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La malade est de constitution assez faible ; elle ne présente pas de stigmate d’hystérie, ni de signe de tuberculose. Pas d’alcoolisme.
L’appétit est conservé, mais la malade mange peu pour éviter les douleurs de la digestion. En effet, quelques heures après le repas, elle a des crises douloureuses au niveau de l’estomac. Elle mange à midi le matin, à 6 heures le soir, et ses douleurs apparaissent à 4 heures et à 8 heures; elles siègent surtout au niveau du creux épigastrique et du rachis, la pression les exagère. La nature des aliments ingérés n’au aucune influence sur leur apparition. La crise dure une demi-heure ou une heure et elle se termine par un vomissement qui apparaît presque toujours. Ce vomissement est alimentaire, ne contenant jamais que les aliments du dernier repas. Il n’a pas un goût aigre bien accusé.
Pas de constipation.
Ratelier en assez mauvais état, langue bonne, pas de ballonnement stomacal. Douleur légère à la pression. Pas de dilatation.
Le chimisme stomacal, fait une heure après l’ingestion du repas d’épreuve d'Éwald (pain, eau), donne :
HCL — libre 0 — Acidité totale — 0,657
La malade a dû suspendre son travail il y a deux jours.
On ordonne du bleu de méthylène à la dose de 10 centigrammes par jour, 6 prises. On le fait prendre dans de petits tubes en gélatine (v. p. 57).
20 novembre. — La malade a pris le bleu de méthylène durant deux jours. Elle ressent depuis le commencement du traitement, une lourdeur de tête inaccoutumée. Les urines sont bleues, pas de
ténesme. Elle a eu encore les crises, mais bien moins vives que ces derniers temps. Pas de vomissements,
21,22, 23 novembre, — La malade ne prend pas son médicament.
24 novembre. — Les douleurs ont apparu de nouveau, bien plus vives que durant l’administration du bleu de méthylène, tout en étant moins violentes qu'avant le début du traitement,
25 novembre. — La malade prend chaque jour 20 centigrammes de bleu de méthylène toujours sous la même forme, Elle ne souffre presque pas, pas de céphalée,
27 novembre. — Pas de bleu de méthylène. Le soir, vers 8 heures, douleurs assez vives et vomissement, légèrement teinté en bleu. ,
28 novembre, — On redonne du bleu de méthylène, 10 centigrammes tous les jours.
Pas de vomissements, douleurs moins vives,
4°" decembre. — Le médicament est suspendu, la malade s’en trouve bien, elle reprend son travail.
5 décembre. — L'amélioration persiste. La malade ne souffre à peu près pas, elle ne vomit pas, ne craint pas de manger. Elle se montre très satisfaite du traitement qui l’a beaucoup améliorée et qu’elle recommencera si les douleurs se produisent.
Depuis qu'en 1891 l’action antiseptique du bleu de méthylène a été étudiée par Stilling, en Allemagne, par MM. Hugounencq et Eraud, en France, ila été essayé dans beaucoup d’infections locales par Bresgen, Braunschweig, Liebreich. Il ne réussit qu’à la condition d’être appliqué pendant longtemps et en solution assez concentrée. Pour tuer les microbes, il faut. en effet, qu’il les colore d’une façon assez puissante.
Dans toutes les inflammations de l'œil ou de ses annexes (conjonctivite, kératite, dacryocystite) une solution à 1 pour 100 ou un crayon de bleu de méthylène à 1/10 ont donné des guérisons entre les mains de Stilling et de Petersen. : |
Etant donné son action microbicide et son élimination par les urines il était tout naturel de l’employer dans les diverses affections des voies urinaires
Du côté des reins il est capable, paraît-il, de guérir la
néphrite aiguë ; M. Gillet de Grandmon l’a employé avec succès chez un malade atteint de troubles de la vue par suite de rétinite brightique. Au quatrième jour, l’albuminurie, jusque-là très considérable, avait disparuet l’acuité visuelle était normale.
De même, Natchaief, de Moscou, a eu des succès dans trois cas de mal de Bright au début en donnant par jour 10 centigrammes en trois cachets. Dès le lendemain se manifeste une abondante diurèse; de 858 centimètres cubes le volume de l’urine remonte à 3500 centimètres cubes; en même temps, on voit s'amender tous les autres phénomènes + albuminurie, cylindres urinaires, ascite, œdèmes, symptômes du côté du cœur et des poumons. Le bleu de méthylène n’agit pas là comme un diurétique puisqu'il n’a point d'action sur les hydropisies d’origine cardiaque. IL exerce uniquement son action microbicide sur les germes infectieux et la diurèse n’est qu'un phénomène secondaire.
Dans les pyélites et les cyslites, il a aussi donné de bons résultats entre les mains de Einhorn qui l’a employé après avoir remarqué l’imputrescibilité des urines qu’il colore.
Dans la chylurie due à la présence de la filaria sanquinis hominis, À. Flint, de New-York, l’a administré à la dose de 12 centigrammes répétée toutes les trois heures. Dès le premier jour l'urine devient limpideet ne renferme plus de parasites. Il suffirait de quinze jours de traitement pour rendre la guérison définitive. La malade, observée pendant un an, n’a pas eu de récidive.
Nous basant sur l’analogie de la filariose avec la bil harziose, nous avons eu l’idée de l’appliquer dans un cas de cette dernière affection. Nous donnons tous les jours
deux cachets de 10 centigrammes. Le début du traitement est trop récent pour qu'il nous soit déjà possible d’en apprécier l'efficacité.
Il a donné aussi de bons résultats dans la blennorragie. Pris à l’intérieur à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme par jour en plusieurs fois il donne de bons résultats sur tout dans l’arthrite aiguë, Dans les blennorrhées anciennes. les résultats sont moins favorables.
Quand on le donne eninjections, sonaction est beaucoup plus certaine, mais comme le font remarquer MM. Hugounenq et Eraud, il faut, pour obtenir des résultats vraiment remarquables, se servir d’une solution au 1/150 ou au 1/200 et faire 10 à 19 injections par jour. Boinet et Tritingnam ont obtenu la guérison en dix jours de blenorragies rebelles à l’aide d’injections aqueuses à saturation et de 50 centigrammes pris à l’intérieur. M. le D' Cordier l’a essayé, mais ne l’a pas adopté.
D’Aulnay l’a expérimenté surtout chez les femmes. Dans plusieurs cas de vaginite purulente, il à retiré de bons résultats de l'introduction dansle vagin de tampons imbi bés d’une solution :
Bleude-méthyléne et er 20 000 A Tan 2502 ee D PO RE a et O0) Potasse SOS PSE RE Ue 0.20 Bauer es CE TEEN
Au début età la fin, il faisait un lavage au sublimé; la guérison cst obtenue en huit jours et même en certain cas dans trois ou quatre jours. Ajoutons que dès le début les douleurs sont supprimées.
Le bleu de méthylèse en solution a été aussi employé
dans diverses 2nflammations de la bouche et il a parfois donné de bons résultats.
D’Aulnay a guéri en trois jours, par des applications et des frictions énergiques faites avec une solution au 1/10, un cas de stomatite ulcéreuse survenue chez un typhique. De son côté Heimann, de Hall, a guéri un cas de ptyalisme avec salivation abondante.
Le bleu de méthylène a aussi à son actif des succès contre la diphiérie. Kasem-Beck a traité 14 cas d’angine diphtérique par des applications d’une solution au 1/10 ; il a eu 14 guérisons dont 4 seulement ont été suivies de
paralysie. Beyer lui aussi s’en est bien trouvé.
Le bleu de méthylène aurait également une action efficace sur les trajets fistuleux en général (d’Aulnay et particulièrement sur les trajets consécutifs à l’opération de l’empyème (Althen). Il hâterait aussi la guérison des plaies les plus diverses telles que chancrelles, anthrax et ulcères variqueux (Brandenbourg). Dans la balanite surtout, M. le D" Cordier nous a déclaré en avoir obtenu une très rapide guérison.
Après l'avoir employé dans Les injections locales on est allé plus loin et on l’a essayé dans les maladies des plèvres et du poumon (pneumonie, pleurésie, tuberculose). Les résultats obtenus dans ces cas nous semblent peu probants pour ne pas dire qu’ils nous paraissent nuls. Le seul symptôme douleur a été naturellement amélioré.
Berck enfin s’est servi de bleu de méthylène comme antiseptique opératoire et les bons effets en ont été admis par Masini, Gamers, Dyer, Villy, Meyer et niés par Le Dentu et par Richelot. Il aurait sur les autres antiseptiques l’avantage de ne pas être précipité par l’albumine.
Somme toute, le bleu de méthylène est un antiseptique et il veut dans certains cas bien déterminés agir comme tel, surtout à l’intérieur. En effet, pour l'usage externe, ils a l’inconvénient, comme le fait remarquer Ræloffs par sa coloration intense d’une part de marquer les détails des plaies, d'autre part de s’étendre aux mains du malade ou du médecin et de tacher le linge.
$S 3. Du bleu de méthylène dans le traitement de la malaria.
Ayant constaté chez les impaludiques à qui on adminis trait du bleu de méthylène une coloration des hémato zoaires du sang, Ehrlich et Guttmann eurent l’idée de l'utiliser dans le traitement de l’infection palustre. Ils obtinrent, avec des doses de 50 centigrammes par capsule de 0£',10 deux brillants résultats dont voici le résumé :
I. — Homme, fièvre tierce depuis cinq jours. On donne le médicament avant le début de l'accès qui est très bénin et ne se renouvelle pas. Au quatrième jour il n’y aplus de plasmodies. Rate diminuée, guérison absolue et persistante.
II.— Homme de cinquante-sept ans. Depuis trois semaines accès quotidiens. Après l’administration du bleu de méthylène, deux accès faibles. Les plasmodies ne disparaissent qu’au huitième jour.
Le traitement est continué pendant quatorze jours. On observe le malade pendant un mois. Pas de récidive ; guérison parfaite,
Laveran contestait, en 1892, l’action du bleu de méthylène sur la malaria. S'appuyant sur des idées théoriques, il soutient que, même si le bleu de méthylène pouvait colorer les hématozoaires du sang, il ne faudrait pas en con-
clure qu’il est capable de les tuer. D'ailleurs, selon lui, il ne les colore pas, comme il l’a constaté chez deux pigeons à hématozoaires qui avaient pris jusqu'à 10 centigrammes du médicament. D'ailleurs, il a traité sans succès, avec des doses de 30 à 40 centigrammes par jour, deux paludiques.
Mais depuis cette époque, le bleu de méthylène a été souvent employé contre la malaria et, toujours avec succès, si l’on en excepte les quelques cas où Strasmann l'aurait administré sans résultats contre les accès des femmes en couches.
Tritingnam, qui d’ailleurs conteste la priorité de l’application à Ehrlich, l’a employé dans le Delta du Gange et en a pris lui-même jusqu'à 3 grammes par jour. Avec Boinet, il relate deux observations d'impaludisme ancien amélioré et trois cas d’impaludisme récent, parmi lesquels deux auraient résisté à 3 grammes de bromhydrate de quinine, rapidement guéris de bleu de méthylène.
Parenski et Blatteis ont eu à Cracovie, 33 guérisons complètes sur 35 cas de malaria. Ils administraient le bleu de méthylène soit par la bouche aux doses de 40 à 50 centigrammes répétées deux ou trois fois par jour ou par la voie hypodermique en injectant deux fois par jour le contenu d’une seringue de Pravaz remplie d’une solutionde 15 à 10 pour 100. Les résultats après quatre ou cinq injections se nifestent sur les phénomènes douloureux, puis sur les accès fébriles, l’hyperthrophie de la rate et le nombre des plasmodies.
Clemente Ferreira, de Rio-Janeiro, l’a expérimenté sur une grande échelle à la policlinique des enfants du D" Moucorvo. Il l’a employé dans 40 cas dont il rapporte les 20 plus significatifs ; avec de 10 à 20 ,centigrammes
de bleu de méthylène, il a eu chez ses petits malades des résultats là où la quinine avait quelquefois échoué. Lui aussi constate que les formes anciennes sont plus rebelles que les formes récentes. De même, Hudleston à New- York Hospital a administré le bleu de méthylène à trois petites filles atteintes de fièvre intermittente et les a guéries en quatre jours.
Kasem-Beck, de Kasan, a traité avec succès trente malades atteints d'impaludisme ayant antérieurement résisté à une foule de médicaments réputés antimalariques ; quinine, phénacétine, chlorure d’ammonium, eucalyptus, etc.
Il employait la formule :
Bleu de méthylène, . : : ., 20,10 Noix muscade pulvérisée, , . 0,18 k
Mêlez, pour un cachet, faites douze cachets semblables, en prendre 4 ou 5 par jour.
La noix muscade avait pour but d'éviter le ténesme vésical. Il a eu aussi trois succès dans trois cas de fièvre larvée comprenant un cas de douleurs oculaires, un autre de névralgie du trijumeau dans lequel la quinine avait fini par être impuissante et un troisième de céphalalgie.
Dabrowski confirme ces résultats. Dans six cas traités, cinq malades guérirent en quelques jours; la fièvre et les plasmodies disparurent ; la rate devint normale.
Tahyer en Amérique le donne à tous ses paludiques à la dose de 6 centigrammes continuée pendant quatorze ou quinze jours. Il agirait d’après lui à la période aiguë et chronique. Il le préfère à la quinine.
Nombreux sont encore les autres succès que le bleu de méthylène a fournis dans les fièvres paludéennes entre les mains de Bourdillon, Mya, Tissier Vittakes, Oswer.
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Nous ne pouvons les donner tous, même en résumé.
Comment le bleu de méthylène agit-il dans les fièvres palustres? Selon Ebhrlich et Guttmann il tue les hématozoaires en les colorant. Ferreira adopte cette manière de voir. La plupart des expérimentateurs disent d’ailleurs avoir contrôlé le fait. Moncorvo! lui n’à pu constater la disparition graduelle des germes. Selon Drabowski le médicament n’agit pas sur les plasmodies; c’est le sang qu'il modifie, le rendant impropre à la vie des parasites.
De tous les cas rapportés il nous semble ressortir que le bleu de méthylène a une action sérieuse sur la malaria. Ce n’est pas qu’elle soit absolument constante : il est des cas où il échoue et Guttmann est le premier à le reconnaître. Pourquoi? il est difficile de le dire. Onne saurait s’en prendre à la résistance particulière des plasmodies de forme semi-lunaire à l’égard des agents thérapeutiques, puisque Laveran à prouvé que les plasmodies, quelle que soit leur forme, constituent une seule et même espèce.
L’opiniâtreté de quelques types de l’intoxication malarienne, l’impuissance dans certains cas de la quinine, les difficultés évidentes que l’on rencontre quelquefois dans l’administration de ce médicament rendent utile à côté des sels de quinine un succédané que nous croyons trouver précieux dans le bleu de méthylène.
On doit le donner à la dose de 10 à 25 centigr.
1 Moncorvo vante le bleu de méthylène contre la malaria des enfants, dans un mémoire que publie actuellement la Gazette hebdomadaire (7 décembre 95). Il donne six nouvelles observations, prises parmi beaucoup d’autres, Il insiste sur la tolérance toute particulière des enfants pour le médicament.
chez les enfants, et à celle de 40 à 60 centigr. et plus chez les adultes. Il est bon, pour avoir un résultat persistant, de continuer le traitement deux ou trois semaines.
$ 4. Du bleu de méthylène dans le traitement des tumeurs malignes.
Se fondant sur la prétendue découverte des spores et des coccidies dans les tumeurs malignes, on eut l’idée à Vienne de demander leur guérison aux couleurs d’aniline désignées alors sous le nom de pioctanines. Von Mosetig- Moorhof fit le premier des recherches sur leur mode d’action le plus efficace ; il en conclut que le bleu de méthylène pouvait être avantageusement employé et qu’il fallait préférer les injections interstitielles faites dans les tumeurs à quarante-huit heures d'intervalle. Quelquefois au lieu de bleu de méthylène il employait le violet de méthyle. Le succès fut tout d’abord rebelle et même dans quelques cas, il faut l’avouer, ces piqûres semblèrent accélérer la marche du néoplasme.
Mais l'administration pure et simple du bleu de méthylène à l’intérieur donnait au contraire entre les mains de Rudish et Einhorn quelques bons résultats dans les tumeurs inopérables. Ils soignèrent de la sorte une femme de quarante ans présentant un cancer de l'utérus et des ovaires de la grosseur d’une tête humaine avec cachexie et anasarque. L’appétit était nul ; les douleurs très vives et le pouls faible (110 pulsations). Peu de jours après l'administration de 20 centigrammes debleu de méthylène en capsules, l'amélioration devenait manifeste : il n’y
avait plus de douleurs et la malade pouvait un peu manger ; trois semaines après, l’anasarque avait disparu et le volume de la tumeur avait diminué. Etait-ce un commencement de guérison ? On ne saurait l’affirmer.
V. Mosetig-Moorhof lui-même délaissait les injections interstitielles pour l’administration du bleu de méthylène à l’intérieur. En 1894, chez une femme atteinte d’un cancer villeux de la vésicule biliaire, après avoir enlevé à la cuiller les masses cancéreuses, il faisait prendre tous les jours 60 centigrammes de bleu de méthylène en pilules; concurremment il introduisait tous les deux jours un crayon de bleu dans la plaie; il aurait obtenu en deux mois une guérison complète.
Cependant en 1893, Lindner avait repris la méthode des injections interstitielles, chez une femme qui présentait une volumineuse tumeur élastique, fluctuante, régulière : et immobile ayant envahi la région temporale gauche, l’arcade zygomatique et une partie de la joue. Sous l’influence d’une injection faite tous les jours en un point de la périphérie du néoplasme, les ulcérations qu’il présentait se fermèrent et le volume diminua. Le traitement avait provoqué un gonflement local considérable et une fois il y avait même eu un abcès.
À Lyon, M. le professeur Bondet d’une part, M. le D' Cordier de l’autre ont essayé Les injections intra-utérines et les crayons de bleu de méthylène dans les cancers de l'utérus sans en retirer un bénéfice bien appréciable.
Le bleu de méthylène paraît avoir un meilleur effet sur les cancroïdes dela face. En l’appliquant en poudre, Duany- Soler, de la Rochelle, guérissait, en 1893, un homme de cinquante-quatre ans qui avait un cancroïde ayant envahi
les deux tiers de l’aile droite du nez, douloureux, ulcéré, à marche envahissante. Après deux mois, la guérison était, paraît-il, complète, la cicatrice n’était même pas apparente et il n’y avait plus de douleur.
En même temps Darier présente à la Société de chirur gie cinq malades autrefois atteints d’épithéliome des paupières et guéris dans un temps très court. Mais alternativement avec le bleu de méthylène il faisait des attouchements avec l’acide chromique, de telle sorte qu’on ne saurait, ce nous semble, attribuer les résultats à une des substances plutôt qu’à l’autre. Abadie qui a constaté lui aussi l’heureuse action du bleu de méthylène l’a rendue plus évidente en remplaçant l’acide chromique par une simple pâte arsé-nicale.
Darier vante beaucoup le nouveau médicament et décrit minutieusement sa méthode qui aurait l’avantage de ne pas être douloureuse et d’amener une guérison rapide sans laisser de cicatrice difforme. Après avoir débarrassé au moyen d’un cataplasme antiseptique la surface ulcérée des crôutes qui la recouvrent, et l’avoir insensibilisée par l'application d’une compresse trempée dans une solution de cocaïne au 1/10, il la badigeonne avec un fin pinceau imbibé d’une solution concentrée de bleu de méthylène (1 gr. pour 9 gr. d’alcool et 5 gr. de glycérine). Il touche alors très légèrement toutes les parties teintées en bleu avec un stylet trempé dans une solution au 1/5 d’acide chromique. Il se produit une réaction pourpre, après quoi on applique encore une fois du bleu de méthylène. Les pansements consécutifs consistent en cataplasmes de fécule qui empèchent la formation de croûtes. Les attouchements sont répétés quatre,ou cinq fois à deux jours d'intervalle, puis on.
HET les
ne sert plus que du bleu de méthylène jusqu’au jour où le dermeréformé n’absorbe pluslacouleur. Letraitement dure de trois semaines à deux mois (un mois par centimètre carré).
Les résultats immédiats obtenus par ce traitement semblent rapides et brillants. Sont-ils durables ? [ls sont trop récents pour l'affirmer puisque les récidives peuvent se montrer jusqu’à la quatrième année; sans doute le traitement est si simple etsi rapidement efficace qu’il est fait pour séduire. Est-ce à dire qu’il faut toujours l'appliquer et ne jamais avoir recours au bistouri? Nous ne le pensons pas. Toutes les fois que l'opération sera facile ou même possible c'est d’elle qu’il faudra attendre la guérison.
Nous tenons de M. le D' Cordier, qui a employé le bleu . de méthylène bien souvent, que, si au début les résultats sont brillants, ils ne sont guère durables. IL ne faut donc pas se laisser tromper. Mais, par contre, dans les épithéliomesinopérables le bleudeméthylène en solution aqueuse au 1/10 est un excellent pansement. Non seulement il retarde sensiblement la marche envahissante du mal, mais il supprime les douleurs et enlève au néoplasme toute odeur mauvaise. Nous en donnons deux observations.
Comment expliquer l’action du bleu de méthylène sur les tumeurs malignes ? |
Pour Darier, il aurait une action spécifique sur les éléments cancéreux. D’après Nanu, quaud il est administré en injections intestitielles, il provoquerait des thromboses dans les vaisseaux des tissus malades seuls ; l’œdème qui en résulterait aurait pour conséquence d'amener la mortification des tissus malades sans jamais atteindre les tissus sains.
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Il nous semble plus admissible que le bleu de méthylène agit simplement par son action antiseptique qui empêche les infections secondaires et par son action analgésique qui supprime les douleurs; c’est là l'opinion de Belloti et de Billroth qui à ce point de vue en ont retiré des effets avantageux.
Pour ce qui est de la diminution du volume des tumeurs sarcomateuses non ulcérées, il faut peut-être l’attribuer à la disparition de leur élément leucocytique que pourraient provoquer toutes les injections interstitielles essayées contre le cancer. | Somme toute, s’il ne faut pas attendre du bleu de méthylène une guérison réelle et définitive du cancer, on doit rechercher dans l’usage de ce médicament un soula gement des malades et un ralentissement de la marche du mal.
OBsERVATION II (personnelle).
(Recueillie dans le service de M. le D' Cordier).
Epithélioma du nez remontant à six ans.— Opéré il y a cinq
ans ; récidive sur place deux mois après. — Marche envahissante ‘arrêtée par le bleu de méthylène. — Amélioration.
L. C.., âgée de quarante-trois ans, ménagère, est entrée ily a huit jours à l’hospice de l’Antiquaille, dans le service de M. le D' Cordier, pour une vaste ulcération du nez et de la joue.
Ses parents sont morts tous les deux d’apoplexie, Dans ses antécédents personnels on note des érysipèles à répétition avant son mariage, Son mari est mort de tuberculose. Une fille morte à vingt-deux mois de rougeole; un fils âgé de vingt ans, se porte bien. Pas de signes de tuberculose. Pas de syphilis,
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Il y a six ans, au niveau de la partie la plus élevée de l’aile droite du nez, apparaît un « petit bouton » indolore qui se met à grossir peu à peu. En se lavant, la malade l’écorche et il se forme une ulcération qui se couvre de croûtes, la malade les arrache et l’ulcération gagne en surface, Six mois après le début, la malade se décide à consulter un médecin qui pratique une opération. Au bout de deux mois, la cicatrisation est presque complète, mais il persiste encore une petite plaie sur laquelle la malade met toute espèce de drogues irritantes. Au lieu d'achever de se fermer, cette ulcération se met à s’étendre, elle atteint la grandeur d’une pièce d’1 franc, et la malade vient faire un séjour de deux mois à la Clinique de l’Antiquaille, C'était il y a cinq ans. On ne l’opère pas et on se contente de la panser. Pas d'amélioration.
Au mois de septembre dernier, elle est entrée pour la première fois dans le service, Elle avait alors une immense ulcération ayant détruit presque tout le nez s'étendant sur la joue droite et remontant entre les deux sourcils, ms
On fait des badigeonnages avec une solution de bleu de méthylène à 1/10. Sous leur influence, lés bourgeons qui bordaient la plaie disparaissent, etl’ulcération jusque-là rapidement envahissante cesse de s'étendre, La malade, au mois de février, sort de l'hôpital et continue chez elle son traitement, qui, à son avis, l’a notablement améliorée. ;
Ïl y a huit jours, elle entre de nouveau pour le suivre d’une façon plus rigoureuse, Depuis, on fait tous les jours un badigeonnage avec la solution à 1/10. |
27 novembre 1895. — Quand nous examinons la malade, nous constatons une vaste ulcération triangulaire qui a détruit tout le côté droit du nez, empiétant sur le côté gauche et aussi sur la joue droite.
Cette ulcération remonte sur le dos du nez où elle se termine entre les deux sourcils par une ligne horizontale ; de là, son bord gauche descend obliquement jusqu'au point de réunion de l’aile gauche du nez et de la lèvre ; en bas elle est limitée par une ligne qui va de ce point jusqu’à la saillie malaire droite; enfin, sa limite est complétée par une ligne qui va de ce dernier point jus-
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qu’au grand angle de l’œil droit. Le nezest donc détruit presque en totalité ; on voit l'ouverture antérieure des fosses nasales, et la cloison est en partie disparue.
Les bords sont le siège d’une légère induration marquée surtout au niveau du malaire droit, où la peau est adhérente à l'os. Cette induration a d’ailleurs bien diminué depuis huit jours; il y avait à son entrée autour de la plaie un épais bourrelet marqué surtout entre les deux sourcils. Il a aujourd’hui disparu.
Sur ce qui reste de la partie gauche du nez, il existe une deuxième ulcération dans laquelle pourrait se loger un petit pois. Autrefois réunie à la grande, elle en est séparée aujourd’hui par une petite bande cicatricielle large de 2 millimètres ; cette ulcération est en voie de cicatrisation.
L’examen de la surface de l’ulcération est difficile à cause de la coloration bleu foncé que lui donne la solution de bleu de méthylène. Un peu au-dessous de l’angle de l’œil, elle est horizontalement traversée par une bande cicatricielle large de 8 mil- Himètres environ, lisse et brillante, sur laquelleon ne met plus de solution, Cette bande s’est formée sous l'influence du traitement, et elle s’élargit peu à peu. Par sa rétraction, elle attire en bas et en dedans le grand angle de l’œil droit.
Au niveau du malaire droit, dans l’angle formé par la rencontre de deux des bords de la plaie, on voit un tissu de cicatrice large de 7 millimètres environ, masqué un peu par le bleu. On trouve enfin tout le long des bords, un petit liseré cicatriciel, indiquant que l’ulcération est plutôt en voie de régression,
La malade n’a jamais souffert, Il n’y a pas de ganglions, L'état général est bon.
his
Bat
OBSERVATION III (Résumée, inédite).
(Due à l’obligeance de notre camarade et ami, le D' A. Gauthier).
Carcinome de la langue opéré. — Récidives. — Douleurs
trés vives. -- Haleine fétide. — Traitement par Le bleu de méthylène. — Amélioration locale, — Mort par yénéralisation.
B..., banquier. | :
Pas d’antécédents. Constitution très robuste.
Dans l'hiver 1892, à l’âge de cinquante-quatre ans, petite ulcération linguale unilatérale, qui s'étend très rapidement ; en même temps les ganglions sous-maxillaires du même côté s’indurent. M. le professeur Pollosson fait le diagnostic d’épithélioma et pratique une opération (amputation d'une partie de la langue; extirpation des ganglions). Rétablissement rapide; excellente santé pendant un an et demi. -
En avril 1894, récidive : bourgeons cancéreux au niveau de la cicatrice opératoire. Bouche infecte, appétit nul. On fait deux ou trois fois par jour un badigeonnage avec une solution aqueuse de bleu de méthylène au 1/10. Quelques jours après, les bourgeons ont déjà meilleur aspect ; la suppuration qui était assez abondante est devenue nulle. L’haleine n’est plus fétide, ni la bouche mauvaise, L’appétit n’est pas considérable, mais il n’y a plus de dégoût pour les aliments.
Les badigeonnages ont toujours été régulièrement continués. L'ulcération n’a plus fait de progrès ni en étendue ni en profondeur. Les douleurs au niveau de la langue, très vives avant l'emploi du bleu de méthylène ont totalement disparu. Douleurs lancinantes le long de la colonne vertébrale et des membres inférieurs qui sont à peu près complètement paralysés,
En décembre 1894, mort par généralisation , à la moelle en particulier. |