COURSE DES CANOTS AUTOMOBILES
Bluff nautique organisé aux frais des contribuables pour la propagande du Matin.
M. Bunau-Varilla, qui avait monté suffisamment de bateaux pour en former une escadre, fit néanmoins à la France, le nouvel honneur de se servir de sa fiotte.
Lui, qui n’avait naturellement jamais rien demandé aux ministres (voir certificats produits au procès Humbert) demanda, par exception, deux croiseurs-cuirassés, sept torpilleurs et contre-torpilleurs, et trois mille hommes d’équipage.
Cette division, qui portait orgueilleusement les couleurs du boulevard Poissonnière, était chargée de lancer sur les eaux quelques marques d’automobiles, et de protéger au sein des ondes, les ébats de du Gast, promue pour la circonstance au rang national de nymphe du Matin.
Dans ses numéros du 1®^ et 3 juillet 1905, le Matin synthétise dans une heureuse formule la gloire de ce double exercice et s’adresse à luimême cet ordre du jour de satisfaction patriotique.
(( Alger-Toulon !
« C’est l’héroïque odyssée qui vient de fixer pendant plusieurs jours l’attention enthousiaste du monde entier...
« C’est l’histoire du courage, de l’endurance et
TOUTE LA LYRE
du sang-froid des champions du progrès contre les éléments déchaînés.
« La France, a bien mérité du Matins et le pays doit lui être reconnaissant de ce qu’il a fait pour la Marine. »
Cette reconnaissance est naturelle. Elle se décompose ainsi :
Charbon de la flotte Alger-Toulon et retour.
(b) Sept contre-torpilleurs. 14.000 Fr.
(a) Deux croiseurs. 8.000 Fr.
Perte des chaînes et ancre du Kléber. . . 15.000 Fr.
Avaries des tôles de deux contre-torpilléurs. 15.000 Fr.
Usure générale du matériel et entretien de l’équipage mis au service du Matin. . , Mémoire
Il est superflu d’ajouter que:, jusqu’ici, M. Bunau- Varilla n'a pas remboursé un centime et que, s’il a envoyé ses félicitations aux équipages, il a totalement négligé de leur envoyer un quart de vin.
Cette manifestation grandiose engagea par surcroît deux autres genres de dépenses :
a) Les trains de luxe qui emmenèrent de Paris et ramenèrent de Toulon les invités du Matin (déjeuner et dîner, champagne et cigaires compris) ;
b) La rétribution des artistes réquisitionnés dans les grands théâtres de la capitale pour charmer à Toulon les mêmes invités.
Train de luxe, déjeuners, dîners, champagné et
Wo
cigares furent payés par la Compagnie des wagons-lits.
M. Varilla, qui ne demande jamais rien aux compagnies avait, par exception^ demandé qu’on lui fit ce petit cadeau... remboursable en publicité.
Bien qu’elle eut déjà sur ce chapitre des comptes extrêmement arriérés vis-à-vis du Matin... oh, qui lui non plus ne demande pas, mais qui reçoit tout de même..., la Compagnie suivit le conseil de la prudence. Ses actions ont des cours cotés, ses hôtels ont connu des heures critiques ; elle y alla de ses dix mille francs.
Quant aux artistes, sauf quelques étoiles de café-concert qui n’ont plus rien à redouter des feux du Matin, ils savent ce que peuvent sur une réputation, la perfidie d’un critique ou d’un silence.
Ils y allèrent gracieusement ; au besoin, ils y seraient allés à pied.
Si, après cela, le pays n’a pas au 'Matin la reconnaissance qu’il réclame, c’est que le pays est un ingrat.