‹ Du bluff au chantageChapitre 19 sur 44 · APOLOGIE DU MATIN · texte numérisé non relu

APOLOGIE DU MATIN

L’ennui ne naîtra pas aujourd’hui de l’uniformité. Vous avez entendu la chanson du Roi, la plainte du ministre, les robustes jurons des mastroquets de France, et le ricanement discret de Thérèse Humbert ; vous avez vu sur le Calvaire, le Rédempteur abreuvé d’hysope et d’absinthe.

Or, voici qu’il est ressuscité et que glorieusement assis sur les nuages dorés du Thabor, il prêche lui-même au monde la grande doctrine du Matin.

(( Le Matin est aujourd’hui âgé de vingt-deux ans. Depuis dix ans surtout, il a, non pas seulement révolutionné, mais, pour mieux dire, créé le journalisme moderne.

(( Lui seul a réalisé les progrès qui placent la presse française au premier rang parmi celles de toutes les nations. Sur sa trace s’est élancée la

foule des imitateurs qui ont réussi parfois à le copier^ jamais à l’égaler. Cependant, en excitant l’émulation, il a encore servi l’intérêt de tous. Ce qu’il a fait a profité à ses concurrents et au public. Mais ce n’est qu’un commencement.

« Le Matin continue à s’avancer seul, sans rivaux, dans la carrière qu’il a lui-même ouverte. Ses ambitions sont grandes, ses moyens infinis. Suivant l’antique adage, il acquiert des forces en marchant 1. Sa devise, comme celle de la mutualité, est celle de la boule de neige qui grandit par le mouvement.

« Il reste encore à Paris des vestiges de l’ancien journalisme, asservi aux passions de parti, tâchant d’imposer au public des opinions toutes faites, au lieu de l’éclairer et de l’informer, puisant ses nouvelles aux sources banales, tirant des profits illicites de la réclame déguisée, cherchant à rassembler^ la multitude par le scandale, Vinjure, la diffamation ou par Vappel aux plus bas instincts 2 .

« Mais, à quoi bon insister, puisque le public a prononcé son verdict, puisque toute sa faveur est acquise au journal scrupuleusemnt honnête et impartial, au journal qui instruit ses lecteurs, au

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