DE LA G&ÀCE
Irouye, sauf les objets faits pour affecter désagréablement le corps ou la pensée ; car il est hors de doute que ceux-là appartiennent à unautre domaine ; c'est une fleur d'Éden que nous n'irons pas chercher dans l'en- £er du Dante ; cependant elle croit aussi sur la terre y parce que tout ce que Dieu y a fait est bien , quand nous ne le dégradons pas , ou ne le détourn^ps pas de son usager Aussi ne savons-nous trop pourquoi, dans son chapitre du je ne sais quoi^ l'auteur de V Essai sur le Qoût trouve que, « rarement les belles femmes ont de la grâce. » Suivant nous, au contraire, la majesté elle-même l'aurait reçue en partage, quand e)^ n'est pas destinée à porter l'effroi dans les cœui's ; à plus forte raison, nous n'en priverons pas la beauté qui, par le simple mouvement de ses formes, pour Montesquieu, ami de la variété , eût dû avoir l'avantage de diversifier sans cesse un spectacle agréable. La seule condition que nous 7 mettipns, c'est que tous ces mouvemens soient dans l'ordre des besoins réels , et de la nature. Autant dirionsnous de l'état propre à chaque personne, suivant son sexe , son état et son âge; Vénus
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aytât de la grâce , mak elle ne cessait pas pour cçla d'être déesse. « A. sa démarcliey on la reconnut pour telle., dit Virgile i.-» c'est une remarque que oous croyons djeroir aux jeunes artistes , trop généralement portés à représenter l'amante d'Anckise sons les traite d'une jeune fille lascive et coquette. - Ici , notre, auteur veut encore de la surprise. « Sans elle, préten^i^, il n'y a point » de grâces; » et nous ^ nous serions tentés de croire qu'elle les chassCé Si leur présence ne doit jamais être annoncée , nous ne pensons pas non plus qu'elles doivent arriver à l'improviste. Aimables £lles de la .nature , elles ne la quittent^s; elles se montrent avec franchise à ses côtés ,.sans feindre de se cacher comme Galatée, sans affecter de se produire comme Calypso au milieu de ses nymphes. La douceur de leurs mou vemena exclue la soudaineté, et Montesquieu eût dû savoir que l'on surprend peu les gens , si on ne s'est préparé à le faire, ^ous connaissons bien , dans la famille des grâces , quelques filiations : les grâces naïves , les grâces dé-^
' El vera incessu patuit dea, iEoeidos , lib. I, v. Ifi^.
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centes , les grâces de feimes , les grâces prêtes à obliger , les grâces de langage y tiennent toutes leurs placés ; mais certes les grâces méditées ne pourraient y être entrées qtte par mésalliance. Nous serons peu étonnés, après cela , que le même écrivain trace les lignes suivantes :
ce La plupart des femmes que nous ai-^ » mons, n'ont pour- elles que la prévention » sur leur naissance , on leurs biens ^ les hon- M neurs ou Testime de certaines gens. »
A quelques égards , cela est vrai dans un certain monde : aussi ce n'était guèire là qu'il fallait chercher des. règles de goàt, encore moins une définition de la grâce. Quand on avoue ne pouvoir séparer en esprit, qu'avec p^ne , une femme de son hôtel , de son équipage , de sa toilette , de son crédit en cour et de ses laquais , comment s'entretenir des Charités , chastes sœurs qui ordinairement possèdent peu , mais qi^ aiment à le parta-« ger ; qui , dans leur nudité , sont voilées de letir pudeur , et qui , sons les plus riches ha^ bits , laissent encore deviner qu'elles sont belles ; qui n'ont pas de hardiesse à cpiinze ans , pour se montrer timides à trente ; qui ,