‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 61 sur 76 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

1>1T GXIflE DAHS LES ART9 d'imITATIOW ; DE 'Ii'BH^BTOfJSIASME , ET DES MOTE9S DE LE VAIEB HaItEE et DE ^'EITTEETSiriK.

li'AETiKTE chérit oidînaîremexEt la cambre : À Uqudlo U s'e&t adonné. Celle-ci ét^mt presque toujours r<^et de soi^ choix, il n'est pas rare qu'il apporl^ à ses éru^cs une sorte de (a^ion ; c'est ^^ avantage* acquis sur les autres professions auxquelles 1^ seul seatimaot du devoir attache , siup^ que le même change e^ 4^^^^^^^ ^pin^« Tous les état» ex^rc^ «yeo délicatessç sq^l hoBonbleS} niais tous soiit loin d'ofi&ir*iine perspective aussi flatteuae que celle de la statuidr^ et de lapm^ttire, Il e^t^vn nobleb^tT^rsicqiidecs deux aimable sœurs qoudipiaeiit dir^fcDMot le géuie qui , dans la vaine attenta d^P^ reil s^oc€» , pjdirait aiUeura juaqu'ail dédii de ce p^ de jqm]^ acf^ovdéa par la natàre » rhomme.

DAirS liBS AàfS. ftSSr

Notre vie y en effet , a deux parties distinetes ,. celle du corps et celle de l'esprit : l'instinct oonser^teur veille à la première ; la pen- ^ sée s'oécttpe plus spécialement de l'autre ; si Ton dressait un compte exact des soins donnés à la prolongation de l'existence matérielle et de ceux tpi nous sont commandés par le besoin de vivre au delà du tombeau , il résijlterait pour balance de cet état' comparatif que, sans y songer, à bien dire, nous fàirsons beaucoup moins pour la vie présente que ^cmr la vie Aiture. Les monumens , les legs , tous les actes du culte , les livres , les chroniques , les inscriptions , presque' toute ]a littérature des peuples et principalement leur philosophie, appartiennent à cette der^ nière ; mais elle réclame , avec -bien plus de droit , les tableaux et les statues. Sfoistres de l'immortalité, les artistes entrent dans la belle intention qut a présidé aux destinées humaines. Ils partagent cet important sacerdoce avec l'historien ; peut-être ïnême s'acquitteot-ils encore mieux que lui de leur mission, ou du moins d^une manière plus frappante dans ses résultats. Ce qu^ils ont de commun, c'est qu'ils ne sauraient donner la célébrité

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sans s*y assurer des droits. Recueillant ce que la faux du trépas moissonna, et exhumant k poussière des tombeaux , ils Itii rendent la partie comdiunicable de la pensée; héritiers successifs du pouvoir créateur , qui n'a a^ qu'une seule fois sur les g^obe&( parce qu'on maître , pour être obéi , n'a besoin que d être une seule fois entendu),ils rassemblent à leur gré les seuls élémens de notre individualité qui puissent échapper à la destruction et ih en forment des touts identiques , les mêmes dans leurs apparences organiques , les-mémes dans l'expression des sentimens , et auxquels il ne manque que d'exister pour eux , conune ils existent pour autrui, dernier miracle que devait se réserver l'arbitre souverain de la vie et de la mort !

Il est naturel que de telles fonctions élèvent l'àm^ : nous permettons , nous demandons môme de l'enthousiasme à ceux qui les exercent , parce que s'ils ne sont poussés par ce ressort , ils n'exécuteront rien de grand , riôn qui puisse sauver leur nom de roubli. Nous leur imposons ces nobles élans vers la vérité qu'ils cherchent à saisir et vers lb biav que nous avons eu peut-être le bonheur de

leur faire entrevoir. C'est de leurs eceurs , non de leur palette, que ces nobles excita -^ tions passeront dans celui de la foule empressée autour de leurs chefsnl'œuYre. De l'étude et du sentiment.: voilà tout l'artiste ! la perfection s'y trouvera , quand tous les deux seront dirigés par le goût. £t le goût, est-il autre chose que ie sentiment lui-inéme ? c'est lui qui prescrit seul de sages limites ; c'est ^encore lui .qui commande d'heureuses har^ diesses ! Si en 1240 , le peintre Cimabué-, l'un des restaurateurs de l'art à Floreïice , concevant quelque chose de mieux que ses prédécesseurs et franchissant l'ornière , où ils se traînaient dans la servilité des travaux du moyen âge , n'avait eu l'audace de varier la ligne de ses figures , de détacher leurs gestes comme s'y hasarda le premier le sculpteur Dédale , de jeter quelques plis dahs ses draperies et de faire participer , par l'expression y ses têtes aux scènes dans lesquelles elles étaient appelées , si renfermé dans une solitude presque • mystérieuse avec ses ta^ bleaux, admirables pour l'époque où ils parurent 9 il n'avait sacrifié une composition dès l'instant où elle lui semblait défectueuse ,

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ses' concitoyelis ne se fussent pas précipités en fonle^ans-son atelier , pour tran^rter aa milieu d'une pompe triompbak, ten l'église de Santa Maria Novella ;la toile sur laquelle s'étaient exercés ses piaeeaux! I^ous rapporterons à la même cause les boninuige» rendus à Raphaël après son décès; mais pentêtre ils ne furent pas plua mérités ; car certainement l'espace franchi par le Floreqtia , qui , du gothique y s'éleva à rimitation d'une nature mieux choisie , a été plus grand ^ l'intervalle remarqué entre les ouvrages mr blimes de l'aigle de Rome et les composition» du Perugin et de Léonard Vinci, tousdeoi élèves d'André Yerecchio.

Sans l'heureuse iaspiratioades littéfateun et des artistes, la société serait de glacer em seuls forment le goÂt du public , élèvent se» pensées , enflamment ses sentimens , et ennoblissent ses vues« Dans l'innocenée de son premier âge , une nation peut couler des jours heureux, sans attendre son bonhenr 4a prestige des arts. Dès qu'elle a vieilli , elle se dégrade , si elle ne les eultive pas. Le mo« ment arrive où une simple branche de chêne et «ne couronne rostrale ne suffisent plus

daks les AfiTs. a3|^

au front des braves. Un tableau placé dans le Poecilç , une statue dans le Capitole de-r* viennent l^s stimulans nécessaires des ver^ tus publique, ainsi que l'aigle , aua^ aile^ étendues , remplaça bientôt sur les epseigneis du peuple-^roi la modeste bannière offerte ]>ar une pique surmontée d'une poignée de foin. Si les arts ne marchent avec la civilisa^ tion, elle rétrograde ; en polissant un peuple , en l'enlevant à la barbarie , il ne fi^ut pas se dissimuler qu ils lui fout pepdre une partie de ses mœurs simples et native» ; luai^ les lumières qui provoquent et acco9npa«* gnênt toujours les nouveaux besoins , sub*stitueut, à rinstinct conservateur de toute réunion d'êtres animés , le sentiment raisonsné d'un devoir encore plus digne 4e la créature humaine. Qu'arrive^-t^il, si voua^tei- ' gnez les lumières? le devoir n'est plus çom- ;pris et la barbarie vous reste sans son. antique vertu. C'est le spectacle dégoûtant que Rpine et Constantinople furent destinées à offrir an monde. Tel serait encore celui dont la France , avec un système rétrograde , au^ rait le malheur d'être bientôt le théâtre ; è peine échappée à la corruption de l'ancien

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régime qui a demandé l'application du fei* ft du feu, tant la plaie -était large , elle retonh berait dans Tabîme profond de rimmoralitè où l'avaient poussée les premières classes de l'état , admises avant les autres au partage des lumières , mais trop peu avisées pour leur demander des institutions propres à en prévenir l'abus.

Ne craignons ni les lumières ni les arts: les unes servent de phares , dans . la direction de la vie perfectionnée , après les orages dônt«les nations ont ressenti le choc; les antres dressent devant nous la tente du, repos. Ils l'ornent , ils l'embellissent, et , en rendant |)lus aiinable la douce sécurité offerte parla patrie à ses enfans, ils savent encore nourrir dans le sein de ceux-ci les sentimens générenx qui %ent la force et la gloire des pays civi- . lises. L^éducation d'un peuple n'est pas ab-*.* solumënt dans ses gymnases ; elle est anssi au pouvoir de ses gens de lettres; peut-être dépendrait-elle encore plus de ses artistes, si ces derniers savaient profiter de leurs avan* tages. Il est certa.in que le choix des sujets , traités par les uns et les autres depuis trente années révolues , n'a pag été chez nous sans

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influence sur l'esprit public, ainsi que notre régime constitutionnel n'a pas laissé de leur imprimer à eux-mêmes une meilleure di- .section.

On s'est plus d'une fois demandé pourquoi les grands talens et les grands caractères avaient semblé se donner le mot , pour apparaître simultanément dans une étendue bornée de pays, ou ce qui est une même chose, pourquoi certains siècles ont paru totalemeat vides de talens et de vertus, tandis que d'autres, enrichis de souvenirs de gloire par leurs légistes , leurs orateurs, leurs hommes d'état , leurs citoyens magnanimes , leurs généraux , leurs artistes et leurs poètes, se détachent avec éclat sur le fond nébuleux des âges ? C'est ici le cas de soumettre à un «xamen approfondi l'opinion de l'abbé Dy- ]N>s qui, cherchant les causes de ce phénoiftène moral , les voit presque uniquement dans les variations du climat et de la température. Cet excellent critique nous semble , en cela., avoir commis une erreur dont, par extension , l'immortel auteur de l'Esprit des lois n'est peut-être pas exempt. Mais celui qui a écrit d'une manière si profonde et près-

Beaux-Ârts. II, II

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que avec raùtorité d'une sdTehcë révélée, sur les phases de l*einpire ronnîîn , a pu ne pas s'expliquer' lasséz , lïon 'se ' troiripër , sur àne matière où. il nous serait facile d'inT'ditiner puiâsaiiiment Son téhibîghége càhtte faiméme; ainsi- hbus hofis' bbrilërbiis àstïitte Tabbë Dubos dans qiiefqùes-ntis de ses aperçus , qui' appartiennent à 'notfre sujet tfiine manière toute sJ)éciàlè.^Nons -lie disisimùlbiis pas ' que fortifiés 'de l*ëipiéiience de. ce qui Vest'passé scOis 'nos yeux *de]i>uis quarante -ans , nous avoUs sur ce célèbre 'écrivain l'avantage d'écrire en présence cPtiiie vive lu- 'inière ,' à laquelle il dbt tester "étranger , par ^la natùre'méme 'des institutions cji^ régissaient la France à Pépoqùe où il twnâitli 'plume.

• îlccordant jîlùs d'iilfltiérièe'ijùe Ini àoix causes morales en pb5séi^3ibn d^éleètiisei^e génie, nous ne nbus b'onirèrbtls pas à fes trouver dans l'art de tép'étiiâr^k ^t'^^ récompenses sur lès îdiVers g^tes-deùiftite, 'ainsi qu'il reconnaît cet- héùrëni disceitie- 'ment chez Octàte , tnt^^sè à se faire pardonner un pouvoir âssis'^^ttr les hdnes de la ia>erté5 chez Jules ii erliëon x ^ui, vtfdJ»t

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laisser des traces de leur pontiâcat , tendirent .aux arts la^ main dont l'appui tutélaire, après ^un sommeil de. dix siècles, les -fit sortir du tcHnbeau ; et enfin chez. Louis xiy qui y yoyant sa propre gloire partout, s'occupa des, ar- * -tistes , comme d'instrumens fait% pour y con- Cjdurir. «Ces suffrages publics , cet empresse- -xnentdes curieux^ ces portiques sous lesquels la statue nouvdle,^le tableau qui Tient de naître , l'épopée .qui chante les. grands évé- ^emenS'jiationaux e^leijdr^me qui lesjnet en rscène , conquéraient à leurs auteurs 'les .ap- ? plaudissemens d'uu peuple éclairé ,k > ne no«is ^semblent pas encore tout ce. qu!il.faut pour - déten»iner le mouvement créateur, du génie. La; participation» {générale des,peiq>les. aux coimaissances acquises , . la' forme de leur -gouver-aement,. l'attachement , aux instltu- '' tiions , -.quand on. n'en, est ,. pas exclu , .enfin tout ce qpi peut assurer .chez l'homme . de ^ieltoes et l'-artiste , l'indépendaDce du carac- . tère ,' j^Mient -dans ces .choses jm plus grand rôle qu'on .AC croit. L'abbé Dubos n'en pade ^seulement .pas. ^.Sl ces considérations ne lui étaient "pas échappées, il eût peut^tre re» marqué leur influence sur les quatre grands

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