CHAPITRE X
DU BBAU MORAL.
Le lecteur nous pardonnera de plaeer sous ses yeux les premières notions d'une philo* Sophie par laquelle, dans les différons âges, a été occupée l'attention de ce qu'il y a eu de ineilieur sur la terre ; il nous permettra également de nous la rendre propre , en y joi- ^ant quelques aperçus nouveaux dont se fortifie notre système.
UsENTiifENT e$t un , est invariàMe, est le même dans tous les membres de la grande Emilie humaine , et peut-être dans toutes les ^^P^ces animées. Né ayec la yie , si son germe "^ 1a précède, émanation inconceyable d'une ^^ion inconnue dans la région terrestre ^ ^^OQ de l'esprit dans la matière qui l'ac^ <^^plibans le comprendre , seul secret peut- ^tre ^e le ciel se soit réservé, il a mis* fin, /MU* sa production , à la solitude du Tout- Puissant lui-même. Il peuple l'univers , il
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le rend visible et agissant. Le vrai mouvement est son ouvrage. Diversement répahda à la surface du globe , il y périrait si cette Providence qui lui a donné I'etre ne loi avait accordé des moyens, de conserTation et de perpétuité. Ici Finstinct devient son pourvoyeur et son guide , Tinstinct , sorte de désir sympathique qui se confond avec le SENTIMENT : là c'cst la pensée; et partout où cette Hernière parvierit au raisonnement, l'espèce s'agrandit, s'élève, prend un rang, et acquiert des droits dans la proportion de cette belle faculté.
Nous ne disserterons pas sur la pensée et sur sa nature. Quelque disposés que nous soyons à admirer le jeu de ses instrumens, nous ne la suivrons pas dans son travail , qui commence à devenir abordable pour rintelligence humaine ; car nous regardons comme peu éloigné le moment où il sera permis à une philosophie religieuse, la seule que nous puissions atkneltre, de sotdever'un des coins dû voile qui recouvre ces Aagiques opérations. Nous nous contenterons de remarquer que la pensée, directrice du sek- TiM£NT, dépend, dans les diverses espèces,
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d'un système nervenx , dont elle suit tous les mouvemens en ligne ascendante et descendante. Ainsi , basse et humble dans les êtres chez lesquels ce système a reçu un faible essor , elle étonne che» les autres plus rapprochés de nous ; et , dans la classe à laquelle nous appartenons , elle prend un caractère merveilleux de grandeur.
Il est remarquable que partout elle suffit aux besoins matériels de la vie : dans l'homme seul elle les excède.
L'intention , à cet égard , est manifeste ; il est hors de doute que Ton voulait ici cpie le SENTIMENT parvint à la moralité : aussi, quelle profondeur dans la pensée ! quelle science de mécanisme dans l'atelier où elle s'élabore !
' La pensée détermine le rang de l'être ; elle en est à la fois le guide , et l'échelle de comparaison de son espèce aux autres , et de celie-ci à lui-même. Lumière du sentiment, elle lui a été accordée dans la proportion de ses besoins originels , avec plus ou moins de largesse , suivant la place qu'il occupe. Dans tel animal elle brille à. peine, et comme un lampion jn^ét à s'éteindre : dans
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rhomme vous diriez un phare éclatant bàtl si)r les hauteurs, et aspirant à se mêler aux feux du ciel , avec lesquels il à de l'affînite.
Ayaitt pour base une capacité de pensée , dont le degré éminent force Tétre à s'ab* straire et à se juger dans ses propres- actes, sur les rapports qui le Kent ^se& seoihlabkfi, la MORALITE est le typedistinetif derhomme;. éle étabUt ses droits et ses devoirs, elle oonsliitue ses vices et sest vertus , elle en fait une création à part. H est abject , il est grand par elle , et il n'est Tun ou l'autre que parce qu'il est libre.
Par la moralité l'isolement cesse ^ et Tisolemeut serait la mort de Ut créature hu* lïiaine* Dans les espèces inférieures , destinées à se soutenir par agrégation , la Providence a établi une sorte de néeessité socdide; d'un besoin organique faisaixt sortir une ombre de moralité, elle leur a permis d'eu recnôl' lir le bénéfice ; mais elle leur en a, interdît le mérite y à nous seuls réservé ! c'est le vrai BEAU de notre nature. Pour que les actes de la vie en reçoivent l'enfreinte ,. deux con* ditions sont nécessaires:
La première , c'est qu'rilsf itenfemeitt un
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bien <{iieIconque fiiit à Tespèce ou aux fractions de Fespèce ; la seconde <, la volonté de k fairei, fû.t'-ee au dëttiment de son auteur. Quelque cette dernière condition semble destructive de l'intérêt personnel , elle en est la meilleure sûreté ; les parties sont comprises dm» le tout. £n admettant l'hypothèse où elles ne s'y retrouveraient pas , il lear faudrait des indemnités. Plus celles-ci seront éloignées , plus aussi on avancera dans le beau moral , car alors le sort de la société est assuré aux moindres frais possibles; c'est le moment oii la religion se saisit de l'homnie. Si l'on supposait un état on une partie ^€s dtoyens eût une persuasion forte de I.i ^ie foinre , et où l'autre la révoquât en ^Wïtc, il est évident qu'il n'y aurait pas de parité dans les mises ; mais cet inconvénient ^t peu à craindre : il y a sur cela un sentiment enraciné dans tous les cœurs , et, au besoin , il agirait en dépit des croyauces néfa tives.
Le»actions nous sont personnelFes ou non : ivre avec décence et modération est ime iiose bonne pour chacun; là morale le coii- [11e f sans décerner une couronne au sage
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volontairement soumis à ce régime. La raison en est simple , c'est qu'il cueille , de sa propre main , le fruit de l'arbre qu'il a plantéi Dégagée de soucis et d'infirmités^ son existence lui en deyient plus douce à lui-même. Si nous croyons devoir à une telle conduite une portion de nos suffrages, remarquez bien que nous y serons déterminés par la présomption favorable qui nous montre , dans l'homme accoutumé à' se contenter de peu, le magistrat incorruptible et le guerrier prêt à marcher à la défense du pays. Ainsi , l'œil plein de regret que le Cincinnatus de M. Chaudet tourne vers sa charrue , quand on lui annonce qu'il est promu à la dictature, m'inspirera un grand intérêt. J'y verrai un beau moral. Que le même artiste, ou tout autre, dirige le regard dePublius-Décius vers Rome ou le Capitole, au moment où ce guerrier se, voue aux dieux infernaux, je serai encore plus ému, parce que le sacrifice sera plus grand.
Les vertus privées cèdent donc ie pas à celles de l'homme d'état; le bon père de famille est estimé, mais le grand citoyen est l'objet de la vénération. publique. Quand
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six mille habita&s de Paris ont escorté les restes de Camille- Jordan au Père-la- Chaise, plusieurs ignoraient si cet orateur , d'une si Tertneuse éloquence , laissait une femme et des.enfans; ils ont appns que ces liens chers existaient pour lui et ils l'ont admiré davantage d'avoir sacrifié, dans une médiocre fortune, des fonctions, lucratives à son mandat. Quelques-uns se sont même étonnés , ayant de la peine à s'élever à la hauteur de ce beau moral , et voilà ce qui rend difficile la création d'un esprit public dans un vieux gouvernement recrépi de trois cent mille salariés. Nous louons le mot du Lacédémonien Pédarète, sans songer qu'à Sparte ce mot n^ devait exciter aucune surprise.
Plus il y a d'intéressés à u^ acte de vertu ou de courage , plus il est honoré dans 4ous les pays. Le .cercle de l'approbation s'agrandit avec le dévouement qui la motive. Poiu*quoi l'humanité et la vraie philanthropie ont-elles tant de charmes? c'est que, dans cette bonté d'un cœur chaud et obligeant , chacun est assuré de trouver sa place. Aimer Fénélon, Titus, Trajàn, Marc -Aurèle, c'est s'aimer soi*méme. Le fondateur du chris-,
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tianisnae n'a pas d'autres droits à' l'intérêt des générations. Toutes s'aiment en lui, parce qu'il les aima toutes.
A Bien ne plaise que nous venillions relâcher les premiers liens de la sociabilité! On le sait; nos efforts tendent à en resserrer les nœud»; cependant le développement de notre doctrine nous oblige à mettre certaines choses à leur valeur; nous cherchons le beau moral, et, pour arriver jusques à lui, pour en bien saisir les caractères , nous devons le dégager dès apparences avec lesquelles on est porté à le confondre.
Vous coulea des jours- heureux au sein de votre Camille; vous chérissez votre épouse et les gages d'amour qu'elle vous a doraiés : cela est bien; cela est dans l'ordre; je vous en félicite, car il est doux de s'asseoir ainsi à l'ombre de sa vigne et de son- figuier. Votre dévouement pour ces êtres , en cas d'incendie, ou d'une irruption de brigands, irait jus€[ues à mettre votre vie en péril : je le crois eftcore. Ces sentimens , quoiqu'ils ne soient pas désintéressés, partent d'une bonne nature ; je ne conteste même pas que ce ne soit une vertu. Vous avouerez pourtant qu'elle
aune ici-bas ^ et j'oserai vous dire en partageiK le mérite avec les lion»
Dthères. Mab, ce que j'affirmerai t plus de force, c'est que, si vou»
im commerce sûr , si tos amis ne se s vous, si vou» n'avez de Tattachear la cité qui vous a vu naître, et pays auquel vous devez le bienfait âtion , si vous n'êtes prêt à le dée votre patrimoine et de votre pcrl dans les désastres publics vous ne is déeider- à des sacrifices- généreux, i en ra|>port avec vos moyens, tou- ^adresses de famille ne me montrent ojLsme naïf concentré dans une entmurailles. Votre vertu, à me&yeux,' titude que celle qui existe entre les [nonsc de votre hôtel. Vous y filea ce existence; cela se comprend, et conseille de vous y tenir. Mais par tour la vérité, qiie le& mots de pabomanité ne sortent jamais de votre car, vous n'ave^ pas le droit de »ncer , et ce n'e^^ que par pivofana--* spourraient se placersur vos lèvres I e nous l'avons déjà dit , le beau mo-
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rai , après avoir dessine ses premiers linéamens dans les qualités nécessaires à Tindividu , se plait dans la dilatation des cœurs. L'abnégation personnelle en est le trait distinctif. Si les habitans de Moscow, pour le salut de leur pays, de leur propre main, ont embrasé leurs maisons , ils ont eu là un beau moment. C'était un avis sévère qu'ils nous donnaient de battre en retraite. Une cause est mauvaise, elle est perdue, dès qu'elle provoque à de pareils actes ; car il n'est pas de dévouement du soldat qui puisse balancer un tel dévouement du citoyen.
Les sacrifices qu'un seul fait à plusieurs, ou que quelques-uns font à tons, se produisent toujours sous un aspect imposant. L'empreinte du beau moral y ravit les suffrages sans permettre à l'esprit la moindre discussion. Une grande armée, rangée en bataille, représente un nombre d'hommes égal à la population, mâle de l'un de nos départemens : qu'il serait admirable le mouvement de cent milfe soldats citoyens qui se^ raient sortis de leurs foyers pour repousser une invasion étrangère! Ces élans partent d'uii libre arbitre et d'une détermination
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prompte des pays où il y a encore une patrie, mais ils ne se demandent pas; car nul n*a le droit d'en parler que ceux qui consentent à se mettre sur la brèche. Aussi croyons -nous pouvoir reprocher quelque chose de faux à cette hardiesse d'imagination qui conduit une femme d'un talent très-distingué à Toter, pour la conservation de TAngleterre, contre la France, dans Thypothèse du sacrifice de Tun des deux royaumes aux intérêts du monde civilisé. D'abord, il n'appartient pas à une seule voix de se rendre Toi^ane d'un grand peuple, quand il s'agit de stipuler dans l'acte de la radiation de son existence ; ensuite il est fort douteux que le salut de l'Angleterre importât aux intérêts de la civilisation européenne , tandis que la France en est le foyer. La liberté, les arts, l'industrie, le commerce, les institutions qui élèvent l'homme dans un état potitique , les sentimens qui l'ennoblissent à ses propres yeux, peuvent être chers à la Grande-Bretagne : mais elle ne les veut pas hors de chez elle. Accueilli à Londres, le génie des sociétés fuit partout devant sa puissance. Le caractère national des trois royaumes-unis
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