‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 53 sur 76 · RELATIVE A L 'EXPRESSION · texte numérisé non relu

RELATIVE A L 'EXPRESSION

Iiabileté la joie d'une mère aux douleurs mal éteintes de l'enfantement ; mais nous demanderons si on ne rencontre pas tous les jours , par le monde , de ces sortes de gens qui , conversant avec vous , semblent occupés à faire marcher de front deux pensées diverses? Soyez sûr que ces deux pensées sont deux intérêts, dans lesquels le vôtre a la moindre part. D'un oril ils vous caressent, de l'autre ils vous étudient; d'une main ils sèment des fleurs sur les pas de votre amour-propre ; de l'autre ils font une ré-^coite plus fructueuse pour leur ambition ; maîtres de leur bouche , ils ne le sont pas de leurs regards ; enfin , ne vous êtes- vous jamûs trouvé en présence d'individus qui , vous rencontrant pour la première fois , au milieu de leurs formules de civilité , sur un front expansif en apparence , laissaient percer un caractère dur ou cauteleux , et dont le sourire , peu d'accord a^ec l'œil , devenait presque une menace ? Si vous convenez de l'existence de ces êtres , si l'impression que vous avez pu en recevoir vous est encore présente , et si elle a pesé sur vous comme un songe funeste , nousne voyons pas pour-

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quoi elle a'enirerait pas dans le domame des art» d'iBiit«ti)Oa« Nous savons que, pour rendre ces pliysionomias» le talent est obligé d'user de toute sa scienu» , «t c'est justement une raison pour ne pas les lui interdire. 2>ans le cas contraire y de l>ons taUeaox n'existeraient pas , noUonment le Charles- Qnint visitant l'église de Saint-Denis, crai* gnant une surprise qu'il a méritée, et afifectant» avec François I^r.^mi^ assurance qa'il est de son intérêt de ne pas laisser mettre en doute, Rkbe de coloris , cet ouTrage, de M. Gros y l'est encore d'expression; le cour traste d£s têtes des deux princes j est d'autant plus reniarqual>le , que , parfaitemeat d'accord avec une situation donnée, il renferme le secret de leurs caractères re^^ectlfis.

Nous porterons le même jugement d'une composition de M. WalSard» auquel il sfA^ fira de mûrir ses pensées pour les £ûre parler avec l'acccgut qni leur est propre* Quand il nous montre le cardinal de iletx qui sort d'une, situation périlleuse pap sa préseoce d'esprit , et qui impose aux ouvriers et am femmes , dont les pierres le menacent , es

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forç&iKt le chef de âes adrenaireB , ie prince de Coudé lainnéme^ à subir sa bénédiction , il a bîeii ecsii que rexprcMÎoii devait iaûser tiae double empceinte » an moms sur étfax figures 9 odle dn cazdiilal^ dont ie-iourire imperceptible aifenonoe ie trîompbe dans la gravité afeéme d'um acbe religieux , et oeUe du guerrier 9 <fù s'inoliae avee dépit devauft l'eunemi dont il méifite la déliite* Il faut avouer que cette reneontre reninniie quelque cbose de très-pîqnaat. £n indiquant ce sujet de tableau à l'artis^» , M* Lafitte ^ protecteur éelaûré des arfs^ a 6ât preuve de goût ; nuis on ne pouvait répondre dignement à son choix que par des preuves de talent , comme l'a fait M. Wafflard.

Si les oppositions et les combinaisons de sentiment étaient interdites à la statuaire et à la peinture , leur cercle serait bien resserré. Il faudrait alors en écarter et les rUses d'Ulysse , et l'embarras d'Achille à la cour de Lycomède , et. la fourbe de ^non , et les perfidies de l'Amour, dont le regard oa-^ resse quand sa main déchire. Qne dis-je ! combien de traits de l'histoire ancienne , combien de faits consignés dans les annales

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des peuples modernes échapi>eraient à U toile et au marbre 1 Le cotirage de UégnlnS) s'arrachant des bras de sa femme et de ses enfipis i pour tenir à la parole laissée ches les bartiares avides de son supplice ; la latte du sang et de Tamour de la patrie dans le cour du premier des Brutus ; Virginie égorgée de la mam de son père , qui n'a que ce moyen de la dérober a la luxure d'im infâme décemvir ' ; Jephté sacrifiant sa fiUe pour obéir à un tœu sacrilège ; en un mot toutes les vengeances couvertes du voile de Tamitté, tous les combats de l'amour et de la pudeur y toutes les conquêtes du devoir

* Tel a été le sujet d*un tableau à grande fabriqué, exécute par M. Doyen , et que nous ne connaissons qve d'après une estampe asses n&édiocve ; car M. de Caylos en fit racqnisition , k vil prix , pour la cour de Parme. Le style de cet auteur « qui a yécu pendant la d^eadieacs du goût , s'est moins ressenti de celle - ci que à'm genre heurté vers lequel le porta Tétude de Michel-Aoge et celle de Jouvenet. Si sa touche est quelquefois en rapport avec celle de ce dernier artiste , il est malheureaz qu'il n ait pas eu avec lui d'autres conformité , car I> Descente de croix de Jouvenet est un des plus beaux morceaux de fécole française. Rnbens a été raremest au delà.

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fcnr les sens , et de la sainte humanité sur rintérét p^sonnel , enfin y ce qu'il y a de plus dramatique dans l'homme serait condamné à rester dans les livres , iante de trouver ailleurs un langage de vérité. Cependant le charme d'une double expression^ bien rendue , agit fortement sur le spectateur y à l'esprit duquel elle laissé encore quelque chose à démêler. L'artiste , assez adroit pour toucher cette corde y ne l'aura pas ébranlée sans succès ; il n'aura pas mis en opposition les grandes puissances de la vie , sans se rendre maître de notre âme toute entière. Dans l'examen de ce mélange de sentimens , il nous aura forcés à la réflexion : douce ou déchirante , celle-ci , en devenant son ouvrage , sera pour lui un titre de plus à notre estime^ Qui a vu le Léonidas de M. David , a éprouvé cette na->ture d'émotions ; qui a bien compris cette tête , a lu une belle page d'Homère ou de Plutarque.

Au reste , ûr Josué nous livre des afmes Contre sa propre opinion^ quand il reproche h Pline le naturaliste d'avoir remaré^ué dans Une statue de Paris , par le célèbre Ëuphra-

g0 ($ciLSltio-Êf

nor < f trok caractères différens : <t cent dé > juge des déesses , d*amant d'fi^ne et de » yatnqnenr d'AchlUe. » S^ objecte avec FalccMMt y doat les écrits lui ont iskii probablement partager cette opinion , qa'ime statue à laquelle on s'efforcerait de eommomqaer « la dignité du magistrat , les grtees i> de la jeunesse et la fierté de la yalenr, > ne pourrait posséder aucune de ces trois qualités dans un degré éminent ^ nous répondrons qu'Ëuphranor eût été bien pen versé dans les traditions de son pays , es concevant son sujet comme semblent l'entendre le sculpteur français et le peintre de la Grande-Bretagne. L'aitiste grec a pn Yoir , ainsi que le prétend Pline j un juge dans la personne de Paris , mais un juge qui, n'ayant qu'une pomme à décerner à b beauté , va pro|ioncer entre trois rivales : celies-rci sont déesses ; mais elles sont femmes y mais elles reçoivent sa lot , mais elles laissent tomber jusqu'au dernier voile de-

' Peintre et sculpteur à la fois , qui florissait au rèfo* d^Âlexandre , c'est-à-dire , dans le temps auquel oo rap porte la perfection de Tari ches les Grecs*

RELATIFS A l'bXP&ESSIOIT. 9I

vaut un berger lascif qui l'oràoime. £n vérité 9 il y a parité entre le tribunal et les plûdeurs. La gtavité magistrale , demandée par sir Reynolds , serait donc un contre-sens om une parodie.

Le ravisseur de la belle Hélène pouyait légalement se laisser deviner dans les traits d'un adolescent passionné pour des charmes qui &ii pr<nnettent la volupté , et sur lequel la sagesse et Tarobition y figurées par deux déesses , n*ont point de prise. On peut s'attendre à ce qu'il osera en amour, quand il aiura été initié au secret de sa naissance I Le tableau de M. David ne nous Pa-t-il pas appris ' ? né devient-il pas , en fiiveur de l'artiste grec, une pièce de plus au procès ?

Quant à la qualité de vainqueur d'AcbiHe, aoua devons relever ici la 8id>stitutk>n iEiiîte de ce mot à celui de meurtrier , eniployé par Fline. On pouvait tuer le £ls de Thétis par surprise , mais non le vaincre ; or, nous ne croyons pas qu'un sourire hxat , ou une

' Toyes Texameii d« ce tableau dans le toiaç I*'*^^ , ^age 99.

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