CHAPITRE XXI
Ce n'est pas sans motif qu'on a donné à l'emploi des couleurs et des lignes, dans un taMeau , le nom par lequel on désigne l'emploi des mots , des diverses locutions et des images dans les compositions littéraires. Le STYLE y duquel il a été dit par un grand écrivain , que « c'est tout l'homme , » est , en peinture , la manière de rendre la composition , qu^on a conçue , sous le rapport des formes, du coloris et de l'expression; en deux mots , c'est l'exécution caractérisée , c'est tout l'artiste.
Entendu ainsi , le style n'est point sus-^ ceptible d'être défini dans im article spécial , puisqu'il comprend , sans réserve , l'art dans ce qu'il renferme de plus important et de plus élevé; mais quand, avecBaphaël Mengs, Reynolds et l'abbé Dubos , on reconnaîtra diiiers genres de style , suivant les diverses
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écoles , nous croirons que l'artiste , qui teilt s'assurer des droits sur l'avenir, doit faire le choix le plus propre à seconder d'aussi noble» intentions. Nul doute qu'il ne préfère cdvi qui est le plus en rapport avec les dispositions natives de son talent et de son goût} car, (lira-t-on, le style ne peut guère plus se donner que la couleur , déterminée elle ménie par la conformation de l'organe vi* suel. Toutefois , cette faculté d'option laissée à chacun aurait d'étranges inconvéniens, si elle était indéfinie. Elle tendrait a autoriser un arbitraire préjudiciable àtoL arts d*iini' tation , et Ton serait fondé à se demander PQOMnçnt t Ift Dfttur? devant être la méae pour tous ceux qcd l'envisagent dans ses effets y il y aurait différentes manières de rendre ceux-ci, également bonnes , égaler ment dignes d'éloges ? nous pensons dooc que cette liberté de choix a ses limites, et que f tout en variant leurs aperçus et leois procédés , les grands artistes n'ont janais perdu de vue un type principal , devenu pow eux un point de réunion y ainsi qaeies giaads écrivains de tous les siècles , diveisemeot inspirés par leur génie , se aont attaduis *
mettre leur éloeution en rapport avec leurs pensées y et celles-ci avec les vrais sentimens de l'âme. £Afin les nuances , par lesquelles se sont distinguées les écoles dans les arts de l'imitation matérielle , ressemblent beaucoup à celles dont le propre ^ dans les lettres , est de donner un cachet particulier à Montaigne , à Corneille , à Bossuet , à Fénélon , et à tons ceux qui ont tenu la plume avec quelque honneur. La nature a été nécessairement le guide des uns et des autres, si bien que le parallèle entre ces deux classes d'auteurs aurait une conformité remarquable. Peut-être un seul homme nous autoriserait à dire f**>^ ic trSTttii de iâ main occupée à faire revivre l'expression de la pensée , a été encore plus loin que l'emploi du langage dirigé vers le même but. Nous croyons en effet que Raj^aèl a été plus* grand peintre qu'Homère et Virg^e n'ont été grands poètes , Démosthènes et Gicéron grands orateurs , Voltaire et Rcmsseau grands écrivains. Il nous semble que cette supériorité 9 acquise au peintre d'Urbin y serait encore justement partagée par quelques célèbres sculpteurs. Nous citerioiis en preuve le groupe du Laoooon : cer*
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tainemeat le cbantre d'Énée , le cygne ie Mantoue , qai « à notre avis y est en poésie la perfection possible , est resté bien an-dessous du ciseau , dans les trente vers admirables par lui consacrés au même sujet. Lisez^ regardez et jugez 1
Chaque auteur s'est donc créé son style suivant ses propres impressions. Riche de connaissances d'anatomie , Buonarotti avait vu que tous les actes organiques de rhomme, selon qu'il est diversement ému , tendent à attirer vers lui les objets, ou à les repousser^ Dans le premier cas y il s'^n fait le centre; il cbSTcbe à se les incoq>orer pour ainsi dire a lui-'méme. Telle est l'origine de tans lesmmH ▼emens doux , figurés par la courbe ou l'ellipse; dans le second , les membres font opposition à l'objet ; ils s'allongent , ils se dressent en avant de toute leur énergie mnscalaire ; ^t cette attitude forme des angles avee les corps ou se dessine en lignes droites qoi^ vues de face , ont donné Uen à la science des raccourcis. Michel-Ange> qui regarda la nature dans ce dernier état d'irritation et de colère , les a prodigués. Sous son pinceau , ils furent bardis et grandioses , mais qœl-
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quefoisdurs et hasardés, au moins pour l'œil dont il faut toujours ménager les délicatesses; car une attitude a beau être yraie d'exécution, si elle fatigue la vue, sans que Taction Feidge expressément , l'artiste babile doit lui •en substituer une autre. Avoir raison contre cet organe^ c'est avoir tort en réalité.
Le Corrège, amené par la direction de ses idées , peut-^'re par celle de ses sentimens, à étudier la nature , sous un jour plus ÊiYorable , la vit aimable et affectueuse : des contours pleins de grâces naquirent de sa tou* ehe. Celle-ci caressa pour ainsi dire la toile ; en possession du secret de l'ombre et de la lumière , elle demanda des demi - teintes à l'une , de tendres reflets à l'autre; elle se servit de ces passages pour mettre ses compositions d'accord, pour les renfermer toutes dans un lien harmonique. Ainsi le caractère de l'école lombarde se dessina , dès oe mo* ment , avec une sorte de douce mollesse , tandis que l'école florentine dictait à ses élèves des lois aussi austères qu'imposantes.
Le style fort et le style gracieux ont donc trouvé leur source dans les mouvemens du ccBor humain ;xela devait étre« Sous la main
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des mftitres habiles , on les a vus se modifier, se fondre, se tempérer l'un par l'autre ; cela devait être encore eC c'est un des plus beaux succès du talent. Celui-là se tromperait, tpât jugerait que Raphaël manque de grâces; celui«-là s'abuserait également qui loi reprocherait de manquer dé fierté ou de yigiieiir. Initié aux mystères lès plus intimes de la nature , il l'a surprise dans ses emportemeos de haine et dans ses élans d'amour. Les nuances de ces deux passions , qui r^^sent tout ici*bas , ne lui sont pas même échappées; leurs rapports les plus touchans ont enrii^i ses compositions, et de même que le phs beau style peut-être en littérature serait celui qui , n'ayant pas de cachet , se teindrait toujours des couleurs du sujet (<), ainsi Raphaël n'appartient à aucune école, pas même à celle qu'il a créée.
Examinez en e£fet comme il se varie a«c les matières qu'il traite I il n'estpas jusqu'au sentimens les moins susceptibles de se diversifier , que son talent n'ait dotés de «kheases
' J.-J. Rousseau a donné plus d'une preuve de cette précieuse flexibilité.
nolivelles , dérobées à la nature par son esprit observateur. C'est ce qu'attestent ses vierges, ses mères I ses femmes de tout âge. Il a connu que, pareils à l'amour qui attire tout à soi, la crainte et le péril rapprochent aussi lesmem* bres de leur principe de forces j règle observée dans le Lucifer vaincu pari' Archange Michel, dans la figure d'Attila et celle de ses che- ▼aux effrayés par le spectre des deux Apôtres ; il n'a pas ignoré non plus que de tels ikiouveméns n'auront rien d'aimàMe, à moins qu'ils ne soient dus à la pudeur , sorte de grâce réfléchie , dont le charme n'agit jamais plus puissannnent que quand elle n'est pas dans le secret entier de ce qu'elle redoute» Combien de fois n'a-t-il pas nuancé la douce ex|)ression de cette pudeur ! Sous son pinceau , celle d'une j^une fille diffère toujours du même sentiment éprouvé par nne femme mariée ; il n'a pas manqué de donner à la première un caractère plus naïf et plus angélique. Il vous fera trouver-de la dilféreace entre Marie qui tient l'enfent divin sur ses bras, et la fille d'Anne et de Joachim saluée par l'envoyé céleste. C'est vraiment celle-ci qu'il vous montre toute rem*
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plie de grâces pudiques , conTenance trèsheureusement saisie , après lui , par Pierre Mignatd dans le tableau déjà cité , tan^ que Marie devenue mère , Marie , pressant contre son sein vir^nal le Sauveur des hommes , tout en couvrant son enûint de ses tendres regards , paraîtra pénétrée de la dignité dé son élection. Ainsi le génie voit ; ainsi Raphaël a-^t-il envisagé ce sujet , si souvent reproduit dans son oeuvre , et toujours admirable par les traits , doux ou nobles , dont il Ta embelli !
Ceci, dira-t-^n, tient au goût : nous en conviendrons ; mais le goût ou plutôt le sentiment de chaque artiste, ne finit-ii pas toujours par déterminer la tendance de son style? celui-ci ne se £orme-t-il pas de ses idées les plus habituelles et de la qualité dn modèle qu'il se propose? s'il s'attache à copier trop timidement la nature , ou ce qui est encore moins, ceux qui l'ont copiée avant lui, il sera Êiible dans ses effets. Le tableau d'une descente du Saint-Esprit sur les apètres, exposé, il y a deux ans, dans la capitale , fut blâmé avec motif, parce que l'auteur ( M. Begasse ) y avait transporté des
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expressions y des -attitudes , dés figures en» tières et jusqu'à des pans de draperie , ap~ partenant à Raphaële Cet air de famille aTec Un grand maître , quand on ne l'obtient que par des larcins, dont la preuve est .appà- .rente, ne constitue pas un style propre à l'artiste. Louables chez un jeune élève , comme témoignage de ses bonnes études, les souvenirs ne doivent jamais prendre les livrées de la servilité. Le vrai talent se plaît peu aux pastiches qui déposent d'une trop grande abnégation personnelle; il s'élève encore moins en traitant des sujets ignobles : car les dessins de tabagies , de corps-degarde , d'intérieur d'appartemeh^t et de nature morte, permettent bien peu à l'imamgtnation de prendre de l'essor* Condamné à imiter le matériel dé ce qu'il a sous les yeux , pour tout encouragement , le peintre eat réduit à la trop peu flatteuse espérance de se distinguer par le fini des détails et par des effets de jour^ qui résultent d'un- simple mécanisme assez facile à saisir.
Que me fait votre Vieille à la lampe^ qu'aije à attendre de votre Peseur d^or , fussentils de Gérard-Dow? Bien^ que le spectack
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d'nne exactitude opiniâtre à rendre da choses de pea d'intérêt , et Tis-à-vis desquelles je me trouve tet» les jours damnes counes , sams daigner leur accorder uneonp d'eeil. Voua n'avez pas eu besoin d'un gmd effort de réflexion pour composer de tels tableaux; rien ne m'oblig« à m'y arrêter, de mon côté, que la perfecTtàMt même à laqneDe vous condamne leur peu d'importance. Êtes- TOUS faible ou seulement médiocre, je pisse outre. Me parlez-vous de votre style, je ne vous écoute plus.
Le style 9 qud. qu'il soit, ne se forme en -e£fet { qu'en s'exerçant sur quelque eliose de mieux , et Tart n'est digne de se destinatioB qu'en accq[>tant la noble tâ<^ des'emptter de la pensée y de la fixer sur la toile on de l'arrêter dans le marbre» Le plus grand effort du talent et son plus beau triomphe eeront toujours d'exprimer, en nous, ce qui daaiiae la nature palpable. Celle-ci, comme instroment, reçoit des lois. La copier, rîmiler, sans y joindre ce qui la met en i^on, ce . qui lui donne la parole , ou ce qui , la damiH tant avec énergie, lui impose le silence, c'est oublier le portrait du maître pour trxfvikr
à celtii de Fesclave. Mais saisir Feipressioa au passage souvent imperce^itible des lèvises, au mouTement eacore plna rapide des ytnx , forcer la Tolonté ambulatoire do rhoiume à être stattonnaire en notre présence, pour la soumettre aux r^narques de nos contemporains et de nos arri^se-neveux, c'est avoir «compris Timportanee de la vie , dont chacun de nous a reçu le présent ou le fardeau. £n méditant a cet effet sur les grandes agita-*tions du Gcmr^ en se faisant peintre des tempêtes qui ont assailli les existences célèbres , on »*y assoote en qudque sorte. Aussi peuton dire de Eaphaëi , de le Sueur, du Dominiquin , du Poussin , du Corrège ,de Léonard de Vinci, qu'ils ont vécu avec ce que Pespéce humaine a de plus grand. S'ils ne l'ont connu de vue , as Tout pratiqué en pensée. 'Initiés aux secrets de la terre, peut-être à -ceux du ciel , ils ont dà , daâs leur genre , avoir le style noble et sublhne 9 comme les écrivains de toutes les époques mémorables, qui ont laissé des vestiges dans la mémoire des peuples.
L'habitude d'être en contact avec la hante société d'une nation et de la soumettre à
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leurs ëtadesycommuniqne nécessairementime eertaine élévation d'idées , aux artistes et«ax littérateurs de chàipie pays ; ne fùt-il asàs que sur les seconds degrés de -l'ordre social, le peintre d'histoire digne de sa yocation, dans son style, se réglera sur cette échelle. -Cependant ceux qui parcourent cette carrière se feront remarquer par des cafactères distincts. Ils prendront une physionomie, suivant qu'eux-mêmes il» auront habitiiellement envisagé leurs sujets. M. David a véca avec les Grecs et les Romains ; il s'est noani de leurs ma^pmes, il a assisté à leurs banquets , il a vu leurs sages dans la prison le breuvage £ital à la main , leurs athlètes dans la palestre et leurs guerriers sur le champ de bataille : ses tableaux seroiit donc empreints d'une couleur antique^ on y démêlera une certaine sévérité de pinceau, en harmonie avec l'esprit des grands hommes le pins son- .vent présens «à sa pensée. Si san Hélène né- .tait.là.pour nous empêcher de pousser trop loin nos conjectures, nous serions testés de croire que , sous sa touche savante, la beaoté aurait elle-même quelque chose' d'austère^ et peut-^tre son talent eût-il descendU| afcc
peine , kiix coinpositions dans lesquelles on ne souhaiterait d'autre mérite que celui d'un travail gracieux. La Psyché de la galerie Sommariva nous a semblé propre à nou» ^£fermir dans ce s^entiment. Il est vrai que cet ouvrage, enfant de l'exil, et l'un des der-" niers nés du père de l'école française , peut, à certains égards, être assimilé au soir d'un beau jour ; comme celui-ci , il brille encore, mais son éclat attriste, en rappelant qu'il n'est pas de soleil, dont la destinée ne soit de descendre, à son tour, sous l'horizon. •n Ne pourrait - on pas dire que M. Guérin , familiarisé également avec l'étude de l'antique , peut-être plus qu'avec celle de la nature, en a fait passer les' beautés dans ses compositions ? Ses tableaux,^ presque tous remarquables par la force de l'expression ,; ont quelque chose de noble et d'assez décidé dans les lignes qui rappellent les belles productions du ciseau grec. Si l'ceil ne s'y enfonce pas autant qu'on lesoidiaiterait , s'ils •ne saillent pas assez devant le spectateur, et si le trait, d'ailleurs assez pur, n'y a pars toute la mollesse des contours auxquels^ M» Prad'hon n^us fait attacher du prix , a«
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moins est-il permis d'affîrmer qae l'expnssion , la prisée et la touchante simplicitéot sont toujours recommandables. £n arrêtant nos regards smr son Andromaque suppUante, aux, pieds de Pyrrluis , po<or son fils Astji" nax» réclamé par Oreste au nom de la Grèce entière I y nous ayons cru voir un magnifique bas - relief, sorti de Tatelier de Phidias et destiné au Parthénon. Tout en admirant ce beau talent, noua qroyons en avoir earactérisé le style. Si M4 GuérCn' pense devoir j modifier quelque chose ,* dans l'intérêt d'une réputation déjà hriUante , nous nous féiiâtarons de ce que nos avis ne Imi auront |ias jMmblé d'une hardiesse trop présomptaeiife. Quant à M. Gérard qui a transporté sv ses toiles les.personnages les plus illustres de l'Europe» qui a donné de la mjéme maniàey une seconde vieeux femmes les plus célèhres de son temps» «lous serions disposés à croire qu'il a puisé f^Jins ce commerce » one |;rtnde
' Hé 'Ricb<>ii|«ie grvrs jsn ce rnooMot ce; mijct , qui ne pouvait être coii6é à de meilleures mains. L'eaa-forif « qiill en a tire'e , nous a paru d^un effet heureux , miM prëeisëment dans le sens indiqué par nos paroles ; c'est dire qu'il a conservé m phjrsionaaiis k « bma taUtaa.
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aptitude ans vastes compcAitions , le discerneitient nécessaire pour les ordonnancer avee sagesse et une certaine réserve de pinceau qui ne manque ni de charme ni de dignité. Doué d'une imagination poétique^ il s'en est rendu le mattre ; il connaît aussi la valeur des accessoires et d'une figure mise i sa place. S'il n'ose pas davantage, c'est par science j>lus que par timidité , ce qui lui a attiré le re-' proche de manquer quelquefois de vigueur dans ses tons et de fermeté dans sa^^touche. Sans parler de plusieurs autres de ses ourra^ -ges., sa Corinne est faite pour le laver de cette accusation. Jules Romain dans sa force , n'a pas plus fièrement dessiné une seule de ses Muses et il n'en est pas non plus une seule à laquelle il ait donné une plus noble inspir* ration. Sans avoir la dialeur du coloris de M. Gros , M. Gérard sait ce que porte sa pa« lette. Habile à disposer sur un plan harmO" nique une scène imposante, il recueillerait aoj<nird'hui l'héritage de M. David , si maU lieureusement cet héritage était à recueillir.
C'est donc par la direction des études de l'artiste que se formera ton talent d'exécu-
tiôn; c'est auivaift qu'il envisagera les chefe" •d'œuvre dés maîtres, stûrant même qu'il regardera ses propres ouvrages, que soa style prendra... tin caractère, et ce n'est qac par comparaison qu'il parviendra à en corriger les défauts. Ainsi Raphaël qnitta la manière sèche du Pérugin après avoir va les productions de Massacio , de Léonard Vinci et du frère Bartholomée *de Florence. Uh bruit encore a couru que ses idées prirent un vol plus élevé , après que son oncle Bramante , en Tabsenee de Buonarotti, loi e«t ouvert les portes delà chapelle Sixtine. H seraitpossible cpe M< David éùt perfectionné sa couleur en Belgique ^ du moins'rôn pourrait tirer cette induction de l'un de ses deniers tableaux , que nous avons plus d'nne fois cité et qui, sous ce rapport, e^ irréprochable. Si les autres ouvrages de ce maitre n'ont pas tous conservé le coloris , dont ils brillaient en sortant de la palette , ne pour-' rait-onpas l'attribuera l'emploi pemicieax du bitume et d'une terre dite de cassel, d'un effet très-flatteur dans les chairs des femmes, au moment où on la met eu œuvre/ mais qui tourne easoite à uii« t^te de por"
cdaine ? Au reste le Socrate produit par la même main , si beau dans T exécution et dans la composition, n*a siibi aucun déchet. Sa création est antérieure à la Yogue de cette terre de casseL Les peintres devraient bien quelquefois causer avec les chimistes, et solliciter nosThénard à des expériences, puisque le sort des plus admirables peintures dépend du travail combiné des couleurs et de leur réaction sur elles-mêmes.
Il est certain que la connaissance de l'antique a eu une grande influence sur les arts d'imitation , du moment où Câmabué a tenu le pinceau , jusqu'aux beaux jours des écoles de Florence , de Rome et de Bolo^e ; nous ne saurions davantage révoquer en doute les immenses progrès de l'école française , dès qu'elle s'est vue en possession ' des chefsd'œuvre, dont nos murailles furent parées par les conquêtes d'Italie. Nous ignorons si le retour à l'étranger de ce précieux dépôt sera fort utile à d'autres artistes , problème que nous serions tentés de résoudre négativement, en considérant que Cammucini est le seul de ses peintres que la capitale des arts puisse citer avec quelque orgueil et que le
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statiuiire Canova, pres<!|ue las d'une célébrité acqixisè par un mérite classique j cohrant après une élégaticé apprêtée y s'éioigiie , âè jôur^n jour, de la belle simplicité des anoiens; mais nous établissons en Êiit que notre école de peinture ne sonflTre pas moins de cette privation que de l'absence de son fondateur ; nôtis ne nous tromperions pas enU voyant menacée d'une dégénération prête à s'accélérer par d'autres abus , dont nous aurons prochainement lé courage d'explorer et dé signaler les causes ftintsstes.
Plus riches en statues qn'en tableaux, par là possession dé la galerie Borghèse, peut-être avons-nous à regretter de n'aYoir pu en échanger une partie contré quelqnes- Unes dé ces sages productions de l'école romaine , où se montrait l'étude de la statuais antique sans la sécheresse verticale de ses lignes obligées, aujourd'hui transmises à notre école.
Suivant Félibien , écrivain de bonne foii mais faible appréciateur àe quelques-uns des grands artistes dont il a parlé , tels que le Corrègc, Salvator-Rosa, et particulièrement le Sueur , qui n'a pas été mis par lui à sa
place ' , 4e Poussin s'était ^it des règtes de style fondées sur l'ordre musical des Grecs. Nous allons en tracer rni exposé rapide. La grande intimité dtiifs laquelle Félibien eut l'avantage de vivre à Rome , avec le peintre des Andelys ', donne un caractère de vérité à cette théorie ^ qui ti^it encore plus* à un sentiment eatquis et délicat du b&au , qu'elle n'est ingénieuse dans son apj^iûatidn.
Les divers modes de musique furent d'abord peu nombreux c^z les anciens , et l'échelle des sons que ces derniers tiraient de leurs instruiuens ieut peu d'étendue , puisque leurs lyres ou cythiures commeneèvetit par ne porter que trois cordes ; mais chacun de ces modes eut un caractère spéaieL Le dorien^ comme le plus'grarve des trois, fut affecté aux fêtes des dieox , aux louanges des héros , &u récit des belles actions » eu un mot aux aSfdSres sérieuses de la fie; l'on soupçonne qu'il en. reste quelques vertiges dans le chant grégorieué Comme le pliu véhé»e»ity le Biéde phrygien fut destiné à enflammer les eoulteges, à animer k^ guerriers dans la
* YitjM la page 469 4» tMM ii de «eS EHtréiiens.
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mélèé y et à exalter lès passions irritiJ>Ies de liotre nature. Sans doute c^est sur ce mode que Tyrtée fit chanter ses poésies aux Spartiates y quand il les conduisit contre les Messéhiens, guerre injuste , où le lecteur prend parti pour les vaincus. Si le sentiment seul pouvait mettre sur la vme des institutions perdues qui occupent une grande pkce dans les annales des peuples , nous rapporterions encore à ce mode les hymnes dont les mâles accens , pendant vingt années , accompagèrent les soldats français dans le chemin de la victoire , et pour lesquels , malgré la dispersion de leurs batailk>ns , l'oreille de ces braves a conservé des cordes sonores. Quant» au mode Ifdien^ les «amours, la volupté , la joie et la mollesse le revendiquent. Interdit à 'Sparte ^ il était encore repoussé de la république de Platon y ou Homère lui-même ne conservait pas un droit d'asile. • Le nombre de ces modes s'accrut de leur mélange : la chose ne pouvait se passer autrement , car toute la muâque possible se renfermant entre les sons graves , élevés ec aigus, ou étant comprise dans un chant paisible, animé et tendre , il ne restait pla&
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qu^à y i&tercaler des notes moyennes , ou à combiner ensemble les sons voisins pour en obtenir ui^e extension harmonique. C'est ce qui eut lieu : .de là Tinrent les modes ionien et éoiien, qni se placèrent naturellement, l'un entre le dorien et le phrygien , et l'autre entre le phrygien et le lydien ; le dej^er , plein de chaleur et de mollesse , se ressentait de sa double origine. Sapho l'illustra ,' en lui confiant le soin d'animer l'expression , non moins douce que cruelle y des tourmens de son cœur.
Si quelqu'un nous demandait maintenant quel rapport il existe entre cette théorie musicale et les admirables tableaux du fioussin, nous répondrions en citant ce grand artiste lui-même. Qn apprendrait qu'avant de com^ mencer une composition^ il Aiaminait attentivement le caractère de son sujet, et qu'après l'avoir arrêté dans sa pensée , • il y appliquait un des modes grecs y dont il se pénétrait pour tout le temps que durait son travaiL €'est dans cette disposition d'esprit qu'il tenait le pinceau , donnant un ton austère 9 ùu dorien y à tout ce qui pouvait ifétre réclamé par ce mode , non-seulement
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AUX figures, naus sémc au site; «« répaii' daak un eharne tcmekaat sur sa twle, an aKi!ye]\ du mode lydieB , qui le remplissait de pensées douces et de souvenir» mélaiicolicpies. Nul dente qu'il ne se s<Mt • laissé alkr • ces dernières inipressicNns en eorapostpi son Areadi&y ^wi M^ïse- sauvé ^ et son ûofnant tsd^e9a de Rék^cea , idjrtte ainairie iMen supéneure, par la mérité des aoitiide» et la gr^ee nainre des tètes., au méaM siqet traité par Gaïpel «vec ufi style alfeelé > c|m fut d'un bien triste augure pour l^écele. Aa eontraire, le mode dowiettlà dirigea , l^csipe, jetant un crêpe de deuil suf la n^fpupe entiève, i^nous appela aux denûèras obsèifass du gcnpc hpmaiay célébrées sup un ton fi higubve^par se» td^leua àtkSMuge. Btniii^ din de SakH^crre nous pavie d*un cntrstian qu'il eiit avec J»^-J.]^iuaeau, touchant cette eonpositâen : si noua le croyons, il ' conduisit Tantcur d'Émiie à oenvenir que le serpent n'était pas ici le sufe^ principal, et qu'il lallait càerclier ee éemicr dans la femme occupée à sauver ^on enftmiL Vfaie à. quelques égevds , eette venaMpie.ac ésit pas être piiac dHme roaniène absolue. Car
iqi y suivant nous , il n'y a paiilt de sujei principal; on y trouve seulement un en* sen^ble de désolation » et presque une fonte du globe sous Télëment qui le noie* A peine aperçue^ Tarche YOgue au loin ; le serpent q^i se glissa yei*s la eioue d'un rocher aveê plus d'apparenee, comme cherchant à échapper si riknmersion générale , explique tout ; il reporte la pensée à U source de cette grande calamité , et U renf(Qime dans ce tableau , comini) ^ans une page sublime » toute rhistoire d'un moade «^ va cesser d'être.
Nous obâUTTerons que ee eheM*œuvre Ait mal appr4cié lorsqu'il parut. Suivant l'exprèsaion dea aaqi^9 » ce Ibt le obant eu cygne , par rinstrum^l^t auquel on le devait ne rendit plus aucuns sons > et la nature perdit un de ses plus fidèles interprètes. Laissons un instant le Poussin nous faire part lui^mAme de la méthode» qui eut tant d'influence sur son siy4fi; elle yaut bien la peine d'être étudiée»
£crîxtnt à M. de Chantelon, il lui mande « Que y si le Moïse sauvé lui. a donné tant » d'amour lorsqu'il l'a tu , ce n'est pas qu'il
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» ait été fait Avec plus de ^in qne le précé^ » dent ouvrage ^ mais qu'il doit considérer » que c'est la qualité du sujet et la disposition i> dans laquelle il se trouve Im-méme , en le » voyant, qui causent un tel effet; que les » sujets des tableaux qu'il fait pour loi doi- » vent être représentés d'une autre manière, » et que c'est en cela que consiste tout Tar-
V ttfice de la peinture ; que c'est juger avec » trop de précipitation de* ses ouvrages ; )} qu'étant difficHe de donner son jugement, » si Ton n'a une grande pniticpie et la théorie » jointes ensemble , le» sens seuls ne doivent
V pas le faire , mais y appeler Ia#aison; que, A pour cela , il veut bien l'avertir d'une chose y> importante, qui lui fera connaître ce qu'un 9 peintre doit observer dans la représenta- 3» tion des choses qu'il traite : c'est que les D anciens Grecs ^inventeurs des beaux-arts, » trouvèrent plusieurs modes, par le moyen » desquels ils produisirent le& effets m'erveil- » leux qu'on a repiarqués dans, leurs ouy> vrages ; qu'il entend , par le mot mode , » la raison , la mesuré ou \a./brme dont il se » sert dans tout ce qu'il fait , et par laquelle )» il se sent obligé à demeurer dans de justes
» bornes y et à travailler avec une certaine » mëdiocritë , modération et ordre déter-- » minés , qui établissent Touyrage , que l'on » fait, dans son être véritable.
». Que le mode des anciens étant une com-^ » position de plusieurs choses , il arrive que » de la yariété et différence qui se rencon^ y> tre dans l'assemblage de ces choses , il
V en naît autant de différens modes , et que D de chacun ^ composé ainsi de diverses par* » ties mises ensemble avec proportion, il en » procède une certaine puissance d'exciter
V l'âme à différentes passions ; que de là les )} anciens attribuèrent à chacun dé ces mo> » des , dans la musique., une propriété par- » ticulière , selon qu'ils reconnurent la na> » ture des effets qu'ils étaient capables de » causer ; que , à l'imitation des peintres , )) des poètes et des musiciens de l'antiquité, 9 il se conduit sur cette idée ; que c'est » aussi ce que l'on doit observer dans ses » ouvrages , où , selpn les différens sujets » qu'il traite , il tâche non-seulement de re- » présenter , sur les visages de ses figures , » des passions différentes et conformes à M leurs actions, mais encore d'exciter et faire
» aaitra ces mêmes passions dans rame èe u ceux qui Toient ses tableaux '. »
Tel est l'exemple qù41 coBviendra d'imiter toutes les fois qii*oa voudra déterminer le vrai style d'us tableau. S'id^stifiant avec chacun de ses personnages , le Poussin ne se bornail pis à les costumer , à les impressionner, à les faire parler et gestieder dans le sens de letirs caractères et de lenn intérêts y ainsi qu'y réusait avec un art adniiral^le le premier acteur de la scène £kid* çaise et de tous les tbéâtres de r£arope ( M.Talraa); nais, plein d'une pensée principale y il en répandait la teinte sur Teusemble de sa ecnaposition , et lui donnait ainsi une harmonie de douleur, de grâce on de dignit;é. Voilà ce qu'il a voulu insinuer par sa lettre très^remarquable à M', à» Chaatelea. Nous Tavons transcrite dans œ chapitre, avec l'espoir qu'elle ne sava pas perdue peor les artistes jaloux de mettre quelque accord entre leurs figures et les fiibriques qui leur servent de fonds.
Non'-senlement le style antique , autre-
' Extrait de Fâibira , tome ii , page 353 , >a-4*.
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ment l'^ttde des précieux restes de la Grèce et de riudie, rerlt dans les ouvrages du Pe^iibssin ; on j trouye ^çneore un parfîam eiiqw de T^ntiquilé lUtéraîre et iLi^torique- Ce |i^ sont pAs les seules ligi^ea et les seules ppopoi'tieiiA des stçitues et des monumeni» qiie l'oa redonnait sur sa tetle ; les nvœnrs s'y mOntTiwt tout entières , et Ton est tenté de sfiluer, en ïàbonàêntj. rélégaace attique, ou de s'ipe^linev devaut le génie de Rome.
'Ici se présente roecasion, de parler du style dans lea paysages; il y a quelque ebose à dive sur cette matière , et nous ne pou^ ve»s le feire d*»nje manière plus opportune qn'k h saite des réfle^iipns consacrées au tarie»^ de ThcHume qui a le mieux entendu cette parlùe de la . composition pittoresque. Il faut le reconnaître : les progrès de notre éc9le sont sensibles en ce gtm^ , agrandi par lepîaQe«u de nos artistes de Tépoque actuel 1^. ViEÛnement le Pcmsân , le Titien , les Carraebe» ClAude le Lorrain, SaWator-Rosa , les deu3i Bol^, R^bens lui-même, avaient appris à leurs si^eees^eurs que , comme imitation entrepriae avec cboix d'une portion de pétjrs , le paysai^e était appelé à produire sur le
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spectateur une impression analogue aa site représenté. On avait oublié que, pareil au peintre d'histoire ,^le paysagiste doit nous conduire , par des sensations , à des pensées et à des sèntimens , ou qu'il n'est rien dans l'estime réelle des talens agréables. Jusqu'à M. Yalenciennes, qui a élevé ce genre à la hauteur où il est présentement parmi nous, nos artistes se contentaient d'esquisser nu coin de piÎLirie , de jeter sur leur toile quel*ques rochers , ou d'y semer un bouquet d'arbres, auxquels on ajoutait une chaumière qui n'avait pas toujours un aspect de vérité; ce n'est pas là le paysage. On aura beau nous dire que Berghem , Paul Potter , et Ruisdaël qui leur est bien supérieur , l'ont conçu de cette manière , nous persisterons à dire qu'un art n'est ce qu'il doit être qu'en atteignant à sa perfection possible ; que cette perfection, placée dans le moins y serait un mensonge , et qu'en descendant à être peintre de genre dans le paysage, un artiste consentirait à être bien pçu de chose. On se tromperait également , si l'on se persuadait que nous n'attaquons ici que les dimensions des sujets traités; car nous avons arrêté nos yeux
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sur des tableaux de quinze pouces qui étaient de véritables paysages, tandis que le fameux Paul Potier , représentant un groupe d'animaux arrêtés près d'une barrière , où les regarde un pâtre , quoique avec la taille de nature, n'est, dans l'exactitude des paroles, qu'un simple lâbleau de genre. Cet ouvrage d'un grand prix , pour le trafic , a été enlevé à notre Musée ^ et nous aurons l'impertinence de dire que nous regretterions davantage une de ces belles compositions où le génie du Poussin , mettant en harmonie les traditions , soit historiques , soit mythologiques , avec un riche développement de la* nature champêtre , associée elle-même aux travaux de l'homme , nous transporte aux portes d'Athènes , sur le territoire d'Eleusis , ou dans les sites de l'heureuse Arcadie.
Sans atteindre à l'intérêt qu'inspire une représentation fidèle des actes de la vie humaine, surtout quand ceux-ci appartiennent à des êtres constitués dans une fortune éminente, le paysage a des moyens puissant de se faire ouvrir la porte dés musées et des cabinets des amateurs. Émanation d'un doux
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instinct que l'on étouffe avec ^ttae^nos vceux ou nos regrets nous transportent sans Glisse, en e^rit ^ vers ces champs • où la nature a placé le berceau de la plupart des homnesi et la tombe de tous^ Au défaut d'une réalité que notre position sociale aous înt^dit trop souvent , nés yeux poursmvênt partout Titaa^e d'un séjotir obampétre. S'il n'est la. joaissanoe du bonheur , il devient le rêve de la médiocrité. Une échappée de vue sur la campagne décidera tel locataire dans le cboix de son domicile ; tel autre , aidé du burin on du pinceau , s'entourera de6 scènes de la vie pastorale. Trop peu riche pour appeler ehez lui les Claude le Lor]:ain et les Watelet ' en personne'^ il chargera les Wollet de l'en consoler pas d'aimables copies.
On a justement setiti que ce genre de composition finirait par être frappé de langueur , s'il n'était âniitié par la présenee de l'homme.: pour se conformer à cet .aperça,
' lious regaiîiniw M. Watelét comiBe Vartiste françau le plus fait poar ressusciter , chez nous , Claude le Lorraiu; DousTavOns dit il y a trois ans, et notre o{>itiiuil ni pu que se rail^rmir à èet éi^TÛ. j cjonitiiè te ialeot dfe ee paysëfiste*
DU STYLf. a3i
il n'est pas si mince paysagiste qui ne nous montre, sur sa toile, oii un modeste voyageur dirigé vers l'àbri de la cabane prochaine , Ou un pâtre chassant devant lui son troupeau ; inhabile à reproduire lui - même ces détails obligés , il àuTa recours à une main étrangère et lui confiera le soin- de peupler «es solitudes désertes. Quelcpiesuns ( et ce sont les plus distingués ) pour ennoblir leur travail , se sont décidés à y faire entrer des. actes épisodiques, empruntés à la vie des personnages célèbres. Ainsi le Poussin vous attendrira sur le dernier exil de Phocion ^ chassé de TAttique même après sa rarort ; ainsi il vous montrera Orphée , tout livré à une sainte inspiration , tandis qu*£nrydiee occupée à tresser la couronne qu'elle liii destine, pour récompense dis ses chants, refait la piqûre mof telle. Avant lui, les Caniches et le Dominiquin i ont travaillé sur des £onds dé paysages ; k Titien en a
' Quoi<{ae cotitemporaia da Doftiitiiqaih y ie Pouwia n» flèitrit daas Fart qu après ce peintre célèkre. IVous citerons en preuve le tableau fie la Communioli de • saint
Jérôme , sauvé de la deslt*ubtion de la màtiifèrc racontée
an premier rolume dé cet ouvragel
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orné ses plus magnifiques tableaux. Voilà comment a élé créé le paysage dit historique^ car, SaWalor - Rosa et Claude le Lorrain/ moins élevés dans leur toI, bien que Ton, avec une mélancolie touchante , ait souvent semé ses sites des débris d'une belle antiquité, et que' l'autre ait coordonné ses plans à des scènes imposantes , ne doivent être regardés que comme les prêtres d'une nature tour à tour gracieuse et terrible.
Le paysage ne pouvant guère nous attacher par l'intérêt d'une action représentée , et son charme principal se trouvant dans une heureuse disposition du site, peut -être est-il nécessaire que ce genre de peinture, plus que tout autre, possède un caractère particulier pour mériter nos suffrages. Ià gravure e&t la pierre de touche de celui -à Les tableaux de l'école hollandaise , qui ne brillent généralement que par le prestige des couleurs et par le fini des détails , résisteront peu à cette épreuve; mais vous en verrez sortir triomphaus les Poussin, les Lorrain, les Salvator-Rosa , les Both d'Ittlie. Ainsi, dita-t-on, non sans motifs, ({a^i par sa touche suave*, ses admirables dégra-
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dations d^^mbres et de lumières, de teintes B et demi-teintes, et ses échappées de vues, où' l'œil voyageur s'arrêteiait si de doux souvei nirs ne le ramenaient aux premiers plans -, i Claude Gelée rentre absolument dans ie f genre du Corrège , dont il répercute jusqu'à : notre âme la tendre harmonie, tandis qu'un i pinceau vigoureux et sombre assimile les sites ' de Salvator-Rosa aux hardiesses de Michel- Ange. Qui, entre les paysagistes, aura le bonheur d'avoir des rapports avec le divin Raphaël , si ce.n'est le Poussin , le seul peut- • être qui ait donné un aspect historique , noble et toudbant aux simples imitations de la nature champêtre ?
Kous n'avons rien à dire de plus sur le style. Considéré par rapport ^^ chaque artiste en pai^ticuher , il peut ,' il doit varier ; envisagé dans l'ensemble d'une école^ à moins que celle-ci n'ait ni méthodes ni études coipmunes, il se présentera' avec un caractère distinct. En France, le style est aujourd'hui basé ^ur la connaissance de l'antique : mais combien de temps suivra-t-il encore celte ligne de sagesse? l'anarchie n'est -elle
pas aux portes ?
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