‹ Du bluff au chantageChapitre 17 sur 44 · THERESE N A PAS CHANTE · texte numérisé non relu

THERESE N A PAS CHANTE

des contractants; ii vaut mieux que ce soit pour moi », et s’il lui arrivait par hasard de n’avoir, depuis son réveil, pu traiter avec personne, ce Titus était triste d’avoir perdu sa journée. Son système était simple. Il touchait parce qu’il s’appelait Poidatz et qu’il avait un journal. Sans innover sur le fond, Varilla a perfectionné la manière. Il enveloppe sa cupidité dans toutes sortes de papiers hygiéniques et moralisateurs ; il touche pour la morale, pour la Patrie, pour la République, et ce n’est déjà pas un petit mérite d’avoir, à notre époque de défiance, trouvé le moyen de remplir sa cassette particulière, au nom sacré des intérêts généraux.

Au lendemain de la fuite des Humbert et malgré le surcroît de prestige et de tirage que lui apportait cet exode, Poidatz eut une heure de subite mélancolie. Non seulement il n’avait pas senti venir le vent ni escompté la victoire, mais il n’avait livré ses colonnes à l’aventureuse campagne que sur les instances de Waldeck-Bousseau, auquel il avait toutes sortes de raisons économiques et judiciaires de ne pas désobéir.

Et maintenant il était trop tard. Thérèse était partie et le coffre était vide.

(( Ecoutez, me dit-il un soir, tout le monde prétend que j’ai touché. J’affirme qu’il n’en est rien, mais personne ne veut me croire, et je garderai bon gré mal gré l’inconvénient de cette accusa-

tion, sans en avoir le profit. Connaissez-vous Cattaui ? »

— « Je ne le connais pas, lui dis-je, mais je suis en relations fréquentes avec son gendre, M Frédéric Reitlinger, qui a été pour moi le plus précieux des collaborateurs.

— (( Ce Reitlinger est archimillionnaire ; expliquez-lui qu’un service en vaut un autre et que je ne veux pas rester plus longtemps dans cette situation ridicule ».

— (( Je m’en garderai bien, répliquai-je ; la première fois que je me suis présenté chez M. Reitlinger, celui-ci m’a reçu avec tous les signes de la plus violente inquiétude, et ce n’est que par l’assurance de votre absolu désintéressement que j’ai pu maîtriser son émotion. Je ne puis pas vous démentir aujourd’hui.

—■ « Eh bien, soit, dit-il, en haussant les épaules, je le ferai moi-même. Vous n’avez plus qu’à lui demander un rendez-vous pour moi. )>

Je le demandai en effet, non sans prévenir mon interlocuteur du genre de communication qui lui était réservé. M. Reitlinger s’en tira avec infiniment de tact et d’à propos.

Aux premières paroles il arrêta Poidatz et lui dit : (( Mon cher monsieur, vous avez en moi le plus sûr défenseur de votre bonne réputation. Je suis prêt à témoigner devant toutes les personnes et sous toutes les formes qu’il vous conviendra,

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