DE BEAU IDEAL
le tlessin la partie inférieure de cette figurç. Une des jambes y est éridemment courte ; nais Fœil ne s'en plaint pas à une certaine' iistance qui est celle, sans doute, de laquelle >n doit regarder cette production ^ comparable à quelques égards , comme étude de. femme ^ au fameux torse tant admiré par Michel-Ange. *
Ce n'est sûrement pas en sortant de la
nature que ]M. Gérard , l'un de nos premiers
poètes parmi ceux qui, au lieu d'une plume ^
tiennent un pinceau à la main , est parvenu à
fixer sur la toile une des. divinités les plus
épurées des anciens , puisque Psyché était ,
pour eux, lé symbole de l'âme ou de l'esprit.
On se tromperait fort , si on s'imaginait que
ce savant artiste ait cherché son modèle hors
du inonde visible ; car la figure qu'il a placée ,
avec tant de succès, sous nos yeux, n'est ,
dans l'exacte vérité , qu^ celle d'une jeune
personne qui , tout 9u plus, touche au. terme
de son troisième lustre. Oh voit bien qu'elle
n'a pas encore les grâces formées de la
femme , quoiqu'elle les promette toutes. Rien
là d'étranger au domaine des possibilités :
si nous nous occupons d'abord de la tête ^
Beaux- Arts, I, *^ .
a90 QU IL N Y A POIMT
nous reconnaitroos. que L'expression en est a^mioable pour l'effet proposé , et nous aitons bientôt en quoi ; mais nous soutiendrons égBl^ipéni , sanst crakidre d être, taxés d'erreur , que cette tête n'est point créée ) que le peintre Fa prise où elle existait , qu'il a eu le boa espcit de remarquer qu'elle convenait parfaitement à son stijet et qu'autorisé par les pasens de la femme aiknable à la quelle elle appartient, il l'a fort heureuse^ inent transportée sur la toile. Il eal yrai qu'il l'a pres<)ue idéalisée par l'expressioft, et c'est • un niérite que nous ne lui disputerons pas. Ainsi le génie s'approprie les biens que , dans son vol hardi , il a le bonheur de découvrir ; ainsi parvient-il à se rendre' propres les conceptions dont le germe lui a été fourni par U nature !
Livrons*nous à un examen rapide de cette production , ce serf, revenir suc nos joui^ sauces : ici «il y a de la pudeur , et les paa« pières ne sont point baissées ; il y a de la grâce , et il ne perce aucun désir de plaire; il y a de l'intdligence , et l'on semble chercher des pensées. Dans ua étonnement paisible/ l'cett ouvert et fixe «devant l'Amoiir,
I>E VBKV ID£AX«. • :kgi
cloat eU«.devini9 pUu la pcéaoïce qu'elle n'en a là coJdyictioa» car eUe ne le regarde seu* lement pas, Psyché, s'interroge^ •«^. C'est le sentiment qui Tient de naître f c'est lî'àme occupée à étudier de noijtY^es impressions, cherchant à s'en rendce compte , essayant de déroiier à un» avenir pVochain un secret qui a pour elle de Fimportanoe , ef ne se permettant pas. encore de sonder d<es donles auxqueb elle s'arrête pourtant sans effroi. Les anciens nous eussent souvent parlé d'un tel tableau s'ili avait paru chez en», car eela est boaui conune le plus beau dialogue d^ Platon*
£h biehl mademoiselle B. t, aujour-»
d'hui snadame P..«.n, a fbilrni tout cet id^^ liëme ; et sa physionomie étaiit tellement préparée à le' taire riaitce y qu'en la vbvunt la pronière fois, après les vingtKÛnq ans qui se sont écoulés depuis que, sous l'oeil» d'uocr mère , elle posa pour ce charmant morceau de chevalet , nous n'a«dtts> pu nous empêcher d'être frappes de la> conformité* de lorigisial et de la copie. ])(otre exclamation invx:tlon taire en présence de l'artiste , chez lequel ce tableau , précieuse propriété du
aga qo-il k'y a point
général Rapp, se trouvait en ce moment « . le prouva bien^ Ainsi nous parvînmes à obtenir , par. notre surpriise ^ la révélation d'un secret aussi flatteur pour la nature qui offre de pareils modèles , que pour le talent qui sait les conquérir à ses compositions.
£st-ce d'idée , ést'-cé d'étude que M. Gérard a dessiné l'Amour du même tableau?
nous ne le déotderons pas. £n toutes suppositions , quoique cette figure , à laquelle le pinceau a eu la sagesse de conserver un caractère de décriée , soit loin de déparer un tel sujet , nous, ne lui reconnaîtrons pas le même mérite d'expression qu'à la Psyché; ce que nous remarquons, seulement pour attester que la recherche du beau idéal est superflue , ou plutôt que , les autres coaditions de l'art étant respectées y il s'obtiendra de l'attention de l'artiste à saisir la nature ; maÔÉ cette attention. est-elle autre chose que le génie lui-même ?
Peut-être les formes de cet Amour sontelles un pep alongées, et ses ailes trop voIih mineuses. Ce dernier reproche serait encore plus applicable au tableau de M. David , déjà analysé par nous. Les anciens donnaient
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des ailes à leurs Génies , à leurs Mercures , à leurs Çupidons et à lettrs Zéphyrs ; mais généralement ces ailes avaient j^eu d'ampleur) surtout celles qu'ils empruntaient des papillons, comme le prouvent. plusieurs fâ-. lûeux groupes du Vatican et de la galerie de Florence. IJ convient également de remarquer , pour l'acquit des artistes grecs et romains , que les proportions des personnages qu'ils douaient de cet attribut ^ étaient également sveltes et déliées. Certes , ils se ftssent gardés de l'accorder aux quatre Victoires colossales de 1^ place du Carrousel, ^voyant ces lourdes statues, on se de- .ïDande à quoi bon on les a jgratifiées d'un ^oyen de transport dont elles n'ont que ^^ej car rien en elles^ne permet de supposer qu'une force quelconque puisse les soulever de la pierre cubique sur laquelle ^^ les a- assises. Il y a ici une disproportion ^'^op sensible des forces motrices à l'effet î^ leur est demandé. Il est rare encore que les anciens aient représenté les Génies aù- ^î^einent que debout , soit que ceux-ci sem- P»€nt voler avec le char , derrière lequel ils sont placés , soit qu'ils s'appuient avec ai-
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sance contre tin <;i|)pe. Cette attitude n'exclut pas le repos : c'^esl celle de rHertnle- Farnèse; c'est aussi cefie qui permet le ïnto à l'artiste de modekr.d^ fcnn&eft piâ^ft élégantes. Ainsi le Murillo a-4^ dessisé tm ange libérateur dans son beau •fabléM ée St. Pierre aux Liens , et , dans uid autte , l« trois adolescens , célestes voyageurs qa'Abraham invite a entrer dans sa tente <. Une nature ét^i'ée, et dont vous cherchez à me donner l'indication par la légèreté ^ votre dessin , ne petft descendre ici-bas pour m'y offrir le signe caractéristicpie de la vie sédentaire ; du moins la peinture ne doit pwut faire choix de ce moment. Dès que vots mettez un tel être sous mes yenx , s'il n**st tm Jupiter ou un 'Çhenn*, il faut'(pei'il marche , ou qu'il soit prêt à frandiîr Téspacc,
' Ces âeax taB)eaux eapitanx appartiennciit à M. ^ maréchal Soult , due de Dalmatie , dont 4% galerie reif ferme peut-être ce que le pinceau espagnol a produit de plus excellent. Nous y avons remarque plusieurs ouTrage* du meîtienr temps du Murillo , eiHre autres , cm Enfê»t prodigue d'une compositioa ckarmaoi». C «st une à» plv aimables imitations de la nature qui ait jamais été offerU à nos regards.
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comme le Mercure de Jean de Bologne ; les ailes et rinunobilité s'exclnenti Si l'artiste qui a décoré les socles de la cour des Tuileries a eu l'intention de fixer chez nous la Victoire par un emblème expressif , il devait recourir à un antre procédé. Nous ne prétendons imputer à personne nos jours mauvais, mais nous ng saurions nous empêcher de dire que , pour s'assurer de cette déesse capricieuse, le plus pauvre moyen sera toujours de l'asseoir.
Ceci nous conduirait à l'allégorie , genre froid qui , dans le système de l'idéalisme , devrait obtenir de grands succès , puisqu'il tend à nous enlever à la sphère de la vie réelle , et qui pourtant de jour en jour perd de la vogue. <ju'il avait usurpée. A peine fe pinceau brûlant de Rubeiis est-U parvenu il échauffer la toile sur laquelle il a tracé ^ avec des couleurs très-poétiques , la vie dé Marie de Médicis. Ortes , on peut prédire que là où cet artiste n'a obtenu qu'un suc> ces d'exécution j d'autres auraient à gémir sur l'indifférence avec laquelle le public passerait à côté de leurs ouvrage. Toutes ces vertus personnifiées qui, suivant l'exprcssioh
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de BosMiet, semblçat pleurer autour des tombeaux, ces Aluours éternels mêlés à tous les sujets, depiûs le Persée du Pujet jusqu'au Pœtus et Arie de Théodon , terminé par LePàutre, appartiennent à un ordre de choses devenu' pour nous sans intérêt. L'allégorie sur la toile n'est, à bien dive, que le bel esprit de la peinture , et le bel esprit , aujourd'hui^ ne fera pas plus fortune dans les arts qui s'exerc«|it sur la matière, que dans ceux qui, comme la poésie et l'éloquence , agissent par la puissance de la parole. C'est la représentation des actes de la vie humaine* que demande le spectateur. Il ne saurait se contenter à moins ; mais il ne veut pas qu'on cherche à lui donner davantage. Homme, il exige qu'on le traite comme tel; qu'on lui apprenne souvent jusqu'où, il peut s'élever, rarement à quel degré infime il peut descen^ dre. Vous ne le soustrairez jamais à ses x^ ports et à ses affections , sans désenchanter sa vie , f^t-ce pour le transporter dans une région plus sublime. Le terrain sur lequel vous attaquerez son cœur avec le plus de succès , est cdui de ses habitudes ; mais c'est aussi celui sur lequel il vous est permis
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d'appeler les dieux eux-mêmes , tant Ù est ▼rai qu'ayant à se représenter des êtres dont la supériorité lui est révélée par une sorte d'instinct , il est obligé d'employer à la formation de leur image les Siemens de sa pro(pre grandeur.
Honçière et Virgile sont pleins de ces em- (^unts faits à notre nature. Leur charme est encore tout-puisant quand nous restons de glace dans nos poèmes , parce qu^s personnifiaient tout ce qui 9 sous notre main , s'est borné à se couvrir d'un voile allégorique, îious sommes tout au plus ingénieux où ils ont mis du sentiment ; telle est la différence qui existe entre nous : mais elle est immense, en ce qu'ils ne sont pas sortis du cercle des passions humaines,* et que nous, au contraire , nous cherchons imprudemment à lui échapper.
M. Gérard a senti cette vérité dans la nouvelle composition qu'il 'vient dç confier au burinr de M. Richomme : c'est Thétis qui , à travers les fiots , por^e des armes à son fils Achille. Elle est mère , elle est déesse. §a tendresse , qui prévoit l'avenir , s'enveloppe d'un sombre nuage. Fière d'avoir
a^ qu'il w'y a point
donné le joar à un héros , die se résigne; mais ce n'est que de la résignation : son re» gard mélancolique dans sa fixité, domine Télément liquide et accuse les desëns. Le casque, dont ses. mains sont cliargées, ne suffira pas pour préserver une tête sidière; on se le dit en regardant celte figure d'un style élevé. Nageant à c6ré de sa souv^din^ un vieux triton semble entrer dans m pensée. Il porte avfec tristesse ie boadier dû demÎMlieù , tandis que , lUoin^ prévoyans^ tles tritons plus jeunes semblent se jouer avec les autres pièces de Tarmure. Dans les airs, Bellone, escortée des Furies, s*avanee; let les Amouri^ , qiii fuient , traversant le cièi en sens opposé. Nous ne parlons ni dn char de Tbétis , traîné par de hofts cour*^ siers pleins de feu , ni de qudqàes autres accessoires pr-opres à relever le mérîle de cette belle esquisse , que nous voudrions voir exécutée «ur une plus grande éckéllé par son autéUr ; alors uous cherdierions s ce tableau un «point de comparaison : pentétre le pref\drî'ons - nous hors de Frairtc. Pour le moment nous nous borfierons à dire qu'une élude profonde a révélé à M. Gérard