‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 47 sur 76 · DANS LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

DANS LA SCULPTURE

mettre de livrer à des mouvemens perturbateurs les formes par lesquelles ils essayaient de la reproduire.

A quelques ë^rds cette répons^ peut sembler plausible , sans être aussi satisfaisante que nous l'eussions souhaitée. En effet, quand noUs lisons dans Pansahias et dans Pline le naturaliste , que pluueurs tableaux anciens , tels que VÀjux et la Médée , de Timomaque; VAlcmène , de Zeuxis , effrayée a la vue des serpens qu'Hercule étouffe .dans son berceau ; les deux Athlètes , de Parrbasius \\àMère nourrice , d^Aris^de de Thèbes, se recommandaient par une grande vigueur d'expression; quand celle-ci perce dans les bas-reliefs antiques et sur des vases où les figures sont souvent très -animées , on est XjeaXÂ. de s^interroger encore , et de se demander pourquoi , après n'avoir rien osé contre le type de la perfection physique dans le travail des statues^ o|i se fut montré mpins réservé en confiant à la toile ^ ou à des tables de marbre en rapport avec elle, des traits dont il était interdit d'altérer la. pureté primitive ?

Voyons s'il ne serait pas possible d'expli--

a8 DE l'expression

qu«r cette apparente eontradiction par tont antre motif que cehii d'un prétendu respect de la beauté idéale ou physique* ' L'expression étant , par une loi d'ordre » l'accompagnement obligé de nos actes et dies mouvemens sympathiques et antipathiques auxquels donne lieu la vie de relations , il est certain que la peinture et la sculpture doivent s'en saisir, ainsi qu'elles s'emparent des attitudes et des formes. Plus rhomme est contrarié ou favorisé dans ses pencbans, plus cette expression aura d'énergie. 11 est des conflits où elle peut aller jusqu'à la violence , c'est-à-dire , jusqu'à jeter dans le désordre des proportions faciales que le cabne de l'âme maintenait dans un état de régularité. Mais il n% faut pas oublier non plus que la création humaine , isolée , est presque toujours paisible ; que , si elle èotifre alors , c'est y ou d'une douleur morale , a laquelle la solitude donne un caractère de mélancolie, ou d'une douleur physique, q<û s'exhale rarement en signes extérieurs, quand elle a la triste certitude de rester sans témoins. Nous excepterons ces secousses terribles données à notre frêle organisation}

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«t au prix desquelles la mort serait un bien-*^ fait ; dans ce cas-là même , la Providence nous arrache au mal , en nous enveloppant du manteau de l'insensibilité, ou en met^ tant fin à une scène de laquelle l'espoir est bannL

C'est donc dans le choc é^es passions que l'expression acquiert de la vivacité ; c'est dans la lutte violente des intérêts qu'elle anime la voix y qu'elle gonfle les veines jugulaires , qu'elle fait saillir l'œil dans son orbite, qu'elle fronce ou resserre le sourcil , qu'elle agite les ailes du nez , qu^elle relève ou abaisse les côtés de la bouche , et qu'elle la déforme en y plaçant l'injure altière et le sarcasme. Deux ennemis , qui s'envisagent loin des jregardsy pourront mettre de la mesure dans leurs plaintes réciproques. L'amouppropre n'a pas encore été blessé ; en présence d'une tierce personne, il déborde, il écume, et, comme un torrent qui se précipite du haut des monts, il se renforce de la rupture même de ses digues.

Si on juge les artistes anciens sur cette loi 9 «i on leur suppose quelque connaissance de la marche dçs affections humaines , le

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pinceau pouyait bien être eiq)rëssif en leon mains; mais le calme et la modératioa ne devaient presque jamais abandonner la sculpture. Quoi I vous m'offrez une figure solitaire et vous l'armez de courroux ! Présentez-moi donc en même temps l'obstacle qui l'irrite! Vous placez la menace sur ses lèvres; que je voie au moins l'ennemi auquel eHe s'adresse! L'isolement de votre statue ne comporte, même dans l'état de souffrance du personnage représenté , qu'une expression de douleur tranqiiille et modérée, car vous ne sauriez me déchirer sans que je sache pourquoi ; par la même raison , dans le contentement et le* triomphe du modèle, vous ne me devez que la douce ajSpàrence d'nne félicité paisible , car le bonheur de l'homme aime à se replier dans son propre sein; il a même quelque chose de triste et de languissant qui ne lui messied pas.

Soyons persuadés que le ciseau des anciens a été gouverné par ces principes , auxquels ils ont cru pouvoir déroger dans les occasions que nous venons de prévoir , d'après le caractère bien établi des acteurs appelés en scène. Ainsi ont -ils armé leur

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A>agL 4e colère, comme nous l'a montré un beau marbre du Mtisée, très-souvent copié, ^ eoHune Ta fakM. Dapaty ^ ààm nue figure «n pied , avec beaucoup de talent, mais avec moins de véritable chale«Mr que l'antique; ainsi Pline le natulraliste pai^e avec enthôu'siasme d'un Hercule que l'on voyait de son temps, à B.ome, près de la tribune aux harangues; revêtu de la fatale tunique , le héros paraissait furieux. On eût dit que , sous l'étoffe venimeuse, il se sentait prêt à exhaler son dernier souffîe au milieu des angoisses.

Hors ces cas, presque toujours indiqués par des souvenira traditionitels , et dout les (^nvenanœs font une loi en (loésie, suivant la remiirqne judideose d'Horace dans son épâtre aux Pisons >, l'expression forte n'est -motivée que par la multiplicité des figures. Dans la sculpture, c'est presque l'interdite, puisque les groupes généralement y sont d'un médiocre é€Ut. Le bas-relief, qui est une

■ AutfamàM setfwtat , mit sibi conuenientiajlnge,

Scriptor ?•••

SU Medeafervx , invictaque , Jkbilis Ino, Perfidus Ixion , To s^aga , tristis Orestes.

floR, de Arte poclicâ.

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sorte de tableau, la permettrait davanlage qu'une stat^e isolée^ et le tableau en aatorise çncore plus le dévjeloppemeat qae k bas-relief. C*e»t sous ce rapport que eertaines productions des apiciens pèchent évidemBie&t par défaut , et notamment les deua: Lutteun, che:^ lesquels l'impassibilité des traits dayisage donne un démenti aux muscles en travail d<!s membres , du thorax et des vertèbres. J'établis en fait qu'il est impossible de soumettR à tant de moùyemeiit toute la machine humaine , sans qu'une contraction £iciale ne dépose de cet état. Ce sont des parties entre lesquelles il e^te une corresptnidance anatomique , et^iar conséquent une solidarité que l'artiste ne peut méconnaître. Le calme de ces deux tètes nous a toujours choqués. Il n'aura l'approbation de personne. AdniirQns l'antiquité dans ce qu'elle nous a laissé de beau ; mais n'oublions pas qu'on culte superstitieux détruirait tout le mérite de notie hommage.

Règle générale : l'expression veut des mo-

tifs difficiles à fournir dans une statue que je ne saurais guère me représenter , dans sa solitude^ livrée à une grande joie ou à une

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donleor amère. Autre remarque : l'expression «a quelque chose de communicatif, de contagieux même ; il ÙLUt donc placer à côté d'elle les êtres sur lesquels elle s'exerce. Enfin elle s'accroît en nous de la présence de notre semblable : Philoctète que vous me montrerez seul sur le rivage de Lemnos j aura quelque chose de moins acerbe dans sa plainte , que lorsque vous le placerez près d'Ulysse et de Néoptolème , qui viennent le visiter dans des vues intéressées; que sera-ce , si vous le faites paraître devant les Atrides , ses mortels^nnemis? Les soliloques accentués sont rares et brefs dans la nature , quoique communs et diffus au théâtre ; ce sont les colloques qui ont de l'énergie » c'est là que se font entendre les paroles de la joie et de la douleur , de l'amour et de la haine.

En n'exagérant point l'expression de leurs figures , en la tempérant même, les statuaires anciens ont fait ce qu'ils devaient faire ; et , dans la manière de traiter le marbre confié à leur ciseau, les artistes modernes, jaloux d'un succès durable, n'ont pas une autre route à suivre. Elle est command'ée non-seulement dans l'intérêt des formes, dont la grâce doit

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être respecté*, mais dans celui du goAt, de la vérité et de la raison. Je me permettrai de le redire : si vous voulez qu'Oreste paraisse devant moi effrayé , montrez-moi donc les Furies ! autrement je ne vous comprends plus. M. Dupaty s'est montré fidèle à cette loi , quand il a modelé son Oreste poursuivi par les Euménides. Nous nous félicitons d'avoir vu , il y a sept ans, le plâtre de ce beau groupe , qui , tout entier , eût mérité notre admiratipn , si la Clytemnestrc renversée sous le poignard de son fils avait été exécutée dans un plus haut style. Noos rendons grâces à notre mémoire de ce qn'elle nous sert assez bien , pour se représenter à elle-même la Furie qui , le regard fixe , tenant dans chaque main un serpent, s'avance de face vers le parricide. Exempte de manière, n'ayant rien de forcé dans l'exprès^ sion et cependant terrible dans son aspect, cette figure glaçait d'effroi le spectateur; pleine de poésie , elle avait le véritable caractère antique ; c'était une idée très-heurcnse que de l'avoir opposée à Oreste qui recnlait devant elle , et dont , par-là , les terreurs se trouvaient justifiées.

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