‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 58 sur 76 · DU NU ANTIQUE. I · texte numérisé non relu

DU NU ANTIQUE. I

celui de la vertu déposa sur un front doux et modeste , donnaient à chacun son carac-* tère distinctif. La beauté elle-même n'était qu'un témoignage d'aptitude , qu'une destination privilégiée, La charçer de vétemens , c'eût été la profener. Qui eût pris sur lui d'affliger les regards , en serrant le promeneur d'un motif de contemplation et même de grandes pensées ? Pourquoi l'artiste se serait-il arrêté dans son essor, quand il savait que le philosophe applaudirait? Celui qui a entrevu la possibilité d'extraire la Vénus pudique d'un bloc arraché à l'ile de Paros celui-là , dîs-je , avait un sentiment vrai de l'intention qui a présidé à la formation de la société humaine, elfil avait vu, dans l'être spécialement chargé de la perpétuer , le plus grand moyen de bonheur moral et physique qui pût entrer dans les plans de Ja Providence. Le peintre ou le statuaire aux yeux desquels la femme ne semblerait qu'une création gracieuse, tandis qu'elle est éminemment harmonique , n'est point appelé à en reproduire les traits : l'un ne promènerait sur la toile qu'un pinceau sans chaleur ; l'autre n'appuierait sur le marbre qu'un

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ciseau fait pour le trouver rebelle. Mais s'il s'est bien pénétré des secrets de la nalore créatrice et conservatrice , s'il a ouvert son oreille à la voix de la sympathie, Tartiste pourra parcourir l'échelle du beau réel ; il eu pourra diversifier les caractères, les formes, les physionomie ; il sera vrai , il sera toachant sans être idéal; ou plutôt il exercera un grand empire sur Fàme , parce qu'il n'y aura rien d'inventé, dans ses conceptions, et qu'éduqués par lui , nos yeux nous conduiront sans peine de la réalité des perfections physiques, aux qualités morales, dont il faut qu'elles soient le mensonge ou Timage. Je n'ai jamais été plus persuadé de l'immatérialité d'une partie de nos actes, qu'en voyant ce que les artistes anciens ont £ût avec de la matière. Pour eux , le nu était une condition obligée de l'art ^ il l'est encore dans la sphère des mêmes idées : hors de là , ainsi qu'ils ont été soumis aux usages et aux besoins de la société , dans l'esprit de laquelle ils travaillaient , nous derons à notre tour respecter les lois qui se sont établies chez nous dans le rapport des mcenn nouvelles. La nudité du Voltaire de Pigal*

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^tait Une inconvenance d'autant plus grande, que le corps sec et décharné de cet illustre auteur n'était pas un objet à placer sous les yeux. C'est une hardiesse, dont les anciens eux-mêmes ne nous ont pas laissé d'exemple dans un sujet isolé.

Notre pudeur actuelle défend le nu; celle des Grecs le leur permettait : mais sur les bords du Céphise , il était moins libre que sur les rives de la Seine. Nous le demandons ; quel est l'artiste français qui , sous les deux derniers règnes antérieurs à notre révolution , eut imaginé de peindre ou de sculpter les Grâces décentes? Tel était pourtant le caractère principal que leur assignait l'antiquité. Pas un peintre , pas un sculpteur qui, chez nous, eût cru s'être acquitté de sa tâche , s'il ne leur avait donné une expression lascive. L'aberration de la pensée était devenue presque un ordre du jour. Tant que les citoyens, régis par un pouvoir arbitraire , seront étrangers à toute inôuence sur leur propre dèstiuée , ne cherchez pas , chez eux , cette dignité de conduite dont le sentiment n'existe que dans une nation autorisée à se respecter elle-mtoe, parce qu'on

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la respecte. Privés de tons droits politiques, nos aïeux ne pouvaient entendre la yie comme les hommes: des anciens âges. Au défaut de bonheur 9 ils voulaient édre distraits, fiOit-ce par des secousses ; ne pouTant s'occuper d'une manière attachante et vraiment noble, ils se bornaient à demander des plaisirs. Ceux- d&.la raison leur étant intei^ dits, ou n'étant pas laissés à leur portée, il fallait recourir à ceux des sens ; de là la nécessité des excitations fortes. Le marbre et la toile ûirent condamnés à les donner. Faute de pouvoir être voluptueux avec calme, nous dirions presque avec sagesse , on bA réduit à l'être avee ejmsme. Le nu dans les arts ne fiit qpe dU' libertinage ; et sous on tel> régime, on peut affiroker que la société dut an seul christianisme de ne pas tomber dans un é4»t complet de dégradation y car dans ces jours d'immoralité r la philosophie elle-même , occupée à aba^re , ne constroFsait pas.

Il est une remarque que nous ne Uôsse" rons pas édiapper, c'est qfie le siède oui» femmes seront odnnSes au gouvemiement de l'état p«r leurs intrigues , si Ton peut appe-

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1er duiKJm de gouvernement U|i pareil d^ordre, ne sera pas plu$ celui dçs arts,, que Iq siècle où elles seraient avilies et transforpi^es en esdavesy comme elles ont 1^ ms\llieur d^ Tètre à Cpiistan)inople« Dai^s le premier, l'artiste ne ooQcevra nen 4^ grand et son tal^t) voué à la mignardise » quand il ne 1^ sera pas à la débat^pbe t ne donm^ra ni ào^e, ni caractère à , ses ûgares, ; dazis le second , il ne daignerait seulement pas. x€^odi|ire les tr^aits de ce qu^il n^éprise*

Sachons mettre. les anciens scieur valeur. Leur mérite surfait sous, quelques rapports , n'a pas été asses estimé d^ns l'exercice des arts y toujours appropriés p^^i? eiiiL à leurs institutions. La nudité de leurs, sjtatuçs n*offeiir $ait en rien^les yeux;.ilfl^ savai^t bie^queco ^'est pas. p^r l^s -formes, q^ai^ pflir l'eifpression qu'une figure est i^i^pdeste , chose qn^ nodli «vom paru ignorer pendant lp»g-temps. Oa dit que Socrateyaprès^i^voirsculpM les.C^iAces voilées, les plaça d^ sa main à l'entrée ^ la citadelle d'Athènes. Sans doute , en couvrant la ujudité de ces filles de Jupiter, il voulut nous apprendre à mettre de la dér ceace jusque dans nos plaisirs. Il nous sem-^

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ble toutefois qu'il lui appartenait mieux qu'à tout autre, de donner un caractère de pudeur à la nudité et de la rendre aimable , sans obliger le sage à baisser les yeux. Vénus pouvait être voilée ; telle les habitans de Ces la demandèrent à Praxitèle ; telle elle devait être comme symbole de volupté , tandis que les Grâces ^ destinées à nous offrir celui de l'innocence, se présentent mieux à notre vue , dans toute l'ingénuité des attraits dont les para la nature. Mais dans ce cas méiàe , il ne faut pas oublier qu'un ciseau cbaste a seul le droit de toucher au marbre.

Au surplus, les historiens ne sont pas d'accord sur cette anecdote , suivant laquelle le fils de àSophronisque^urait sculpté le groupe des Grâces dans la dix -huitième année de son âge , c'est-à-dire avant de s'être livré à ses études philosophiques. Pline , en Élisant mention de ce groupe , ne sait trop à quel Socrate on doit l'attribuer. Platon luimême n'a écrit rien qui puisse trancher la question. On ne voit pas que dans ses dialogues il ait jamais placé sur les lèvres de son vertueux maître aucune parole de blâme contre la nudité des statues , qui , dans Athè-

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nés , devaient partout frapper les regards , depuis les Propylées jusqu'au Céramique* Cependant on ne peut se dissimuler Tinfluence exercée par la philosophie ancienne sur les arts contemporains. C'est aux leçons des sages , qui ont fleuri avant et pendant le gouvernement de Périclès , que la sculpture doit en particulier cette sobriété et cette beauté d'expression admirées dans ses principaux ouvrages. A la suite d'entretiens graves, habitués à méditer sur leurs composi-, tions , les artistes n'avaient garde de se laisser, emporter au feu déréglé dont un écrivain moderne voudrait embraser leurs successeurs. Il est vrai que Diderot s'est spécialement adressé aux peintres, en faveur desquels les règles permettent beaucoup plus en cette matière ; mais je doute que , soumis à ses préceptes , ceux -p ci fussent jamais parvenus à imprimer 'aux tableaux de notre école autre chose qu'un caractère de fougue et d'agitation.

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