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CHAPITRE XVII

DE l'unité DAV8 LES A.ETS, GOMME CONDITION

DU BEAU

JjE célèbre Hutcheson, d'accord en cela avec plusieurs autres métaphysiciens, regarde la variété jointe à Tuniformité , comme un principe fondamental de la beauté , ce qu'il s'efforce de démontrer par l'analyse de di~ verses figures géométriques , en les passant toutes en revue , depuis le triangle équila* téral jusqu'à Thexagone qu'il lui préfère , pour sacrifier encore Tliexagone a une figure plus diversifiée. Supposant que les corps ont la cause de leur beauté en eux-^mémes , et que celle-ci s'accroît en raison composée de la multiplicité et de la régularité apparente de leurs faces , ou du changeoient de direc-

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tion de leurs mouvemens, toujours soumis à la loi de la régularité , il s'élève du cube à l'octaëdre, de ce dernier à l'ellipse , et de celle-ci au cercle et aux révolutions planétaires, où il aperçoit le plus bel exemple possible de la variété combinée avec riini-' formité. Platon a le premier dit ces choses ^ puisées probablement par Pytbagore dans des conférences Isiaques, et il est étonnant que , dans des livres de philosophie , on le5 ' répète encore vingt-deux siècles après tous les deux. On nous demandera quel est donc l'attrait de Tordre uni à une diversité d'objets? nous répondrons :

La variété nous plait comme indice da MouvïMEJrt , et Celui-ci comme signe prin^ cipal de l'animation , dont nous sentons que le feu réchauffe notre sein* Voilà ce qu'il fallait remarquer , et non se jeter dans des subtilités que repotisse une saine métaphysique , car la science des nombres et de la configuration des corps lui est absolument étrangère. L'homme cherche son analogue, il veut des rapports , il appelle des sympathies , il vise sans cesse à se créer des points de contact , et , comme il sait qu'il ne peut

sallsfairè à ce Besoin de son âme que par le mouvement , tout ce qui en rëyeille l'idée , dans son esprit, est en droit de lui plaire. L.a Tariété lui est donc agréable ; mais il y désire de Tensemble ou de l'unité , parce que cette dernière, en rassemblant sous un seul lien les actes diversifiés de ce mouvement y lui permet de les embrasser d'un coup d'ceil. Un autre motif lui fiait chérir cette disposition des objets , c'est qu'il y trouve la sécurité de sa personne et le l'epos de son esprit. Si la variété le réjouit , en lui offrant un. emblème de l'existence animée , l'unité ou la régularité le tranquillise , en épargnant à sa vue lès mouvemens convulsifs , les ressauts , et tous les^accidens brusques qui précèdent ou qui accompagnent les grands troubles de la vie. l^Tous citerons comme preuve, à Tappui de notre observation, le tressaillement involontaire , éprouvé par les plus braves , quand le bruit de la foudre , ou celui^dn canon ,^ vient à frapper inopinément leurs oreilles ; nous dirons encore que le TO^^geur empressé , aux approches du soir , d'atteindre .le but de sa course , aime bien ' mieux cheminer dans un. pays découvert ,

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que traverser des sites d'un aspect plas varié; notis ajoiuterens qu'il . se faâte d'en sortir quand il ne les connaît pas , bien que, dans tonte autre circonstance j ils pussent fùie le charme de ses regards.

Ainsi , l'actïord qui existe dans une scène, d'ailleurs variée , répond à deux de nos premiers besoins instinctuels , combinés et garantis Tun par l'autre. L-'uniformité dans la variété n'aurait effectivement rien qui pot flatter l'âme , ^ cette uniformité ne permet- , tait à un ou à plusieurs de nos sens de mieux saisir les élémens dont peut se composer un bien-être , soit moral , soit phy^ue , ou ane sensation complexe réduite à l'uiiité. Il existe encore , comme nous l'avons déjà observé dans le premier volume de cet ouvrage, nae sorte d'uniformité , sans variété , qui ne laisse pas de captiver l'âme et d'exercer snr elle un grand empire , telle que celle d'nn immense développement d'eau , d'xme forêt obscure , d'une armée rang^ en batàiUe et soumise au commandement d'un seul chef.

Certes y dans ce dernier spectacle , il i^'j ' aucune variété , et pourtant il est d'im^efiet sublime, quand on songe à celui de la parole,

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qiù, au même moment, agit sur tant de bras. A. quoi tient In beauté de ce conp d'œil, si ce n'est au mouvement siitaultané dont on est le témoin ? Eh bien ! comme mi ne peut se flatter -de peppodnire celui-ci dans un tableau , comme l'aspect 'de l'immensité de la mer et de ta profondeur d'une forêt , qui s'adressent à une autre nature d'idées, est encore' insaisissable par l'artiste, ce sont des objets qu'il conTient d'offrir discrctement aux regards , et presque en qualité d'accessoires , par suite même de l'impuissance où. ron*est d'en rendre tonte lam^esté. Ainsi, c'est par des échappées de vues , c'est par des lignes fdyanles et des tons vaporeux ■qu'on tâchera d'en inspirer le sentiment, D»n« nn «embM, on s'attachera à un épisode principal , à rexera]^e de M. Gérard, lors- ' qu'avec nn si heureux «accès il a perpétué le soutenir de la bataille d'AusterUt2;-et l'on •e gardera d'imiter Vander-Mculeu , qui, iqiposaat l'un à l'autre des cadres , des bataillons'et des masses belligérantes , dont le ' pinoean ne saurait animer le mouvement dans une perspective lointaine , n'a légué à notre Musée que des composions incom-

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plètes , comme études de stratégie , et sans intérêt sous les rapports pittoresques.

Entendu dans un sens purement moral, qui lui est échappé , Taxiome de Hutchcson est. susceptible de recevoir une belle application. Notre vie Se compose d'actes qui, déterminés par les situations et modifiés par les coajectures au milieu desquelles les destins la jettent, prend un aspect très-varié. Le vrai mérite coîhsisterait à rallier tous ces actes à imè règle fixe de conduite, à laisser le ciel diversifier les événemens , mais à n'j entrer ^ quels qu'ils soient , qu*avec des principes immuables. Le spectacle le pins

• digne de respect, que la terre puisse se donner à elle-même, est peut-être celui de la créature humaine marchant, d'un pas ferme, vers le bien public , au milieu de ces agitations. Voilà le vrai beau de l'uniformité dans

. la variété I c'est de cette riche unité que brillèrent Xénophon et Ëpaminondas chez les Grecs , Camille et Caton chez les Romains, Suger. et l'HApital chez nous. Bonheur de la vie privée , elle' est le cachet le plus honorable de la vie publique et le trait le plu* décisif d'un grand caractère. Où sont-ils ceux

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qui n'ont suivi qu'une seule ligne à travers toutes les vicissitudes de nos ♦temps modernes ? de <;ombien d'éminens personnages Texistence n'est-elle qu'une misérable marqueterie, encore mal ajustée ? Pauvre récit d'une histoire où les événemens sont tout , et où l'homme n'est rien ; où la journée présente se trouve placée , comme un pont rompu , entre la veille et le lendemain , et , où les actes , se querellant les uns les autres et se donnant des démentis réciproques, sans qu'un seul en soit plus estimable /ressemblent à ces gens de mœurs déréglées qui viennent , à travers les mépris , s'accuser devant nos tribunaux subalternes ! Il faut avouer que l'antiquité a sur nous quelque avantage , à raison du nombre des âmes d'une forte trempe dont ses fastes rappellent la mémoire^ nombre comparativement bien supérieur à celui des personnages vraiment histoipiques , clair-semés dans nos annales. Toutefois de beaux modèles de vie publique et privée ne nous manqueraient pas . si nous toulioni les chercher à noB côtés : nous arrêterions d'abord nos regards sur ua des plus dignes amis du respectable Camille-

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. Jordan ; nous les reporterions ensnife sur un hommes êbea lei^ael des qaaKtés aussi solides que spirituelles j en passant sur un foitds de bonté, prennent une couleur antiqne, citoyen qui sait aimer , à ses risques , ^n pays , quand il- lui serait si fkcile d'y vitre en paix , et qui e&t trop favorisé de la fortune pour être inscrit sur c^^tte page de vérité y quoique nous soyons d'autant ^fius en droit de le nommer en toutes lettres , qne nous n'avons pas plus besoin de lut qu'3 n'a besoin de nous. Maiis cessons d'appliqoer aux mœurs cette miilé de conduite* qui , dans les productions des* arts d'imitation, encore p:lus que dans celles du génie dramatique, doit se transformer en unité d'action, ' pour attirer les yeux vers un-point donné de la scène , où Tévénenient se passe et où Tintérét se concentre. .

La peinture est un continuel raisonnement, a dit un artiste moderne '. Ce mot jest plein de sens. Tout, dans une bopne composition, doit se lier et s'enchaîner. "R n*tst permis

' Oumont (le Romain )., connu par c[^ueL|ues mots Imdteux. , et par les honneurs académiques qui lui ool été déceroe's on ne sait trop pourquoi.^

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â^j jeter aucune figure au hasard. La détourner de ractiûn , c'est dire que cette dernière n'a pas même ce qu'il faut pour fixer l'attention 4cs êtres mis en scène ; c'est glacer par conséquent le spectateur, qui est encore moins qu'eux obligé à y prendre part. Ainsi que , dans la pensée d^ l'artiste , l'idée principale doit ^voir de Funité , ainsi l'exécution doit en avoir également dans le tableau , puisque l'exécution n'est que Tidée rendue sensible.

Qu'il se passe quelc^e chose d'extraordi* naire ilsms un. temple , dans un salon , dans une rue ou sur une place publique , soudain un même motif de euriofiité agite les personnes présentes; toutes se portent \ess Ven^ . droit où l'éiTénement a lieu ; elles se pressent, elles se groupent, elles s'interrogent : l'unité se montre jusque dans le simple mouvement des figures ; tel est le premier moment de l'action. Si c'est un blessé qui a fait entendre sa plainte douloureuse , on lui prodigue des secours , on s'anime pour, lui de pitié ou de ressentiment , on cherche l'assassin , et il y a encore unité. Si c'est un homme vertueux qui harangue dans Une émeute,, peut-être

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les chefe de celle-ci témoignent de Ilmpa^ tience ; les autres éc^outent avec respect ; tandis que certaines physioFnomies s'irritent, il en est qui se calment; de leurs divers intérêts résulte une attention plus ou moins yive et qui doit varier dans ses caracïteres , selon l'âge , . le sexe et les conditions de la vie; il n'est permis qu'à la tendre enfiince d'être distraite d'un spectacle qui occupe toute une assenjblée; mais l'unité n'en subsiste pas moins : eh bien , voilà ce que Ton attend de votre compoisition , et ce qu'elle doit nous montrer, sous peine d'être languissante.

Un troisième temps se fait remarquer dans la scène sur laquelle nous venons d'appeler vos regards : c'est celui où l'acte ^ quel qu'il • soit , . est consommé ; alors une autre n^tare d'intérêt se manifeste , la curiosité a fait place à l'effroi, au mécontentement, à la commisération ou à d'autres passions plus douces; on s'éloigne ou l'on se rapproche des principaux personnages , suivant qu'on est affecté ; d'autres groupes se forment; il en est qui s'éparpillent. C'est peut-être le moment que, dans plus d'un sujet ^ il £aut choisir,

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pour éviter tin spectacle kideux et difforme , à moins qu'on ne préfère celui où l'action commence.

Par la. raison même que l'ensemble est nécessaire dans une figure, quand elle forme toute seule un sujet, il devient de rigueur quand plusieurs personnages y concourent. Cet ensemble n'exclut pas la variété; bien plus , îl l'exige ; il n'existerait pas sans elle , car des élémens homogènes ne le donneraient pas; on ne s'est jamais avisé de dire qu'il se trouvât dans un beau ciel ou dans un amas d'eau, fut-ce le lac de Genève. Au fond, une armée ne peut l'offrir dans un sens pittoresque ; ce n'est qu'une vaste machine , qu!utt être multiple, un Briarée aux cent bras. La toile admet tout au plus une mêlée , quapd elle ne dégénère pas en confusion ; mais les marches régulières 'des corps , rangés sur une même ligne , vêtus d'un même habit , portant la tête à la même hauteur , peuvent entrer dans le plan classique d'une bataille, non dans la composition principale d'un tableau. Ceci se fortifie de ce que nous avons dit précédemment àur la même matière.

M. Gros y en peignant la charge de cava-^

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lerie par laquelle le général Murât assura te succès de la- bataille d'Abonkir | a respecté la première de ces lois. Il y oppose habilement entre eux les costumes , les caractères, le teint, Tâge des cpmbattans, les draperies, et jusqu'au nu de certaines figures.Son pinceau , chaud de couleur y y anime tont , y diversifie tout , donne à chacun. son accent et sa physionomie native , et force pourtant l'attention à s'arrêter sur un o^bjet principal, parce que c'est cehii qui , dans le tnnmltje de ce drame sanglant, dans ce beau récit digne du Tasse , nous apprend où sont les vainqueurs , où sont les vaincus. Ce n'est pa& ici le cas de s'appesantir sur les défauts de plan-, de proportions et de perspective qui tiennent au genre de travail de M. Gros, et que son talent est parvenu plus d'une fois à nous faire oublier.

L'unité ne demande paS , dans une scène lugubre, une même expression de doufear, ce serait rentrer dans l'homogénéité des* tructive de l'intérêt , et contraire à la nature, qui, en. variant les caractères de têtes, a voulu différencier les physionomies. La joie elle-même n'est pas. déplacée dans un sujet

triste 9 si elle part d'un ennemi ; mais il ne faut pas qu'elle éclate, car, repoussée déjà daas- les meeurs par .une sorte de pudeur, elle deyiendrait intolérable^ et romprait trop crûment l'unité. Ainsi , dans un contentetement général , et a-vec les mêmes menagemens , une face chagrine {Pourra se laisser entrevoir, comn^e le ligueur dans V Entrée d'Henri IV h Paris y t£(bleau où il y a des figures admirables d'expression^ auxquelles on a reproché, sans motif, d'être trop pressées , puisque le sujet exigeait cette s^lomération historique , mais dont on pourrait à certains égards attaquer la couleur, qui malheureusement pousse au noir dans quelques parties , telles- que le coin de la toife où le ligueur bat en retraite. Peut- être l'ar-

* liste n'a pas assez songé que , dans ce sujet éminemment national , et dans nn moment où les Français allaient être affranchis du joug.^des moines et de l'étranger , une lu-

* mière aussi pure que brillante devait être répa||due avec largesse sur toute la composition. Les demi- tîntes et les reflets y semblaient mieux appropriés que les ombres y et le choix d'un ciel nébuleux y a toujours

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excité notre surprise. En cette occurrence , M. Gérard atirait-il voulu se li^er à an triste pressentiment ? nous aurions peine- à le croire , quoique bien rarement le pinceau de ce maître soit sans motifs ^ ou s'égare à' l'aventure; car ici c'eût été prévoir les malheurs de trop loin, Henri IV n'étant tombé sous le couteau de Kavaillac que seize ans après la reddition de Paris. Pourquoi avoir placé ce tableau viS-à-vis de celui des Noces de Cana , de Paul Véronèse ? est-ce qu'on* aurait prétendu , en montrant ce que possède chacun de ce$ beaux ouvrages ,. ^prendre au public ce qui manque à tous les deux ?

Nous nous étendrons peu sur l'aspect d'unité que le bon emploi de là couleur locale, l'harmonie de celle-ci avec le sujet, la sage entente des deux perspectives aérienne et linéaire et ime disposition coiivenable des figures , communique à la toile. C'est l'af&ire 4e tout artiste dont les études n'ont ps|f été perdues. S'il ignore ces choses, les murailles du Louvre le repousseront; autrement il se mettra dans le cas prévu par- les lois de Thèbes, qui punissaient l'auteur d'un méchant tableau ; particularité assez remar- ^

quable en elle-même, car , après ce qui nous €st parvenu sur les influences de l'air épais de la Béotie^ on serait autorisé à demander qui donc pouvait s'y constituer le juge des compositions pittoresques ? Ne serait-ce pas le cas de révoquer en doute la véracité des poètes et des historiens grecs , moins fondés peut-être que nous ne l'imaginons à poursuivre de leurs sarcasmes le pays qui vit naître, le vainqueur de Leuctres et de Mantinée ? Ce qui doit plus spécialement occuper notre esprit , c'est l'unité d'action et d'intention , dans l'absence desquelles le beau disparaît.

'Il n'est pas plus permis à l'âme de suivre simultanément deux idées , sans rapports directs ou indirects , qu'à l'œil d'embrasser deux objets éloimiés l'un de l'autre , quand . ils ne sgnt unis par aucun intermédiaire; c'est le tort matériel dont se rend coupable latrôp grande divergence des jours dans un tableau. Avant que Léonard de Vinci, Dufresnoy et Reynolds eussent écrit sur l'sirt , le simple intérêt d^ là composition dut apprendre aux peintres à verser leur plus vive lumière sur l'objet principal. Le premier plan est réclamé, de plein droit, par celui-ci. Les

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épisodes dolTent conoonrir à raction , Texpliqner , la rendre plus vive ou plus touchante; mais ils seraient défectueux, si par préférence ils envahissaient les regards ou s'ils les détournaient directement à leur profit , à moins qu'elle ne se formât d'une multitude d'incidens, pareils b ceux de la Récolte de la manne et du Rapt des Satines par le Poos- • sin; encore, dans la première de ces compositions, tandis que la foule éparse s'abandonne aux besoins matériels de la vie , Moïse et sdn frère entourés des anciens d'Israël, qui rendent grâces avec eux aâ Seignenr, axent particulièrement notre attention siA* le plan le plus reculé du tableau, ^hose qu'un talent supérieur pouvait seul obtenir ; comme dans la seconde, i'œil est attiré vers lajeaue femme qu'un soldat de -Romulus ^^ache de de dessus le cheval du Sabin, par lequel cette vierge lui a été dispmée. Cependant des artistes distingués , en traitant ces mêmes sujets ont cru, non sans motifs, qu'ils pouvaient se borner à retracer les grands faits historiques pu religieux , par la représentation expressive d'un seul des actes qui en constituent l'ensemble. Mis en œuvre par* le

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génie, ce moyen devait produire une impression profonde, et le Poussin Ta prouvé dans son épisode du massacre des innocens; il a été encore plus loin , lorsqu'il a rendu «n poète inspiré la dernière scène peut-être du terrible <lrame diluvien. M. Girodet a suivi la même route dans la peinture de cette catastrophe. Son tableau mérite d'être exa- .miné.

L'idée sur laquelle il a travaillé, se fait remarquer par sa hardiesse. Si elle n'avait quelque chose d'outré dans son exécution , si elle n'obligeait le spectateur à détourner les yeux et à demander grâce, pour ainsi dire, eiî se hâtant de passer au cadre voisin , on pourrait tenir compte à l'artiste de l'avoir .conçue. De ce que nous observons ici, avec le ton du reproche, il résulte qu'un grand effet a été obtenu ; nous devons le reconnaître; nous avouerons encore qu'il n'appartenait qu'à un talent distingué d'y atteindre. M. Girodet a été vrai dans plusieurs .parties de son tableau : devait-il l'être de cette manière, c'est ce dont le public jugera, sur le rapport fidèle que nou$ allons soumeljtre à son attention.

Que ce soit une scène épisodiqne da déluge ou un événement arrivé à la suite d'une inondation, comme on IV prétendu après, coup, il n'importe; un homme dans la force de la vie, ayant son vieux père sur ses épaules et tenant par la main sa femmé^ qui allaite un enfant et qui en conduit un autre parvenu à rage intermédiaire entre la naissance et la puberté , vient d'atteindre le rocher où il se promet de trouver un refuge. Déjà les flots, qui s'amoncèlent autour de lui, le pressent; il gravit avec sa charge, pesante ; il est près de franchir l'espace' qui le sépave encore de la cime désirée. Une branche d'arbre, végétation 'appauvrie de cette éminence battue des vents , se laisse entrevoir à la lueur des feux célestes; il s'en saisit. Le vieillard, toujours suspendu aux épaules de son fils, s'y cramponne lui-même : la branche éclate , s'indine et va quitter le tronc caverneux. Le ploiement subit du rameau a jeté en arrière le jeun^ homme qui, de la seule de ses mains libre , retient son épouse renversée dans là même direction sur l'abîme, tellement que Je 'nourisson en pleiirs , quittant la pose verticale, est, à bien dire, horizontalement

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couché sur le sein maternel, où le fixe à peine le bras de cette femme presqu'évanouie. Pour comble de maux , pour acheyer* de détruire l'espoir , le second enfant^ avec l'instinct du péril qui le menace , s'attache aux cheveux de sa mère ; et^ formant un épouvantable levier, au bout duquel il accélère la force de gravitation , il entraine avec lui la famille dans le gouf&e. Dans quelques secondes, la branche aura cédé, et tout aura disparu.

Il faut en convenir; une telle conception, malgré les reproches que l'on serait fondé à lui adresser , ne pouvait sortir d'un cerveau ordinaire , et la seule conscience du talent pouvait se flatter de la confier à la toile. Les moyens n'ont pas manqué à M. Girodet , heureux , si un goût plus épuré avait présidé à toutes les parties de son travail. Les personnages sont nus : l'artiste a le droit de dire que , surpris par une inondation , ils ont fui devant elle; Toutefois quelques draperies i^i flottent au gré des vents , ne se ressentent . pas assés de Forage; mieux trempées d'eau , elles eussent dû voiler en partie le vieiU^d , dont les jambes et les cuisses décharnées et

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pendantes sont d'un as|>ect hideux. Labooise pleine d'or , qu'il tient à la main, n'est ^ dans 'un tel moment y qu'une niaiserie poéti<{iie; elle^réossirait à afÊiibtir l'attention, si celte- CL n'était trop craellemeAt engagée; et ce jeune chef de famille qui pouvait olfrir,daiis SCS formes , an beau modèle , pourquoi n'â-t-il fourni qu'une sèche étude d'anatomie^Car, au milieu du désordre dj^ la tempête, il le m'échappe pas un seul de se& muscles inte^ costaux 'y nous savons que , dans le sendineot d'une profonde, d'une îmraeaiKse- donleur, il lait un appel à tontes ses forces et cherclic i enfoncer ses pieds dana^ le roepaur s'y mieux retenir^ nous devons, en tonte justice, re connaître que cet effort est -bien rendu : ma était-ce une nécessité de contracter tons ses

traits d'une manière effîraj^aixte et qai, àtm le genre, horrible, prime le démpnia<pie de kl transfiguration? Il nous semble qu'il y. avait ici quelque' chose de mieux a £ih'e|«i covp â'œil snr le Laocoon Teiit appris ;'ûes>i , possible que , dans une situation aussi affreuse , là nature n'ait pas un autre langage; nous le supposons même : eh biien, nous oc demandions pas qu'on nous forçât de l'ea*

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tendre ; au moins fallait-il Tadoncir et le ramener au degré où l'oreille de l'homme peut en supporter les accens, sans en être trop déchirée; pour mieux dire, il fallait nous laisser regarder aTec plus de cahne et ne pas nous faire frissonna* à chaque seconde , pendant que nous sommes devant ce tableau; enfin il eût été bon que, dégagés du poids accablant qui nous oppresse, quand nous nous en éloignons , nous eussions pu trouver dans nos yeux quelques larmes pour cette malheureuse famille! nous avons frémi; on nous a mis à la torture ^ et Q*est tout.

Si, dans le. cours de cet ouvrage, nous ayons plus d'une fois décerné un tribut d'éloges à l'audace souvent aventureuse de Buonarottit, il ne f^ut pas oublier que l'art renaissait avec ce grand maître. Plus tard , nouB eussions peut-être exigée de lui, plus de délicatesse dans les formes et dans l'expression du sentiment. Tel qu'il s'est mon^ tré , il a. droit anx hommages ; et il recevra ooDsiamment les ii^tres ;. mais nous, n'aurons garde de l'offrir comme objet d'études spéciales et exclusives,^ tant qu'existeront les admirables tableaux de Raphaël , qui-

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pourtant eut besoin de réchauffer sa sagesse au feu dé ce chef de Técoie florentine.

Le caractère donné à notre critique n'empêchera pas de croire que la composition de Mé Girodet renferme un vrai mérite de facture. Tel est justement notre désir. Le génie de Michel- Ange y domine ; les enÊins y sont un peu durs de ton; l'un d'eux ^ qui est d'un si tenible effet, semblerait moins s'aider des cheveux de sa mère que les ar' racher , sans le mouvement mieux entends de son second bras et de ses jambes ; mais les formes de la femme sont très-belles , et la couleur, dans cette partie du tableau, a de l'éclat, peut-être plus que ne le comporte une scène aussi lugubre. Le rocher , plus couvert de glacis qu'il n'est peint , se présente avec peu de vérité ^ s^s pans verdâtres et sans interstices , en paraissant plus laTés qu'il ne conviendrait au milieu d'une atmosphère assombrie *, que l'on cherche vainement elle-même dans ce tableau, rappellent trop les décorations de théâtre. Au reste, Tunité est ime des qualités de ce beau travail. L'artiste l'a poussée jusqu'à la terreur, pnis- • qu'un seul et même coup va y frapper tous

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les personnages. Tout en s'honorant d'une telle production, l'école française ne saurait souhaiter qu'il en sorte dé son sein beaucoup d'autres exécutées sur ce modèle ; elle s'appauvrirait par ses propres conquêtes. Dans son jugement des prix décennaux y l'institut parut donner le pas à cette scène du Déluge sur la magnifique composition des Sabines ' , où le sentiment attache si bien Tame et les yeux , sans en faire le supplice : l'institut fîit seul de son ayisv

Quand il s'agira d'unité dans la pensée, il y aura toujours de l'injustice à oublier la superbe comjjosition du jugement prononcé contre les fils de Brutus, par leur père même, malgré les supplications d^une partie des sénateurs et du peuple romain. Rien de plus propre à donner une idée d'une grande réunion de citoyens chez un peuple, dans une conjoncture non moins triste que solennelle. Nous connaissons du même auteur un saint Louis au milied des pestiférés , qui

' Nous nous proposons de risquer , dans le chapitre suivant, une remarque critique sur la nudité des d«ii» personnaget principaux de ce tableau.

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brille du même mérite et oà Texpréssionr sans s'écarter de la vérité , sans cesser de concourir à l'effet , est variée avec beaucoup de succès. Ce tableau de M. Lethiers fera partie de. la prochaine exposition, et en accroîtra sûrement la richesse. Les artistes français , on ne saurait se le dissimuler, mettent, quand ils en prennent la peine, de l'ensemble et de l'accord dans leurs ouvrages ; ils savent ordonner une vaste maclâoe, et peut-être la direction de leur génie les porte^t-elle natur^ement vers lé grandiose des entreprises pittoresques. C'est une pente contre • laquelle , surtout dans leur jame âge , ils doivent se tenir eu garde y tout en se rappelant qu% c'est avec des tableaux de chevalet que le Sueur et le Poussin ont acquis leurs plus beaux droits. à l'estime ; cependant il convient qu'une nation , capable d'exécuter de grandes choses , possède dans son sein des artistes assez habiles pour en léguer le souvenir atox siècles futurs, sous des formes monumentales. L'acte et la manière de le faire revivre , deviennent alors des titres presque égaux à la gloire.

Nous avons envisagé Vunité comme par*

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tie essentielle d'an tableau : c'est l'intérêt de cette raéme unité qui empêchera toujours , dans la statuaire, de grouper avec, succès deux ou trois figures. Celles*ci recevant les jours , sans préférence du sujet principal et quelquefois d'une manière uniforme, surtout en plein air, papillotent désagréablement I dès lors , la confusion s'établit entre elles ; le croisement et l'entrelacement obligés des membres qui se coupent à différens angles , faute des ombres et des demi-teintes dont le peintre dispose à. son gré, jettent la vue dans l'incertitude ; elle ne sait le plus souvent , à qui les rapporter ; la pensée se fatigue à faire cette restitution, d'autant plus difficile qu'il n'existe, pour elle, ni premier ni second plan; et un véritable embarras remjdace la jouissance que l'on s'était promise.

Ici, en effet, il n'en est pas comme d'un tableau, où, chaque objet ayant déjà la couleur qui lui est propre f au moyen des fonds , des reflets , des clair -^ obscurs et des deux perspective» de Tair et des lignes , tout se classe et se fange suivant l'intention d'un dessin primitif : sur le marbre f mêmes tcin-

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tes , mêmes reflets , souyent même manièie d'être pour toutes les parties d'un groupe , que la lumière frappe également dans un champ libre , et que le statuaire , soumis aux dimensions ûe son bloc, est obligé de presser outre mesure , sans qu'une distance de quelques pouces soit assez sensible à l'œil du spectateur pour faire reculer les unes et avancer les autres. Les artistes anciens ^ ayaient tellement la conscience de ces obstacles, que pour éviter les plus essentiels, dans leurs sujets groupés , ils ont presque toujours présenté , sur un seul plan,, les figures dont ces sujets se composaient; aijisi se montrent à nos regards, V Amour et Psyché y du palais Pitti à Florence, et du Vatican à Rome , Castor et Pollux , etc. ; les Lutteurs font à la vérité exception : aussi, croyons -nous qu'il est très - difficile , à la simple distance de dix pas, de statuer, en connaissance de'cause, sur la propriété réelle des bras et des jambes appartenant aux. deux athlètes en exercice* M. Dupât j avait conçu, en conformité du principe que aous énonçons , son excellent plâtre d'Orcste pporsuivi par les furies, après le meurtre de samèrC'

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Soyons persuadés que , par ce seul motif, les anciens , auxquels les beaux marbres ne manquaient pas , ont été détournés de tailler dans la même pierre , des figures , plutôt destinées à se contrarier qu'à concourir au développesEient d'une action. Celles de la Niobé et de ses enfans , si ce n'est une seule, étaient isolées et susceptibles d'être placées à distance. Le liaocoon offre bien trois personnages ; iflais matériellement il en est deux de subordonnés à l'autre et leur disposition sur la même ligne , comme nous le disions tout à l'heure, leur donne une forme distincte qui permet à l'œil de les saisir séparément et dans leur ensemble. Il n'en est pas ainsi de plusieurs groupes du jardin des Tuileries et du parc de Versailles , dont l'agrégation pénible à la vue ne présente qu'ime surface à ressauts , multiple , et confuse. Sans parler des génies emblématiques , placés sous les traits d'enfans ailés au pied des figures principales , où ils détruiraient jusqu'à l'illusion raisonnée , si celle-ci pouvait exister^ nous pensons que ces compositions et plusieurs autres , restituées à nos temples par le dépôt desYieux-Augustins, manquent

féaux- An». Il, 6

de goût comme d'effet, s'ei^pUqaent mal aa premier coup d'œil, toujrmc^teiit souvett sans profit l'esprit du prpiii^Qeur , et n'attestent qu'une grande perte de matière et de travail.

Une statue solitaire doit, dire tout ce qse l'on peut dire en sl^ulpture y ou elle est nul conçue, si elle n'est plus mal exécutée. On ne fait pas de la peinture avec de la pieR6- Ne demandez à chacune élément ^e ce qu'il peut donner ou contenir. La. poésie "piàt par des pensées et par un choix d'expressions atec lesquelles, elle parcoure tons les teinp d'un fait : la toile s'empare d'un de ce$ tetap6j représenté, au moyen de Ugnes et de godleurs, dans le silence expressif des êtres qv y concourent; réduit à la seule propiiélé des lignes et des formes , le marbre ne peut guère que prendre un à un les acteurs qui participent à Tacte dans un temps donné» par la difficulté presque insnrmiontoble ^ les mettre en rapport (i) : mais fl est éoi* nemment monumental.^ mais il a la dnrée

' Relises » dans le cliapitre XIV, èe ^i a ^të 2k flif l expression appliquée à la aculpture.'

....lall^^H

des siècles; inais, bien antérieurs à la Trans-r figuration y la Niobé^ V Apollon y la Fénus antiques, par lui, la verront tomber en pourdre. S'il n'admet qu'avec peine une réunion de figures dans un seul sujet, il y peiil; renfermer beaucoup de choses quant à l'expression, et to^t, quant à la beauté des formes. Certes il y a des pes^ées dans la tète de l'Apollon du Vatican ; à moins de s'assn^ cer d^ Vû'giie , . Q ibuâirait itU pages ipour raconter tout ce qp,'iX y a de sentiment dans le Milo^ du Pujet; et qui ne préférera à toute la Fontaine de la rue de Grenelle par Bow^hardon, «ne senle des nymphes en demÂ-i^eUef du .marché des Innocens ?

C'çsttà (Cia charme , résultant de i'unitéidans le coup d'exil 9 qu'il convient de rapporter le plaisir a^ec lequel on regarde une beUte sial?ie.9 éclairée d'une lumûère douce, égale, et jNTesque dana la demi-teinte , dont s'enveloppent les objets sous un ciel légèrement voilé de nuages. If 'est-ce pas «ûmû que ses foKiiies semblent plus séduisantes encore 7 Ii«$- femmes nUgnorent pas combien ce d^ mi^jfiHMr ^t favorable à leur beauté ; i^ussi elles <mt^in de le ia^re naître aulpur,d!eUe$.

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Sous ce tendre et délicat rézeau, leurs traits s'accordent, se fondent, perdent toute aspérité et contractent une sorte d'alliance aTCc l'élément qui les cerne ; Téritable science du clair-obscur dont le Corrège possède tout le secret, lorsqu'ilmetles contours de ses figures en harmonie avec ses fonds , ainsi que cellesci le sont déjà avec .elles-mêmes ! Unie par un seul lien , sa composition acquiert un ensemble plein de grâces, «;i quand la vue l'a quitllê, l'imagination en conserve encore le doux reflet Faisons une dernière réflexion commune aux deux arts principaux de l'imitation matérielle : sont-ils bien fidèles à cette loi de l'unité, ceux qui prétendraient rassembler, au profit d'uQ seul modèle de leur création, les diverses beautés dont la nature a fait le partage entre plusieurs modèles vivans sortis de ses mains? Il nous semble qu'un goût pur n'a pas dicté aux anciens auteurs l'éloge qu'ils ont répété, jusqu'à satiété, du procédé prétendu dont usa Zeuxis pour peindre son Hélène , à la demande de la ville d'Agrigènte selon les uns , et de Crotone selon les autres. Quant à nous, sans avoir égards l'opinion de quelques modernes et notant

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ment de Raphaël Mengs et de Winckelmann , nous nous permettrons de croire qu'un artiste , eût-il l'adresse de dérober à la Vénus deMédicis, son front pudique; à la Flore d'André - Del -Sarto, son sein virginal; sa taille charmante à la Callipyge ; ses genoux doucement arrondis à laCampaspe de M. Langlois; ses jambes d'un si beau modèle à la Th<5ti5 <Jc la -rilla^ Ailhani; fàt-iL encore assez heureux pour joindre à ces beautés ravissantes, les pieds de la célèbre Aspasie, les mains de femme, «n marbre de Paros, que possédait le cabinet Borghèse et les bras des canéphores -de Polyctète, cette réunion manquerait de l'accord, sans lequel l'unité disparaît. L'artiste eût-il le talent de corriger le défaut de proportions entre ceà traits épars , en les réduisant tous à la même échelle, sans altérer leurs formes primitives, travail auquel la tradition oblige Zeuxis, si l'on veut qu'il ait mis d'ensemble sa figure, nous n'en persisterons pas moins dans notre sentiment; et il sera fondé sur ce que, suivant les \oh de notre économie organique, quelques-uns des avantages que nous venons de passer en revue ^ réunis sur le même sujets s'exclu-

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raient les uns par les antres; -vérité àmilà preuve exigerait une A'sGUSMon de détails , trop étendue pour le pian que nous nom s<Miiines propose. Nous nous bomercms à dire que la femme qui afurait en les liras moeUensèment arrondis des canéphores , n'aurait pu posséder , dans la même perfection , les jambes de la Thétis> par la seule raison que l'alliance de ces deux traitft , iwIa. ^;v'oâA« soirrent le tort de les décrire , est très-rare dans la nature. £n effet , les jambes fines et qui, semblables à des cônes renversés snr leurs poiates, se terminent d'une manière déliée, ne se rencontrent guère sur le même sujet avecdes bras remarquables par leur xnorbidesse. Ces dieniiersaii contraire, quand ils briUentdeeet agréable embonpoint, supposent toujours quelque chose de plus nourri dans les formes inférienres. Les artistes instruits ont tdlemcnt égard à cette loi, que les cuisses et les jambes de leurs statues de femme sont toujours plus renflées que ne le comportent aos idées deperfectionmoderiiie. Voilà sans dont^ la cause de l'erreur è^ laquelle se sont lifT^ Mengs et le chevalier d'Asara , en accasant Raphaël d'abuser de la ligne convexe et

par conséquent de tomber dans un style lourd , lorqù'il a dessiné ses Yénus ou ses TÎergés.

Au reste , toutes ces réunions de beautés ^arses ne peuvent donner im démenti à la nature. Celle-ci bien supérieure a Tart , qui laissera toujours deviner le point de jonction, quand on n'aura pas l'avantage de travailler sur un seul modèle , marche avec une toute antre allure. ËÎIë'ne fait pas des mosaïques , «^ ses oeuvres ne consistent pas en pièces de rapport. C'est vraiment d'elle que l'on peut taire qu'elle jette en fonte. Dans un beau corps de femme , telles parties peuvent être surpassées en grâce par d'autres femmes ; tSÊtâs il est certain que dans le même sujet , toutes s'appellent , se cherchent , s'unissent sans effort et se conviennent , sans qu'une substitution y soit possible. Les élèves du célèbre Jussieu croyant embarrasser ce savant, loi présentèréntun jour une fleur artistement agencée , dont là tige appartenait à une ])tante , la corolle à une autre , les Quilles à une trobième et dont les boutons avaient été pris sur des végétaux divers ; le savant naturaliste re^itua , sans hésiter , chaque partie

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de cette production composée à sa Téritable origine : il en serait de même d'mie figure fabriquée avec des organes d'emprunt , et Tob* servateur attentif en ferait bientôt justice. Quant à nous , nous sonmies persuadés de la supériorité que conserverait une peinture achevée avec un seul modèle d'un bon^oix, sur le tableau résultant d'une agrégation des plus belles formes. Nous avons exposé par quels motifie xkous sciîuus portés à trouver , dans ce dernier, un défaut d* unité on d'ensemble ; à cela nous ajoutons que l'apression , si elle ne devenait fausse , serait au moins bien difficile à y créer dans le genre le plus convenable au sujet. Essayez de remplacer, en idée, la chute de reins de la Vénus pudique par la taille de la Callipyge qui, pour elle-même, accepterait l'échange : l'une certainement perdra quelque chose en élégance, et je ne sais si l'expression de l'autre n'en sera pas altérée. En s'occupant de ces deux productions , les deux artistes , auxquels os les doit, se sont approchés du marbre avec un esprit d'ordre et une sûreté de tact qui ne permet guère d'ajouter ni de retrancher à leur ouvrage , sans en dénaturer le caractère

principal ; au moins nous le pensons. Feronsnous moins d'honneur à ce qui sort des sublimes ateliers de la Providence ? serait-elle restée au-dessous de Cléomènes?

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