CHAPITRE V
BEPONSES AUX PRINCIPALES OBJECTIONS DK BORKE GOffTRE.i.A CONTENANCE DES OR- GANES AVEC 1.EUR DESTINATION ,, GOXNE PRINCIPE AS LA .BEAUTÉ.
Toutes les définitions du beau diflérent entre elles : Crousa^ et le père André ne s'entendent pas plus sur cette matière , que Burke et Hutcheson. Dans leurs recherches ces écrivains ont suivi des routes divergentes. Fî^ute d'un même point de départ, ils manquent de point de rappel pour leurs idées» De quoi s'agit -il ici ? nous fotdons une terre couverte de productions variées , dont nous sommes les consommateurs; nous sommes entourés d'animaux que nous assujettissons à notre service; chaque matin nous ouvrons les yeux pour assister au brillant phénomène de la création rajeunie ; chaque soir, au milieu des plus admirables accidens* de l'ombre et de la lumière > nous voyons te
AtrX OBJEGTIOKS DTE BURX.E. 12g
soleil s'envelopper de ses draperies d'or et de pourpre ; un ordre constant et régulier perpétue cette chaîne de bienfaits : et nous ehecchons le beau ! pour qui? dans quel sentiinent?par rapport à quelles créatures? à quelle fin, si ee n'est pour nous, dans le sentiment de notre bonheur, et pour nous assurer , par la possession de l'objet de nos recherches , tous les biens dont il est le gage ? la plus belle tête, dans une famille, n'est-elle pas celle d'un père chéri et révéré ? fîissîez*vous entouré de femmes, toutes dignes d'être transportées sur la toile de nos Zeuxb, celle qui vous reiid heureux , celle dont le cœur bat à l'unisson du vôtre , finira par avoir des charmes à' vos yeux , parce qu'ici un sentiment moral suppléera, sans que vous vous en doutiez , à l'absence de ces proportions qui n'ont de prix que comme promesse faite à la volupté, et de cette expression de traits qui n'est douce à voir que comme une sorte d'aurore du bonheur domestique. Toutes nos idées se lient dans notre esprit, et il faut bien qu'en définitive celles du bien-être et de la beauté marchent ensemble.
Mais n'anticipons pas sur un système d'ai-
pecçus qui, des simples besoins de la vie organique, où il enSopce ses - racines, pousse ses braBcfaes dans un aTenir Ters lequel nous nous sentons entraiués par le seul avant-goùt de nos jouissances terres^ très. Car il est incontestable que, «i nous n'avions jamais été heureux ici-^bas^ ou si nous n'ayion^ jamais entrevu la possibilité de le devenir, notre imagiQatiaii manquéEait de données pour offrir une perspective à la vertu. Tous les plans dé fëlknté imaginés y chez les diverses natiofis, en faveur d'une autre vie, déposent de ce que nous venons de dire. Nous avons beau nous plaindre de celle-ci; c'est encore avec ses plus bnllans débris, que nous reconstruisons la suivante. Le célèbre Burke est compté parmi les pen* seurs de la Grande-Bretagne. Son élpquenoe a foudroyé, dans le parlement de cette nar tion, des misérables qui, pour se fiûre riches, avaient foulé aux pieds tons les droits de l'humanité. Il les traina a la l>arrede la chambre des communes, courbés sous l'igno^ minie de leur or et de leurs crimes , car dans ces temps il y avait une chambre des com*munes en Angleterre I. mais. si l'orateur pa-
AtrX OB7ECTIOI7S DE BURKE. l3ï
Uiote a su mettre ea mouYement l«s passion»
généreuses de son pays , il n'a pas été aussi
heureux âajts sa rech^x;he philosophique du
BEAU. L'appareil , avec leqpd il y a procédé ,
couvre un vide réel d'idées , et sa maiii a été
naladroite à sonder ce cœur de l'homme où
s'amassent les tempêtes qui fatiguent la vie
et lertendres émotions qui en font le charme.
Toutes les régies admises dans l'argumen*
tation parles espritsdroità^sont méconnues de
cet auteur , lorsqu'il raisonne sur la beauté.
Les opialités qui constituent celle-ci , et le but
qui kii a été prescrit lui semblent tellement
étrangers, qu'en serait tenté de la. comparer
à un terrain sur lequel il lui était interdit de
porter ses pas; ou bien il serait permis de
croire qu'à l'instant où il veut en parler,
-çn maléfice venant à agir sur lui , tous les
souvenu» d'ordre échappent à sa logique.
«Si la convMiance des parties a leurs p fins était une cause de beauté , a-t-il pré- »: tendu , k grouin du porc fait en forme de p coiiky pour fouiller la l'erré ^ la poche peup àaMe au faee du péHcan, véritable magasin p pour eetioiîmal, la cuirasse épineuse du hé- » risson» et les dards que lé porc-épic lance de
l3l K^PONSES
» toute sa surface , auraient quel<pie chose » de très-agrëable aux yeux. »
D est' évident ici que deux notions, qui devraient rester distinctes, se confondent dans l'esprit de récrivain anglais; celle de la beauté par rapport à l'animal , 'ddûé on non , de ses qualités essentielles , et celle de la beauté par rapport àlliomnie j en tant que simple spectateur. Or, comme rapplicatibn du genre de beauté , affecté à diverses ct^tures, ne saurait être faite à notre .espèce,' le groùin du porc^ et la poche du pélican ne seront susceptibles de nous offrir aucun charme ; mais il nous est également impossible de nous figureraucun de ces animaux dépourvus des attributs caractéristiques que l'on vient de signaler, sans qu'ils soient, pour nous, dans un état d'imperfection réelle, et, parconséquent , privés de la beauté qui leur est propre. La confusion des idées dans ce cas est palpable. Lorsqu'on voudra trouver des apparences de beauté qui nous touchent, il faudra les chercher dans la sphère de nos besoins et de nds rapports, sans oubUer que ceuxrci doivent tenir autant à notre nature intellectuelle qu'à notre nature matérielle et organique.
AtrX OBIECTIOKS DE BURK.E. lS3
C'est de cette convenance réciprocjue et simultanée que nait,ponr tonte créature, l'idée de la perfection relative. Mais Burke parait l'avoir totalement oubliée lorsque, ne voulant pas y reconnaître un' principe de beauté , il allègue en preuve que, cbez les femmes les plus remarquables par leurs attraits , le propre de ceux-ci est de donner une idée de faiblesse et éC imperfection. De là il se croit en droit d'observer , qu'instruites par leur instinct de cette prétendue loi de la na* turc, elles s'étudient presque toutes à grasseyer, à chanceler dans leur démarche, à feindre l'indolence et même la maladie.
Comment cet écrivain n'a-t-il pas eu la sagacité de se dire que l'homme , par sa position de chef de la famille , revendiquant la force organique , et souveiit , par sa position sociale, la force de l'intelligence , la débilité du corps , et la légèreté d'esprit , réelles ou simulées par sa compagne, et qui dans un être isolé seraient ime cause prochaine de destruction, ne sont ici que les signes harmoniques des relations de la femme avec le sexe sur lequel elle demande à s'appuyer ? Sans erreur^ il eût pu encore y voir une
l34 • AipOlTKM
douce et iimoeenleilatteiie. L'abus des niots est d'autant phis évident , chez le penseur anglais , que la rigueur musculaire appliquée en cette occasion se (Rangerait en yéritable anomalie, dont Feffet immédiat serait de conduire lia femme à-pécher , non par excès, mais par yéritable dé&ut, puisqn'elb man"querait du premier motif qui lui fait désirer notre société, comme essentielle à son bonheur. Ce que Burke nomme imperfection est donc la perfection d'un être, qui trouye sa force dans sa faiblesse toiéme ; faiblesse peu inquiétante, puisque celui qui en est atteint est sur d'en trouver , à ses côtés, le correctif ; agréable pour celui vers lequel elle établit un droit de recours <, puisque , après avoir réveillé ea lui le sentiment de sa supériorité , elle paie encore sa protection du plu& doux de tous les prix.
Telle qualité est faite pour exx^iter Tad-^ miration : telle autre Tamour , et toutes ks deux, dans leurs sphères respectives y aa^ ront leur genre de beauté; distinction échappée à l'auteur de Touvrage < dont nous allons continuer l'analyse, non pour déni-
* Recherches philosophiques sur t origine de nos idées du
AUX OBJKCnOVS DE BOftKE. l35
grer un nom célèbre , mais pûiar y* Croaver ime occasion heareose de folkcler les principes de notre théorie. Nous ne demandons HÎ grâce , ni fiiTeur. En £iiit de vérités à établir , d'erreurs À combattre y il n'y a ni compatriotes è ménager 9 ni ennemis à poursuivre. AvoBS-^nous tort ^ BuriLe a-t-il raison ? c'est là seulement sur quoi nos lecteurs sont appelés à prononcer.
L'écrivain anglais , s^étftnt aperçu que la ■vertu, dans ses actes les plus sublimes, se présente avec une sorte ^'ailstérité, prétend qu'il faut autre chose poor exciter notre amour, par cKonple la libéralité, la bonté , l'indulgence et même une certaine mollesse de caractère. Ici se reproduit tout son système. Ressaisissant la chaîne de ses idées, et se rappelant bien que, dans sa doctrine exclusive , la perfection rC est pas une cause de beauté^ iln'accorde plus aux hautes vertus des plus grands hommes qu'un tribut d'estime froide et respectueuse. Sons prétexte que leurs fortes âmes « s'exercent principa-
mbiime el du beau , par Edmond 6ark« ; traduit de f angUis sur la septième édition. Paris , i8i3.
a36 KÉPovszs
*> lement dans les troubles , qu'elles s^appUi> quant plutôt à prévenir les maux graves »> qu'à répandre des faveurs , » il se dispense d'y rien trouver d'^itnahle; et comme, suivant ses propres expressions , la beauté ne saurait marcher sans Tamonr, il est démon* tré que dans la vertu de la tempérance , du zèle de la liberté, de l'abnégation personnelle, de l'abnégation de la famille au profit de la cité, de la sévérité de la discipline qui conserve les états et leurs forces défensives y de la justice qui , suivant l'énergique expression de l'Écriture , nous ordonne dans nos jttgemens de n'avoir piti^ ni delà veuve, ni de l'orphelin, il est démontré, dis^e, qu'il n'y a rien de beau dans ces choses; et qu'après avoir, tout au plus, envisagé avec l'admiration de la terreur^ Camille, Régulus , Fabius , les deux Caton et les deux Brutus^ il nous faudra arrêter nos regards avec complaisance sur la ÎAcÙxlé du conunerce deLucuUus, l'indulgence de César, et sans doute sur l'amabilité d'Alcibiade. C'est là désormais qu'il nous reste à chercher le beau. Ce qui est le plus éminem* ment utile à l'espèce humaine, ce qui assure
AUX OBJECTIONS DE BVEEE. iZ'J
ses droits, ce qui rennoblit à ses propres yeux , et ce qui la fait exister en corps.de nations y c-est-à^dire ce qui maintient Tordre social, n- en méritera plus le titre!
Nous connaissons tout l'empire des vertus privées y nous n'ignorons pas le charme d'un doux commerce; mais, ainsi que la Vénus pudique, pourquoi le Jupiter' du Capitole et l'Hercule Famèse n'auraient - ib pas leinr beauté ? Le beau réel se montre peutêtre avec plus d'éclat dans le caractère du chancelier L'Hôpital que dans celui de Fénélon; malgré tout le charme attaché à la piété filiale, et à la piété religieuse, nous le trouverons davantage dans Thrasybule délivrant sa patrie au péril de ses jours, ou dans Harmodius et Aristogiton recevant courageusement la mort après avoir frappé le tyran Hipparque, que dans les frères Biton et Cléobis qui, au défaut des bœufe destinés à traîner le char de leur mère vers le temple de Junon , dont elle était la prétresse, s'attelèrent eux-mêmes et méritèrent par cet acte, au rapport d'un sage, la plus grande récompense que les dieux pussent accorder à des mortels. Si Burke avait judi-
cieusemelit observé ce qui est propre à chaque individay et dans telles circonstances «Ipnnées, il eût fait une juste part à tous^ la bonté eût reçu la sienne couune lé mérite pins difficile de la justice > et sous sa plume les signes caractéristkfues de là puissance , da»s les formes , n^^ussent pas été plus exdus de la beàuté.que l'aimable àbahd<m de l'attitude et la mollesse des contours.
Suivons-le dains la guerre qu'il fait è l'utile , che2 lequel il s'obstine à ne pas voir un élément primitif de la l>eauté^ dément si rigoureusement nécessaire que sans lui ^ous ne saurions la concevoir.
« L'estomac , dît-il, les poumons , le foie » et plusieurs autres parties sont parfaite- •» ment propres à leurs fonctions : cependant » il s'en faut de beaucoup qu'elles aient -» quelque beauté. Encore un coup, il y a » quantité de choses très-brfles , dotït la vue » n'excite aucune idée d'utilité. J'en ârppelle y> aux plus doux ^ aux plus nobles séntimens » de l'homme ; en fixant la vue sur tm bel /) œil, en contemplant une bouche' bien fiiîte y, et une peau fine, et en admirant le contour » d'une jambe gracieuse ; qui jamais eut l'i-
AUX OBiBCflûKS DE BUÀ&É. iZ^
« dée que ces parties étaient eonvenable- » ment disposées, pour voir , pour manger , « pour sentir y pour courir? Qudle idée d*u- » tilité font naitre les fleurs om^ment du rèp gne végétal , etc J »
Quand on écrit de pareilles dboses , on ne montre ni philosophie, ni logique t niJsciènce des organes, ni ecmnaissaDce des.mouvemens du eceur humain. On n'est même ni penseur, ni artiste : par conséquent , on est sans qualité pour >uger les ouvrages de l'art et de Tesprit.
Quoi ! vous n*avez pas vu que le peintre et ie sculpteur doivent tellement disposer leurs figures, que les viscères, parties essen* tidles du corps humain, soient censés y trouver place, que le jeu en soit libre., et que la beaiUé du torse dif^paraîtra»t à l'in-* stant où on lœ supposerait trop à Tétroit ou trop à l'aise dans les cavités thQra<âtiiqiies et abdominales? Pourquoi ima^nerie»-v0us qu'il n'eût été donné qu'un mériteabstrait aux proportions dé notre machine ? Est-^oe que , par hasard, le Créateur .aurait prétendu nous les fiiire admirer par une isimple convicntion entre lui et nous? C'est bien .assea que les
1 4d nipoirsEs
prodiges de l'animation et du sentiment restent inaccessibles à nos recherches , sans que le spectacle des formes corporelles soit imposé à notre intelligence comme une énigme dont nous n'aurons janiais le mot. Vous vous extasiez devant la ligne qui, du front de cette statue antique , descend justpx'k son orteil : que vous a-t-elle dit cette ligne?que vous a-^t-elte révélé, si ce n'est que, partout flexiMe au profit de l'être dessiné par elle, elle se creuse entre la tète et les épaules , comme n'ayant qu'à fournir un support élégant poto: celle-ci , qu'elle . se ren-»ûe en côtoyant la poitrine, dépositaire des principaux organes du mouvement intérieur; qu'elle se déprime sur la taille dans l'intérêt de la flexibilité du corps ; qu'elle s'ouvre ensuite pour se prêter à l'emboitement des fémurs dans l'axe de locomotion ; que , chez la femme , elle s'évase encore plus pour faire place au champ de la maternité ; que , de là , par iiné pente agréablement déclive, elle va chercher le genou, où , après avoir faiblement cédé au jeu des articulations, elle ne tarde pas à se tuméfier une dernière fois i pour loger les muscles moteurs des jambes.
AUX OBJECTIONS OE BUAKE. X4l
terminées elles-mêmes par des proportions fines qni en assurent la légèreté » et leur permettent de s'implanter plus facilement sur le pied, base bien étroite, mais suffi-^ santé à la solidité d*un édifice disposé pour un mouvement perpétuel? Quand le doux ondoyement de cette ligne tous rayit sous le pinceau du Corrège ou de Prudhon , ne cherchez pas le motif du charme que vous trouvez, ailleurs que dans l'harmonie des formes avec les besoins. Si Burke avait remarqué que ce rapport est rarement en défaut » et que, là pourtant où il manque, les yeux sont à l'instant blessés , il n'eût pas brûlé , avec autant de constance, son encens devant une divinité fantastique.
L'accord des proportions entre elles est également une condition du beau, sans laquelle il n'y aurait plus d'éq;iilibre entre les diverses parties des corps organisés. Des moyens trop faibles pour conduire au but , et la dépense d'une force exagérée pour la fin qu'on se propose , ne choquent pas moins la vue que le jugement du spectateur. L'artiste peut mettre ce qu'il croit être la beauté dans tout son jour , lui donner une grande
l42 RÉPONSES
vérité d'expression comme y a excellé Raphaël, la relever par une bonne entente du dair obscur, comme y a. si bien réussi le €orrège , et la foire vivante de coloris , ainsi que le Titien et Rubens en ont fourni tant d'exemples : nous doutons encore que, si les proportions avec lesquelles nous sommes familiarisés , manquaient à une figure dotée de ce triple mérite, l-oetlet Tesprit s'en contentassent. Ainsi reprechons-nous au Poussin d'avoir trop baissé la stature de quelques^ uns de ses personnages , et , par une conséquence naturelle de ce défaut , de n'y avoir pas mis assez de noblesse; ainsi Rubens et le Corrège eux-mêmes ne sont pas restés à l'abri de reproche , run pour avoir exagéré des muscles dont l'emploi n'était pas nécessaire au mouvement , l'autre pour avoir recherché quelquefois des attitudes plus étudiées que naturelles et avec des prétentions à la grâce , qui seules la feraient fîiir. On a remarqué encore que le haut des figures de ce dernier n'est pas toujours dans un rapport exact avec leur partie inférieure. Où la nature respecte la loi des proportions , pou- <}uoi l'artiste se permettrait -^ il de l'en*
AtJX OBJfECfïONS 0E BURKE. l43
Iteuidre-? Je ne sache qu'un seul cas où elle semble y d^oger, par un motif grave, ma que nousrei;ptiqueroni5 toa( à l'heure; et encore airons-nous.cpielqiie peine. à le lui pardonner.
Quand nous rencontrons certains hommes d'une stature élevée y dont les larges épaules lie semblent porter qu'une tête trop petite » ou lorsque , chez d'autres k torse , d'une exrréine exiguïté ^ nous paraît chargé d'une tête énorme y un tel phénomène ne manque jamais d'exciter notre surprise. Celle-ci est mêijae presque toujours acc^npagnéç d'un sentiment pén^i^le. C'est un tx>rt de notre part , et il est facile de s'«a convaincre. . Le type de la tête humaine a été arrêté dans les desseins de Dieu qui s'en est servi pouf fonder un être d'une catégorie supérieure. Ainsi y a-t-ilaœ certaine mesure de capacUié eéréin^ale nécessaire au dévfâo{^ment de Ifinâeliigence. Rarement la nature vsi an delà; mais eile ne seflte jamais ea deçà sans une déchéance de l'être qu'eUe s'était proposé d'élever à la moralité, pu* l'étendue et la perfection de la pensée. Dans ce der-* meT cas y la yie automatique a lieu , mais
l44 EIÉPONSIS
rhommé n'est pas constlmé. Qaelsque soient les hasards auxquels le fœtus est exposé , le cerveau reste presque toujours inviplable. Palais destiné à loger la raison -humaine , asile mystérieux où se célèbre y à chaque instant, l'admirable hyménée de l'esprit et de la matière , il n'admet aucun retranchement dans ses proportions. Voilà ce qui fait que, chez des créatures contrariées par accident dans leur système musculaire et osseux , on Toit tous les jours des tètes , en apparence colossales , se promener à quatre pieds de terre , tandis que des telles d'athlètes , se terminent par des tètes où se remarque un défaut oppose. Une critique de ce dernier genre a été dirigée contre THereule Farnèse : dans Tordre de la nature" nous ne la croyons pas fondée; mais, avec bien plus de motî6, nous pensons que ce même reproche pourrait être adressé à la Vénus de Florence. L'on sera de notre avis , dès qu'on aura admis avec nous que les dimensions de la boite osseuse sont fixes et invariables de leur essence, ce que démontre la configuration de certaines faniilles polaires (les Lapdns et les Patagons), qui, avec trois pieds de dif-
AUX OBIECTIOWS SE BUHKE. l4S
îreiice dans leur stature, ont des têtes de emblable grosseur. Au besoin , le parallèle de i tête des enfans et de celle des hommes faits, : l'aide d'une légère explication , se présenerait en supplément de preuves. Chez les )remiers , le oenrean punit absolument sans -apport aT«c le reste de la taille. On serait enté de croire qu'il pèche par excès , si on le remarquait que les conquêtes intellec-* :uelles de l'enfance , depuis un an jusqu'à lix , o^ de quoi ^frayer l'imagination , et que rien ne saurait les balancer dans les périodes postérieures de la vie. Il &l]ait donc qujerinstrawent avec lec^el l'être humain y procède lut mis de bontf^ beiire en son pouvoir. Aussi 9 première éhaudie de l'édifice organique , le cerveau est «icore la première pièce qui s'y pmrachève. Les âiemhrés sont loin d'être développés ^ qti'il a atteint tout son voinme. Qu'il coni^t ou non l'importance de cette vérité physiologique, Raphaël la respectée constamment. Sans doute , à défaut d'autres lumières , il y aura été conduit par cet esprit d'observation dont tous ses ouvrages portent l'empreinte.
Il n'est donc pas 4e proportion , dans le
Beaux- Arts. ], 7*
l46 RÉPONSES
corps humain, qui n'ait ses motifs, et qui de ceux-ci ne tire sa beauté.
Lorsque Burke , se promettant par -là de renverser la théorie contraire à la sienne , théorie qui n'a pas encore été mise dans son vrai jour , déclaré « se plaire à regarder un » bel œil ; une bouche bien faite , une peau » fine , une jambe de progression de for- M mes agréables , sans songer que celiii-ci est » destiné à voir , celle-là à manger , que » Tune est faite pour sentir, l'autre pour » marcher,» il faut, certes , que lui-même il ait la vue bien courte. D'abord il est douteux qu'il admirât ces organes chez l'individu qui en aurait pei^u la jouissance , comme dans les cas de goutte sereine' et de paralysie ; ensuite , depuis quand l'œil n'est-il <lonc destiné qu'à voir> est-ce que là pensée né vient pas se peindre dans son miroir réflecteur ? qui , au monde , osera n'estimer la bouche que comme orifice du tube intestinal et du canal alimentaire? n*a-t-elle pas le don d'articuler la pensée? ne s'embellitclle pas du charme d'un" doux sourire ? la commisération et la bienveillance né percentelles pas sur les lèvres , réservées encore à
AUX OBJECTIONS HE BURKE. l47
fin langage plus tendre que celui de la pa-*rôle ?
Si Yous n'aperceTez dans la snr&ce de la peau , traversée de teintes d'axnr , transparente sur le sang «pii la vivifie , élastique et flajttense sous la main qui la presse , animée de la chaleur de l'être avec lequel elle vous met en contact , qu'un épanouissement du rézeau nerveux auquel on doitles sensations; si vous ne voyez qu'un instrument de transport dans les jambes de la Campaspe dô M. Langlois <, vous n'arvez compris ni la vie humaine , ni l'intention de celui qui l'a réalisée sur ce gldbe. Pour chasser l'utile de son domaine., vous êtes «orti de celui du sentiment.; car vous avez oublié que le plai-* sir n'est pas seulement un moyen , mais qu'il est aussi un but dans la nature ; qu'il existe dans la création , des fleurs sans baies et sans pulpes; qu'il fallait une conjonction des
' Ce tableau a paru au salon dernier, et a mérité de justes éloges à M« Langlois pour la figure charmante de la femme. Voyez le compte que nous en avons rendu dans TAnnuaire àe petntare en rapport avec rexposition de 1819. M. Mul' 1er se prépare à graver ce sujet ; nous ne doutons pas du succès de Testampe, si Tauteur du dessin y fait quelques rectifications.
i48 RÉBoxâes
êtres ; qu'ils de^Utte&t iy:. trouver lem hou^ heur, et qae celle-ci ne pouvait avoir iieu chez Bouis , si , après .avoir été prépavéepar une sympatlâfi morale., jdont les traits du visage sont Tannouce , elle n^iétait càmenlée par la douceur dès rapp(»ts basés sur des propriétés physiques.
Découvw la bea/dtb dans l^iiapeBfectioii même , lui donner cette coiid3;kian pour ca- Taetère spécial , y joindre , par surérogation , celui d^ la faiblesse prjise dans^un sens absolu , lui interdire celui deia digitité dans là conduite de la Viie et de là candeur dans les pensées » ne voir dans nos orgases extérieurs que leurs fonctions absorbantes et locomotives , Êiire iMicore abstraodon de celles-ci pour dépouiller ces agens du rôle utile qu'ils jouent dans notreédcmomie , ne pas y reconnaître nos' moyens de relatioDs avec des êtres de notre espèce , et dire ensuite qu'on a trouvé le beau , était xm' phénomène auquel on ne s'attendait guèresl Telle est pourtant la marche 4^ récrivaiu anglais: voyons de quds élémeas il formera cet être fantastique ; car sûrement nous sommes sortis de la région des réalités.
AtnC OBIBCTIONS DE BUHKE. 149
B véBt qtie le beau tek petit ; et â n'y a rkÀ de petit , il n'y a rien de grand dans la natare y on piatèt tonte dimension étant relatÎTe, c'est sur notre taîUe personnelle que nous déterminerons presque toutes les autres dans l'échelle des espèces animées. En efiet , pour nous complaire à nous-mêmes , notre œil tend à agrandir les ouvrages réduits au-dessous de la stature humaine, et à réduire ceux qui semblent l'excéder. Voilà pourquoi les figures colossales doivent se montrer à une distance propre à aider en cela l'opération de Tesprit, tandis que les autres, qui demandent an contraire à être très-rapprochées de la vue, se placent ordinairemat t sur URé console , s«r la tablette d'une cheminée et partout où l'osil , en saisissant les diverses parties d'un travafl délicat , peut, par une sorte d'illusion , le ramener k son état de irrité. On n'aoctM^de qu'un degré médiocre d'estime aux piroductions de ce dernier getire -, d'abofd ^rce que les imperfeedons , toujours plus communes, y sont moins • appatentes , ensuite parce qti'il est plus difficile d'y ajouter seulement en idée ce qui leur manque , qu'il ne le serait d'en-
i5o &ÉPoirs£s
lever aux autres , par des procédés <lé perspective , ce qu'elles possèdent en plus. Ler plâtres des figures arrachées an ParthettOn par les Anglais , nous semblent énormes à Paris : pour les Athéniens accoutumés à les voir au fronton du temple de Minerve , elles ne devaient avoir qu'une mesure ordinaire. Raisonnant selon ces lois, nous croyons que le beau marbre de Phaëtuse métamorphosée en arbre, n'est point placé aux Tuileries à une assez grande hauteur. Si l'espèce ha-maine avait dix pieds, nul doute qu'il ne faillit tailler sur ce modèle les statues destinées à la représenter, et encore aller quelque-^ fois au delà. Ce seraif un moyen d'arriv«r au BEAU , tandis que la . réduclien désirée par Burke en écarte.'.
Il veut l^i ou le poli dans les formes , sans remarquer que leur attrait vient de ce qu'elles plaisent alors au tact, ou dé ce qu'elles présagent à nos regards la satisâietion dé ce sens. C'est , il faut l'avouer , mettre le beau à un prix assez mince. U trouve que les lacs, les fontaines et les riTÎères' participent à ce mérite , et il oublie que c'est par des reflets et des demi-tons pleins d'harmonie , dont
AUX OBJECTIONS DE BURKE. l5t
la nature fait autant de passages d'un vallon a un coteau , d'un site à un autre , que les eaux nous attachent , indépendamment de Tair de vie qu'elles communiquent au paysage.
Il appelle à la formation du beau , les corps élastiques , comme habiles à placer sous la main des surfaces variées, et comme propres à réveiller en nous le plaisir par un sentiment de nouveauté ; ce qui est faux, le mérite principal de l'élasticité étant de s« prêter aux formes de Torgane palpébreur et de lui rendre mouvement pour mouvement , ce qui est le signe de la vie et de l'animation, signe toujours doux à rencontrer pour l'être doué de toutes les deux.
Il y ajoute la chaleur comme élément agréable, sans songer que c'est à l'analogie avec nous-mêmes qu'elle doit son action sur nos sens. Un objet, à la chaleui du corps hu^ main, et en contact avec celui-ci, en. est presque la continuation. S'il appartient à un être animé , il fait cesser en nous l'idée de la solitude ; si cet être est de notre espèce , comme rappel de plusieurs autres sensations ^ le charme peut aller beaucoup plus loin.
l52 ft£|»0K«S$'
A Tex^mple de Monteaqmeu , dont bous noiis proposons de parler bientôt^ il se complaît dans là yariéfé des oouleiMPSy' et, citant à l'appui de ee seatâBûent les teintes d'une fleur et la gorge d'une colombe, il ne s'apepçoil pas que cette yariété àdaiifr* sible dans qiOélqiies' détaîlsr solitaiMs oh éAe ne déplaît point, ne sîerait qu'un? pa^îU<»« tage désagréable dans la nature, dontren" àC^lç plein d'aiccord s'unit sons le voik l€gér des vapeurs él à6s tf^nsparences. Là div^sité des teintes* est t^lemént loin de fonder la beauté dans les étresr isolés v<|a<s ^ peinture, adihise à user decettettissonroey reste en arrière de la seidp^ore sou» te mp^ port du nombre des ebéfsHdœi&vi«' pi^oduîts par ces deux arts. Cette deihiièrepossède^seule l'avantage d'avok enfanté les Trais moveeàux classiques , quelque la matière sor k^quelle elle travaille n'offre souvent à la vue que des méplats où: le pi<iieeau ferait naître de» passages suaves et pleins d'acoôrdv Nous étudions Rai^baël, il est vrai; mats il- étudia rantiqiae , et il ne nims a pas dispensés d'y recourir. D'aiQenrs les nuances veulent être regardées de près powr être ap-
AUX OBJECTIOI^S IlE BURKE. l53
précices\ et Toèil consent peu à stationner sar ' des détails dans l^elamen (les belles choses ; sif vous TaiTét^ ainsi dans sa route , il n'y a plus é'ensèititile pour lui. Burke eut dû être ame^ ^ pat^ ses réfielioi^s, à se dire cpi'àae c^usKté attôsi fbgitiTe que la ▼ariété dans te coloria, eût mieux trouvé sa place dafis le joli ou le gracieux , et qU^efle est lotn d'être r^'ôûretïsélftént nécessaire pouTcoitotituet lefiEJiu , inséparable d'un certain appareil de grandeur dans les formes et a« moins d'unité décidée dans les eflfetsl
Siens nous arrêter à se^ atitres conjectures, égnlcment liasardëes, sur le mérite dé l'a trariété, dont nous examinerons incessamnî^t tes qualités p%siqn<es et morales , nous (e reti^ouv^ons mettant enéore là force au ' an de tei beauté ,• à liàqueHe il donne pour edtxège ta firagâité ou kt délicatesse. A l'en ei^ôir^ f lêS femmes ne satinaient se passer de eeMe-'d , ^f Ifé tOèiHt motif qui là leur Mtredketehei? dan^' Wiîge ê'ttike rosé, dians le p'Oirt âftm aAttiéte , dans fe- forme d'un dJJtseaiuV ^»tt6 la tàîIM élancée d'tin lévrier ou d'nn cbeval fin et de grand prix. En âgïit dé cette délicatesse, ft souhaitera à
l54 RÉPONSES
ses Vénus un teint peu animé. Peu s'en hrit qu'il n'aille jusqu'à les vouloir malades, tout au moins languissantes ; et il oubliera que cet air de débilité, eùt-il en soi quelque mérite , ^'aurait pas le droit de plaire comme absence de forées , mais uniquement parce que celles-ci seraient supposées superflues ou déplacées. En eûet , si la richesse des carnations n'est pas de rigueur sur les joues d'une femme, quoiqu'elle y soit, à notre avis, une beauté réelle, comme indice de santé, c'est qu'au milieu des recherches de la ci* vilisation présente, d'autres qualités, dans le sexe, sont encore nécessaires a notre bonheur, et cpie des teintes adoucies nous en offrent l'emblème. Burke, qui semble attacher un tel prix à la. fiâblesse qu'il prétend sans cesse l'associer à la beauté, ne se serait'il pas tout-à-fait mépris en la voulant trop "clans les organes et dans les formes , au lieu de la souhaiter un peu dans l'expression ? C'est un aperçu que nous livrons à la méditation des artistes. Si nous en jugeons par l'attitude et l'air de tête charmant de la Didon de M. Guérin, nous sommes persuadés que plus d'un homme de goût adoptera
AUX OBJECTIONS DE BURKE. l55'
notre sentiment. Aa reste, nul donte qn'avec d'autres besoins, une épouse ne souhaite un antre genre de beauté que la sienne propre dans son époux ; une jeune fille dans son amant: si celles-ci veulent être protégées, ceux-là demandent à être protecteurs ; c'est une loi de la nature, à laquelle, quoiqu'on fasse, il faudra toujours revenir dans les arts d'imitation, comme dans la morale pratique. Nous ne croyons pas qu'on puisse se soustraire à cet enchaînement de rapports et d'idées : notre système y puise toute sa force. Continuons.
Veut-on savoir en quoi l'éerivain anglais place la principale beauté de l'œil? dans< la netteté. Il vous ax>prendra que l'^eau doit en être aussi pure que celle d'un diamant , aussi transparente qu'un crbtal. Un moment infidèle à son principe de la variété , il réclame, pour cet organe, par préférence à tous autres mouvemens , des mouvemens de langueur, et il vous dit gravement que a l'union de l'œil avec les parties voisines >' est soumise à la loi de tous les beaux as- » semblages , qtd est de ne pas opérer une » déviation trop fort^ de la ligne des parties
l56 RIÊPONSZS
» contignés et de né pas lieâdte à une ûffxt€ » exactement gëométriqne. »
Qtiand on Ut de telles choses, on è^ tenté de sedemander, sî^ celni à k pensée duqtiei elles ont pu s'of&k, a jamais connu !a puissance d'un regard, ce <pi'il renfermé de sympathique , ce qu'il ôte otr ce qif il donne d'espérance y et cié que, dahs le dernier cas, il proMei dé Mmlieur. « Étudié2 les tatàthé- » nSatiques et laissez là lés femfines , » disait liàej^Ilé chant^'àévéïiîtiéiiùc àti jeune Jean- Jacqtieé,' (jfu'ijftie légère àbsérice de'réguldrité venait de frapper dans l'examen de l'un des traits tes pltte séduiâànà du beftu seité ; nous dirions volontiers au eélèl^é publicîste anglaiis : « Tonneï^ contre la> éoi^niption déns >» votre parlement ; fadf es ihéme dérfapblftique » é^angére àatts^ vos piânA^lét^ ^ , dèslîez-
' Allusion à Touvrage de M. Burke contr« la révoftatMa française. Cet écrit, qui parut en 1790, fit asses de brait. I>*âuteur y déclatnait beaucoup ; des' pensées très-fortes se mêlaient parfois à ces déclamatit)fis»Heut«é<)i8ekD'eftt« une grande partie des présages dont il ttous ittenaçftit comme m^ tion , ne s'est point vérifiée. Un exemplaire de sa brochure, très-propre k exciter Tatlenlion , fut honoré de notes marginales par Mirabeau. En regard de la page où le publiciste
AUX OBJBCTXOljrS DE BURK.E. iS'J
» VOUS y calonuLÎer un peu la cation Cr^çaise; » et ne parlez ni de la beai^ié ni du sublime , » car avec un ton dog^tique , auquel nous M nous sommes trop l^js^s surprendre, vous u en avez méconnu toutes les lois. Dans vos t> discussions vous avez Êùblement raison- » ne y et dans votre froid entl^ousiasme vou^ » avez encore plus mal senti. »
Serons-nous plus habiles , quand Bjurke , au sujet de la laideur , nous aura ns^ïvement enseigné qu'elle est le contraire des qu^iLltés qui constituent la beauté ."^ n'eût- il pas étç plus convenable de nous dire qu'une laideuf ordinaire est l'absence des signes qui nou^ promettaient un plaisir moral ou physique , et q^u'une laideur répondante ,en est, nonseulement la négation , mais même la con-
angUis écrivait : • La Frapce laiisera bientôt ua vide en • Europe. • Le publiciste français répondait : • Oui, nais » c est le vide du volcan , prenet-garde à la lave f -
 quelques égarda , les denx penseurs se sont trompés : il n'y a point eu de vide , il n y en aura pas , nous leÂpé* rons , grâce au ciel et au caractère français ! Et , en défiai-' tive, la lave Lien appréciée, en fertilisant le sol de TEurope , y aura bonifié à jamau le sort de l'espèce humaine , «ar les temps aoat consommés ; le mouvement n'est pas seu. lemenf européen, il est UNiVSB^EL*
tl58 HÉPOWSES
tradiction hostile ? à quoi l'on pourrait ajouter que, dans les laideurs qui ne déplaisent pas , ce qui est assez commun , la trace heureuse de ces signes a été maintenue par l'expres^on.
Ainsi tout s'explique dans notre manière d'envisager les objets, et tous les non-sens disparaissent ; ainsi nous n'aurons garde de définir la grâce en affirmant avec le même écrivain , « qu'elle exige une légère inflexion » du corps, et un arrangement des parties >* tel qu'elles ne s'embarrassent pas les unes » les autres, et qu'elles ne paraissent pas » divisées par des angles aigus et saillans. » Nous n'avancerons pas comme lui avec assurance que « c'est dans celte rondeur, cette V délicatesse de mouvement que consiste » toute la magie de la grâce, et ce je ne sais » quoi si délicieux et si vague qu'on n'a pu » le faire sentir qu'en avouant l'impuissance » de l'exprimer; » car, avec une teUe doctrme, on est bien près de tomber dans le précieux et dans l'afféterie ; mais nous dirons que la grâce est tout simplement la beauté ou la nature en action ; et pourvu que ce mouvement soit ce quHl doit être, c'est-à-dire,
AUX OBJECTIONS DE BU&K.C. l59
uns gène, sans contraiote , et approprié à l'acte voulu , nous étendrons la grâce de la £emme qui s'acquitte avec plaisir des soins domestiques y à la femme artiste q[ui, avec l'esprit de son rôle , figure dans un ballet , et de celle-ci, à l'ouTrier qui pousse adroite» ment la yerlope ; nous la verrons descendre ensuite au moissonneur qui fait voler dans sa main la faucille ; de ce dernier, pourquoi ne passerait-elle pas à son enfant, encore mal assuré dans sa marche, et qui laisse tom- ^t sur la gerbe nouvelle un fléau qui n'a pas de coup ? enfin nous ne l'interdirons ménie pas au vieillard, qui s'avance avec ses cheveux blancs et une bonne conscience vers les confins de la vie.
Burke nous a retenus quelque temps; niais il a eu sept éditions dans son pays ; et Pédant trente ans j sur parole, nous l'avons admiré dans le nôtre. Quand on applique la métaphysique aux arts, il faut être vrai : c est ce qui lui a manqué ; il faut encore ne Perdre jamais de vue la nature; et, sous une apparence de profondeur, il n'en a fait qu'un examen superficiel. Ses erreurs, nous ai- ™®Ds à le croire , ne nous auront pas été
2 6o RÉPONSES , etc.
inutiles : eUes nous auront servi a met^Te 4an$ un meilleur jour <[aelques-URes c3es Térités sur lesquelles nous avons fondé notre propre système^
D% liÀ ClLÀCt. t6t
IHAPITRE VI.
ION DU PR^CI^DSirT ; EXAMEN DE S OPINIONS DU PE1ÊSIDEKT DE MON- 7 SUE I.A BEAUTE ; DE LA SURPRISE, RliTi ET DE liA ORACE.
en coûte qa pea plus ici pour en* 1 Hce; car c'est en face d'un grand 'un ^and bomme , c'est en face s citoyens qui honorent le plus que nous allons paraître sons les iblic. Position malhenrense si elle léel Mais, dans une juste indul-n'oubliera pas que notre siget :e et la motive. Qiie ferons-nous après tout , si l'e^antage de cette le nous reste, que détacher (et c respect ) un simple bluet d'une là s'entrelacent le laurier destiné r le frcmt du génie , et le cbéne^ npense acquise à l'immortel dé-
i droits des peuples? Nous nous
162 DE LA CllACE.
sommes trompés : ici il n'y aura pas de jouter il ne saurait en exister ; nous serions irop intéressés à reculer devant quelque chose de pareil. Tout au plus essaierons > nous de rendre tout un grand homme à la carrière ^u'il a si brillamment parcourue. £t si le Temple de Gnide , et si Y Essai sur le Goût n'étaient pas échappés à la plume qui se transforme en burin en se promenant sur la table de nos lois , Montesquieu ne seraitil pas encore le premier des publicistes? Quand on possède un lingot d'or, on peut/ sans trop de peine, abandonner une paii*" lette.
Pourquoi lé beau aurait«*il pour caractère distinctif d'exciter toujours la surprise dans les arts d'imitation , ainsi que l'avance le savant auteur de V Essai sur le Goût? Raphaël est loin d'exciter la surprise du public , même aii premier aspect celle des hommes de l'art; on peut dire du peintre jdu* Vatican, comme Quintilien du philosophe de:Tusculum : « Que celui-là sache avoir beaucoup » profité , qui se plaira à regarder Raphaèh i> Les mêmes paroles pourraient être appliquées à tous ceux qui ont excellé à rendre
X>£ LA GRACE. l63
fidèlement , sur la toile ou avec de la pierre , les actes de la vie humaine. Notre excellent Le Sueur en serait digne. Il nous a semblé que, pendant le séjour à Paris des beaux morceaux de la sculpture antique, la Vénus de Médicis était d'un effet assez médiocijp sur les spectateurs non prévenus par des récits ou par des lectures. Encore parmi les autres s'en trouvait-il qui , en la voyant , la cherchaient des yeux et semblaient disposés à lui retirer leur admiration d'emprunt. Plu^ les imitations d'un état doux et paisible auront de vérité, moins elles fixeront les regards. S'il fallait étonner pour pi aire y que deviendrait la nature qui étonne si rarement et qui plaît toujours?
Montesquieu semble avoir frayé la route à Burke, en exaltant , avant lui, le mérite de la variété. La regarder conmie un élément du BEAU dans l'ensemble harmonique du grand tout y doit être permis ; la rechercher dans un seul objet est encore admissible suivant les qualités et la destination de celuici; mais la vouloir indistinctement partout, avec l'auteur de V Essai sur le Goût y est une erreur; car le beau est souvent sans va-
i64 ^^ ^A gicacê.
Fié té ; sottVéïït; ïnêtne il s'enfutraùt , si «^ Tenait à paraître. L'àigtÉiHe de Clé&pàt^e est helàe sans valriété; la! édlcutmade daLoti-^ irte en est elémpté, et eHe à nos saf^ragtes} la surface linié de& Ai^s et Taa^r du eiel sont 4^ns le même eas^ Quancl on pdse des priA-^ cipes génératil^ iî feut y regarder d« plus près.
La mé/ne qneàtidn, envisagée sdas^lérap-^ pdrt des setitiAiens moi^ani, el>tie»dittit sou-* Tent ixtkt pai'eiUe solution.
L'âme éffecntivement n*akaé pas aittant à* cahier seè s^ensatiùtis tftLt lé croit MoitteÉ- ^ieu. Côttfumière de goût et de fait ^ eDe se complait dans te» jOi^Mances qit'elie s'est créées. La tirer de là^ c'est e:i^ereer sur elle un poUToit importun. La montve qu'on a dépuis ttenté ans dans té goilssét , Ift canne que, depuis paf^ temps, on porte à la main, nous sont chères^ Vainement on reconnaît que le mécànifflue de l'une commence à se déranger, on y tient ; on ne s'a^ perçoit pas que l'autre , choisie dans des jours ou elle servait plus À notre contenance qu'à notre appui, ploie sous la main, et on ne se décide à la changer qu'après lui avoir
delâandé plus d'iiave fok tm s«eours qtt>U« refbsef. CoitibiéBi I^^méme» sifeïs n*ont«iis pas d'àtirtfits poiir ïé ptometieM ! Steos délibération ancttif^ , il y porte des pas. Ayez affyiWê à lui : c^est soc^ le même arbre, c'est sur le ni^Rie banc , que tous le retrouverez^ âssb.
Tout en faisant la part à la mobûtté de certains goèts et de certains caractères , BOUS croyons qtie , dans pittsiéurs genres de possession , la variété répugne tellement à notre e^et» qà^^e «n deviendrait le supplice. Un ebangement de pays tue l'exilé. Il eist des pcfrsonnes qui if'^ont pu résister à na simple déplacement -de quelques milles , commandé par celui de leurs intérêts; leur bonheur éfâit attacbé à de» localités , dont elles n'avaient pu emporter avec elles que le cher et trop pénible souvemr. Le nombre des voyagetuii par fantaisie n'est rien eom-^ parative^ient à celui de^ citoyens sédentaires par goût. Pourvoi veut-ow être ricbe ? pour se reposer et encore phis pour se faire dés h^ybitudes; car, tbnt bien examiné, M y a dix ibis plné de variété dans l'état de l'homme actif par nécessité , que dan» la Condition de
l66 DE LA CRACE«.
rétre uniquement occupé à jouir de son opulence. Un ami a eu des torts envers vous : vous craignez qu'il ne les renouvelle; vous ne le quitterez pas , quelque disposé qu'il soit à se prévaloir de cette faiblesse. Le cœur ne saurait battre à vide ; mais il -est mal habile à recommencer ses affections ; étudiez Ja vie, et vous le verrez sans cesse occupé à renouer les trames à demi-usées de ses attachemens. Il aime mieux , malgré leurs défauts , les rajuster que de courir de nouvelles chances. Il y tient comme à d'anciens meubles , comme à un vieil habit ; et répétant dans un sens moral les fonctions organiques qui le font , à chaque instant , recevoir et raviver le même sang , il se -pUdt à palpiter sous rimpression des mêmes amitiés et des mêmes amours.
Voilà pourquoi ( et plus fréquemment qu'on ne l'imagine ) une seule femme plaît au milieu d'un cercle de beautés brillantes. C'est elle que l'on chenue ; si elle nous a été enlevée, c'est sur ce qui la rappelle qu'on arrête ses regards; on court même auHlevaot de l'illusion; et plus d'une amante a dû ses progrès, dans les sentimens d'un homme.
wrJ
DK LA GRACB. lS*J
ani simples réminiscences qu'elle lui a données. Pour celui-ci , s'attacher de nouveau , n'a été que trouver à renouer le fil qu'il tenait à la main. '
Nous aurons plus d'une fois occasion de Teconnaitre, daiis le coUrs de cet ouvrage, IIQ6 cette casanerie du cœur bumain (s'il est permis de lui donner un tel nom ) explique ^ttle, d'une manière satisfaisante , notre entJ^ement vers les émotions du théâtre , et fait le charme principal des objets dont les antres arts placent l'image sous nos yeux : les talens d'kmtation n'ont pas une autre origine.
Après avoir différé d'apiuion avec notre célèbre auteur sur la vatiétéy comme élément nécessaire du beau y nous serous encore moins d'accord- en ce qui concerne la g'^ee. Il est évidenjt qu'il l'a confondue avec la co({Qetterie , en disant « qu'elle appar- *> tient plus partîcùUèrement aux femmes » qui , par suite de la l^oi de la pudeur > trans- ^ forment en grâce tout ce qu'elles laissent' ^ échapper de leur beauté , tout ce qui y sans » choquer le plumier devoir, se montre en » elles. »
l6d I>E LA GIIA€S.
Nous lui demanderons si lès^ enfans ont cpMiqne diose à eachet et s'ils Sôïit sans ^^ce?^ Il y a pltfs que dé k grâce dans b pudeur ; car elle renferme un sentlnietif. !Fous les jours une femme aura de là grâce sans pudeur;: la CaBipygé li'en manque pas. Tons les joun aus^, la pudeur peut étte exempte dé grâce; la yertn alarmée^ en est souvent dépourvue. Elle ^it moins' ak>rs qu'elle n'ÎD^ose. Tel serait le caS'dé'Suzanne surprise- au bimi : toùîoars bdie , elle dianquerait de^ cette dot^e ^curité , ilëèesssrire à répœoomssement èê^laUgtàee , comme le tiède zéphyr du printemps l'est à celui des fleurs. Il iio«K étonnerait ménie^ qu'une f^me serteusemcAt euc cofeère tké perdit qtïelque chose* de- sft beotttér : ce que notf» lisons de contraire k ce sujet n'çst que propos de roman;, mais Montesqiiieix écrÎTait dans l'ancien Paris^; il y ailra tu feindre la pudeur et nous soupfozmeroifes: imlement queUe nature de gcâees il aura éày firouver.
> Il nous semhle , Comme le chapitre précédent a dû) le donner à -entendre, que» dans tout ce qui est ce qu'il doit être 9 il y a de la grâce, parce que la convenance s'y