THERESE N’A PAS CHANTE
que vous ne m’avez jamais rien demandé et que je ne vous ai jamais rien donné.
— (( Pardon, interrompit Poidatz, je ne suis pas venu chez vous pour faire de la littérature. La fuite des Humbert est une satisfaction considérable pour vous et il n’y a pas de raison pour que je vous l’offre gracieusement. »
Un valet de chambre venait d’apporter une carte.
— <( Mon cher monsieur Poidatz, dit Reitlinger, voici justement M. Vallé. Il était mon avocat, il est toujours votre ami, il sera notre arbitre... »
Mais Poidatz s’était levé précipitamment :
—^ « Je ne veux pas que Vallé me voie chez vous. N’y a-t-il pas une autre porte de sortie ? »
Il y en avait une, en effet : la porte de service.
Et ce jour-là, ils ne causèrent pas davantage du désintéressement du Matin, ni les jour.^ qui suivirent, mais quand revint au cours de procès successifs, l’occasion de parler encore de Cattaui et de dire la vérité sur son compte, M. Poidatz, Israélite lui-même, eut cette parole de candide rancune :
« Laissez donc ce sale juif, on croirait qu’R m’a payé. ))
Cette vérité que je voulais établir sur des chiffres certains n’avait cependant rien de révolutionnaire, c’est que Cattaui fut le plus réservé de tous les prêteurs de M”^® Plumbert, puisque, selon
DU BLUPr Ai; CHANTAGE.
les plus défavorables hypothèses, ce sale juif... n’avait prêté qu’au huit pour cent, tandis que tous les bons chrétiens avaient prêté ‘à des taux qui varièrent entre cinquante et deux cents pour cent : cela n’empêcha * pas bien entendu, les bons chrétiens d’être des victimes et Cattaui un usurier.
C’est ainsi qu’on fait l’opinion. Quoi qu’il en soit, M. Vallé, ministre de jadis et de bientôt, devrait avoir son buste de marbre dans le hall du boulevard Poissonnière.
C’est lui qui a légué au Matin ce doux bienfait inestimable : l’honnêteté d’une campagne.
P. S. — Les événements sont plus désintéressés que les hommes. Même au Matin, les reportages imposés par- l’actualité sont honnêtes, affaire Casa-Riera, Delsor, etc. Par contre, on peut établir comme règle générale que toutes les campagnes et manifestations quelconques, préparées à loisir par le Matin, ont été des bluffs et souvent quelque chose de pire.
Ainsi parlait Bunau...