‹ Du Bleu De Méthylène En Thérapeutique: Application Au Traitement De L'HyperchlorhydrieChapitre 12 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Emplois thérapeutiques du bleu de méthylène.

Du jour où Ehrlich eût démontré qu’il n’était pas toxique, le bleu de méthylène commençait à être employé en thérapeutique. Depuis, sa nouveauté lui a valu unmoment de vogue et l’a fait appliquer aux affections les plus disparates. Après en avoir abusé, on tend à le délaisser. Entre les deux extrêmes, il est, croyons-nous, un juste milieu ; il nous semble qu’en certains cas il peut fournir au méde- cin un auxiliaire utile. :

Pour le démontrer nous passerons en revue les diverses tentatives qu’il a provoquées. Tout en nous efforçant d’ètre impartial, nous insisterons sur les résultats probants et nous l’étudierons surtout dans son emploi comme :

1° Analgésique ; 8° Antiseptique ; 3° Antimalarique.

En terminant, nous indiquerons les résultats qu’il a donnés dans :

4 Le traitement des tumeurs malighes.

hier

$ 1. — Du bleu de méthylène comme analgésique.

C’est comme analgésique que le bleu de méthylène a été, pour la première fois, employé en thérapeutique. Ehrlich et Leppmann l’administrèrent à quarante prisonuiers de la prison de Moabit qui présentaient des douleurs de diverses natures. Ils avaient soin d'éliminer toute cause d'erreur, telles que la suggestion où la simulation. Ils disent avoir retiré du médicament, dont la pureté avait été contrôlée, un bénéfice certain dans les douleurs rhumatismales des muscles, jointures, gaines tendineuses et surtout dans les douleurs nerveuses. Ils ont eu de tels résultats qu’ils préférèrent le nouvel analgésique à l’antipyrine ; les avantages qu’il aurait sur elle sont, il est vrai, peu importants : il est moins cher et peut être administré par la voie hypodermique ? En outre, il ne provoquerait pas d’accoutumance,

L'action analgésique est toutefois un peu longue à se produire; elle ne se manifeste guère qu'après la deuxième heure et dure alors longtemps, six à huit heures, si bien qu'il y aurait peut-être avantage à associer le bleu de méthylène à la morphine dont l’action apparaît vite, mais ne persiste pas longtemps.

Combemale, lui aussi, a administré le bleu de méthylène comme analgésique à une vingtaine de malades à l’occasion de phénomènes douloureux bien différents. Il l’a donné dans six cas de névralgies simples, névrites douloureuses, douleurs rhumatismales et douleurs d’origine centrale.

Dans les névralgies simples, le bleu de méthylène lui a

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toujours réussi, que ce fussent des névralgies sciatique, intercostale, faciale ou lombo-abdominale, Dans les névrites et les douleurs d’origine centrale, telles que les douleurs en ceinture et la sciatique de l’ataxie, le résultat a été moins certain. Dans le rhumatisme aigu simple, surtout lorsqu'il s'agissait d’une première atteinte, le bleu de méthylène produisait son effet habituel, mais lorsqu'on avait affaire à une poussée aiguë de rhumatisme chronique ou à un état rhumatoïde par intoxication, par le plomb par exemple, cette substance ne produisait aucun effet sédatif. Enfin, dansles douleurs osseuses du mal de Pott cervical, le résultat est nul. Toutefois, dans cette catégorie de manifestations osseuses, un cas de douleurs ostéocopes et un cas d’hydarthrose traumatique ont été amendés par le bleu de méthylène. Il fait disparaître le seul symptôme douloureux. Le gonflement, la chaleur locale, la température centrale, ne sont nullement influencés. En somme, d’après Combemale, le bleu de méthylène se comporte comme un médicament nervin agissant surtout sur la douleur.

Immerwahr l’a vu échouer dans six cas de sciatique unilatérale ; mais dans deux cas de névralgie trifaciale, “il a suffi de 10 centigrammes pour obtenir la guérison définitive. Il a eu le même succès dans trois cas de migraine angiospatique. De même chez plusieurs malades atteints de céphalalgie purement nerveuse ou consécutive à des excès alcooliques, une dose de 10 centigrammes a pleinement réussi en l’espace d’une heure ; deux sujets affectés de zona ont été aussi rapidement soulagés. Les douleurs du rhumatisme musculaire ont aussi été calmées en vingtquatre heures chez un malade. |

230 ia Gaillard n’a pas obtenu des résultats aussi constants. Il a employé le bleu de méthylène par la voie stomacale dans 11 cas, dont 4 névralgies, 1 arthralgie, 2 gastralgies, 2 céphalalgies, 2 myalgies ; il n’aurait eu que 4 résultats positifs, comprenant :

1° Une sciatique améliorée par des doses répétées de 10 centigrammes ;

2 Une névralgie trifaciale guérie par une dose de 60 centigrammes ;

3 Une myalgie disparue après une dose de 10 centigrammes ;

4 Une céphalalgie atténuée par une dose de 20 centigrammes.

Piotrowski va encore plus loin. Non seulement il reproche au bleu de méthylène de ne produire aucun soulagement dans la douleur, mais il l’accuse même de l’aug menter.

À Lyon, l’action analgésique du bleu de méthylène a été expérimentée par M. le professeur Teissier et M. le professeur Bondet; leurs résultats sont consignés dans la thèse de M. Dauphant (Lyon, 1891), qui n’est guère favorable au médicament. Pourtant dans un cas de sciatique rebelle dont la première atteinte remontait à dix-huit ans et avait duré quatre mois, et dont la deuxième remontait à cinq mois, il eut une guérison avec deux injections de 1 centigramme et une de 2 centigrammes. Il donne en outre quatre observations d’ataxie et deux de sciatiques ; dans toutes 1l y a eu tout d’abord une atténuation de la douleur ; mais le médicament semblait perdre peu à peu

de son action et, au bout d’un intervalle variant de quelques jours à deux mois, il n’avait plus aucun effet. D'ailleurs la réaction locale au lieu des injections aboutissait parfois à des accidents et faisait souvent renoncer au traitement ; les résultats ont été identiques dans trois cas de sciatique observés par M. Bondet ; dans un autre cas de sciatique et dans un cas de rhumatisme il y a eu un échec complet.

Lemoine (de Lille) a récemment expérimenté de nouveau le blex de méthylène sur une grande échelle ; ille prétend, lui, particulièrement indiqué chez les malades atteints de névralgie sciatique ainsi que chez les ataxiques. A la dose de 30 centigrammes il réussit, dit-il, à faire disparaître la sciatique en peu de jours, sauf quand il s’agit d’une névrite ; il est, dans ce cas, impuissant. A la même dose son action s’exerce sur les douleurs gastriques et fulgurantes des ataxiques.

Comment peut -on expliquer l’action analgésique du bleu de méthylène ?

Il y a deux théories : pour Ehrlich, elle est due à la coloration des fibres sensilives dont le fonctionnement se trouve ainsi modifié. Combemale, en 1890, acceptait cette explication. Mais, en 1891, il revient sur ce point et soutient que les nerfs ne se colorent que chez les têtards plongés dans la solution colorante ; ils ne se colorent pas dans les points éloignés de la piqûre chez un chi2n à qui on a injecté la dose toxique de 50 centigrammes de bleu de méthylène par kilogramme d’animal. En revanche, le sang de ce chien présente le spectre d'absorption de la méthémoglobine. Combemale en conclut que c’est dans le sang et non dans les nerfs que se passe le phénomène capital ; ce phénoméne est la méthémoglobinisation. L'asphyxie in -

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time des tissus suffirait seule à expliquer les phénomènes d’insensibilité progressive qui surviennent dans l’intoxication par le bleu de méthylène et son action analgésique. À ce point de vue, nous l’avons administré à une névropathe qui depuis longtemps avait des crises gastralgiques et nous avons obtenu une amélioration considérable (obs. 1).

En somme, le bleu de méthylène nous semble avoir une action analgésique qui, pour ne pas être constante, n’en est pas moins réelle dans baucoup de cas. Sans vouloir, en aucune sorte, en élever la valeur au-dessus de celle de l’antipyrine ou de la morphine, nous croyons toutefois qu’il est bon de ne pas l'oublier et de lui demander, à l’occasion, les services qu'il peut rendre.

OBSERVATION I (personnelle).

Crises de gastralgie et vomissements ; amélioration par le bleu de méthylène.

Marie S..., trente et un ans, vermicellière. Pas d’antécédents héréditaires. Mariée à vingt ans, elle a quatre enfants en bonne santé, sauf un qui est rachitique. :

Réglée à l’âge de seize ans. À dix-huit ans, deux crises convulsives. À la même époque érysipèle ; la malade avait déjà des «crampes d'estomac» et des vomissements qui disparurent après son mariage. À vingt-cinq ans, anémie légère, règles irrégulières, les douleurs gastriques et les vomissements se reproduisent durant trois ou quatre mois.

Depuis deux ans, la malade se plaint, à certaines époques, de douleurs gastriques et elle a des vomissements, Au mois d’octobre dernier, sous l’influence d’un travail exagéré, sa maladie a augmenté et nous la voyons le 17 novembre 1895.

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