‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 59 sur 76 · STATUES · texte numérisé non relu

STATUES

Les modetnes n'ont pas assez considéré les limites des deux arts dans rapplication des règles faites pour la peinture et la scnlp^ ture. En rendant eommunê à Tune et à l'aor tre celle du nu , ils ont commis une grande erreur. Où la sculpture est chaste , la pein^ ture ne Test pas toujours. Qui a vu la femme du Coucher à l'italienne de Vanloo » , sera de notre avis. Modelez cette figure et n^ettezla en marbre , elle n'aura certainement pas ce mouvement de chairs et de form^ , dont la vérité, rendue sensible dans roriginalpar le ton admirable des couleurs 9 est poussée jusqu'à l'indécence. Obligé à beaucoup de ré-

' Ce tableau y de grandeur naturelle et d'une exécatk» très-savante , a été vendu , il y a sept ans , à rb6lel àt Bullion , où nous Tavons vu. Il est conno par la belle es« tanipe de Porporati.

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serves dans l'expression, pour obéir aux motifs que nous ayons déyeloppës i, le ciseau i a le droit, de faire sortir le nu de la pierre 'i c'est là où il brille et la garantie de sa sagesse se trouye dans les conditions mêmes de son succès. Le pinceau destiné plus spécia-* lement à yétir la beauté peut oser davantage dans l'expression , pourvu que le cy^ nisme n'en altère J9mais la grâce. Règle gé-' nérale dans la peinture. : si vous déshabillez* vos personnages , vous êtes obligé de les couvrir aussitôt de leur pudeur , comme les filles de Sparte dans^ les danses du montTaygète. Avou&permis de représenter des nym^ phes au bain : mais dans leurs traits , vous laisserez remarquer une timide innocence v, une Diane : son front sera austère ; une Suzanne en but à la convoitise de deux vieillards : à condition que dans ce péril de la vertu , ses regfirds supplians, indignés méme^ se tournent vers le ae\ l encore , dàns^ un. tel spectacle , ainsi que l'entreprise téméraire d'un jeune homme aurait quelque chose de

' VoyeiK le chapilre de l'expces^on par rapport à la sculpture, tome U , page i33.

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trop vif sur la toile , les cheveux blancs de la vieillesse répugnent à la vue. Le vice y et le vice audacieux jusqu'au crime sur les bords de sa tombe , afflige la pensée ; s'il blesse , s'il outrage les saintes lois de la pudeur , la palette comme la morale le repousse. Point de sculpture sans: nudité, ou du moins sans la faire pressentir, sous le vêtement, d'une manière palpable. Cela est tellement dans les droits de l'art , que les pr(H ductions de son enfance, chez les anciens peuples , furent toutes réduites à la plus simple représentation de l'état de nature. Le dessin de l'Egypte est raide , sa ligne est sèche et angiileuse, mais il ne s'est d'abord exercé que sur le nu. L'air ne saurait se jouer dans la pierre ; il faut à celle-ci des formes pleines , telles que le modèle humàiii les donne. Privée de l'avantage de faire illusion par la couleur, de relever ou de déprimer une étoffe au moyen des jours , des ombres et des demi-teintes , si ce n'est par une application sentie des tissus sur les corps , eUe est autorisée à se permettre une révélation dont elle abuse rarement. Que nous resterait-il des artistes grecs , s'ils n'avaient tra^

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Taillé d'après le nu? que seraiem leurs plus beaux chefs - d'œuvre ? Drapez la Vénus de Médicis et sa douce pudeur n'a plus de motifs ; jetez une tunique sur les épaules du Laocoon et Agésandre ne vous aura livré qu'une figure composée en style moderne d'académie ! Que deviendraient, en effet, ces tourmens d'une douleur qui envahit tout le corps de l'infortuné vieillard ? qui nous expliquerait cette transition subite du virus qui , sous nos yeux , a déjà circulé de la morsure venimeuse au bout de l'orteil ? Est-ce une lourde draperie qui servirait d'intermédiaire entre les membres torturés? Et cet Apollon sublime qui a l'attitude et la vue perçante d'un Dieu , si vous vous avisez de l'habiller, vous n'en faites plus qu'un chasseur ordij;iaire I Je ne sais même s'il est des épaules sur lesquelles cette tête , presque insolente, ne fût pas déplacée sans l'accompagnement des belles formes , qui lui donnent un droit d'audace superbe , parce qu'elles sont avec elle en harmonie ? J'ose dire qu'ici la divinité viendrait expirer sous le vêtement. Voyez les ouvrages du Pujet : partout où il a sculpté le nu, il est admirable , comme

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dans le Milon de Crotone; où arriyent les habits il est médiocre, témoin son Andromède^ dont le héros libérateur , sans grandeur et sans Térité dans le costume , n*a de beau que les chairs découvertes. N'était - ce pas le cas de nous oflfnr un guerrier à la manière desftnciens avec le simple baudrier sur la poitrine? Quand on a reçu en partage les talonnières du fils agile de Maïa, quand on est armé de la redoutable épée du même dieu et que l'on tient , de l'autre main , l'égide de Minerve , qu'est - il besoin de cuirasse à la romaine dans un sujet grec? Fal)ait41 rien de plus pour briser les chaînes d'une jeune captive ? Le nu héroïque était cette fob d'obligation , ou jamais il ne le sera.

Ce ne sont pas là les libertés qui fontmiu^ murer la pudeur. Elle attend d'atitres motife pour s'alarmer. Il n'y a pas long - temps qu'examinant deux' Vénus non voilées , en la présence d'une vertueuse mère de famille, sans la faire rougir an instant , nous nous sonmies livrés à diverses réflexions sur la beauté et sur la destination des formes principales de la femme dsLns l'ordre de laTrovidence; il est tel tableau, 'dont les person-

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nages sont TEétus de la tête aux pieds , devient lequel nous n'eussions osé basaTder un pareil entretien. Telle Magdeleine de Pazzi, telle Thérèse peinte- par de grands maîtres , deviendrait , même entre hommes, un texte de eonTersation propre à rappeler le mot bien connu du duc de la Rochefoucauld, qui , voyant un de ses amis obstiné à réveiller le souvenir d'unp anecdote de leur jeunesse , lui dit avec une sorte d'impatience : « Si i> vous le voulez absolument , nous en parle- ^'Fons , mais ce ne sera qu'après avoir éteint M les bougies. »

Quand le ciseau nous dotine fréquemment le iftu, c'est par une sorte de ' convention passée entre le spectateur et le sculpteur , convention nécessaire au développement d'un art dont les ressources sont bornées et étrangères à' la peiïitttte qui a d'autres moyens de ^e faire valoir. La CiéO{)àtre du Guide, offrant son- sein à la piqûre d'un aspic, est certainement très-belle de contours et d'expression , quoiqu'elle conserve , en cela même , trop peu de rapports avec les traditions relatives à cette reine *d*Égypte, plus élégante et jolie que superbe dans ses fomes; mais

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nous ne voyons pas trop pourquoi l'artiste , même en adoptant le style grandiose, n'aurait pas légèrement drapé sa figure. Eu effet, il est peu probable que l'amante d'Antoine, debout au pied de sa couche et dans un état de nudité absolue, ait pris une attitude de théâtre pour s'inoculer le venin mortel. Yainement nous trouvons ici un de dts beaux airs de tête , qui naissaient avec tant de facilité sons le pinceau du Guide, nous n'en remarquerons pas moins l'oubli d'tme convenance réelle dans cette composition. Gaspar Nestcher, en traitant le même sujet, est tombé dans un excès opposé. Sa Cléopâtre est presque ensevelie sous une robe de satin qui papillote; on regrette que cette disposition fasse perdre à Tartiste le mérite de s'être souvenu ê^ei heureusement de la tête de Niobé.

Ce sujet manié par la sculpture à laquelle il appartient mieux, servirait à marquer les limites respectives dans lesquelles se renferment les deux arts. Si le Guide a travaillé sa Cléopâtre en statuaire , l'auteuc français d'Arie n'a fait que de la peinture avec du marbre, et de la peinture d'autant plus mauvaise , qu'il n'y a rien au monde de froid,

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nous pouvons ajouter de stupide, comme un mari regardant sa femme au moment où elle se pbignaf de. Nul doute que le sculpteur ne dût saisir de préférence l'instant où Pcetus se frappe lui-même , en tenant les yeux dirigés sur son épouse, dont la doukur phy-* sique serait sui^montée par une expression , assez bien sentie pour rappeler le mot de cet te Romaine courageuse. Nous le répétons, ces sujets compliqués vont mal au ciseau. Ce* lui de Théodon s'est embarrassé dans une foule de plis inextricables, quand de belles for^ mes mises à nu pouvaient seules donner quelquemérite à son travail, enlui rendant en partie le caractère de simplicité qui lui manque. Ce n'est pas que la peinture ne brille par le nu, quand il est artistement ménagé , et qu'elle ne l'exige même en certaines circonstances ; mais il ne faut jamais qu'il s'y montre sans motifs; encore faut-il que ces motifs soient consacrés par l'histoire ou nécessités parles situations. Qui ne sent en effet qu'ici le coloris, sous lequel les formes deviennent vivantes, exige une plus grande réserve, commandée également par le rapprochement des figures, tandis que le marbre, presque

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toujours solitaire , admet peu d'éqm^oqne et n'a à répondre qua de luirméme?

Nous allons combattre une autoiâté àe poids $ c'est celle de M« David « Certainettest son Tatius et son Rotaulus du tableau â«» Sabines ont notre approbation > eoteinéde belles études faites sur hk nat«re; nous ad« mirons égàl^nent son Léonidas eoniÉie renfermant iine grande pensée; niais nous ïMt* mons leur nudité et nous dirons pouf^aoi*

Quand nous regardotis une centre depeiûture , notis n'ayons garde de nonsatttiidfe à une illusion cotnplète; nous nous prêtons « jusqu'à un certâiti point , à ice que l'artiste a voulu de nous, en nous pétiétrant de son esprit f eh nous transportant dmis le siède où vécurent ses personnages, en rappdant même à notre mémoire l'action dont il a voulu se faire l'historien. Ce n'est pastoot: nous consentons à oublier que le mouvement est la qualité distincttve des êtres aninés et nous arrêtons nos yeux sur une toile , où tout est immobile, pour y saisir un instant précis et presque mathématique ^ qui poissa Justifier cet état stationnaire des figures, iistant duquel on peut se faire une idée aa

théâtre par la pose prolongée des acteurs dans une mime attitude , quand ils y sont applaudis ; ce qui , poiir l'otMerrer en passant , jBopt^ le peu de go4t du part^re, pui^ qu'il en résulte une rëdu^tHxii notable de 1^ TraiseoDLblance.

Voilà déjà bien des sacarifices consentis par le spectateur ; il pe s*eii plaint pits : mais si ^ œux-ei y^us «joutes», de nouvelles concessions repoussé^) i^H^sevileHient par la vé-r rite histo|îqiie , naais encore p^r les situations aoekdes et le pltis Siiipple vceu de la nature, vous le déboutez à Tinstapt ; il ne sait plus où il est-ce qu'on lui montre , ce que l'on prétend obtenir de lui. Quoil voilà deux années rangées en bataille, qui en vinrent aux mains, il y a trois mille ans, et au milieu des combattans tous vêtus, vous me pré-r sentez leurs che& sans tunique , sans cottes d'armes , la lance au bras et le baudrier à crusur la poitrine J vpus lef faites se porter un défi mutuel , après leur avoir donné un privilège de nudité et les avoir fait descendre de leprs chevaux qu'ils montrent s^irepient dans ce léger costume; et vous voulez que je croye à ces choses propres 9 exciter le irire

des petits enfans , si on s'avisait de l€$ leat raconter dans quelque soirée d'hiver ! ne voyez- vous pas que vous avez tué Tilliisioo? vous aurez- beau grouper vos soldats ayec une science admirable ; ne pas me montrer une seule tête , un seul buste , dont les jambes, que je ne puis toutes apercevoir , ne tombent d'aplomb ; animer des coursiers qui blanchissent leurs mors d'écume ; jeter entre leurs pieds des mères éplorées, superbes de formes, belles d'expression, et des enfants charmans qui, en se jouant au seiii d'un péril inconnu, demandent grâces pour deux peuples auxquels ils appartiennent éga^* lement : j'ai cessé de vous comprendre ; je ne vous crois plus ; vous avez trop exigé de nioi. Vos deux guerriers, qui arrivent sur le devant de votre toile ^ comme deux baigneurs sortant de l'onde, ont bouleversé toutes mes idées. Vous êtes grand, pathétique, sublime dans une partie de votre tableau; ce que l'autre m'offre ne saurait être admis par ma raison. Placé entre le beau et l'absurde, j'hésite, et, dans ma perplexité, je crains d'élre obligé de les rejeter tous les deux.

Vous me répliquez que, sur plusieurs bas^

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reliefs , et sur un grand nombre de pierre* gravées, les anciens ont représenté leurs principaux personnages historiques dans un état de nudité, que tel est le vrai genre héroïque admis par les premiers maîtres de Tart que nous cultivons aujourd'hui, et qu'eil brillant dans une science supérieure à celle des draperies ( la science du corps humain) , vous n'avez fait que vous conformer aux tra-* ditions.

Cette réponse ne me contente j^as. Il s'a-» gitici de peinture et non de sculpture, et nous avons déjà signalé les différences, tant mo-^ raies que matérielles , qui distinguent l'exercice de ces deux talens. A moins de tomber dans la confusion des genres , on ne peut se permettre de les oublier. Ce n'est pas tout t pourquoi prétendriez - vous me traiter plus rigoureusement que vos devanciers n'en agissaient envers leurs contemporains ? certes ces derniers, qui avaient accordé les honneurs de l'apothéose au ifondateur de Rome , pouvaient trouver bon qu'on le peignit, qu'on le sculptât , surtout , en demi - dieu dans des siqets isolés ou postérieurs à sa mort, non dans ceux où il devait figurer en

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personne. Eussent-ils poussé plus loin Vm* dulgence envers l'artiste, il serait tçwQOUs vrai qae des spectateurs nationaux étùe&t bien mieux disposés à recevoir une telle il^ Insion , ou plutôt à admettre cette licence^ que des peuples éloignés de trois mille ans d« Taction et étrangers aux opinioxis religieiises doiai elle fut suivie* Il résulte de ces expli* cations , qu'un double prestige est ici néoessaire pour nous associer à la pensée du peintre. £n effet , un tableau ne saurait être pour nous qu'une page de rkistoû^^. Il doit nous o£^ le fait dont il nous occupe , t^ qu'il a euliev, tel qu'il a été possible, au moins tel qu'il nous est raconté par les écrivains du temps. Nous doutons que les matrones romaines eussoit approuvé le beau tableau de Ik(. Da* vid I si les censeurs avaient permis d^ l'exposer a la porte du Capitole, même si plus tard on l'avait vu sous le portique d'Auguste.

Nous avons à parler d'un troisième prestige, commandé parles compositions de cette nature, et celui-ci n'est pas le moins essentiel: c'est qu'en accordant au peintre le droit de placer de cette manière ses béros, au niiliea d'une action dont ils font partie, il faut les

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abstraire et les isoler en pensée da reste des personnages > non-seulement ponr soi, mais encore pour ceux-cL Nous voilà donc obligés de supposer que Talins et Romulus, dépouillés de tous Tetemens, sont aux prises à la tête des deux armées^ sans que leurs soldats ) leurs filles et leurs femmes soient les témoins de cette nudité , qui certes les eût un peu étonnés; ou plutôt, exigeant une illusion de plus (car il faut sans cesse recourir à la baguette magique), nous serons condamnés à dire que les deux généraux sont niis pour le spectateur , mais qu'ils ne le sont pas pour les deux camps ennemis*

La nudité du sujet des Thermopyles est beaucoup moins condamnable. Les Spartia-^ tes s'exerçaient à la gymnastique en cet état; ils viennent de sacrifier aux dieux avant ou après ces jeux qui entraient dans leurs institutions nationales et religieuses : cela est tout ample et cette excuse peut être admise. Cependant nous prierons M. David , si bien instruit de tout ce qui concerne son art , de ne pas oublier que la peinture fleurit asseas tard chez les Grecs ; que Panœnus , frère de Pbidias fut k peu près le premier Athénien

tgl, DtJ HfV DAJrs LES tABLEAUlt.

dont le talent s'empara des sujets nationaux avec succès j que pourtant, à rexceptiond'un seul de ses ouvrages cités, il se borna dans tous à peindre des demi-dieux et des événemens contemporains de la guerre de Troie, et qne, dans son tableau consacré à la bataille de Marathon , il donna une parfaite ressemblance aux chefs Athéniens^ Miltiade, Callimaque et Cynégire, sans user du costume dit héroïque ; du moins aucun auteur ancien ne nous autorise à croire le contraire. Polignote, après lui, s'exerça sur ce mêmeconh bat de Marathon > y plaça les portraits des mêmes capitaines et probablement il les faa^ billa en guerriers. £n effet , il nous semble que la coutume de représenter les héros autrement, tient plus à l'enfance de l'art qu'à ses époques de perfection. Nous retrouvons ainsi sur une pierre étrusque * , d'une haute antiquité , les sept chefs devant Thé"

' Il s'agit ici d'une cornaline très-célèbre où il ay > effectivement que cinq chefs de grm^és , Tydée , Polynice , Aittphiaraùs , Adraste et Partliénopée : leurs noms entourent leurs têtes* Ces chefs sont loin d'être entièrement nus* S'ils ne sont couverts en partie de leurs armnra , de lourdes draperies leur ceignent les reins ; l'un deui en est comme empaqueté. Un vase étrusque qui repré»

bes; lé dessin en est dur et incorrect, ^âusanias , eh nous parlant à son tour d'une composition de Polignote , ( la prise de Troie ) , dans les détails de laquelle il semble se complaire , n*y cite qu'un seul guerrier nu , et c'est Epéus, occupé à renverser un pan de muraille, épisode qui ne nous semble pas d'un efFet Irès-heui'eux. Ajoutons que, ^uand ces ouvrages virent le jour , la science de l'artiste était si peu avancée, qu'il était obligé d'écrire les noms de ses figures à leurs pieds ou sur leurs têtes. Polignote lui-même ne se peimit pas de négliger cette précaution. Certes , M: David a une bien autre manière de nous faire comprendre ses superbes tableaux.

Ceci, au reste, n'est qu'une discussion d'antiqturires qui ne tire point à conséquence ; nous insistons beaucoup plus fortement sur les motifs allégués, dans les pages précédentes, contre le nu fictif dans la peinture, et qui se déduisent de nos aperçus intellectuels.

. Nous croyons nous être assez bien ex-

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sente le héros Echellus , et une foule de bas-reliefs , offrent des guerriers nus , mais Taction n y est jamais compliquée—

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pliqués , pour qu'on 'ne nons suppose pas rintention d'enlever au pinceau le droit de s'exercer sur les formes humaines^ même après qu'il a iàit tomber les voiles et lestétemens. Nous nous bornerons à souhaiter que, dans ce cas, le nu soit motivé ou réchiné par les documens historiques , dussentils appartenir à la fable. Ce n'est pas trop exiger; ainsi nous n'adresserons aucun reproche à M» Wafflard sur sa charmante composition d'Ulysse dans l'île des Phéaciens, quoique, des huit figures principales associéesà l'action , de bon compte , cinq se montreDt danâ un costume. assez min^ ; nous irons jusqu'à louer l'artiste de ce que son sujet, malgré cet inconvénient, a pris sous son pinceau one teinte aimable de décence.

Réveillé par la chute d'un ballon que tiennent de lancer les compagnes de Nausict, Ulysse sort de l'asile où il a -goûté un léger repos , après la perte de son navire ser les écueils.La vue de quelques femmes peli éloignées le détermine à s'entourer les reins d'une ceinture de feuillage ; s'avançant vers la jeune princesse, il lui demande ITicipitalité. Le fils de Laërte est nu, il doit l'être,

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Homère le dit expressément ; les compagnes de Nausica , après avoir lavé les vétemens dont le soih leur a été confié, suivant Tusage de ces temps antiques , se sont baignées et se sont livrées à divers jeux. N*ayant à craindre aucuns regards indiscrets, elles peuvent être sans voile : c'est dans cet état qtie le roi d'Ithaque Va les surprendre. A i^on aspect ^ les unes fuient , les autres se saisissent de divers tissus ; il en est qui se groupent auprès de la- fille de leur roi ; toutes s'efforcent de dérober à Tœil d'un étranger des formes que jusques-là telui d'une mère a pu sevA entrevoir. De ces mouvemens, te tableau reçoit un ton général de pudeur qu'aecroit encore la pose très-bien entendue de l'une des deux ûgates principales. Nausica est pt«squè entièrement habillée ; émineiite en- dignité parmi ses compagnes, sans doute eli« s'est mêlée la dernière à leurs jeux et elle les a quittés la première. L'artiste a senti , avec beaucoup de goût que , devant donner l'expression d'une sage réserve à cette princesse, pendant qu'Ulysse lui parle, il ne pouvait d'ailleurs accroître l'embarras de Isa position. Aussi, retenant d'une main

sur sa gorge , la seconde tunique coorte qu'elle est prête à y attacher et que lui ^pute presque une jeune fille tout-à-£ût exposée aux regards, de l'autre elle arrête une de ses compagnes. Cet entrelacement de bras et de mains est d'une vérité pleine de grâces; on devine, si on ne l'entend, ce que Tfausiça murmure entre ses lèvres pour t$s^ surer sa timide amie; on sent aussi combko elle croit important pour elle-même de ne pas se trouver abandonnée en présence d*ua incoopu ! Couverte d'une draperie quia bien le pli 'antique , coiffée avec élégance, écoutant avec une modestie aussi éloignée de la hardiesse que de l'effroi et dans laquelle on démêle un sentiment de dignité très-convenable, la fille d'Alcinoùs devient le premier objet du tableau , quoique l'Ulysse de M. Waffiard , soit tout ce qu'il doit être. Ce n'est pas un mal ; l'ouvrage ainsi conçu cesse absolument d'avoir un air de Êunille avec les compositions de genre. Nous ajouterons même , sans craindre d'être démentis dans cette assertion , que la figure de Nausica est d'un caractère assez élevée pour être >ugée digne du Poussin,

Str KU DANS LES TABtEAÛl. ig^

l)eboat sur un tertre,. qui domine tout le reste de la toile, Ulysse, de son bras étendu -vers la mer, indique la place et les débris de son naufrage ; l'autre main, posée sur sa poitrine, fait un appel à la bonté de Nau-^ sica qu'il a su distinguer entre ses compagnes. Il y était effectivement tout préparé par la bonne disposition du tableau; son expression est bien celle d*un suppliant; mais son œil perçant nous montre qu'il n'a pas perdu lliabitude, même lorsqu'il implore, d'interroget les plus secrètes pensées de ceux auxquels il s'adresse. Chaud de couleur et .peint sur un beau modèle, le roi d'Ithaque est d^un dessin ferme. $ous le coup de lumière qui le frappe, ce torse est touché avec assez de -vigueur pour rappeler le héros, dont le bras nerveux, après avoir tendu l'arc sur lequel se seront en vain essayés les prétendans de Pénélope , les atteindra tous de ses flèches inévitables.

Nous n'omettrons pas que les femmes mises en contraste avec Ulysse, sont d'un bon ton de couleur ; que leurs formes sont agréables ; mais qu'elles plaisent moins par la gr&ce des contours , que par une sage et

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noble régularité <; que leim estrémités lont traitées avec soin; que l'effroi de quekpieft compagaes de !Nausica , vaineu par la cuio* site , leur permet dans leur fuite de touner la tête en arrière , non pour imiter la Gak'tée de Virgile ^ mal cackée par les saoks, mais seulement pour céder à cet instinct qai perdit la parente d'un patriarche, ce (piicst bien mieux entendu ; et que les plans sont assez heureusement ménagés sur la toile ) pour laisser la vue aller eh toute Hberté jusqu'au fond du tableau , c'est-Â'^re jasqu'aux montagnes qui le bornent et au pied desquelles est bâtie la ville d'Alcinoiis. No» rëmarcpierons que la célébrité des jarS» de ce bon roi^ célébrité tieyenue classique, eât d engager l'artiste à les placer ici en perspectiTc. C'est à quoi le Poussin n'eût eu garie de manquer, et nous sommes surpris qne M. WafiRard ait négligé cette heureuse oectsion d'ajouter à la vérité pittoresque de son «liet. Nous trouverons encore que les proportions de la jeune Phéacienne qui, parmi sentiment si natunel de pudeur ^ essaie 4fe s'envelopper avec la tunique de Hansics, sont un peu grêles : ce n'est pas qn'eUcs

tiXT KU DAKS les TABtSAtrlD. tQQ

tie conviennent à< Fâge tendre (foe Fartiste , a. eu probablement Tintention de mettre en soène , ^^li8 c'est qu'il eût pu leur en substituer d'autres d^nn aspeot plus flatteur. Ënfln Le char attelé de deux mules et que des feinmes chargent de la garde -robe toute tr&npée du vieux roi, quoique assea pro* nonce dans l-éloignement » s'explique mal et ne nous a pas semblé dSine forme antique.

Mais voilà que nous nous livrons à un examen sévère et détaillé d'un charmant ouvrage i , tandis que notre seul désir était de prouver y par son succès , que la peinture admet des nudités , quand elles ont des moti£s , et qu'alors ni l'œil ni la pensée la plus austère ne les repousse. Effectivement il n'est pas d'appartement de femme où Touvrage de M. Wafflard parut déplacé. Nous ne cesserons de le redire : le nu veut être motivé en peinture , et le pinceau ne doit encore s'y hasarder qu'avec décence , comme dans la Suzanne de Santerre , vrai modèle de la mar

' Ce taMeau de chevalet appartient à M. Lafitte , qui l'a acheté dans Tatelier de Tartiste.

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nière de traiter les sujets religieux. Encoiv un mot sur le nu : c'est une carrière oà le pinceau peut se permettre beaucoup plus^ quand il reproduit les formes de la femmer que quand il révèle celles de l'homme. La raison en est simple : la pudeur > est Tapanage de la vierge y de l'épouse et de la mère de famille ; c'est leur vertu persoanelLe et le gage de toutes les autres. Elles peovent s'affliger de leur propre nudité ; mais eUo en seront moins blessées que lorsque celie d'un autre sexe viendra s'ofârîr à leurs ngards.

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