EPILOGUE. '-^ LX terre DE LA PATRIE
«O- France y è terre de la patrie, je te salae en terminant ce traTail, dont il me se* rait doux qu'il te revint quelque honneur ! je te salue , car tu es la terre des arts et des nobles sentimens ! les hommes que lu portes sont hrayes ; auraient-ils su vaincre slils n'avaient sumourir? L'Europe les a tus dans la victoire et , malgré sa dé£ûte y elle les a admirés ; elle les a vus tomber sous ses coups , et, pâlissant dans son propre triomphe, elle a été tentée de leur décerner le laurier qu'elle devait à ses innombrables bataillons.
*> Rendues à la dignité de l^ur sexe, ]es femmes, qui t'embellissent aujourd'hui, font chérir de leurs époux Tasile sacré des foyers domestiques; elles ont cessé d'être frivoles , ô France , quand tu es devenue une patrie également juste envers tous tes ei^fans l car elles n'étaient pas françaises ^ celles qui ont
DE La pat&ie. 3oS
«gîté leurs mouchoirs en témoignage d'allégresse à la vue dés bannières ennemies; non , eUes n!étaiént pas françaises, celles qui se sont assises aux fêtes *de l'étranger, tandis qn^en portant la main sur la poignée d'un fe^ inu-^ tile , nos vieux soldats , avec tm sobpir , dressaient vers le ciel leurs fronts cicatrisés ! to Ces nobles débris de la plus grande force iqiii exista jamais' ont disparu. Oft se de* mande où elle est, et pourtant on la respecjte, ainsi qu'aux jours de sa puissance; et Ton dit d'une armée qtii n'est plus : «^ elle sera contenie , elle sera indignée y » comme si elle était encore sous la, tente de'Tilsitt ou dans les champs dé'Marengo. O France ! tressaille d'allégresse , car i! suffit de ta poussière pour faire trembler les nations!
» La jeunesse que tù nourris dans ton sein, pleine de feu et de courage , connaît Futile emploi du temps. £lle sait que les états ne prospèrent que par l'ordre et le respect des lois ; mais elle sait aussi qu'elle a reconquis des droits imprescriptibles, consacrés dans4a civilisation nouvelle des peuplés. Pour se mettre en état de les: conserver, elle cultive soigneusement, en elle, les dons de la n'a«
3o6 LA TEaRE
ture; çlle veut que le trayail lui onvre la porte de;s, emplois publics ; la probité rigoureuse , Cjelle de la fortune ; le taLent^ celle des dist;uicUoiis 9 et ce n'rest que par les serrices rendifs ^u pays qu'elle aspire àk seule gloire 9 â,Qut rimage, même lointaine, iâsse palpita le$ cwurs généreux. Non, elle ne TÎvra jamais comme une colonie étrangère au ;niUeu de tjes cités et xîe tes campagnes! Q France 1 tes enfans serout dignes de toi , dignes, du sÂècle qui a restitué l'homme dans l'at^titijuie de la création primjliTe et sur la ligne éiQÎoeiite de son espèce-i C'est fa libjçrté qui eWpMit le devoir : c'est a^ussi Tintjelligenpe; qi|i ^clairiQ la Uhei^ ; dans tout «fip^t pour repQus$ei? rinstructipn, il y aarait donc attentat conine la première des çi*éatures p^ti^nt^ que renfemiLe le monde apparent et intellectuel ; honte à ceux qni essaient d'ét^in^dre, dans les écoles de bui patrie ,' le flambeau de l'enteudement, car ils p^chen^qpotrele ciel inéme, qui vent sur la ferrfi le j;è^!^ de la vérité 1
»P^ierai^je de tes savans, de tes littérateurs, de t^s légistes .et de tes philosophes ? Ii'-£ui:ppe les connaît. Les âges futurs n'au-
DE LA PlTRIE. 307
ron\ garde d'oublier que , ravie comme par enchantement aux voûtes d'un temple de la haute Egypte , la masse colossale du zodiaque de Tentyra s'est trouvée tout à coup transportée sur les bords de la Seine, et que cette page mystérieuse de l'histoire des hommes a été mise sous l'œil des Delaplace, des Delambre , des Langlès , des Quatremère , par l'audace aventureuse des deux* simples citoyens qui ont conçu et exécuté cette vaste entreprise ' . Tes littérateurs ont éclairé les nations ; ils ont rendu universelle la langue la plus ingrate peut-être de l'Europe ; ils l'ont façonnée aux dissertations profondes de la métaphysique , comme aux stipulations délicates des intérêts respectifs des peuples ; elle a retenti sur les rivages de* la Dwina, quand le chef d'un grand empire y a haran-
' MM. Saulnier fils « ancieo.préfet , et Je Lorrain. G est ce dernier qui est parti seul pour TËgypte , où il n'avait jamais porté ses pas , qui a dëlachë de la vodte du temple de Dendérali ce fameux planisphère du poids de Vingt milliers , et qui a mis à fin, avec autant de 'présence d esprit que de bonheur , un voyage qui , dans les anciens âges, eât mieux mérité d'être célébré que celui des Argonautes.
3o8 LA TEERE
<giié ks états de Pologne , et il lai a failli s« prêter, -dans le congrès d'Aix-la-Chapelle, à renoncé des complots diplomatiques tramés contre le pays qui la rit naître I O France! les intérêts de l'homme social sont défendus par tes mandataires I J'en atteste la latte pénible, mais glorieuse que, depuis cinq ans» ils soutiennent à tes deux tribunes contre les ennemis de^ libertés publiques 1 forts d'un sentiment profond de religion, tes philosophes ont jeté l'ancre de la vie dans le ciel: l'amélioration de Tétre et de son sortici-bas) son perfectionnement et sa récompense dans un ordre de choses mèillear, sa gratitude envers le dispensateur de totis biens, envers celui qui a créé la lumière morale par les np' ports des êtres , comme celle des solôls par le mouvement de la matière , sont le but de leurs méditations. Pour eux , enseigner à penser, c'est apprendre à aimer la bonté ce' leste, c'est la justifier dans ses voies; honneur à eux, car ils ont compris la destinée humaine! - «.
» Tes manufactures habillent, arment,noiV' rissent , meublent une partie de l'Europe. A la voix de leurs chefs, la chèvre du Thi-
bË Là PAtRiEi 3o9
bet et du Caucase, le bélier de TEslrainadure sont yenus porter leur toison à Paris. L'eau» Tair et le feu ^ en se soumettant , ainsi que des esclaves dociles , à ton industrie , par la modicité des pi*ix , rendent abordables à rindigence les vivres et les vêtemens que lui refusait un sort rigoureux. La terre retrouve des bras , et rhumanité consolée sourit au partage du bonheur I J*ai chanté un hymne en l'honneur de tes artistes. Cet ouvrage leur est «consacré. S'ils me doivent le précepte, les âges futurs leur devront réxemple; et si mon livre n'est un monument durable de leur gloire, il attestera au moins une admiration exempte de flatterie* O. France! c'est ainsi qu'il faut célébrer tes grands hommes , car tu as été , en dépit des lois ^ tu es et tu seras toujours une terre de franchise et de liberté*
» Ils ne m'auraient pas compris, ceux qui « courant la carrière des Gérard et des Bosio , me soupçonneraient de vouloir les en écarter quand leur génie les y appelle ; non , mon intention • n'a' ^s été d'éteindre la lampe destinée à jeter une vive lumière ; jaloux ^ au contraire > d'en nourrir la flamme
3lO LA TERRE
et d'y yerser l'huile la plus pure, j'ai souhaité que ma patrie brillât par le talent de ses artistes encore plus que par leur nombre. Ami des anciens , je n'ai eu garde d'attenter à leur gloire ou de déprécier leurs chefsd'œuvre. Jeunes élèves , mon seul désir a été de vous conduire à la source où ils ont étanché leur soif. Vous pourrez , conine Homère et Virgile*, comme ^phaè'l et le Corrège , y puiser à plein vase ; la nature elle-mfâme vous présente la coupe. C'est en étudiant les belles et touchantes harmonies de la création 9 c'est en- arrêtant -vos regards sur vos semblables , et en descendant souvent en vous-^mémes pour saisir- dans vos propres impressions le jeu de celles d'an- ^rui y que vous arriverez , non au beau idéal , qui serait une insulté à ee qui existe y mais au BEAU naturel , qui est Texpression de toutes les vérités sensibles.
» O France I sois à jamais heureuse ! sois à jamais florissante ! jouis du ciel pur qui t'a été . donné ! Toujours hospitalière , ne deviens jamais une terfe d'extradition, car les droits d'un suppliant jusqu'aujourd'hui avaient été respectés par tous les peuples;
DE LA PATRIE. 3ll
Us falsaieiLt partie de la veligion des anciens. Coupable ou non , le suppliant , chez e\ix , .ne touchait pas en vain la cendre du foyer protecteur. Le crime peut abuser de ces droits sacrés ; mais ils sont une garantie pour la vertu malheureuse. Qui sait si , dans ces vicissitudes qui agitent la vie des hommes, qui en disposent même, quand leur âme reste ferme, je ne foulerai pas à mon tour la terre de l'e^fll ? O France ! ô ma patrie ! je pourrai tourner plus d'une fois mes yeux humides de larmes vers tes champs fuituiiés , mais ne crains pas que j'y appelle jamais le fer de tes ennemis pour égorger le paisible laboureur , où leurs coursiers impétueux pour ravager tes riches moissons et tes douces vendanges I Quelque part que je passe ce reste de jours que le ciel me réserve , je te bénirai, dût la fumée d'un feu, allumé par une main étrangère , s'élever , de mon foyer modeste , au sommet de mes toitures l »