AFFAIRE HUMBERT
Le divin Homère dormait quelquefois, le grand roi cessait de vaincre, Boileau d’écrire et le Père Eternel lui-même ayant créé le ciel, la terre, les océans, les mondes et quelques petites autres choses par surcroît, s’arrêta le septième jour pour souffler. M. Viviani manque totalement d’à propos quand il éteint^les étoiles de ce premier observateur du repos hebdomadaire.
La discontinuité est une loi de la nature que M. Bunau-Varilla domine moins facilement que la loi civile. Si ses grandes campagnes de moralisation peuvent généralement se ranger dans une de ces trois catégories — l’affaire, le bluff ou le chantage — il lui arrive toutefois d’être honnête, ne fût-ce que par distraction.
C’est ainsi que la plus retentissante des campagnes du Matin fut, si je ne me trompe, une campagne désintéressée.
Varilla n’a rien pris à Thérèse et le plus grand
journal du monde, au moins par l’ampleur de son estomac, n’a point bénéficié, que je sache, de la plus grande escroquerie du siècle. Voici comment advint cette fâcheuse négligence.
Quoique ayant déjà fait le Panama, participé au théâtre lyrique, esquissé le-Congo et par conséquent tout à fait capable de voler de ses propres ailes, Bunau-Varilla était alors associé avec Poidatz, qui sous le couvert de la Presse fut Tian des plus remarquables trafiquants de notre "époque. Bien que celui-ci tirât un peu sur la membrane et bien que la main gauche de l’un ignorât souvent ce que recevait la droite de l’autre, ces deux frères siamois s’entendaient à merveille, et je ne crois pas qu’en dix ans, iP y ait eu à Paris une industrie, une concession, un monopole qui aient évité les bureaux de péage établis par eux aux confins du boulevard Poissonnière. En ces années prospères, ils n’avaient pas encore éprouvé le besoin d’asseoir à leur place un homme de bois qui encaissât les camouflets, tandis qu’ils encaissaient l’argent. Ils se montraient en public et se partageaient à tour de rôle les titres fraternels de Président du Conseil d’administration et de Directeur politiqu* du Matin.
De même que Girardin avait son idée par jour, Poidatz avait son affaire^ dont il disait : <( Puisqu’une affaire ne peut être bonne que pour un