B... était une parente de M. Chaumié
LA PLAINTE DU MINISTRE
sionnaires, j’entrerai avec mon ami. C’est bien le diable si elle ne nous donne pas les renseignements que je cherche, quand je la menacerai d’apprendre à son mari dans quelle maison elle gichète ses chapeaux. ))v
« On m’avait déjà demandé de connaître au quartier Latin une maîtresse de M. Jean Lascombes et de trouver une heure assez intime pour qu’elle n’eût plus aucune confidence à me refuser. Je n’avais pas voulu. Ce jour-là je quittai M. Chauchat pour venir voir mon chef de service, M. Escande, et lui déclarer qu’il m’était impossible d’accepter de pareilles besognes. Le lendemain, je le répétai à M. de Jouvenel qui parut approuver mes scrupules, mais M. Chauchat n’en continua pas moins à opérer pour le Matin avec d’autres concours.
<( Dès lors'je cessai provisoirement d’être l’homme de confiance, et ce ne fut qu’à la fin de l’année que je rentrai en grâce et que je fus chargé des nouvelles opérations policières contre le roi des Belges et le sénateur de la Meuse. »
Barthélemy.
Depuis que Suzanne a remplacé Victorine à la tête des troupes du Matin, celles-ci continuent à battre à toutes jambes le record de la course en
longueur. Gustave Téry, qui croit trouver dans l’orgueil affolé de Varilla un moyen d’adcucir quelques amertumes personnelles, n’est évidemment ni capable ni complice de telles ignominies, mais l’esprit de la maison a déjà tué chez cette amer philosophe, l’esprit d’opportunité et le sens du ridicule. Il écrit à la lumière des étoiles pendant que, sans doute à son insu, d’étranges collaborateurs travaillent aux lanternes des maisons closes. Ne s’écriait-il pas hier encore :
(( C’est entre nos députés et nos sénateurs une (( effroyable émulation de favoritisme. Fîotre déc( mocratie n’est que le régime du piston et de la {{ sportule. De proche en proche, de complaisance c( en complicité, de Humbert à Chauruié, de Chance mié à Fallières, on se demande si le gardien dô (( la Constitution ne se trouvera pas demain en- « gagé et enveloppé, peut-être sans le savoir, (( dans une intrigue fatale à la République. Ca- (( veant Consules ! Prenez garde, M. Fallières, que <( l’affaire Chaumié ne soit pas une nouvelle (( affaire Wilson. »
Pour le moment elle paraît plutôt réduite à une affaire de moindre importance et le seul consul qui veille, c’est Chaüchat, dans l’escalier de Suzanne.
Téry, croyez-en ma regrettable expérience : à fréquenter des maisons louches — je ne parle pas du faubourg, mais du boulevard Poissonnière —
on risque toujours de monter sur un bidet pour prêcher la morale.
En tous les caSj la morale de l’affaire Chaumié n’a plus besoin de votre tardif ministère.
Dès le 7 août 1906, M. Gérault-Richard en avait écrit en tête du Matin et sous un titre prodigieusement exact : « Le sens caché des choses » cette vision prophétique :
<( Les coquins ont intérêt à colorer rhun:îanité de leur propre infamie. C’est pourquoi vous trouverez toujours dans les journaux qui font métier DE moralité, l’accusation permanente de concussion. Si vous différez d’avis avec un de ces censeurs vigilants et forts en gueule, il vous traitera aussitôt de voleur, de vendu, d’inceste, de traître, de concussionnaire, de pédéraste, d’infanticide et de parricide... i.
« C’est ce qui advint à un homme politique qui n’avait pas voulu subir les exigences d’un directeur de journal...
« On le couvrit d’immondices des pieds à la tête. C’était tout au plus, s’il ne résultait pas de
1. Le Matin a l’hatoitucle de faire publier par des tiers, quand il n’ose pas opérer lui-même, les plus extraordinaires accusations sur tous les hommes qui le gênent, v Il serait tout à fait extraordinaire qu’à propos du procès Humbert, le Matin ne fit pas verser à pleins boulevards quelques immondices sur la tête du sénateur de la Meuse et des témoins indépendants.
cette lecture qu’il avait assassiné, dépecé et mangé sa grand’mère à la vinaigrette.
(( Mais en tous cas, il apparut clairement à tous les yeux que cet homme qui prétendait avoir acquis sa fortune dans l’exercice de la profession la plus honorable, la devait en réalité aux manœuvres les plus louches, et qu’il eût depuis longtemps habité une maison centrale si la justice ne réservait pas toutes ses rigueurs aux honnêtes gens...
« Le directeur de journal qui le traitait ainsi était un grand justicier.
« C’était naturellement dans l’habitude du chantage que cette vocation lui était venue... >»
Dès le lendemain 8 août, le Matin pour une fois juste et véridique, épinglait à ce prélude cette deuxième page de sa propre histoire :
« En France, la calomnie est aujourd’hui la seule industrie qui n’offre aucun danger. Si le diffamateur a une plume et un journal, il trouve des gens pour l’applaudir. On lui fait une réputation, on lui invente du talent. Et les hommes politiques, les avocats, les juges, font la haie quand il passe.
(( Qu’une de ses victimes essaie de le poursuivre il l’entraîne dans le maquis de la procédure et, quand après des années d’hésitation, de procès et d’appels, les magistrats auront enfin rendu au calomnié une timide justice, celui-ci ne
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cherchera même pas à publier la sentence, par crainte de faire revivre l’injure.
« Au nom de la Liberté de la presse, on a imposé à ce pays le régime de la diffamation libre.
(( La loi, telle qu’elle est, réserve aux calomniateurs ses complaisances, et aux honnêtes gens ses dérisions. Pour rhonneur du nom français et du journalisme, il faut faire cesser cette anarchie morale...
(( Quand le journaliste accuse, ou il ment ou il dit vrai. S’il ment, que la loi le punisse ! Il faut, certes, que la canaille ait peur, mais à l’heure actuelle c’est l’honnête homme qui a peur ! )>
Cette page n’était pas écrite par un historien vulgaire : elle était vêtue de la firme auguste : Le Matin. Et tous deux, le collaborateur et le journal, tiraient de ces constatations répugnantes, cette moralité définitive :
« Quiconque lance une accusation publique
({ DOIT JlTRE MIS EN DEMEURE D’EN FOURNIR PUBLI- (( QUEMENT LA PREUVE. S’IL NE LE FAIT PAS, IL DOIT <( ÊTRE TRAITÉ COMME UN MALFAITEUR PUBLIC. ))
Six fois depuis lors, et sous la garantie de la plus large publicité qui soit au monde, M. Chau-
La Complainte de l’Absinthe