‹ Du bluff au chantageChapitre 25 sur 44 · PANAMA · texte numérisé non relu

PANAMA

Si le Matin n’a pas donné un chemin de fer à l’Afrique, le Panama a, du moins, donné Varilla à la France, et c’est à ce titre, que je vaux qui doivent faire passer un frisson d’orgueil dans nos fibres nationales.

Jusqu'à 30 ans, et comme il sied en général aux Messies en préparation, Jules Maurice Varillat menait, dans l’accomplissement de travaux mercenaires, une vie laborieuse et cachée. Ce n’est que vers 1880 qu’il se manifeste au monde par de timides apparitions sur le parvis du Temple, ou plutôt sous le péristyle de. la Bourse. Il parvient ensuite jusqu’à l’orée de la coulisse et, dès lors, se préoccupe de donner aux syllabes vraisemblable-

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ment auvergnates de son vocable patronymique, des consonnances plus conformes à la splendeur de sa mission prochaine.

^ Il augmente en même temps sa fortune et son nom : Grand d’Espagne... Incas du Pérou... on ne sait, mais en tout cas, Bunau-Varilia ou Varilla- Bunau, car selon Rochefort

...Il n’importe guère

Qu’il le soit par devant ou le soit par derrière...

Et c’est ainsi transfiguré qu’il entre dans la gloire, par la voie du canal interocéanique.

Parmi les directeurs divisionnaires des travaux, dit l’expert Flory, se trouvait un jeune ingénieur des ponts et chaussées, M. Philippe Bunau-Varilla, qui avait fait preuve de capacités remarquables et auquel avait même été confiée, par intérim, du mois d’octobre 1885 au mois de janvier 1886, la direction générale des travaux dans l’isthme.

Le frère de cet ingénieur, M. Maurice Bunau-Varilla, s’occupait à Paris d’affaires de banque et de bourse.

1. L’an mil huit cent cinquante-six, le dix-huit septembi-e, est né à Paris, rue Casimir Périer, 9, dixième arrondissement, Maurice Jules, du sexe masculin, fils de Varplat, William Jean-Jules, négociant et de Bunau Pamela Caroline. Un jugement du Tribunal civil de la Seine, en date du quatre juin mil huit cent quatr-vingt-quatre, transcrit sur les registres de la mairie du dix-huitième arrondissement de Paris, le vingt-sept septembre suivant, homologuant un décret présidentiel du vingt-cinq mars mil huit cent quatre-vingt-deux ordonna que Maurice-Jules Varillat sera autorisé a substituer à son nom patronymique celui de Varilla en le faisant précéder de celui de Bunau et à s’appeler à l’avenir Bunau-Varilla.

Pour extrait conforme, etc...

Afin de mieux utiliser ses connaissances, soit au profit de la Compagnie, soit au sien propre ou à celui de sa famille, M. Philippe Bunau-Varilla se résolut à échanger son poste de directeur des travaux contre celui d’entrepreneur, sans toutefois se mettre dans la nécessité de donner sa démission d’ingénieur des ponts et chaussées.

Pour atteindre ce but, une association fut organisée entre MM. Artigues et Sonderegger, déjà entrepreneurs de la Compagnie, et les frères Bunau-Varilla, mais l’un de ces derniers seul, M. Maurice Bunau- Varilla restait en apparence simple directeur des travaux de l’entreprise.

La nouvelle société, d’accord avec la Compagnie de Panama, s’entendit avec MM.,, Cutbill, de Longo et C'*, pour prendre dans la Culebra, la suite des travaux de ces entrepreneurs. »

M. Sonderegger était Allemand, et M. Artigues un bon Français qui, selon l’heureuse expression de M. Varilla devant la commission d’enquête, (( avait omis de se mettre en règle avec l’autorité militaire ». Philippe Varilla, ingénieur sans fortune, apportait à ces deux puissants entrepreneurs son influence et son frère. Son influence, appuyée sur celle du baron Jacques de Reinach, qui toucha pour cela une forte commission, fut assez grande pour obliger la malheureuse compagnie à porter du simple au double, le prix du mètre excavé.

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Dans les contrats intervenus avec MM. Artigues et Sonderegger seuls, la Compagnie ne paye absolument que le prix du travail, sans aucune allocation spéciale, plus-value ou indemnité quelconque. Tout se passe régulièrement, mais dès que MM. Bunau-Varilla arrivent, tout change.

MM. Artigues, Sonderegger et leurs nouveaux associés obtiennent des prix excessifs. Leur premier contrat coûte à la Compagnie une dépense supplémentaire de 9 360 000 francs et ils trouvent le moyen de se faire allouer, comme allocation ferme, 8 millions qui leur avaient été donnés à titre d’avance. D’autres traités augmentent successivement leurs prix d’extraction de plus de 60 p. 100. Le dernier contrat à lui seul leur donne une augmentation de plus de 10 francs par mètre cube.

(Commission d’enquête. Rapport spécial de M. Guillemet, page 335. Rapport général Vallé, page 324.)

Le prix du mètre cube fut surélevé, par une série de contrats intelligemment combinés qui permit à cette société de recueillir de singuliers avantages. Ce furent dos avances converties en allocations fermes pour 8 millions, puis des indemnités pour frais d’installation et d’organisation de chantiers pour 1500 000 francs. La Compagnie, en dehors des conventions écrites, dépensa donc avec Bunau-Varilla, sans contre-partie, des sommes se montant à 9 500 000 francs.

(Rapport du Procureur général au Garde des sceaux, proposant des poursuites contre les administrateurs de Panama,

10 octobre 1892. 2* rapport Vallé, page 269.)

On pourrait croire que les avantages consentis à la nouvelle société composée de MM. Artigues, Sonderegger et de MM. Bunau-Varilla avaient pour but de donner une activité exceptionnelle aux travaux d’excavation , mais si c’était là le but de la Compagnie du Canal, cela n’a pas été celui poursuivi par les entrepreneurs, car leurs efforts ont porté évidemment sur la construction des voies dont les prix devaient être plus rémunérateurs que ceux de l’extraction.

L’examen des pièces saisies au siège de la Société, à Paris, rue de Grammont, n® 30, nous a fixés sur les résultats financiers de cette entreprise, pour les associés et leurs participants. Cet examen nous a éclairés, en outre, sur la pensée qui dirigeait au moins certains membres de cette Société, dans l’accomplissement de leur tâche.

1 out indique bien que ces entrepreneurs comptaient profiter de certaines clauses introduites dans leurs contrats, pour éluder toute responsabilité, comme ils avaient su profiter d’autres clauses, pour obtenir les bénéfices dont nous venons de faire ressortir les chiffres. »

(Rapport Flory, pages 127 et 128.)

Pendant ce temps et en compensation de la peine que Philippe prenait dans l’Isthme, Maurice touchait à Paris :

1° Sa part dans les bénéfices sociaux ;

2^ Cinquante mille francs par mois d’appointements fixes.

3® Vingt centimes par mètre cube d’excavation.

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Lorsque la commission d’enquête parlementaire voulut savoir pourquoi ce vague coulissier qui ne savait même pas au juste où se trouvait Panama avait pris tant d’argent à l’épargne française, Maurice ne répondit pas, parce qu’il était en train de se faire blanchir à Londres. Mais Philippe, bon frère, expliqua : « que c’était tout simplement pour se rembourser du temps perdu ».

Ce fut d’ailleurs à cela que se bornèrent ses explications.

L’audition de M. Bunau-Varilla n’a pas éclairé les points ligitieux et cet ingénieur n’a pas cherché à justifier toutes les allocations accordées à l’entreprise Artigues, Sonderegger et C\ D’ailleurs, le liquidateur de cette Société avait écrit au président de la sous-commission que M. Bunau-Varilla avait mandat de ne pas accepter un débat sur les questions d’ordre financier, politique, commercial et contractuel.

M. Bunau-Varilla s’est borné à donner des explications certes irès intéressantes sur la façon dont il avait dirigé les travaux d’abord, l’entreprise ensuite, mais il n’a contredit ni les chiffres de M. Flory, ni ceux de M. le Procureur général dont il avait eu connaissance.

(Rapport Guillemet, page 492.) .

Le jour où, dans la France en deuil de ses quatorze cent millions, il y eut des milliers de ruines et de suicides, Maurice Bunau-Varilla put encore partager avec ses patriotiques associés, l’Aile-

mand et le déserteur, un dernier solde d’une douzaine de millions.

Il n’avait pas attendu d’être propriétaire du Matin pour devenir un bienfaiteur public.

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