BEAU IDÉAL
A la renaissance des lettres, Tantiquité grecque dut se présenter aux regards des peuples sous l'aspect le plus imposant. Ses monumens , par la nature des souvenirs qu'ils réveillaient , étaient ce qu'il y avait de plus célèbre au monde ; ses historiens , en cela puissamment aidés des grâces de leur diction , rendaient le mouvement de la vie réelle à des événemens dont on était séparé par plusieurs siècles ; ses statues que la conquête avait enlevées aux socles d'Athènes et de Corinthe , sortaient de terre pour se dresser sur ceux de Rome et de Florence ; ses poètes tragiques avaient disposé les fictions qui attendrissaient ou faisaient frémir sur tous les théâtres ; et au milieu de cette influence sur la civilisation européenne d'une poignée d'4iommes depuis
II
long ^ temps réduits en poudi'e , l'ombre Téiiéràble d'Homère apparaissait dominant toutes les autres , puisque le poète héroïque, le poète trafique, Thistarilea , le peintre et le statuaire venaient tour à tour lui demander .de. les laisser puiser. à la source des émotions , dont le flot s'épanchait largement de ses immortels écrits , comme de l'urne d'un gtiokà fleuve. . •
• Aptes eela^ U n'était rpas étonnaot que l'on sepa^^tofi&^t poi^ une pthilosciphie.qvi avait <2<a)<cou]fu p^iissamnDeni;. à cet élat die choses Y et ({m îadâs àittira -dima .l'ikttique t#ttt ce q:ue l'Italie possédait de plits ^««o»- H^ndal>le^ Dans un ensemble • soie, t^tanenars parties toUlent d'un grand ^i(^t,> an ,est ftovt porté là ne Supposer axtonae imediaoÈité : r^ole acaâémiqae : vécueîttit ^jk i>éiiéflce de cette prévention, il était difficile ., en «ffet, d« ne pas -se pensiiader que les sages avec lesquels les Gimon^ les Xvne^xhon , les l^hidias , les Zeuxis ^ les Braxitèies, .les Aidbiade et les Péridès se plaisaient à s'entretenir et venaieiit se déia^er ides .travaux de leur art ou de ceux'de la baute adniHiistra' tion y ne ^sent pas des êtres supérieurs'
&tJK LÉ BEAU in^AL. ^^9
Keeommiiiidés à l'étude des honnêtes gens par l'orateur coasul qui &a. fit ses délices , in^Uqiiés conune les preioières sources du BEAU par \» législateur de la poésie latine ' y citqs coiBnie des autorités par les défenseurs du christianisme qui les transformaient en force auxiliaire , seuls ils occupèrent tous les esprits. Oai vaulut donner une réalité aux doctes , et quelquefois sublimes y rêveries de Platon. Après avoir disserté avec lui sur les nombres et sur le mode plein, ou chromatique, on se passionna pour le beau idéal, dont il aoas sonble que ses ouvrages contienwufoX le gecme. Ce ne iat pas .assez d'admettre l'existence 'de cette sorte de beauté dans lesjDceurs, dims la conduite privée , dans les doctrines et dans les sentimens ^ on en rêva rintroduclioD. dans les arts, qui n'existent que par une imitation des phis excellens choix empruntés à la nature apparente et sensible.
' Rem , tibi , Socraiicm poterunt osleruUre çhar\iB.
HoR. de Arle poëtica.
. . . •^ Vos , exemplaria grt^ca
Nodnmâ versait manu , versate diumâ 1
Idem.
a6o CONJECTO&CS .
Cette erreur a eu une noble origine, et,ahist qu'elle n'a pu prendre racine que dans de grandes âmes , elle a droit au respect. Frappés sans doute des imperfections du monde moral , les sages se réfugièrent dans une patrie meilleure , de laquelle ils ont envisagé avec une sorte de dédain, le monde organique, sans songer que ce dernier. est bien et qu'il est irréprochable en son espèce y puisqu'il vieut de Dieu , tandis que l'autre 9 soumis en beaucoup de points à nos modifications , peut l'être également à notre censure.
C'est de cette région élerée , mais Taporeuse y que plusieurs écriyains ont abaissé leurs regards sur notre horizon } appliquant les notions philosophiques des anciens à quelques-uns des chefs-d'œuvre de statuaire que les siècles ont laissé parvenir jusqu'à i^ous , ils ont cru y démêler un type particulier de beauté. Celle-ci leur a seniblé avoir, pour principal moyen de succès y de faire disparaître tout e£fort dans les mouvemens, toute aspérité dans les formes ; mais ils n'ont pas vu que la suite de ce procédé devait être de. confondre ce que la nature avait rendn distinct 'y les Mercure, les Apollon , les Diane>
SUR LE BEAU IDÉAL. a6l
es Gyparisse et les Daphné des Grecs , n'of- ^nt que des différences légères ; Tintervalle destiné à les séparer a disparu sous le dseaa qui invite l'imagination à le franchir ayec audace ; ainsi avons-nous justement ï>b8ervé qu'après être arrivés à l'Hermaphrodite , par une dégradation morale , dont l'origine leur est peut-être échappée , les artistes appelés à Rome sous le règne d'Adrien descendirent à l'Antinoiis; car l'altération des signes , qui établissent sans équivoque la distinction des sexes , a ce gnfve inconyémat qu'elle conduit à corrompre le goût, ^n présentant, chez tous les deux , les formes destinées à plaire dans un seul. Ceites les ^anymèdes et les Bacchus antiques avaient trop de rapports avec les plus belles femmes , inortelles ou déesses , copiées , par le ciseau grec, pour que le spectateur ne se pas- ^onnàt pas également à leur approche. Nous |^^g>rderons comme une circonstance propre ^ accroître l'égarement inévitable des idées , ^^ l'expression donnée par les anciens à '^QTs figures viriles n'est pas plus sentie , ^% n'y prononcent la saillie des muscles ** le jeu des jointures. Cette négligence , ou
!^6% . coxjEcrvaEs
plutôt cette manière de procéder tient à des causes que nous essaierons de faire coonaître , quand nous nous occuperons spé« cialement de l'etxpression antique. Envisagé d'un certain point de vue, ce que notts nommons keau i4éal dasns les formes a été l'effet d'une dé^nératicm dans les mœurs, s'il n*çn a été ia came, tandis que le beau moral dans T^expiressioa qni.» à queUpies égards, a été le corvedif de cette aherratioiif a pris sa source dans la dignité du caractèce. Quand nous airons -eKaminé attentiwenieDt les statues attritoées à la sculpture gveo^ au siècle de Péridès , si tant est que nous en possédions de ce le«ips,lorsqa'avecleméiite soin nous avons anréténos yeux sur les marbres rapportés à une époque postérieare , nous n'avons pu qu'être frappés del'iaflneDce exercée par la société sur l'art ou tfoe l'ordre social a pu en recevoir. Cependant , sans admettre aucune prééminence de ces onvnffes sur la nattU'e,ii<)^<^'&ui*onsgarde de contester leur supérioritésur les productions modernefi* Nous craignons seulement , qu'eailiwinés psr leur enthousiasme , quelques célèbres criti' ques n'y aient vu plus que les artistes aiir
StTR I.S BEAU IDI^AL. 263^
ciens n'ont pf étendu y mettre eux-mêmes. Par exemple ^ indépendamment des conjectures que nous nous proposons de développer ailleurs , n -esttil pas remarquable que Pline l'ancien ait employé trois llyres de son histoire naturelle à décrire les chefs-d'œuvre
du cisean ;grec , dont Rome était de son vivant en posseffîîoH ; que , dans les page» qu'il a consacrées à ce travail, il ait prodigué l'éloge , quelquefoia même sans mesure ^ et que , de sa plume, rien ne soit sorti de re« latif au fameux beau idéal éesXmé k prendre phs tard une place si distinguée dans la théorie ? Avec la fidélité la plus scrupuleuse, Pausanias décrit les monumens de la Grèce que la main de ses vainqueurs était loin d'avoir encore entièrement dépouiliée; il ne met pas en i oubli une statue de quelque re-* nom , U ne fait pas grâee d'un Terme ; mais nulle part, à la vue de ce qui était le plus propre à exciter son admôration , il ne semble croire que Partiste ait cherché ses modèles dans nne nature supérieure*
Platon est le premier fondateur de la doctrine Am beau idéal ; ses écrits, par la sublimité des idées que Ton y rencontre
a64 CONJECTU&ES
qoelqfuefois , ont donné à cette création de son génie une fo^ consistance. Le dialogue de la justice est celui où le philosophe s'élève le plus haut et où , par conséquent , il eût pu appliquer ses principes aux arts dont il emprunte sans cesse des comparaisons ou des métaphores : il s'en abstient pourtant. Bien plus , dans le passage le- plus brillant peut-être de ce livre , après avoir établi que tout ce qui se montre stu: la surface de la terre n'y est parvenu à l'existence qne d'après un modèle antérieur y déposé dans la pensée divine , il ne regarde nos actes eux-mêmes que comme une copie de ce concept, et il finit par ne voir dans les-poètes, les peintres et les statuaires que des copbtes de copies.* Si le sage d'iËgine avait cru que, de son temps , les artistes puisaient à une source plus épurée, s'il lui avait semblé que, franchissant les limites imposées au vulgaire ^ ils dérobaient quelques->ims de ces linéamens déposés dans les archives célestes , pour les transporter sur leurs statues ennoblies par ce trait primitif, c'était le cas d'énoncer au moins des doutes à cet égard ou d'y trouver la matière d'un simple conseil ; mais , se
STJR I<E BEAU 1I>£AL. 265
t^nientiMit d'admettre Texisteiicé du beau idéal dans 1^ mœurs , Piaton n'imagina pas' que celui-ci pût recevoir ailleurs une ombre de réalité t Sans doute il était, de sa part, peu philosopihique d'envisager sans cesse l'âme dégagée de ses organes , puisque c'était renoncer aiuL moyens de la saisir par le seul côté abordable de sa nature présente "; mais il n'a eu garde d'essayer de faire passer tme pareille indépendance d'idées dans le domaine des arts , <;ondamnés à opérer sur la matière et à ne vivre que d'imitation.
Raphaël Mengs et Winckelmann ont eu assez de discernement pour juger combien est importante l'étude de i'antiqiie. Admirateurs passionnés des chefs-d'œuvre grecs du siècle d'Alexandre, et de c^ix que l'on rapporte au règne de ^{uelqttes empereurs romains, ils., ont cru y démêler le caractère d'une beauté destinée à primer l'espèce humaine elle-même : c'était une erreur; eUe a £aLussé leur goût. Nous ne saurions plus nous étonner que le pren^ier , quoique artiste, ne concevant pas toute l'âévation de Raphaël d'Urbin , .ait. vu par delà ; d'autres enthousiastes se sont lancés sur ses pas. Ainsi le
Beaux- Arts. I I^
a66 ' covjEetu&Es
oibevâlier (FAnoeâ , après a^oir entenân , de la )>onc)i« de son illustre sonà, que « les s £sinmes de BBpliaâ ne soRt pas assez gn- » cievscs ; qa'iBa tes desÂnant , il abusait âés » contoim convexes, qni l'ont frit* tomber » dans me sorte de pesanteitr , et q[ae , <piand V il a Toadu se garder de ce défaut , M a eu » ^ua- style sec et roide qui était eneore plus » anenraîs i t> a eu la liaf^esse de dire que le peiiitre des log^ duVatîean , eiidèreibœt li- Tré àFexpression sensible , semble n'avoir fait cas ni dnclair^bscnr^ ni duooloris. « Ses tons, » ajoute-t41 , sont ems ; ses chairs tombent » soBTient dans le rcxigeàtre , comme en peut » s'en convaincre^ en examinant ses cmTrages a sans prévention. »
Copions ie reste de eette eritiqae , à toas égards ) étomiaiite da^s des bommes qû fidsaie&t profession d'aimer les asts et d'apporter à lenr exam^^i quelques eonnaîssanees de théorie ou de sentiment ; ayons le courage derépéleree que l'on a en celui d'écrire; et ¥<m oonn^itra comment les partisans du i^eau idéal apprécient ce que ta peinture a produit de plus grand jusqu'à nos jours? en voyant ce qu'ils ne craignairt pas de mettre en -pa-
Sr& LE B£àU ID£AL. ^67
rallèle avec le chantre divin de la transfiguration et de Técole d'Athènes , ce iqu'ils lui préfèrent même , on poiirra juger de leur doctrine par les sênteaoes qu'elle leur dicte , quand Us s'érigetlt en tribunaL
a Ses tableaux ( u s'agit toujoi^rs de Ra- B phaël ) ont , en général ^ je ne sais quoi » de monotone , qui est désagréable à l'oeil , tt de manière qu'il faut les étudier quelque » temps pour en connaître le mérite. Ceux i> de Mengs réunissent l'expression la plus » sublime au coloris le plus vrai çt.le plii^ » b^riuouieux » et à cette intelligence des » différens effets de la lumière qui , du pre- » mier coup d'oeil , enchantent les yeux et » dont Texamen imprime un sentiment agréa- » h^e dans l'âme ; enfin on y trt^uve surtout V cejtte grÀcç qui charme le cœur , sans qu'on » punisse la définir , tt qu'A.peUes a poj^^dée » à un degré admirable. U peintre d'Urbin » copia ce que la nature offre de plus heajui : » l'artistç allemand l'ji de même copiée , mais k en l'embellissant ; le premier ne sacrifia » qu'à la raison : 1^ second , tout à la fois , » à la raison et aux grâces. «
Ombres des grands artbies qui, depuis
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une succession de siècles , nous transmettez Tadmiration pour Raphaël , comme un dépôt héréditaire , ce langage , s'il â pu parrenir jusques à tous, tous aiu'a sûrement indignées ! II n'y a point ici d'équiToque ; un autre Raphaël a pris la place ae celui dans lequel le cri de la conscience uniTcrselle tous indiquait un maitre. Les titres à l'éléTation de l'iVi , les motifs de la déchéance de Tantre sont connus du public : quel aréopage prononcera dans cette cause ? Quel qu'il soit , si l'arrêt que nous Tenons de transcrire doit être jamais confirmé , nous demandons que le Saint Paul préchant à Athènes , que la Dispute du Saint^Sacrement , que le C/irist de Lo spasimo di Sicilia , que les Loges du Vatican , et tant d'admirables Sainte- Famille, soient auparaTant liTrés aux flammes; car lorsque les jugëmens sont iniques, il faut du moins aToir la précaution de faire dispavaitrè les pièces du procès.
Parlons encore de Raphaël. Les partisans du beau idéal ne trouTant pas que les productions de ce peintre répondent d'une manière positiTC à leurs désirs , toute remarque qui mettra au grand jour son immense su*
SITB LE BEAU ID^At. 269
péfiorité dans la partie de l'art la plus sus* ceptible d'élever la pensée , prouvera qu'ils s'attachent à une Taine poursuite , tandis que les succès sont réservés à d'autres conditions de travail.
Les artistes de toutes les écoles ont peint des Vierges ; nous en avons vu du Poussin , des Carrache , du Corrège , dé Carie Marate , de l'Albane , de Murillo , de Mignard^ de le* Brun , de Rubens , du Guide , du Tintoret : eh bien ! dans toutes ces têtes remarquables , soit par les grâces que le pinceau 7 a répandues , soit par les touches savantes qui les distinguent , nous n'en avons pas trouvé une seule qu'avec de légers changemens on ne pût appliquer à une autre desti* nation ; il en est même plusieurs qui nous ont semblé pouvoir se placer d'une manière très-heureuse sur les épaules d'une Galatée ou d'une Vénus : toutes celles du Corrège se prêteraient sans peine à cette métamorphose : quelques-unes ne seraient en cela que rendues à leur nature première. Examinez le charmant tableau de la Madone à la corbeille , et vous nous direz si notre assertion est hasardée. Une partie des figu-
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res du Guide s'accomkiïodérait peiit-éti€ tm peu moins ée cette 'Sul>6titttCioh , liôn pas qu'elles aient un cftraetère Traîmlmt spécial^ mais parce que leurs beitiEX airs de tête et leur colçris argentin sont» d'ulke rencoûtre motnft commune. Cependant leur ex|»'essioi)> généralement un peu froide^ rentre dùis presque to^i^es les positions de la ^ie. Avec les Vierges de Rapliaël ^ au contraire y 'v^vs né ferez jamais que des Vierges.
Les eatsuctères éleirtés qu'il leur at dotinés, leur style grandiose , la dignité de ieùr expression , iion inoins noble que gracieuse , leur calme imposant dans les soins les j^irs aimables de la maternité^ la pensée profonde que recèle leur honi pur et serein^ Tair préoccupé par lequel cëeB nous paraissent souvent initiées aux mystères d'un Dieu hostie » fout taouà apprend que l'artiste , en traitant de pareils sujets , puisait ses idées ^ns deux ordres de choses très-^sttncts. Le sourire de ses Madones aj^partenait à ia teire et aux dotit enbrainemens de la naturô ; leur regard , au ciel et à l'aTenir. f^ur lui , véritables «rchM d'aUiaéce , elles réalisaient sous soà piilceau la seule fiisioo
SU& LX BXAD IOiSaL. 27!
poSBiUe du be^u^icste et des beautéà tèrrettres ; ttuûsy ett penseur profond, il avait bien va qM ee n*C8t pas par l'altération ou ramoindriMement des formes Immaines qu'il était posiBible de parvenir à ce résultat.
Sans attacher plus de poids qu'elle n'en mérite à la préférence donnée, par le ch^ vaiier d'Azara , aux productions de son ami sur les che£i^'œuvre du grand Raphaël ^ on nous demandera ce que nous pensons du talent de Raphaâ Méngs, et cette xpiestion B^ laissera pas de nous embarrasser bean^ coup ; car si nous exceptons fjuelques es«tampes, nous connaissons fort peu de chose de cet artiste. Hais ici Li diiG&cultë dé répondre ne deviendrûtf>ellé pas, toute seule» «ne réponse assei& décisive? L'£urope sait les triomphes de nos annes ; les marbres et les tableaux voyageurs les ont racontes à une génération entière qui a eu » à Parts , le bonheur d'en rc^ttre ses regards , et le regret de les en détadwr. Dans cet immense déplacement des monumens des arts , dont le poids a laissé des traces sur toutes les routes <pii traversent le continent -civilisé , nous ne croyons pas que les productions
27^ GONJECTUiLES
dé Raphaël Mengs soient jamais, citées en témoignage des, vicissitudes .de la: fortune française. Cependant nous avons eu nos Carinas et nos Acratus ; nos commissaires étaient instruits; ils connaissaient par leur nom , par la date de leur naissance , les chefs-d'œuvre des divers pays en possession d'une, estime universelle ; et puisqu'ils ont négligé d'ajouter à la plus belle conquête dont un peuple ait jamais pu s'enorgueillir» les ouvrages d'Antoine Raphaël Mengs, il £Eiut que ce peintre ait négligé lui- méuie quelque partie essentielle de son art. Le propre de la recherche du beau idéal doit être , à la longue, d'atténuer la. force d'imi* tation réelle et de refroidir le sentiment , en l'éloignant du spectacle de la. nature, an foyer de laquelle iT doit sans cesse se réchauffer. Telle aura été la destinée du premier peintre du roi d'Espagne. Son talent reconnu dans le coloris , souvent remarqué dans l'expression , quelquefois même dans la copiposition d'un tableau, 'est veiu se briser contre sa propre théorie. Après avoir joui un moment d'une grande cenonmiée , Mengs , aujourd'hui presque oublié vprouTe
SUR LE BEAU IDEAL. ^f^
e , dans les arts d'imitation , il n'est pars >ins périlleux de se prescrire des règles lépendantes du jeu de la vie ordinaire j e de prendre Tidéalisme pour guide dans . études philosophiques.
Une pensée nous a souvent frappés. Cornent le beau idéal dans les formes pourrait'avoir une autre origine que le beau idéal ins les mœurs , c'est-à-dire , que la nature? ite dernière n'a!-t-elle pas tout dit , n'a-t- [e pas donné sa mesure précise dans les Imirables proportions humaines ? Il n'y a 15 ' d'idéal dans le vice et dans la vertu : iiirquoi en supposerai t*on dans -^a beauté lysique et dans le difforme ? Le Satan terssé par l'archange , d# Raphaël d'Urb in , a rien qui m'étonne quant iiux deux esîces d'êtres qu'il place sous mes yeux. J 'adiré le génie avec lequel l'artiste s'est trans- >rté d'une extrémité de l'échelle à l'autre , ais je ne le crois pas sorti du possible huain. Vous ne trouverez pas plus d'idéal uns la scélératesse des grands criminels , Dvosae Desrues , que dans la magnanimité es grands citoyens , comme Ëpaminondas t le chancelier de l'Hôpital. Par quel motif
274 COMIEGTU&CS
voudriez-i^QiigM appeler, de l'idéal dans les formes des|iikëes à les représenter ? où le prendres-voUa ? paiirqaoi rexpressûm élkméme serait-elle au^sstis de Tavte réd que vous connaissez , que Vôus-poirreK dëetriie, qui s'est exécuté par des moyens organiqkies, et qu'il ne roôs e6t donné d'imagioer 4^ parce qu'il est possible? Le respectable Làvater^ après avoir ftnalysé. {dusieura des bdies tét^s de Christ ^ dues msk pinceau des &»pbaé^ » des Léonard Vinci, des Rubens, des Holbein , des Poussin » eaprimait ses r^rets de^ qU'auenne ne répondait à l'idée -qu'il s'était ftEflite du fondateur du christianisake. Il y eû^ désii^i une réunion expressive de candeur , de bonl^ f de force , de pénétration I de dignité , de douoetu*, d'indulgence dans les actes, et d'autorité dans le commandement. Il- ajoutait , avec un tiaïf et noble enthousiasme , qu'une tdle image lai eût été à jamais précieuse, qu'il l'eût sans cesse contemplée , qu'elle eût été sa joie dans sa joie , son recours dans, les peines de la vie , et qu'il l'eût collée contre son ^oeor.
Il y a quelque chose de bon et de tonchant dans ce vœu du célèbre physionoiniste;