CHAPITRE IX
BV BEAIT MATERIEL.
Ainsi , envisageant le domaine de la ma^ fière dans les élémens soumis à notre actioa ou aux forces aveugles de la nature , et dans les créations douées de vie f dont le& forme» sont étrangères à notre puissance , nous dirons des premiers que leur beauté n'est qu'ime eonformité de l'objet et de la place qu'il occupe avec sa destination ; quant à la beauté des autres , nous verrons qu'elle ne marche pas sans un sentiment de la perfection des moyens organiques employés par le Créateur pour assurer l'état des individus et la permanence des espèces. Essayons de rendre ces deux vérités palpables, en suivant Tordre dans lequel nous venons de les présenter. Nous n^avons pas besoin de dire qae la convenance de l'objet avec sa destination,^ qualité rigoureusement nécessaii'e à l'existence du BEAU dans les corps bruts , se dé^
aV BEAU MATK&IELv àl3
duira de Tutilité personnelle que nous y trouverons , soit que celle-ci provienne d'un bienfait de la nature , soit qu'elle résulte des ipialités communiquées par notre travail. Il €st impossible , en effet , qu'appelés à connaitre du beau , nous le cherchions en dehors de nos propres émotions , surtout dans l'examen des êtres inanimés.
La colonne par eUe-méme est-elle belle ? a-trelle en soi ce qui est en droit de plaire ? Nous ne le croyons pas; nous ne serions pas même disposés à lui accorder d'autre mérite intrinsèque que celui dont pourrait donner ridée l'arbre amputé à la naissance de ses branches. Si je la rencontre isolée dans la solitude de Palmyre , ou qu'elle m'appal'aisse sur le forum romain, à l'endroit où fût le temple de Jupiter-Stator , je la vois pourtant avec int^ét ; je puis même en admirer les proportions : mais ^ dans le premier cas , c'est qu'elle réveillera en moi le touchant souvenir des grandeurs passées ; dans le second, je la supposerai propre à soutenir puissamment les masses dont on lui avait confié la charge. Voilà pourquoi chaque fois que j'ai occasion de traverser la place
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Louis XV , je toiime h* yeux ^ ayee un sen* timent de déf^aiÛTy sur la colonnade èa Gard^-Menble » tsundis que celle du Tteux XfOuyre po^^e touf ce qu'il faut pour flatter mes rfg^fds. L'ime me sen^>le ^op grêle pour Ven\aiblem^t qu'on lui a donné à porter ; dût çe)iM.rçi avoir d'autre snp}K>rtSf en fer , par exeoïplfi , que je n'aperceYraU pas et qui se tfoUYeraient iieyés dans les maçoimes., mon esprit, est fatigué de l^idéé de sa pirochaine destruotioa ; il n'en est pas ainsi du iponument â^yé par Perrault : rieii ne ni'inspire des craintes sur sa durée; les soutiens y aeniblent parfaitement en rapport avec les masses \ aussi , sous ce rapport, a-t-il ^oute md^ approbation , car il y aurait bien quelque çbQse à dire sur Taccouplement àe& colonnes.
J'ap^çoÂs dans la campagne un édifice d'une arcbilecture soignée : tin élégant pé^ ristyle en 4écore la façade ; et le fronton , éclairé Tiyen^ent du soleil, semble , à chacnn de mes pa^ , se jouer entre les rameaiu des arbres qui ombragent Tenceinte. Vous mé dites que c'est un temple , et ma pensée se recueille ; ou bien , vous m'apprenez que
c^e$t la deinei:^;f ^'uo ricli^ prppri^taire : j'y consens encore j op^oq eçpiit se prête , sans peiae, à Iqg^ ayeç luxe le$ heureux da siècle* iPoint ^u to^^ : nous a^ppjrpch<Mis et nous découvrons ^ £( la fay^ur d'une croisée entr'quver^e, que çç.t\^ construction ^ dont les^ dejjiors qpt é\é ^ispp^ uniqueçient poui: ibu^*nir un poii^V^e vue , ou pour ia}te/a-* briqiLç y^n^ mot, n'es^ qu'une bergerie , ou la résidence <}'uu ^pl? f«prmier. A Vinstant mçi^ i^é^. p^ennçiiit un autre cours; de la s^'prisç: çUçs. me font p£^S$er au, mécontenteiueii(. }^ ^^prdaineç des objets y et le manque de p^oppvtipiis. des moyens ârvec le hiit y çp^'imppftunent tai^t que. j'en ai )e spectacite sous les yeux. La rotonde a beau être élégante ; le portique ejst en Tain fraîchement exhumé dePœstum ou de Pompéia, je me dis qu'il ne fallait ni portique ni rotonde y où un,e sii^ple chaumière devait suffire.
Vous jne placez çn face d'un palais impérial ou royal , et vous me faites ps^ser 80]Qs n(i afc-de-triomphe : il y a , dans cette di$ppi|itipn , une belle convenance; je me plais ^ lui rendre hommage , car c'est ainsi qu^ l'oi^ doit; pénétrer che» les dépositaires-
ir6^ DÎT BEAU UATÉRXEt.
d'un grand pouvoir* Mais cet arc de triompliâ est petit) chargé d'ornetuens , bigarré dans les couleurs des matériaux dont il se com-^ pose et indépendamment du défaut de pa« rallélogramme, qu'il rend sensible entre leà deux immenses bàtimens, au milieu desquels il est jeté comme un atome ) il n'a que les caractères d'un brillant colifichet. Nul doute que , si on veut ) en terminant un jour la place du Carrousel , lui conserver un aspect grandiose 5 il faudra qu*nne aussi mince construction disparaisse , à moins- qu'on ne parvienne à la lier au château des Tuileries 5 duquel elle semble plus particulièrement dé** pendre , à l'aide de fabriques et de plantations qui la relèveraient par la perte même de son aspect solitaire.
Reconnaissez donc que votre architecture antique était trop imposante pour une ber^ gerie , et que vos jolis chapiteaux de bronze manquent de majesté devant la demeure des^ rois 1
Quand je me surprends à regarder , pendant un quart d'heure , les délicieux tableaux de Claude Gelée , croyez-vous que ses ciels si purs> ses fleuves si limpides, se» ruines
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grecques ou romaines , et ses admirables échappées de vue aient seuls déterminé mon attention ? Groyez-vous que je me borne à rendre hoinmage au talent de l'artiste qui a «xécuté ces cboses dans un espace de quelques pouces cadrés ? Si telle- était votre pensée , nous nous entendrions peu. J*ai découvert dans les tableaux du plus suave de nos paysagistes , j'ai entrevu dans la simple estampe , qui les reproduit pour ma petite fortune , et le modeste abri dont se contenterait cette dernière , et les épais feuillages à l'ombre desquels j'aime à m'asseoir, et les eaux dont la transparence a plus d'une fois arrêté mes regards , et la cabane sous le toit de laquelle je me suis souvent placé en idée avec un ami , innocentes richesses des champs que je n'ai enviées à personne , mais que j'ai souhaité avoir en ma possession y parce que je sais que le ciel , dans sa bonté , a pu les départir à tous ! Voilà ce qui m'a rendu stationnaire vis-à-vis d'une simple toile. C'est le bien-être , c'est le bonheur dont j'ai eu le sentiment, qui ont fait près de moi la fortune de l'artiste. Il a su m 'offrir Timage d'un état qui sourit à mon
Ecaux-Arts. 1. lO
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koagination* Sans m'en douter, sans qu'il l'es* pérât peut-être lui-même quand il tenait k pinceau , je suis devenu un des principaux personnages de ses scènes rustines. Pour m'associer à celles-ci , rien ne m'empêchera, s'il le £suit , de reculer mon existence dans les âges. Avoir été keureux ou avoir pu l'être , sont deux regrets qui ont beaucoup d'analogie ; éprouver l'un ou l'autre sera encore une jouissance que je devrai à Tart dont le prestige m'aura transporté dans un site selon mes goûts et mon cœur.
Telle est la seule beauté qui appartienne au genre du paysage , plus étendu qu'on ne le croit ordinairement. ^erghem , Ruisdaël) Paul Pôter et Berré vous fourniront des copies fidèles d'une nature commune ; Valenciennes vous offrira de belles lignes et une disposition de sites pleine de charmes , heureux si son pinceau avait su les toucher avec plus de fermeté! Salvator^Rosa , si connu par son style non moins chaud qu'original, Micluilon et Régnier vous jetteront dans les terreurs romantique^ Le Poussin , le Lorrain, les deux Both d'Italie , Watelet leur émule , et quelquefois Bertin , parleront à votre âme
Hne langue plus douce et non moins expres- ^^^^ parce qu'ils tu ont emprunte les accens *<*tte partie de la nature avec laquelle la ^^c humaine la plus distraite aimera toujours t. 2 se ménager des rapports. Ils vous diront : ""!' "Parviens à posséder un site semblable à V * 'î^lui que tu as sous les yeux , ou à disposer ^y » ainsi celui que tu possèdes, et mènes-y 1 * ensuite la femme qui l'est chère : elle y ^ " sera ta Vénus , comme ton modique do- " niaine sera ton Arcadie. » Celte sorte de peinture , quand elle est bien entendue , a cela! de particulier, qu'elle semble rendre l'homme ^ une position primitive. C'est une charoianle justifîcatîon des voies de la Providence ; elle apprend à tous que le bonheur ici-bas n'a point été mis à trop haut prix.
Tout ce que nous venons de remarquer ,
relativement au paysage , est susceptible
d'être appliqué aux moindres objets , dont
û nous eât permis d'user dans la nature. Il
le serait avec avantage aux meubles les plus
communs ; et c'est ainsi que nous mettrions
en défaut l'un des interlocuteurs du Grand
Hyppias , lorsque Platon conduit Socrate à
demander ironiquement ^ dans ce dialogue ,
quelle est la beauté- dFline marmite ? M>b c'est dans notre espèce que rapplication de ces règles va prendre un caractère plus décisif.
Si le sein ne nourrissait pas , au lieu de parer la gorge d'une femme , il n'y semble-' rait qu'une monstruosité gênante; si le bassin ne devait contenir l'enfant , la turgescence des reins serait sans motifs ; si ces formes douces et arrondies des membres supérieurs, et de ceux qui naissent à la bifurcation du corps , ne devaient être sans cesse en contact avec le nourrisson qu'il faut réchauffer , ou avec répoux , dont il faut prolonger la séduction , leur morbidesse n'offrirait qu'une simple privation de forces; si ces mains potelées n'étaient destinées à toucher tout sans rien blesser , et à consoler des plaies qu'elles n'ont pas faites , la physiologie n'y verrait que le désarmement d'un être inoffensif, livré avec une sorte de cruauté à. des périls inévitables ; et si enfin ce sourire enchanteur , ce front timide , ces carnations haHlement nuancées du visage , et ce regard velouté qui en est le plus bel ornement, n'étaient destinés à attirer les cœurs , à calmer des
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passions irritées , ou à réclamer une protection qu'il n'est pas moins doux d'accorder que de recevoir, la femme la mieux pourvue de ces dons n'en serait que plus à plaindre. Ses beautés physiques plaisent, parce qu'elles ont toutes un but, parce qu'elles ont toutes une intention. Anéantissez celle-ci en esprit, plus de moyens de plaire : partant plus de beauté. Quand l'idéalisme prétend conduire ces formes à la perfection , quand , ne leur, accordant de matière que ce qu'il en faut pour caractériser l'être auquel elles appartiennent , il les dégage et les rend presque aériennes , il a encore soin d'en conserver le trait primitif. Peut-être même est -il remarquable que les sacrifices , dont il se fait une loi , ne vont jamais jusqu'à effacer les organes affectés aux fonctions essentielles des sexes , mais qu'ils tendent seulement à accroitre les rapports de tous deux dans ce qu'ils ont de commun , en leur accordant , avec une mesure presque égale , 'l'élégance des formes et le moelleux des contours , abus dont nous nous proposons de montrer l'jnconvénient.
C'est dans ces vues que quelques statues
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antiques nous semblent avoir été exéentées. Si les avantages physiques, dont la prése&ce ou rindication sont, à notre ayist, nécessaires pour constituer . le beau matériel , ne B*f montrent pas , l'artiste y a suppléé par des procédés qui couvrent cet oubli* GwtaÎBft^ ment l'Apollon du Vatican est d'une exéeutioii admirable ; la vue se plaît à en suivre la ligne flexible, pure et ondoyante : toutefois noiis ne dissimulerons pas que la vigueur départie par la nature à rhonune , vigueur dtmt le développement est si souvent indispensahle à son existence et à odle d& sa fanûlle^tôt peu sentie dans ce l:teau inarbre , sur lequel l'action même paraissait devoûr appeler le travail d'un ciseau énetrgiqueii Msôs n'estw» pas l'élévation de la pensée et la Corce de caractère qui recommandent éminemmeiit ce chef-d'œuvre? cett€ rdemière n'obvie-t-elle pas au défaut de muscles et d'artioulations par lesquels il appartient de se mani-^* fester à la puissance virile ? Qu'on y fasse bien attention : si, sur cette belle tête., l'œil n'était pas assuré , Ja narine indignée et la lèvre superbe, la figure entière déckcrrait du rang où la placent nos suffrages. Car ici
la.force morale biea apparente me dispense de m'inqniéter de l'autre ; elle la suppose au moins dèsqu'elle m'en donne le sentiment , et elle me conduit sans peine à imaginer que les moyens d'exécution ne manquent pas où la vol(mté se produit dans un calme aussi majestueux. J'admire , non parce qu'il y a ici absence de l'énergie à laquelle mes yeux sont accoutumés, mais parce que l'art m'apprend à la voir ailleurs que sous des saillies angulaires j parce qu'il me la montre dans des contours pleins d'harmonie , et qu'il me porte à la deviner jusque sous des méplats. Ainsi y par le moyen de l'une de nos natures habilement appelée dans son travail , le sculpteur est parvenu presque à se passer de l'autre^ Il a dessiné des formes légèrement arrondies ; ce so(nt celles d^un Adonis ; il leur a donné une attitude ferme qui est celle du commandement ; il les a fait dominer par un regard pénétrant où se lit la conscienoe d'une supériorité qui me fait croire en elle , parce qu'elle y croit elle-même , et vous avez X Apollon du Belvédère; comme dans xin style , à bien dire , opposé , vous avez la Diane chasseresse , mais avec moins de
charmes ; Tar liste dans le premier cas , ayant corrigé , par une expression virile , la mollesse des formes féminines ^ et , dans le second y ayant prêté à une figure de femme le prononcé et la hardiesse de nos traits, sans y répandre toutes les grâces famyières au sexe qui la réclame.
Comme il n'est pas une partie dans le corps humain qui ne réponde à une disposition avantageuse à l'individu , qui ne soit elle-^éme un organe essentiel , ou qui ne serve à le couvrir ou à le protéger , il est évident que le beau matériel réside dans chacune de ces parties ; et comme Tënsemble du (iorps humain jouit seul de la force organique et de la puissance de vie par lesquelles il exerce son empire sur la nature , il est également reconnu que c'est l'imitation de cet ensemble , le plus en accord avec Iniméme , que doivent se proposer les peintres et les statuaires, jaloux de faire passer le beau matériel dans leurs ouvrages. Ainsi le marbre doit s'attacher principalement à reproduire les formes. Maitre de leur disposition , autorisé même à les balancer dans le sens de la plus grande perfection de l'être,
c'est-à-dire de la plus grande facilité de ses mouvemens , qui sont sa vraie richesse , puisque tous ses moyens d'action s'y trouvent compris , l'artiste parcourt un cercle assez Taste : c'est celui du vrai et du possible. Tout effort au delà lui est sévèrement défendu. Aussi n'est-ce que par suite d'une erreur complète que les sculpteurs ancien.^ ont figuré des hermaphrodites. Il est encore ' rraiarquable que , dans ce délire de leur ciseau y ils ont senti qu'ils n'offriraient au spectateur, qu'un objet repoussant , s'ils n'y faisaient prédominer les qualités de cette moitié du genre humain , qui est destinée à exercer, par les sens, une douce séduction sur l'autre. Voilà pourquoi tous les morceaux de ce genre brillent d'une beauté féminine. Si , par une véritable superfétation , on n'y avait joint le signe caractéristique de la force virile , à l'instant la délicatesse des «lutres parties , la rondeur adoucie des muscles et l'empâtement des chairs donneraient un démenti à la fausse conception de l'artiste ; car , les plans de la nature sont décidément arrêtés. Elle a voulu , dans notre espèce , parvenir à l'union morale par celle des corps ;
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et ridée de combiner , dans un seul étre^ les propriétés commiines aux deux sexes, n'est point susceptible d'exécution , par cela même qu'elle ferait cesser un double besoin et une loi de rédprooité.
Pans son enthousiasme , tro^ slMiyent pen réiiéchi , Winekelmann at pu approuver ces entreprises téméraire», ainsi qne celles dont l'effet serait d'associer, au beau type de I« figure humaine , les traits plus particulièrement affectés à. celle des animafut:» qui, suiirant nous , s'en éloignent par une dégradation assez prononcée dès- le sommet de l'échdle , pour interdire toute idée de pareils^ rapproobemens. £n vain nous vanteraTt^l son Jupiter à 'Crinière de lion ; nous loi répondrons que cet animal, comme l'aigle, n'ayant un air^de noblesse à nos yeii9 que par lés légers rapports de son angle laicial avec le notre, il est inutile que nous descendions jusqu'à lui, pour nous chercher nous-mêmes dans une nature dont cet emprunt fait tout le mérite. De tels écarts ne sont pas tolérables, et nous ne saurions partager l'opinion du. célèbre Prussien, lorsque cette fusion de formes hétérogènes lui paraît un moyen d'ar-
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rWer à Ja formation d'êtres plus imposons et plus'propres à nous élever à la contemplation du BBAu. S il- avait été donné à notre esprit d'entrevoir quelques-unes de ces intelligences ;¥ivantes d'un ordre supérieur qui peuplent sans doute une portion du vaste univers y et dont' il nous est permis , par analogie , de soupçonner Texistence dans des plaines traversées par tant de globes , nous concevrions qu'endérobant à cette espèce privilégiée certains traits pour en orner la hôtre^ on pût , à la faveur de ce mélange, se promettre une création plus pari^ite ; mais ce n'est pas en s'abaissant vers des classes infimes que Ton autorisera jamais un tel espoirt L'animation de la Oalatée y comme fable » renferme quelque chose de plus propre à favoriser l'élan de l'âme vers des régions meilleures- Winckelmann ne nous seoible pas en avoir donné, le vrai motif; au moins le type est-il pris ici dans l'humanité et dans , un choix heureux de ses qualités les plus éminentes. £n s'emparant d'un; tel sujet » l'imagination tend plutôt à monter qu'à descendre ; aussi appartient- il mieux à la poésie, dont toutes les hardiesses sont tolérées.
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qu'aux arts d'imitation , qui , opérant eut de simples surfaces , se bornent à la reproduction instantanée des formes corporelles, sans faire passer les esprits par lés nuances progressives auxquelles la plume de récrivain prête une sorte de réalité. Le travail de ce dernier consiste dans une suite de tableaux, tandis qu'il n'est permis au peintre et au sculpteur que d'en offrir un seul ; on sent en cela tout le désavantage de la position de ceux-ci. Dans une noble effervescence , oubliant qu'il n'avait que de la toile sons la main , et un raçiment indivisible à saisir, un artiste moderne est revenu à cette fiction qui nous semble postée aux confins du nionde réel et de l'idéalisme , comme pour attester que ce dernier est infranchissable par les arts renfermés dans le cercle d'une exécution matérielle. Nous examinerons , quand il en sera temps , quel a été le , succès de cette entreprise courageuse , an moins , si elle ne se recommande pas par un autre mérite.
Le BEAU dans les formes répond donc à chacun des besoins de la vie ; par la configuration des membres il assure le service
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l'être animé ; par les proportions des ets externes il acquiert de la valeur, suit qu'ils s'adaptent à notre usage. Dans meuble il demande de la solidité ; dans autre il peut se contenter de Télégance, s il ne saurait acquérir de prix que par utilité directe ou indirecte. Que si on xhait à savoir quelle utilité nous préten- •Bs trouver dans la basilique d'un tem- , dans les ruines d'un portique , ou dans galeries d'un palais où nous ne porte- > jamais nos pas, nous observerions que dations de l'homme social étendent ses 3orts, même avec les objets insensibles, ]u'ii en résulte des besoins nouveaux ngei's au corps , mais destinés à cbarmer ensée ou à l'attrister , suivant qu'ils sont ifaits ou contrariés dans ces sortes de contres. Ceci rentre dans un autre ordre lées; car l'architecture elle «même passe limites du beau matériel y dès que , cest de veiller aux distributions d'un domicommode et agréable , elle devient .sus- ^le, par seii voûtes^ ses coupoles , ses ports , le ménagement de ses jours et le idiose de ses lignes , d'exciter dans l'âme
a3o DU BEAU MATERIEL.
des sentimens nobles ou religieux. Ici commence le beau moral ; peut-être conviendrait-il mieux de dire qu*il s'y montre d'une manière plus décidée , car il serait aussi difficile de le retrancher absolument des sensations d'un être aussi intelligent , aussi penseur que l'homme , qu'il le serait de rëdoire celles-ci à l'idéal de la pensée. Dans la division que nous nous sommes prescrite, nous n'avons eu en vue que de donner un peu de saillie à la partie dominante de chaque nature d'impressions. Leur source sera toujours la même ; mais , comme les relations de la vie humaine x;onstituent sa moralité ,' c'est par elles que nous allons également fonder le beau moral dans les arts d'imitation.
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i)u BEAU MO&Aii. a3c