et si vraie , que nous éprouvons quelque surprise d'être réduits à l'a^^uyer de preuves. Ce^ pendant,, dans la recherche de celles-ci peu difficiles à rencontrer ^ nous nous féliciterons de fonder quelques principes applicables ailleurs qu'au domaine des arts , et qui , bien entendus , peuvent servir à la conduite de ia vie générale des nations , comme à celle
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des existences privées dont elles se compor sent. Toute théorie ,■ qui n'aura pas ce diHir ble caractère d'utilité , sera fausse de sa na» ture ; car le créateur n'a pas plus isolé ses «aintesjois que les diverses parties du grand tout échappé de sa main : les unes et les autres se tenaient dans sa pensée.
Les modes d'existence étant invariablement arrêtés , du moins dans le système de création qui -nous •(»♦> t^oonu , les''4|l^anes ont reçu également des formes déterminées , et ce sont les plus propres à Êivoriser le jeu de leur mécanisme^ Cependant nous remarquerons que la nature, après avoir pris soin d'assurer celui-ci > s'est permis quel^pes infractions de sa propre loi ; et , sans crainte d'affaiblir l'édifice doiit la eonstructiopi nous occupe , nous nous plairons à reconnaître que certains muscles , destinés à opérer divers niouvemens dans la machine htH maine , ont été très-rapprochés del'origÎBe du membre qui leur a été soumis , qt^uqu'il soit notoire, dans la science des forces motrices, que cette sorte de levier, entre toutes , est la plus ii^^te. Cette dérogation a ses motifs , au nombre desquels se place une in-
tention tonte particulière de-plaire à la vue', en fusant la moindre dépense dé matière possible , économie a laquelle notre otil est déjà accoatnmé par l'ensembie de la figure humaine. D'ailleun , en nous dessinant sur ce modèle , on nona a non-èeulement épargné ce que ,^ans la rigueur, nous n'aurions pae le droit de nommer une difformité , si telle était notre manière d'être, mais on nous a préservé d'un embanras nuitiifeste qui résulterait de la sureharge deê cliairs et des en- Yeloppe& cntimées , dont îl eàt fallu xh>us pourvoir pour loger lei cordes pluis volumineuses des muscles extensemrs et ad- »dttoteiirs. n est encore évident que , par le simple dé^rdoppement d'nne pins large smrfiuse, nos corps eussent offert plus de prifte au péril , dans le seul intérêt d'un sur-croit de foroe» qui nous est inutile. On serait tenté de croire que , préparée à Tobjeetion, la nature eét voulu se mén4ger la réponse que nous faisons ici pottr elle , en hasardant quelqaes ébauches d'organisation dans le syst^ne du m^Uleur levier , et en nous prouvant , par des essais informes, que notre partage est à la fois le meilleur et le plus
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agréable à la vue. Certains Brandypes et le Kanguroo pourraient être cités en témoignage.
.11 y a une beauté réelle dans Tordonnance des deux premiers règnes de la nature , parce qu'ils sont au mieux disposés pour l'usage de l'autre; il y a une beauté non moins remarquable dans l'organisation des êtres animés , parce que cette organisation détermine anl|ii&te4ft dorée qui 4eur a été prescrite , l'usage auquel ils sont destinés , la dépense fixée pour leur entretien , et la jouissance de bonheur qui leur a été départie.
Ces choses étant dans un rapport cons-> tant , les forces productrices ont dû rester les mêmes , et les forces de développement ont dû agir dans le même cercle. A bien dire les formes des êtres ont été stéréoty^ pées.
Elles seront donc les modèles du beau dans toutes les espèces, comme elles en sont la perfection dans l'espèce perfectionnée.
Ne voyant rien au-dessus de nous sur la terre , nous trouverons ce modèle dans Thomme, Aussi-bien le faut-il , car notre
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irmitgmatîôn , dans le paroxisme du délire , oa dans Télan de l'enthousiasme , ne saurait aller au delà. Elle arrange , elle dispose , elle combine , elle ordonne ;, mais elle ne produit rien. Le/ehamp de la création est , pour elle ^ une terre inféconde ; elle n'y mois&onnera jamais que ce qu'une autre main plus paissante y aura^emé. Comprise au nombre des êtres créés., le plus remarquable entre tous dans le monde intellectuel, elle les piimera tous ; mais elle sera aussi , pour elle-même , sa propre limite.
Rien donc d'arbitraire dans les arts d'imitation. Le choix des objets^ sur lesquels ils s'exercent , est à. eux. Leur pouyoir ne va pas {dus loin : mai^ il va jusque-là ; et c'est beaucoup.
Nous n^agiterons pas la question de leur prééminence respective. On parle des grands effets de la musique chez les anciens et chez les modernes. Les Grecs surtout y attachaient beaucoup de prix. Si Orphée par ses chants chassa la barbarie dans la Thrace, si Tyrtée enflamma d'une noble ardeur le courage des Lacédémoniens , pourquoi n'en ferait-on ^ autant honneui? aux paroles qu'aux ac- B«aux-Arts. I. ^'
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cords dont elles furent le motif. Nulle part on ne. déterminera, par des sons , on pesple à opérer de grandes chosts, «'il n'attache des idées à ceux-ci, et si ces idées ne se transforment en sentimens. Si les Spartiartes n'avaient été que des déhtianti, Messènes fut restée debout , et leurs femmes eussent vu bien des fois la fumée du camp des Perses ; il n'y eût pas eu plus de Thermopjles , qu'il n'y a eq. d' Abbruzes , quand les Autrichiens ont marché sur Naples.
La théorie du beau- en musique est trèsdifficile à établir , parce qu'elle tient partout au climat, aux mœurs et aux habitudes. Il y a cent à parier contre un , qu'en composant des chœurs pour l'Oreste ou pour l'Œdipe de Sophocle, nous ne rencontrerions pas les accens qui faisaient trembler les femmes d'Athènes , et pâlir même ses jeunes guerriers.
Un tableau est plus généralement entendu ; une statue , indépendamment de la con^ joncture dans laquelle elle place un personnage, sera presque partout appréciée.
Tout ce qui participe à la civilisation l'admirera , pour peu que le ciseau y ^^
JL
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déposé l'expression d'un sentiment y ou qu'il Tait fait participer au simple mérite des belles proportions prises dans la nature.
Les jouissances procurées par la peinture et la sculpttire ont donc ,' en elles-mêmes , quelque chose de plus positif que celles dont un succès musical est la source.
Ce dernier n'a rien de permanent ; il change avec les contrées , même avec les époques. Il faut une autre musique guerrière a,ux Grecs qui se battent présentement contre l'islamisme ^ qu'à leurs aïeux aux champs de Platée et de Marathon. Lulli a charmé nos ancêtres ; Hameau a fait leurs délices : la génération actuelle fuirait devant les récitatifs sans couleur , et les chants prolongés du premier ; elle ne s'accommoderait pas davantage du tapage et des dissonnan* ces de l'autre , à peine rachetées par quel" ques heureux effets. Cependant ces deux hommes , quant à leur art, furent regardés comme supérieurs à leur siècle* Les amateurs Içs plus passionnés de la musique sont forcés de convenir que , si elle sait trouver des accens qui , après être partis du cœur , y retournent , elle se nourrit encore plus
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souvent d'arbitraire ; rejette aujourd'hui c^ qu'elle avait aimé la veille, et laisse étouffe: le vrai chant sous un amas d'omemens san goût. Aussi , quelle est la destinée des ou vrages qui ont brillé sur la scène musicale ? oubliés , méconnus , ils ne frapperont plus les salles de spectacle de leurs sons surannés ; et pourtant ils ont fait fête , on s'en est engoué ; au risque de ses jours, on s'est rué avec la foule pour les entendre ; on s'est mis en guerre , et on a rompu des lances pour en soutenir le mérite. Combien s'est-il écoulé de temps depuis ce délire d'enthousiasme , cette fureur de la passion philharmonique? ces jours sont-ils très-éloîgnés de nous ? est-ce d'un ou de deux siècles ? non , à peine trente ans sont révolus , et les idoles se sont cGx fois succédées sur un socle banal ï
Comme les chefe-d'œùvre des autres arts d'imitation n'ont pas à subir de pareilles chances, comme Tadmiration va croissant pour Raphaël , le Poussin, Jean Goujon , le Pujet, et tout ce qui marché sur leurs traces^ force est de leur reconnaître un mérite indépendant du caprice des hommes , et poui^