‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 4 sur 76 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

pourtant un système très-lié \ ce sera notre faute , si elles ne se présentât pas y sous cet aspect, au public.

Helvétius et la Rochefoucauld ont saisi , par un faux côte , une vérité de premier ordre qu'ils n'ont point approfondie. Elle leur a semblé d'une application si générale , qu'ils se sonx hâtés de la plier à Jeurs vues particulières. C'était le plus sûr moyen de. la dénaturer. Lg mobile de l'intérêt personnel, que nul ne saurait contester dans les relations des êtres animés , ne leur a fourni que des aperçus bornés et inexacts* Faute de voir qu'il se lie , chez nous , au, sentiment de la réciprocité, gernie de toute justice^ et à celui de l'infini , sorte de piefte d'attente qui accoUe la vie actuelle à la vie future, foulant aux pieds les admirables sym-r

PBÉFACE. S

•patres qui nous transportent en dehors de nous-mêmes , ou plutôt qui nous font exister dans autrui, ils ont méconnu la plus belle fin de- la création intelligente. Amateurs de surfaces grossières , qu'ils se sont permis de trans^ former en vrais biens; jetés ensuite dans le défilé très-étroit et sans issue de Végoïsme , * ils devaient encourir le reproche d'immoralité : c est une borne contre laquelle ils se sont brisés ; à peine ont-ils laissé quelques minces débris sur<J'arène.

Et pourtant ils s'étaient appuyés sur un principe hors de toute discussion.

Nous nous en sommes emparés â notre tour, ainsi que no}is lavions déjà fait dans nos Inductions nmrales i^t physio^ logiques j^snr lesquelles le public laissa tomber , dans le temps ^ un de ses re«

6 FRÉT4CE.

gards de bienveillance. Kovs os^es alors déduire les devoirs ei les vertus de l'homme , se» Qrainted et set espé* rances y e^eAi«à-dipe ses droits sur Ta* venir^ de sa propre organisation.^ Loin, de repousser Vintérétperso&iiel, comme plusieurs ont cru pouvoir le faire avant •nouis dans un zèle sasiis. doute fort louable , mais pas plus réligieuit que le nôtre > noua avons mis la main à ce puissant levier , pour remuer au fond dès coeurs tout ce quHls renferment de sentîmens grands, onéreux et immor-»

tels. C'est en l'élevant et non en l'abaissant que nous avons cherché à rendre l*Homme meilleur; c'est en l'entretenant de sa propre félicité que nous î'avons forcé à se sotlvênîr dé celle d^autruî. Nous avonf été jusqu'à croire que, rien n'ordonnant la peiné et la souffrance ici-bas», celles-ci étaient des

anomalies de la ccmdiUaa présume , .

doQtle tort nous sera imputé, et qu'une somme de bonheur asae^ considéralile -avait été répandue sur k 'terre , poM que tous pussent y avoir part dans le système bien jentendu de la Providence; c est-à-dire ,*dans l'hypothèse où la partie, de ce système 9 qui nous est confiée, * recevrait des gouvernemens et des in«dividus sa franche emcution.

Ainsi nous ne demandâmes, rien d exagéré à rhoDune, rien de contraire à ses progrès dans, Tinstruction et dans les arts , par lesquels, la vie s^embellit. Tirée en droite ligne de .la source de nos besoitls , notre, politique fut libérale et soumise.anxlois du pays ; bien différente de celle de Tâge précédent , notre doctrine fut à'ia fois philoj&ophique et religieuse. Elle ne s'écartera jamais de ce

10 PUÉFaCX.

agît par dè$ iotmes sur notre être, ce$ fonxxes dc^vent être en harmonie avec . les sentimens , et les sentimens avec les détertnîtiationf. Xia vertn est bdle; maîs^ pour qu'elle parût telle à nos re* gards y il fallait qu'elle nous semblât un bien réel- et positif. B n'y a rien d'abstrsdt dans, lesprit de Thomme, puisqu'il finit par réduîl'ë tout à des images qui , en résultat , ncMis saisissent par les points accessibles de notre étrcy c'est-à-dire par nos craintes et par nos espérances. •

Cet ouvrage a 'deux destinations ; il serait incomplet «'il ne répondait* qu'à une seule. Les artistes doivent le trou* ver conséquent aux principes qu'ils professent , utile même à leurs études ; et les gens du monde doivent également y puiser une instruction accompagnée

pnÂrÀcB. I i

de plai&ir. Ce n est pas ^ par bu apxoiirpropre , qui trop souTent est trompé dans ses calculs, que nous nous*somme»

proposé ce double but) c^est unique-* ment , parce qu^après ayoîr bien evaminé &otre tache , nous avons reconnu qu'il n'y avait pas d'autre moyen de succès ou , au moins , d^ se créer queû que titre à Tindulgence du public.

Avec le sentiment de ce qu'il y aurait de mieux à faire , les artistes, tous les jours , n'osent Ventreprendre, pour nV voir pas assez réfléchi à la manière d'amener les spectateurs à le consacrer de leur suffirage : de leiùr e6té ceux-ci naturellement amis des arts , doués d'as<^ ses de goàt pour les apprécier , s'abstiennent de se livrer à un examen un peu suivi des tableaux et des statues , faute de quelques données qui. le leur

Il FftÉFACfi.

j^endr^ient agréable.. Il manqué donc quelque chose aux artistes de talent^ pour produire ; au pubjiic instruit, pour juger. Il y a donc un pont à construire au*-devant dés Uns et des autres ; là libre circulation des idées Te^ge. Notre livre en tiendra-t-il lieu? Pourquoi ne pus avouer que nous Fespérons , puisque nous, avons pris la plume? Dans quel degré y parvietidfons-nous? C'est une autre question sur laquelle il ne nous appartient pas de prononcer. Toujours est-"il certain *q\ie nous n'avons commencé un ouvrage d'une assez longue haleine , qu'avec cet encouragement intérieur qtfl doit accompagner Fhôriime ilans ses moindres entréprises. Ecrire , sans se flattef de plaire Ou*d'instruire par qdelque côté , c'est insulter des lecteurs ; envers lesquels on contracte un engagement , par le seul fait de

P&IÊFACE. . X3

Timpression de ses pensées 3 si tant est qu'on ait des pensées»

Dépouillscnt toute fausse modestie , nous dirons que voici , de ^oûs- les ouvrages sortis de notre plume, celui dont la composition a eu pour nous le plus de charmes : sans être exempt de recker-iches et d'études assez sérieuses, que nous essaierons de dérober à ceux qui y jetteront les yeux, il nous a procuré un doux délassement. Réfléchi , médité même , dans les efforts qu'il nous a coûtés, il n'a pas été accompagné de ces momens de dégoût qu'avec un peu d'opiniâtreté l'auteur surmonte ordinairement, mais qui laissent presque toujours leurs traces sur la page refroidie. Enfin son succès serait assuré, si on trouvait dans sa lecture le plaisir que nous avons mis à 1 écrire. Ce qui est dans la mesure de

l4 • P&IÊFÀCK.

plaire a Véenvmn , n-a pas toujours les qualités itequi^es pour satisfaire le public 5 généralement supérieur à ceux qui se chargent de 1 enseigner ou <le Tamuser ^et^ panin ceux qui ont la har^ diesse de s^y commettre , i^ene sont pas toujours les plud. habiles qui s'aventu^ rent dans «ettfe earrière. Tel de nos juges eut certainement* mieux réussi que nous , nojis le Basons ; mais il nous doit de rindulgence à àsnx titrer :

notre zèle et sa paresse.

Entre ceux qui se sont occupés ^ avant nous ^ de leameii des ourrages d'imitation , iHderol dent, en France , une des pramiàres places. Sous plus d'un rapport , il Ta mériJié&. Ses écrits rapprochés de BoCne époque se font lire encore , quoique le^lus ^ordinairement ils soient consacré^ à Tanalyse de ta*

bleauK dont il reste peu de restiges. Sa critique est vÎTe, sëvérei, eigaoéeet variée dans ses tons; il faut encore avouer qu'il s'y est pecmis betnuxmp. Certes la nôtrene saurait aTOor les mêmes caractè* res« Nous n'irons pas, comme lui, cher* cher dims la vie domestique desartistes, des rapprochemens ^iqnans ai^ec les pro-* duitsde leur iravail; nous ne^rendrons ilegard d'aucun cesjitrs. de supériorité et quelquefois de d^aîn ^ qu'il a. prodigués dans ses lettres sur les divers salbus. Ces clioies ne seraient pas tolérables aujourd'hui; mais le fussent-elles^ nous nous aeaKms éloignés d'en donner te spectacle an [aiUic.

Nous n'ignorons pas c[ue,ices ressouree$ nous 'étant iiUerdites , nos remarquées aur0ntimoins.de sel, et<{ue notre style perdra ,*pl«s d'une fois , en ori-

i6 pB-ÉrAÇE.

gitialité , ce qu'il gagnera en Téserve ; il peut même en résister que , privés de leurs. contrastQs , nos éloges paraissent ensuite moins flatteurs : c'iest à nous d'y suppléer de noire mieux. Diderot avait plus de sentiment que de goût^ certes il ne manquait p^s d'entliousiasme , et sa plume était rarement rebelle auxjnïpressions de son génie ^ voilà son grand avantage sur. nous : peut-être sera-t-il balance par le bonheur que nous, avons eu de former notre jugement d'ujie manière plus solide , en nous pénétrant du ihérite des chefs-d'œuvre de la Grèce et de l'Italie , exposés pendant plusieurs années à nos regards ? D'ailleurs l'école française a fait de grands progrès depuis Diderot, el le public, dans ses appréciations , profite toujours de çeux-Ci, ainsi qu'il devient solidaire de la dégénération de ses littérateurs et Qe ses artistes.

PEiFAGE. .17

Quoi qu'il arrive, il faut savoir se resjJtecter dans les autres , elles sacrifices faits à la décence ne sont jamais perdus pour la vérité. Malgré notre soin de nous tenir constamment dans les limites de toutes les deux , assez de murmures' chercheront à infirmer nos jugemeus ; assez d'amours-propres, mécontens de la part (pii leur aura été adjugée dans ce beau concours de Xidens que la France offre à l'Europe , dresseront Facte d'accu* sation de notre goût : nous sommes au moins assurés que notre impartialité ne sera l'objet d'aucun débat <•

Paris, le i*'. "janvier 1822.

. Kékatiit.

' Au moiB«nt de mettre ^otre manatcrit aouB preMe, BOUS venons de pfircoarir avec intérêt un ouvrage sur ïjirt de voir dans la peinture et ïa sculpture^ traduit en l'an 6 ^ Tilalien de Melisia , par \e général Pommereul. Noua

1 8 PAKFACK.

av«|K trouvé cUus ce livre, incomplet à beaucoup dégair^rt quelques idées en rapport avec lès nôtres; quelques autre;» qui Jeur sont oppoaées. Plat souvent d'accord avec celles qui appartiennent en propre au traducteur , homme instruit de la matière qu'il traite , nous différons pourtant 4 opinion avec lui sur les voyageé'des artistes français en Italie. Sans doute, et nous Tespérons , il viendra une ëpo" que où notre école pottfra se passer de cet encouragement , et ouïes artistes étrangers à leur tour paieront k notre capitale le triLut dont nous nous acquittons envers Rome : mais ce moment n'est pas çiyeore venu ; il nous faut des modèles, et la patrie de Baphaël nous les offre. H est vrai que les positions respective* ont changé depuis que le %é* néral Pommereul tenait la pluroott^n

DU BEAU

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