‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 51 sur 76 · Î>E L ^EXPRESSION · texte numérisé non relu

Î>E L ^EXPRESSION

avoir aussi peu soigné l'expression dans leurs tableaux. On aurait encore un autr^ reproche non moins essentiel à leur adresser sur le dé^Eiut d'unité, dont leurs compositions sont souvent entachées. Ce dernier tort tient presque toujours au précédent; car si leurs figures, entrant dans l'action représentée, disaient ce qu'elles doivent dire, l'effet général ne manquerait certainement pas d'ensemble ; niais ils les multiplient , et presque toujours sur le Inéme plan. C'est une galerie dé portraits , aux chairs et aux draperies desquels on ne saurait refuser beaucoup de vérité , mais qui prennent trop peu de part à ce qui se passe sous leurs yeux. L'air y circule librement, nous en convenons; qu'importe , quand l'intérêt n'est pas appelé sur un fait principal , quand les épisodes ne sont pas subordonnés à cehii-ci , et quand le Spectateur n'en conserve d'autre impression que celle d'avoir assisté à une assemblée dé grands personnages sans caractère, rêvétos de leurs habits de cour?

Cependant ne soyons pas trop rigoureux en" vers une école à laquelle nous devons leTitieD^ bien supérieur, pour l'expression, à plusicur»

peintres qu'elle a donnés , et leur égal à tous dans le coloris. Les femmes et les énfans ont principalement reçu de son pinceau des formes qui , sans être toujours correctes , brillent de grâce et de fraîcheur. Ses teintes suaves , légères , et fondues avec un art infini, rendent à la peau toute sa transparence, et répètent les plus agréables accidens dont elle est le théâtre. Par lui la toile a souvent connu ce qu'il y a de plus doux dans la beauté. Celles de ses productions que ren> ferme le Musée français , quoique endommagées par le temps , déposent de ces qualités bien plus apparentes dans un Candaule qui , épris des charmes de son épouse , a l'imprudence , pendant qu'elle est livrée au sommeil , d'eii rendre spectateur son favori Gigès ï. On conçoit ce que peut être un pareil sujet peint par le Titien ; aussi nous n'aurons garde de nous y appesantir ;; nous regrettons seulement que , du cabinet où il

' Ce tableau ,. de grandeur naturelle, que nous ne pouvons qu'attribuer au Titien , et que nous regardons comme l'un des mieux conservés de ce maître, appartient à M. Ange Clô , imprimeur-, rue Saint-Jacques*

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eU ignoré , il n'«it pas déjà passé dans h coUecUim du Lpiivre.

L'expressioa élânt indispensable aia tableaux d'histoire qui n'ont d'existence <iiie par elle , sans refiiser noire admiration soi productions des peintres vénitiens^ no« croyons que ceux^ ont négligé la premiàt partie de leurart.B.tches de figures et de ▼ft^ mensy pauvres d'idées^ iis ont trop pea parlé à l'esprit. C'est ce qu'il serait fiu:ile de démontrer , en soumettant à ane courte analyse , la Bsagnifique composition des Noces de Cana y où les yeux s'arrêtent sur tout isdistinctement sans rencontrer une action principale , et où le miracle de la transmotation de l'eau en vin ne communique pas la pins légère émotion aux physionomies de ceux-là mêmes entre les mains desqoels il s'opère. Nous aimons mieux arrêter nos regards sur la Femme adultère da Titien, que le graveur Anderlony vient de noas hue connaître par une très-belle estampe. Cet examen aura peut-être son utilité pour les jeunes artistes. Ils voient tous les jours k tableau de Paul Véronèse : il est bon de raisonner sur l'autre y qui y prête davantage

par un plus haut degré de mérite dans les caractères de tête» c'est-à-dire , dans la partie qui nous occupe, et dont nous avons à cœur de signaler Tiinportance*

Le groupe principal est d'une pose bien entendue. Par ordre des scribes et des pharisiens, un garde de la yille vient de conduire devant Jésus la femme dont l'absolution, ou la eondamnationy doit être également un piège pour son juge. Cette figure , les maiiis croisées sur la poitrine , le regard baissé, drapée ainsi qu'il oonyient à sa faute , est d'un bon choix d'expression. Entouré de ses ennemis secrets , à l'autre côté du tableau 9 Jésus leur montre du doigt les caractères qu'il a tracés sur le sol ; une main qui retient, à la hauteur de la hanche, un pan de son manteau , rappelle l'attitude courbée dans laquelle il écrivait. Cette fin de monvemez^ , plus fréquente encore dans &apb«él, est très-heureuse. La tête du Christ est belle , noble t sévère, et , ce qui est d'un grand art , cette austérité commandée par la circonstance laisse transpirer un fonds naturel de douceur. Disposés sur divers plans, les pharisiens et les docteurs écoutent , re-

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gardent ou s'entretiennent entre eux. Dans cette partie de la composition , le dessin , le coloris, les jours, les demi- teintes, les draperies, si ce n'est que ces dernières sont plus vénitiennes que judaïques^ méritent on égal tribut d'éloges. Mais avouons -le : sur douze figures , dix sont nulles ou fausses d'e^^pression. Ici une froide curiosité ; là on air d'attendrissement , d'autant plus déplacé que c'est celui des principaux personnages , de ceux-là même qui se sont constitués les interrogateurs du fils de Marie ; aiUenrs de la distraction ou de l'indifférence; nuUe part, ne perce la surprise que doit causer la réponse de Jésus , le mécontentement de le voir échapper à ce nouveau piège , et la confusion de consciences , qui n'osent s'interroger, parce qu'elles ne se sentent pas sans reproches.

Nous ne saurions nous dispenser de reconnaître qu'à la droite du tableau, un groupe de quatre jeimes Juives, parfaitement conçu, forme un épisode plein d'intérêt, et que l'expression en est dérobée à la nature. L'une , la tête légèrement inclinée sur 1* poitrine , ne semble, pas exempte de cet em-

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barras propre à faire croire que toutes les fautes 9 du genre de celle dont le jugement se prépare , ne sont pas connues; une autre , d'un âge plus tendre, parait suivre le fil de quelques idées nouyelles qui idennent de trouver accès dans son esprit ; la troisième se livre à une commisération expansive; elle regarde tendrement Taccusée ; elle pleure sur cette infortunée créature et sujc la sen<tence qui la menace ; elle voudrait intercéder > et c'est ce qui est indiqué en per-> fection par son geste ; car, en se retournant , elle jette, avec abandon son b^as sur Tépanle d'une amie ou d'une sœur , plus âgée , qui est à ses côtés ; mais celle^i regarde la coupable sans s'émouvoir : au contraire , ses yeux sont armés de sévérité, tandis que d'un mouvement de bras plein de naturel , elle retient par kt main un enÊint qui se joué. Tout est expliqué ; elle est épouse , elle est mère ; elle n'a pu voir avec indifférence une infraction de la foi conjugale. Du reste , ces figures sont d'un crayon ferme et vrai ; seulement l'artiste eût pu se dispenser de coiffer avec art , et d'entourer de nattes la tête de la dernière, qui, pour

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obéir à la loi juive , devait avoir les cheveni coupés.

Ce groupe est d'un grand naître, et, pourtant , il nuit an corps de raction , âTee laquelle il se prolonge sur une seule Hgne dont l'étendue, frappée dHin même coup de lumière , est hors de toute mesure. Ainsi ee tableau manque de repm ; il n'a rien de eeatral ; l'œil ne sait où. s'arrêter ; et ee que nous nous permettons de dire à ce sujet est si exact , qu'en couvrant dans cette composition les quatre jeunes fenimesdu plat âe U mun , on lui rendrait à Finstant le canetère d'unité qui lui manque. Ce n'est pas dff e pour cela qu'il fellùt les sacrifier , ear l'expression en est très-heureuae ; mais seulement elles demandaient à reculer de qoelques pas sur la toile.

Le Poussin a traité le même sujet. Sa quelque chose est en moins sur ses figures, ce n'est pas l'expression; nous serions mène tentés de la croire outrée, et notre remu* que tomberait principcdement sur les deux pharisiens qui semblent se porter le défi réciproque de frapper la femme adultère. Ce8e^ ci , pai|vre de dessin et de colons , agenouillée

j^Ujenseme^t dnrani le Clmst, montre bien un repentir mêlé de confousion ; inai& sa don* levur 9 comme soi| physique , appartient trop à une aatore dégradée; sorte de contradio^ tion évitée par le Titien y cpsn , en relevant son «uj et y s'est montré en eela supérieur an peintre dea Andelya.. La stature. des pbari^ ,sie»s y celle même de Jésus , est courte , ce qui leur donne à. tous un aspect commun. Malgré les élof^s prodigués à eet ouvrage d'un artiste dofat nous adorons presque le talent 9 et dcmt nous respectons la mémoire » noua croyona que, cette fois , son génie a «ommeiUé.; Il y avait de l'avantage ( et il ne nous en coûte pas de le reconnaître) à saisir l'instant où les scribes et les docteurs, après avoir lu des parole» dé pardon pour l'ac^ casée , mak foudroyantes pour eux , se retirent , les phis vieux les premiers , en se CeiBant de mutuels reproches : mais n'eùt-âl pas été à souhaiter qu'on eût mis" plus de variété dans ee mouvement, et devaitT4I aller jusqu'à la rage^ car, dans ce tal^leati, le Poussin a porté tout aussi loin son expression.

Si l'un des pharisiens , après avoir terminé

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sa lecture , avait baissé la tête en signe d'nne morne confusion ;«.. si un autre, un genos encore en terre pour regarder les lettres odieuses , avait laissé deviner sur son froot la mauvaise humeur d'un honmie désappointé dans ses vues , et qui d'accusateur devient accusé ;... si un troisième , prêt à quitter le lieu de la scène, en se tournant vers la femme repentante , avidt semblé la féliciter, avec un sourire ironique , de la clémence de son juge , comme d'un encouragement donné aux mauvaises mœurs ;... et si , enfin , un des docteurs de la loi, en s'éloignant , avait lancé sur le Christ du Titien , un de ces regards dans lesquels on eût pu lire la catastrophe prochaine de Golgothal.... Nous demandons grâce pour ces doutes y que nous voudrions offrir , s^us une forme encore plus modeste , à la méditation de ceux, auxquels le pinceau obéit mieux que notre plume ne se prête à rendre notre pensée. Puisse l'état d'imperfection dans lequel nous laissons cette dernière , par respect pour deux grands hommes, servir d'excuse à la hardiesse que nous avons eue de la produire I « On lui a remis bean* » coup , parce qu'elle à beaucoup aune , >

DANS LES TABLEAUX. Sï

a-t*il été dit d'une célèbre pécheresse : es«> pérons qae notre amour de Fart, auprès de ceux qui l'exercent , deviendra un titre à la même indulgence.

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